‹ Lecoņs de chimie appliquée à l'industrieChapitre 2 sur 295 · NOTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

\ Les corps de la nature peuvent, suivant les circonstances dans lesquelles ils sont placés, subir diverses modifications que l’on désigne sous le nom de phénomènes. Tantôt ces modifica- : tions ne sont que passagères et n’altèrent pas sensiblement la nature du corps qui en est l’objet; tantôt, au contraire, elles - sont durables et portent sur sa constitution intime qui se trouve profondément changée. Dans le premier cas, elles sont désignées sous le nom de phénomènes physiques ; dans le second, sous celui de phénomènes chimiques. Quelques exemples feront comprendre la différence qui existe entre ces deux classes de plié-

: nomènes.

Soumettons un morceau de fer à faction d une source de chaleur, il s’échauffe et se dilate dans tous les sens. Enlevons la source de chaleur, la barre se refroidit et revient à ses dimensions primitives. Elle n’a subi, dans cette circonstance, qu’une modification passagère, qui a cessé dès que sa cause a disparu; sa nature n’a pas été profondément modifiée.

Prenons un fragment d’un corps qui sert à la fabrication des allumettes chimiques, et que nous étudierons plus lard sous le

nom de phosphore; laissons-Ie tomber dans de l’eau portée à une température supérieure à 44°. Le fragment de phosphore s’échauffe au contact de l’eau, et, lorsque sa température s’est élevée jusqu’à 44°, 2, il devient liquide. Laissons l’eau se refroidir lentement, la température du phosphore s’abaisse aussi et ce corps redevient solide. Ses propriélés n’ont pas changé, il est encore jaunâtre et transparent comme avant sa fusion, lumineux dans l’obscurité.

Que l’on place une balle de plomb dans une cuiller de fer posée sur des charbons ardents, la température de la halle s’élève bientôt, et lorsqu’elle a atteint 330° environ, le plomb devient liquide; qu’on enlève alors les charbons, il se refroidit, reprend l’état solide. et son aspect primitif.

Les trois faits précédents nous fournissent autant d’exemples de phénomènes physiques; le fer, le phosphore et le plomb n’ont subi dans leurs propriélés que des modificalions passagères, qui n’ont pas survécu à la cause qui les avait produits.

Nous allons voir maintenant ces trois corps devenir l’objet de phénomènes chimiques.

La barre de fer, abandonnée au milieu de l’air humide, y change bientôt de nature; sous la double influence de l’air et de l’humidité, elle se recouvre de grains jaunâtres qui envahissent toute sa surface; ces grains forment un nouveau corps, résultat de l’union intime du fer et d’un des éléments de l’air atmosphérique, l’oxygène; ce nouveau corps, que l’on désigne vulgairement sous le nom de rouille et que la chimie appelle oxyde de fer, n’a aucune des propriélés des éléments qui le constituent; il est pulvérulent, jaune, sans éclat, tandis que l’oxygène est gazeux, incolore, que le fer est gris et susceptible de l’éclat métallique. Soustraite à l’action de l’air humide, la barre de fer ne recouvre pas ses propriétés primitives et la rouille subsiste à sa surface. »

Prenons le fragment de phosphore qui nous a servi dans une des expériences précédentes etplaçons-ledansune petite capsule que nous poserons sur une assiette (fig. I). Après avoir touché le phosphore avec un charbon rouge qui l’enflamme, recouvrons le tout avec une grande cloche de verre; le phosphore continue à' brûler pendant un certain temps, dans cette atmosphère limitée, répand d’épaisses fumées blanches, et l’on voit les parois

Fig. 1. — Combustion du phosphore dans l’air.

de la cloche se tapisser d’une espèce de neige. Ces fumées et cette neige sont le résultat de la transformation du phosphore qui, à la température de l’expérience, s’est uni à l’oxygène de l’air et a formé avec lui un nouveau corps que l’on désigne en chimie sous le nom d’acide phosphorique. Ce corps ne possède pas les propriétés du phosphore ; il n’est plus lumineux comme lui dans l’obscurité, se dissout dans l’eau, tandis que le phosphore y est insoluble; ramené à la température ordinaire dans une atmosphère dépourvue d’oxygène, il y conserve toutes ses propriétés et ne reprend pas celles du phosphore.

Il a donc subi, dans sa nature intime, une modification radicale survivant à la cause qui l’a produite; il nous fournit un nouvel exemple de phénomène chimique.

Le morceau de plomb dont nous avons parlé plus haut, fondu de nouveau et maintenu en fusion au contact de l’air, se recouvre bientôt d’une pellicule irisée qui passe au jaune. Elle est le résultat de l’union intime de l’oxygène de l’air et du plomb, et ce corps, appelé scientifiquement protoxyde de plomb et vulgairement massicot , est lui-même fusible; maintenu en fusion au contact de l’air, il y absorbe une nouvelle quantité d’oxygène et s’y transforme en une poudre rouge, appelée minium , qui sert à la fabrication de cette peinture rouge dont on recouvre souvent le fer pour le préserver de l’oxydation. Toutes ces transformations sont définitives, et la cause qui les a produites, la double influence de l’air et de la chaleur, venant à cesser, le massicot et le minium ne reprennent point les propriétés du plomb métallique.

2. Objet «le la chimie. — L’étude des phénomènes chimiques fait l’objet de la chimie, celle des phénomènes physiques l’objet de la physique.

La chimie n’étudie pas seulement les phénomènes chimiques, elle étudie encore les corps isolément pour faire la description de leurs propriétés extérieures (couleur, éclat, densité, etc....); elle apprend à les distinguer les uns des autres et donne les

moyens de déceler leur présence, alors même que leur division et la ténuité de leurs parties sembleraient devoir les faire échapper à toute investigation.

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