CHAPITRE XXV
DE LA SUIE, i
La suie que Ton emploie en teinture est la matière noire qui s'attache aux parois intérieures des tuyaux des cheminées dans lesquelles on brûle du bois ; elle provient de ce que la combustion-de ce dernier est incomplète , car, dans le cas contraire, la matière combustible ne donnerait que de l'eau, de l'acide carbonique, de l'azote et des cendres.
COMPOSITION IMSCéDIATÈ.
La suie est formée, suiyant M. Braconnot, .
V* D'eau i2,5o
s*" D'une matière brune peu soluble dans l'eau , soluble dans la potasse, soluble dans l'acide sulfurlquc concentré. M. Braconnot la regarde comme
A reporter. ... 1 3,5o
Report, ..... il,5a de l'ulmiiie artificielle, c'est-à-dire comme ideiH> tique à la matière brune qai se produit lorsque le ligneux , qui a été fondu avec de Thydrate de potasse, a le contact de l'air So^ao
3*^ D'une matière azotée très-soluble dans l'eau
et insoluble dans l'alcool ao,oa
40 De $(^-carbonate de chaux mêlé de quelques
traces de sous-carbonate de magnésie. .... 1 4>66 5* D'acétate de chaux. ; ....•• . 5,6S 6® De sulfate de chaux. .....••... 5,oo
7® D'acétate de potasse 4» 10
S** D'une matière abondante en charbon, insoluble dans la potasses • ^,8S
"B^ De!phosphate de chaux ferrugineux . . • x,5o
\o^ De silice. ... : « o»9â
XX" D'acétate de magnésie ofiZ
\ik^ D'un principe Acre et amer, particulier, que
M. Braconnot nomme asboline. ...... q,5o
i3" De chlorure de potassium ...... ô,3(>
tV^ D'acétate^'ammoniaque. o>ao
x5« D'acétate de fer. ... . . traces.
too>oa
I parue de suie , provenaot d'une cheminée dont les parois sont en plâtre, et xo parties d'eau bouillies pendant un qaairt d'fawre, m'ont donné une liqueur d'un brun .roux:^d'une odeur
ai6 30' LEÇON DE CHIMIE
de suie, d'une saveur amè|*e et d*un goût de suie, qui se troublait par le refroidisseoient et se recouvrait d une pellicule irisée.
La colle de poisson ne la troublait pas.
Elle rougissait sensiblement le papier de tournesol.
Elle précipitait Thydrochlorate de ktryte en ilooons roux. Le précipité, traité par Tacide nitrique , laissait beaucoup de sulfate provenant Certain^paent d'un peu de plâtre mêlé à la suie.
. Elle précipitait le nitrate d'argent en flocons roux épais, difficilement solubles dans l'Aidée nitrique. Peut-^tre y avait-il du chjorure.
L'oxalate d'ammoniaque y démontrait une quantité 'notable de chaux.
La potasse en fonçait la couleur, en rendait le jaune plus brillant , et y faisaibun précipité abondant insoluble dans un excès d'alcali.
Les eaux de baryte, de strontiane,«de chaux, se comportaient d'une manière analogue, et en dégageaient une quantité notable d'ammoniaque, ainsi que le faisait la potasse.
L'bydrochlorate de protoxide d'étain y faisait un précipité abondant d'un gris roux.
L'alun y faisait un précipité roux.
L'acétate de plomb y faisait un précipité d'un gria brao.
L'acétate de cuivre y Ceiisait un précipité d'un jaune brun.
Le sulfate de peroxide de fer y &isait un pré* dpité d'un gris jaune brun.
L'acide aulfurique concentré en dégageait une odeur de suie, et en précipitait des flocons d'un jaune brun.
L'acide sulfurique faible en précipitait des flocons d'un jaune roux.
L'acide nitrique à 34^ la troublait; un excès &isalt di^raître les flocons ; la solution était d'un rouge brun. "^
L'adde oxalique y Causait sur-le-cbamp un précipita floconneux roux , qui était certainement mêlé d'oxiilate de chaux.
L'acide acétique en édiairdssait la couleur et la précipitait.
L'eau d'iode ne produisit rien de remar* quable.
L'eau de chlore semblait la rougir d'abord; ensuite un excès la Csiisait passer au jaune, et en précipitait survie -champ des flocons de cette couleur.
aiS 30* LEÇON 11^ CBIMIE
L'extrait aqueux' de suie cède à Tàlcool/et l'extrait alcoolique sec oède à Téther/une matière jaùne^ qui communique à la laine alunée une couleur d'un jaune orangé analogue à celle que le fustet lui aurait donnée, et , ce qu'il y a de remarquable , c'est que cette même matière prend,' par le' contact de la potasse, une couleur rouge analogue à celle que prend la matière colorante du fustet dans la même circonstance.
La suie n'est d'usage que pour les brunitures sur laine , mais sa couleur n'est pas très-solide.
Il existé encore plusieurs matières colorantes d'origine organique qu'on a employées et'qu'on peut employer en teinture avèp plus ou moins d'avantages f 'mais les limites de ce cours' ne me permettent pas d'en parler ici d'une manière spéciale ; cependant je citerai
i^ Le MuNJET, employé aux Indes au lieu de la garance, pour teindre les foulards ; '
a* Le Cah-wood ou le Bae-wood, sorte de bois rouge qui nous vient de l'Afrique , et que Afzélius a décrit sous le nom de û^pfia nitida;.
3° Les Feuilles d0 LAtrniEii saole (salixpen-
APPUQimE A LA TJgUMTURE. aiy
Èandrci)y qui donnent , suivant Scheffer, une belle couleur jaune à la laine, à la soie et au lin ;
4^ Les Pousses du peupuer dItalie, qui donnent à la laine, passée à la composition d'étain, une belle couleur jaune solide , suivant Damboumey ;
5^ Les SEiiEircES de trèfle rquge {trifoUum pratense purpureum majus raii)^ qui, suivant Yogler^ donnent des jaunes solides à la laine passée à l'alun ou à la dissolution d'étain ;
6^ La Verge d'or du Canada {solidago^.ca^ nadensis) , qui donne d'excellens résultats , suivant Hellot , Gaad , etc.
Si en général on doit chercher à remplacer les matières colorantes d'origine organique par leurs principes colorans, soit purs, soit sous la forme . d'extfaits où ils > se trouvent ds^ns des proportions constantes et dans des. états constans de combinaisons, cependant, avant de substituer des préparations de ce genre aux matières brutes d'où elles proviennjent , il faut, pour ne pas éprouver de mécompte, s'être assuré, ,
i^ Que les nouvelles préparations donnent aux étoffes les mêmes couleurs, ou des couleurs
lao 30* LEÇON im CHIMIE
plus belles que celles que donnent les matières brutes ;
20 Que les nouvelles prépafations donnent des couleurs aussi solides ou plus solides que celles qu'on obtient avec lies matières brutes;
3^ Qu'elles sont d'une conservation facile.
11 peut arriver qu'un corps qui accompagne un principe colorant contribue à lui donner plus de stabilité, lorsque le teinturier les a fixés tous les deux sur une étoffé, et, sous ce rapport^ Fen^ploi du principe colorant pur serait moins avantageux que celui de la matière brute où il se. trouve. Par exemple , si la carminé est le principe colorant du lac-dye ou du kermès, il faut admettre qu'elle est, dans ces matières, accompagnée de quelque corps qui lui donne plus de stabilité ; et loin de chercher k l'en séparer, il faudrait plutôt trouver le moyen d'unir ce corps k la carminé de la cochenille. En général, on ne s'est point assez occupé de l'influence que des matières, qui ne sont pas des mordaqs employés dans les ateliers, peuvent avoir pour don* ner plus de fixité aul principes colorans organiques. , -
On se tromperait souvent beaucoup si Ton pensait que l'eau qu'on a appliquée à une ma-
AJ^PLIQUÉE A LA TEINTURE. 221
tière colorante qu'elle ne dissout qu'en partie, donnerait, après qu'on l'aurait séparée du résidu, un bain de teinture, qui serait toujours identique à celui qu'on obtient lorsqu'on délaie cette même matière colorante dans l'eau, et qu'on y passe ensuite^'étoffe sans avoir séparé le résidu; car, si la matière colorante contient un corps peu soluble dans l'eau , susceptible d'exercer un effet quelconque sur l'étoffe en s'y fixant, il arrivera qu'en teignant dans le premier bain , l'effet du corps sera nul ou presque insensible, à cause de sa petite quantité^ tandis que le contraire aura lieu dans le second bain , par la raison que , quelque petite que soit la quantité du corps dissous^ elle se fixera sur l'étoffe, et 0a même temps l'eau, redevenant susceptible de dissoudre une nouvelle quantité du corps peu soluble, elle en prendra pour le céder encore à l'étoffe, et cette action se prolongeant jusqu'à ce qu'il s'établisse uo équilibre entre l'affinité du corps peu soluble pour la partie insoluble à laquelle il est naturellement uni, et son affinité pour l'éteffe, on conçoit dèa lors comment l'effet produit par le corps peu soluble pourra être bien plus grand que dan» le premier ca$.
TROISIÈME SOUS-DIVISION
DE PLUSIEURS MATIÈRES SOLIDES DES AJnMAUX QUI OWT DU RAPPORT AVEC LA TEIHTURE.
Les animaux nous fournissent des substances solides formées de plusieurs principes immédiats dont la nature n'a point encore été suffisamment examinée pour qu'on puisse caractéiriser chacun d'eux comme autant d'espèces distinctes; c'est ce qui nous détermine à consacrer cette sous -division à l'examen de la peau, des poils (parmi lesquels nous comprenons la laine, le crin , les cheveux ) , du tissu coQié , des%5 et de^ la soie.