‹ Leçons de chimie appliquée à la teinture (volume 3)Chapitre 215 sur 268 · DU ROCOU · texte numérisé non relu

DU ROCOU

Le rocou ou roucou est une préparation que l’on fait avec la graine du bixa orellanay espèce de plante de la famille des tiliacées, originaire de l’Amérique , que l’on cultive aujourd’hui à le

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Guyane, à Saint-Domingue et aux Indes orientales.

PRÉPARATION

Les graines du rocouyer sont renfermées dans une capsule hérissée d’aiguillons mous; une matière colorante orangée les recouvre; pour l’en détacher, voici les opérations que l’on pratique à la Guyane française , telles que Leblond les a décrites :

On opère dans quatre canots ou troncs d’arbres creusés en forme de cuve , qui portent les noms de pile, de trempoire y de décharge „ de canot à caler îe rocou.

Les graines, séparées de la capsule qui les renfermait, sont broyées dans la pile, puis on les porte dans la trempoire , où elles sont recouvertes d’eau. On les y laisse plusieurs semaines. Après ce temps, on exprime la partie solide dans des tamis placés au-dessus de la trempoire; la couleur qui est en suspension dans l’eau s’écoule avec elle et s’en précipite par le repos.

Quant au résidu resté sur le tamis, on le conserve dans la décharge sous des feuilles de bananier, jusqu’à ce qu’il s’échauffe en fermentant; alors on le broie dans la pile, et on le soumet au lavage dans la trempoire. Ces opérations se

APPLIQUÉE A LA TEINTURE. i8î>

répètent jusqua ce qu’il ne contienne plus de matière colorante.

La matière colorante ainsi obtenue doit être délayée dans Feau, puis filtrée dans des tamis qui retiennent les débris les plus grossiers des graines, et qui sont placés sur le bord du canot

à CALER.

Lorsque la matière colorante est déposée, ce qui demande ordinairement i5 jours, on tire la liqueur surnageante , on réduit le dépôt en consistance de pâte dans des chaudières placées sur des fourneaux, on le laisse refroidir, et on le met dans des caisses , en couches de y à 8 pouces d’épaisseur, qu’on expose à Fair, mais à l’abri du soleil, jusqu’à ce qu’il soit convenablement séché.

Leblond a proposé de laver les graines jusqu’à ce qu’elles fussent entièrement dépouillées de matière colorante , de passer Feau dans des tamis, de hâter, au moyen du vinaigre ou du jus de citron, le dépôt de cette matière, qui est simplement tenue en suspension; enfin de faire chauffer le précipité, ou bien de le faire égoutter dans des sacs , comme nous avons vu que cela se pratique pour Fi ndi go , page n de çette leçon.

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^auquelin a répété cette dernière manière d’opérer sur des graines de rocouyer que Leblond lui avait données, et il a obtenu une matière qui produisait en teinture un effet quadruple de celui produit par le rocou ordinaire.

M. Saintyves , qui est actuellement aux Indes orientales, m’a fait passer un rocou, préparé probablement par un procédé analogue à celui de Leblond, qui donne d’excellens résultats. 11 est à désirer qu’il mette dans le commerce assez de son produit pour satisfaire aux besoins de nos teinturiers.

COMPOSITION IMMÉDIATE

D’après mes expériences, il existe deux principes colorans dans le rocou , un de couleur jaune, l’autre de couleur rouge à l’état sec. Le rocou le mieux préparé contient proportionnellement plus de principe jaune que le rocou ordinaire.

Le premier est soluble dans l’eau, l’alcool, et faiblement dans l’éther. Il se fixe bien sur la soie et la laine alunées qu’il colore en jaune.

Le principe rouge est extrêmement peu soluble dans l’eau; il est soluble dans l’alcool et l’éther, qu’il colore en rouge orangé.

Il est soluble dans l’eau de potasse ; la solution est d’un rouge orangé foncé.

Il est surtout distingué des principes jaunes et rouges précédemment décrits , par une propriété qui a été observée, je crois, pour la première fois, par M. Boussingault ; c’est celle de devenir d’un très-beau bleu d’indigo quand on verse dessus de l’acide sulfurique concentré; mais cette couleur n’est pas permanente, du moins quand elle a le contact de l’air; elle passe au vert, puis au brun violet. Suivant MM. Vogel et Bouillon-Lagrange , la matière colorante du safran jouit de cette propriété, et, suivant moi, un des principes colorans de la bile en possède une analogue*

Voici le résultat de plusieurs expériences sur le rocou du commerce, et sur un échantillon de rocou préparé par M. Saintyves :

100 parties de rocou en pâte, séchées à 109% ont perdu 68 p. d’eau. C’est dans cet état qu’il a été comparé à celui de M. Saintyves, également séché.

Ils ont été réduits en cendres dans une petite capsule de platine.

Rocou du commerce. Rocou de Saintÿves

Matière organique détruite . . . 8^,5

(silice et sable alumine oxide de fer chaux magnésie

Le rocou du commerce donne une poudre d’un rouge de brique, tandis que celui de M. Saintyves en donne une d’un rouge orangé brillant.

USAGES

Le rocou est principalement d’usage dans la teinture en soie pour les couleurs qui résultent en général du mélange du rouge et du jaune, telles que les aurores, les oranges. Il est quelquefois employé dans la teinture du ligneux, et il ne l’est pour ainsi dire jamais dans celle de Sa laine.

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