‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 80 sur 87 · NOIR ANIMAL · texte numérisé non relu

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Observations . — Pendant l'exercice ldr>ôf on a constaté, à l'aide d'analyses effectuées sur 218 échantillons d'engrais a base de noir animal et de tourbe ajiimalisee. <pie la richesse raoveuue de ces mélanges, en phosphate de chaux, s'élevait à il pour

(1) Une hausse très-n stable a eu lieu dans les prit du noir animal au printemps de cette année.

(1) L'influence du crédit est (elle en pareille matière qu'un marchand d'engrais me développait, il y a quelques moi?, la théorie commerciale suivante : u Un négociant habile, en ne rien gagnant sur ses engrais, peut encore faire de très-belles alFaires. Tout son talent doit consister à spéculer sur les billets à terme de son portefeuille et sur le taux élevé de leurs renouvellements. C'est, en résumé, une alla ire de banque qu'il lui appartient d'administrer plutôt qu'une recherche de bénéfices sur le prix des engrais. » Iben qu'elle suit peut élre empreinte de quelque exagération, cette théorie est siguilicative.

système, et maint fermier qui croyait faire acte d'économie en payant son noir de 5 fr. à 8 fr. l'hectolitre, recevait en réalité un engrais qu'il eût acheté à 60 p. 400 moins cher chez le raflineur de Nantes, alors même qu'il l'eût payé 15 fr.

Mais entrons dans les détails, et occupons-nous tout d'abord du noir animal dont les fraudes ont pris une si grande et si désastreuse importance.

J'ai fait le relevé et la comparaison de 4111 analyses pratiquées dans mon laboratoire de 1850 à 1860, et qui ont porté sur 1084 échantillons de noir animal non mélangé et 2498 échantillons d'engrais mixtes où le noir animal était uni à de la tourbe criblée et quelquefois animalisée. Les chiffres que j'ai mis sous vos yeux dans la page, précédente expriment les richesses reconnues dans ces deux catégories d'engrais.

A l'heure où je vous parle les faits se sont aggravés pour des raisons que je développerai plus loin, et l'état de choses rappelle ce qui se passait avant 1850, époque où je pouvais mettre en évidence (I) le mélange frauduleux de 2,500,000 hectolitres de tourbe à une quantité de noir animal d'une valeur de 18,872,120 fr. !...En présence de tels chiffres on est conduit a reconnaître que le problème soulevé a son importance.

Ce problème, Messieurs, est très-complexe. Si l'on se place, en effet, à un point de vue scientifique ou agronomique, on ne peut nier qu'il y ait avantage à utiliser les débris de l'exploitation des tourbes, en les divisant, les soumettant à l'action prolongée des gaz atmosphériques, puis les mélangeant enfin à des matières animales, telles que sang, eaux vannes, bouillons gélatineux de l'équarrissage, pour en constituer de véritables engrais. Lorsque les tourbes se sont échauffées sous de telles influences (2) et que les actions combinées de la fermentation ont augmenté le volume de la masse, on peut diviser celle-ci de nouveau, y incorporer du noir animal, de la poudre d'os, des phosphates fossiles, et à l'aide du compost ainsi ob-

(1) Annales agronomiques publiées par le ministre de l'agriculture, avril

(v) L'échauflement des tourbes divisées est quelquefois tel que leur inflammation en résulte, et ce résultat se manifeste de préférence sur les tourbes en petits fragments et non animalisées.

tenu, fournir au sol de l'humus fécondant en môme temps qu'on associe les phosphates calcaires à des adjuvants précieux. Cela n'est pas douteux.

Toutefois, lorsque les hommes honorables qui ont le devoir d'être préoccupés des intérêts agricoles ont élevé la parole dans le sein des Conseils généraux et des Comices; lorsqu'ils ont fulminé contre des abus criants et stygmatisé des fraudes déplorables, le bon sens dit qu'ils ne méconnaissaient pas l'opportunité d'apporter au sol des substances tourbeuses que leur bas prix rend si propres au rôle d'excipient pour des principes fertilisants actifs. Ce serait donc en vain que l'on chercherait, pour les besoins d'une cause plus que compromise et d'une spéculation qui craint le grand jour, à invoquer les autorités scientifiques qui ont établi l'utilité de la tourbe dans les limites de la raison et de la probité. Tout le premier nous donnerions et nous donnons en mainte occasion le conseil d'employer la tourbe associée à des matières animales, soit pour diviser un sol maigre et lui restituer les substances organiques qui lui font défaut, soit pour augmenter le volume d'un engrais riche en phosphates et lui fournir un milieu favorable aux réactions multiples des matériaux du sol arable. Ce n'est donc pas la tourbe animalisce livrée au prix de 75 c. à 1 fr. l'hectolitre que l'on a signalée comme élément de honteuses fraudes, mais bien la tourbe, substance peu dense et surtout employée en vue d'augmenter le volume en conservant l'aspect du noir résidu de raffineries, la tourbe noircie, dissimulée par tous les moyens imaginables, la tourbe destinée à exagérer la différence entre le titre analytique déterminé en poids et la réalité commerciale exprimée par des volumes ; la tourbe enfin livrée à 4 fr. l'hectolitre au consommateur ignorant et candide admirateur d'un apparent et dérisoire bon marché. Telle est la tourbe dont l'opinion ajustement flétri l'emploi et dont l'immixtion dans le noir animal fut pendant longtemps, à Nantes, l'objet incessant de la surveillance administrative, dans les limites tracées par les règles d'une liberté commerciale plus que suffisante.

On peut affirmer sans crainte d'être démenti que, de 1850 à 1860, 2 millions d'hectolitres de tourbe animalisée ou simplement criblée ont été vendus sur le marché de Nantes, de

1 fr. à 1 fr. 25 l'hectolitre environ. Cela constitue une valeur de 2,500,000 francs. Remarquez bien, Messieurs, que ce prix de 1 fr. 25 est un prix de marchand et non de cultivateur. Or, pour ce qui concerne le cultivateur, voilà le tableau un peu sombre sur lequel il faut que j'attire vos regards.

Malgré le contrôle autrefois organise dans la Loire-Inférieure et qui avait fait monter de 27 à 42 p. 100 la dose de phosphate de chaux dans les mélanges de tourbe et de noir animal, ces mélanges s'opéraient et s'opèrent aujourd'hui toutefois sur une échelle très-grande. J'ai dit tout à l'heure que l'addition du noir d'os à des tourbes bien divisées, modifiées par une longue exposition à l'air, et enfin fortement animalisées, avait des avantages, à la condition, toutefois, que leur prix de vente fût proportionné à leur composition; or, il faut bien reconnaître qu'il n'en est pas ainsi dans un très-grand nombre de circonstances.

La plaie véritable du commerce accompli dans la Loire-Inférieure sur les substances fertilisantes, c'est l'ignorance du cultivateur, c'est sa déplorable tendance à accueillir de préférence les offres des marchands qui lui font entrevoir des engrais à bas prix et un crédit presque indéfini. Lorsqu'on propose à un consommateur quelque peu éclairé un engrais à 7 fr. l'hectolitre, tandis que le noir de raflinerie vaut 16 à 18 fr., lorsque, d'autre part, cet engrais renferme 30 p. 100 d'eau et pèse 70 kilog. l'hectolitre, ce consommateur reconnaît promptement que la substance offerte ne contient en réalité que bien peu de principes fertilisants; mais le paysan ne raisonne pas ainsi : ce qui le frappe, c'est que, pendant un an, quinze mois, deux ans peut-être, il n'aura pas d'argent à débourser; cest que l'hectolitre de f engrais lui est livré à has prix, et bien que l'éducation se fasse peu à peu sous ce rapport, les exemples de la plus triste ignorance abondent encore aujourd'hui. En voici la preuve.

Les noirs de raffinerie de Bordeaux, de Marseille et Nantes renferment en moyenne 30 p. 100 d'eau et pèsent près de 100 kilog. l'hectolitre. Ils représentent donc 70 p. 100 de matière réelle. Leur richesse en phosphate de chaux est de 04 p. 100. Pour 70 kilog., ou pour un hectolitre de noir normal, le consommateur

VINGT-DEUXIÈME LEÇON. lîlo

achète donc 44k,80 de phosphate de chaux. Ces 44k,80 valant, prix moyen, 17 fr., le kiloy. de phosphate de chaux est par conséquent vendu 39 centimes.

Voilà pour les noirs de belle apparence.

Dans les noirs en grain, ainsi que dans les noirs en poudre grossière et terne, le prix est moins élevé; un noir de Lille, par exemple, est coté 15 fr. (1), pèse 100 kilog., et se réduit par la dessiccation à 88 kilog. Les 100 parties de matière sèche donnant, à l'analyse, GO p. 100 de phosphate de chaux, l'hectolitre en contient 52", 80, et ici le kilog. de phosphate de chaux est vendu 28 centimes.

Voilà pour des noirs ordinaires.

Si l'on trouve du phosphate des os à plus bas prix, c'est dans certains noirs d'aspect terreux, c'est dans des cendres d'os de l'Amérique du Sud, c'est enfin dans des déchets de fabrication de noir animal ; alors on obtient quelquefois du phosphate à 20 c. le kilog ; mais le consommateur doit s'estimer fort heureux si, à Nantes, il en rencontre à 25 c. sous forme de phosphate des os.

Ces chiffres prouvent surabondamment que, lorsque M. Jamet (2), appréciant la vente des engrais dans le département d'Ille-et- Vilaine, évaluait à 33 c. le prix du kilog. de phosphate dans les noirs, il était dans le vrai. Ce qui, fort souvent, éloigne de la vérité dans ces supputations, c'est que, soit par erreur, soit par intérêt, on ne défalque pas la dose normale d'humidité des noirs livrés à la consommation.

Ce tableau est assez sombre, comme on le voit, et il ne s'accorde guère avec ce chiffre conventionnel de 0 fr. 15 c. que l'on admet souvent comme représentation de la valeur du kilog. de phosphate de chaux des os; mais je vais démontrer que la fraude le fait singulièrement changer lorsqu'elle spécule sur la faible densité d'engrais mixtes vendus au volume.

L'usage a consacré à Nantes la vente des engrais à l'hectolitre. Les analyses sont naturellement effectuées sur des poids.

(I) C'est aux rapports des prix et non aux prix eux-mêmes qu'il faul ici s'atlacher, ces prix étant nécessairement variables selon les années. |2) Journal d'agriculture pratique^ 1861, t. I, p. 24ô.

Il en résulte que tout le génie d'une certaine classe de marchands d'engrais est dirigé vers la solution du problème suivant : Le volume le plus grand coïncidant avec la richesse analytique la plus considérable. Le contrôle a beau indiquer sur les certificats d'analyse le poids du décilitre de la substance, les enseignements faits dans les cours publics et dans les journaux spéciaux ont beau signaler au cultivateur le danger d'acheter des engrais à l'hectolitre sans déterminer le poids de cette mesure de capacité, le plus grand nombre n'en tient nul compte et le succès est assuré aux marchands dont la coupable habileté fait foisonner la substance couverte par le pavillon de l'analyse mal interprétée.

La tourbe divisée et animalisée n'a pas paru assez légère aux fabricants d'engrais. Le charbon de bog-head, résidu de la distillation de ce schiste particulier, a été également employé concurremment avec la tourbe carbonisée et a occupé une large place dans les chantiers où s'opèrent les mélanges. Cette substance, en effet, est noire comme le charbon d'os, ne représente à l'état sec que 35 kilog. par hectolitre et peut absorber jusqu'à 40 p. 100 de substance liquide. Elle offre à la combustion plus de 40 p. 100 de cendre alumino-siliceuse. En général, la tourbe animalisée sert d'excipient principal, et la tourbe carbonisée ou le charbon de bog-head donne la couleur noire tout en diminuant la densité.

Au charbon de bog-head devenu rare on a substitué Yampélite d'un magnifique noir, puis des charbons d'origines diverses. Mais apprécions les chiffres rémunérateurs de ces pratiques plus habiles qu'utiles à l'agriculture.

Je ne citerai pas les faits les plus notoirement fâcheux. Je ne considérerai pas comme générale la vente d'engrais à base . de tourbe animalisée, noir d'os, charbon de tourbe et charbons légers qui, revenant à 6 fr. l'hectolitre, sont vendus à Nantes 8 fr. (et 5 p. 100 de remise de mesurage), aux marchands de détail qui les livrent finalement à 12 fr. à des cultivateurs qu'émerveillent les quinze mois de crédit dont on les favorise ; mais je caractériserai nettement la situation générale de ce commerce des engrais à base de tourbe en adoptant les chiffres moyens qui suivent :

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Généralement les mélanges à base de tourbe, charbons légers ou charbon de bog-head, dans lesquels l'analyse décèle 40 p. 100 de phosphate de chaux, pèsent 70 kilog. et contiennent35 p. i(MJ d'humidité. J'admettrai 30 seulement pour être large. Or, les 70 kilog. de l'hectolitre se réduisent nécessairement à 49 kilog., et si la richesse des 100 kilog. en phosphate de chaux est de 40 p. 400, les 49 kilog. n'en représentent que 19 kilog. 600 gr. Donc, si l'acheteur paie 8 fr. l'hectolitre de cet engrais, te phosphate de chaux lui coûte 40 c. Si l'on m'objecte que la matière organique, que la faible proportion de substance animale qui s'y trouve répartie a également de la valeur, je répondrai que cette valeur est minime dans l'exemple dont il s'agit et que j'ai amplement fait sa part en ne calculant le prix de vente qu'à 8 fr. et la dose d'humidité qu'à 30 p. 100.

J'ai sous les yeux une brochure très-utile pour l'appréciation des faits dont il s'agit ici (I). Elle a pour prétention de répondre à M. Jamet, qui, dans le Jotnmal d? Agriculture pratique, avait sévèrement qualifié certaines fraudes accomplies dans rille-et-Viiaine, et elle est signée de vingt marchands d'engrais de Rennes. A la page 16 de cette brochure on trouve le calcul du prix attribué à des mélanges de tourbe et de noir animal, dans lesquels on recherche la véritable valeur d'un engrais à 30 p. 100 de phosphate et 2 p.100 d'azote. Les auteurs estiment que le prix de vente moyen de cet engrais est de 7 fr. l'hectolitre, et ils disent :

M kilog. de phosphate de chaux, àOfr,l5 4fr,50

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