P ROTA MINE
Cette leucomaïne fut découverte dans la laitance mure de saumon par Miescher (-). Elle n'existe ni dans celle de la carpe ni dans le sperme de taureau. Sa composition et ses propriétés sont encore mal connues. I La protamine parait être combinée dans la laitance sous forme de Qucléinc comme le sont la sarcine, la guanine et l'adénine.
Pour l'obtenir, la laitance de saumon recueillie en décembre est épuisée d'abord à l'alcool bouillant pour enlever la lécithine cl la cholestérine, puis mise en digestion 6 heures avec de l'eau contenant I pour 100 d'acide chlorhydriquc. On répète une fois seulement ce traitement : en insistant en enlèverait la sarcine, la guanine, etc. Les rliqucurs acides, neutralisées en partie et concentrées à basse température, sont versées dans une solution de chlorure de platine qui précipite un chloroplatinate sons forme de grains cristallins. En décomposant ce s'elà chaud par II S, on obtient le chlorhydrate de la base qu'on met en liberté par de l'hydrate cal cique tant que celui-ci se dissout. Kn reprenant pur l'alcool, la protamine reste insoluble.
'(') Voir sur lus dérivés «le celle base [liidl. soc. chim. (3), l. X, p. 403 el Ibid n 1 187 (*) M'esciieîi, Jahresb. d. Thierchem, 1874, 34t. — Picard, Ibid., p. 355.
A. Gautier. — Chimie biologique. .15
226 LEUCOMAÏNES DIVERSES.
C'est une substance goinineuse, très alcaline, soluble dans l'eau, mais non dans l'alcool ou dans l'éther, Elle répond, d'après Mieschcr, à la formule CWAtfOP et, d'après Picard, à CieÏFAz90*(0H)*.
Elle d le avec l'oxyde d'argent mie combinaison insoluble. Son
chlorhydrate liés soluble cristallise difficilement. Les sels de protarnine produisent dans les solutions ammoniacales des nucléines un précipité lourd, pulvérulent, formé de sphéroïdes qui se gonflent dans les solutions de sel marin. Des combinaisons analogues paraissent se rencontrer dans tons les organes riches en nucléines.
La protarnine semble devoir être rapprochée des bases xanthiques (')«
SPERM INE '
Schreiner (') a retiré le premier la spermine du sperme des mammifères où elle existe en partie à l'état de phosphate cristallisé {cristaux de Charçot-Leyden) . On l'a trouvée aussi dans le produit de sécrétion
du microbe de la phtisie. On peut l'extraire du sperme par les aci des faibles après l'avoir épuisé à l'alcool. En traitant les solutions, de phosphate naturel de spcrniine acidulées d'acide sulfurique, par l'eau de baryte et en évaporant à basse température on obtient la base libre. On la précipite de nouveau en solution concentrée en saturant avec l'acide phosphorique ordinaire. 11 ne tarde pas a se l'aire un dépôt cristallin caractéristique (fig. 26). On le lave à l'eau et on le décompose par la quantité de baryte juste suffisante [Pœhl).
Ainsi séparée la spermine répondàla formule G5flwAzs(s). Cen'esl pas de la pipéra/ine C''lI"'Az2 comme l'avaient avancé Fraenkel, puis Ladenburg et Abel.
C'est une base très soluble dans l'eau et dans l'alcool, insoluble dans
Fie. 26.
— Phosphate de spermine, d'apri (Cristaux do Charcol-Leydcii.)
(') Soit Bull. Soc. chinu, (3), t. XII, p. 391. (») Liebig's, Ann. d. Chem., CXCIV, 68.
(■') C'csl la formule môme de In pcntamétbylèrie-diamine ou cadaverinû.
PLASMAÏNE. 227
['éthcr. Elle possède une franche odeur de sperme. Elle précipite par le tanin, le chlorure de zinc, les sels de métaux précieux, les arides phosphotungstiques et phosphomlybdique en liqueur acide.
Le chlorhydrate CKHuÀzs, 2HC1 est insoluble dans l'alcool absolu. Son picrate cristallise en petites tables.
L'étude physiologique de la spermine faite par Pœhl, Tarchanoff, Weljaminofî, Joffroy, etc. (') paraît avoir établi qu'injectée à petites doses sous la peau la spermine exerce une action tonifiante sur les nerfs. D'après Pœhl, elle excite les oxydations organiques, augmente les proportions d'azote oxydé, et diminue les leucomaïnes urinaircs. Tarchanoff a confirmé ces conclusions. Les effets les plus remarquables de cette base ont été observés dans les affections nerveuses compliquées d'anémie, dans l'hémiplégie, le tabès dor salis. Injectée sous la peau à la dose de Osr,05 à 0gM5, son action tonifiante se ferait sentir pendant 10 à 15 jours.
PLASMAÏNE : C3HlsAz5
Celte base a été découverte par R. Wûrtz à côté d'autres substances analogues, mais moins importantes, dans le sang des animaux (2). Pour ! l'extraire, le sang au sortir de la jugulaire est défibriné et jeté dans deux fois son volume d'eau bouillante acidulée de 4 pour 1000 d'acide oxalique. A l'ébullition, il se fait un magma noirâtre et un liquide rouge ; on exprime, on filtre la liqueur et on concentre dans le vide à 60°. Le résidu esl pulvérisé et repris par de l'alcool absolu qu'on laisse plusieurs jours à son contact. L'alcool est distillé; son extrait est encore repris par de
I alcool absolu froid. Il s'empare des oxalates acides des bases. On distille ! la liqueur, on sature le résidu avec de la chaux éteinte et on reprend
par I eau. A cette solution qu'on mélange de son volume d'alcool on enlève par un peu d'acide oxalique une trace de chaux dissoute. On concentre, puis on ajoute du carbonate de potasse tant qu'il y a précipité. Le mélange agité avec l'alcool amylique lui cède une matière rouge orangée liés alcaline. L'épuisement de cet alcool avec de l'eau chlorhydriquc enlève les bases. L'évaporation de cette solution acide abandonne un chlorhydrate cristallisé en rosaces et en houpes. Le chloroplatinale correspondant, médiocrement soluble, est octaédrique.
II répond à C5II,sAz8,2HCl, PtCP-blPO. Le chloraurate est facilement réduit. Le chloromercurate est insoluble. L'auteur propose sous toutes
' Voir Jour. Soc. phys. chim. musc, 1895, n° 2, et liidl. Soc. chim., i'.Ti, i \|| p. !)/».". v '
( i riiéscs de Paris, 1889. Leucomaïnes du sang normal. Travaux de mon laboratoire.
228 LEUCUMAÏNKS DIVERSES.
, / Azll^
réserves lu formule de constitution AzH-C ÇH» CH*
formule où le groupe =CH— CH* — CHS peut en s'oxydant se détacher pour donner de l'acide lactique, el où l'on voit apparaître le squelette de la guanidine.
L'action des sels de cette base esl peu marquée. Chez la grenouille et le cobaye, le chlorhydrate ralentit un peu le rythme respiratoire; une faible quantité placée sur le cœur de la grenouille diminue puis arrêté ses battements en systole. La respiration devient irrégulière puis s'éteint. L'animal ne répond plus aux excitations. Toutefois cette hase esl peu active : les cobayes ne paraissent rien éprouver de l'injection souscutanée de 3 centigrammes de chlorhydrate de plasmaïne.
Lorsque dans la préparation de la plasmaïne. on reprend le premier résidu alcoolique par de l'alcool fort, si Ton précipite cette solution par de l'éther en excès, il reste dans la solution éthéroalcoolique une autre base qu'on extrait comme les précédentes. Elle forme un chlorhydrate en prismes courts disposés en croix; un chloroplatinate en aiguilles déliquescentes solubles dans l'alcool. Un milligramme de celte base injecté à une grenouille, fait tomber de 40 à 20 le nombre de battements du cœur. 0°r,002 suffisent à tuer une grenouill de 25 grammes : le cœur s'arrête en 23 minutes. Cette seconde hase n'a pas été analysée.
La proportion de ces leucomaïnes dans le sang normal de bœuf ne dépasse pas 3 grammes par 100 litres.
On remarquera le rapport des formules de la plasmaïne et de 1 adénine dont elle diffère par H10 et qui n'a comme elle (prune faible action sitt l'économie.
AUTRES LEUCOMAÏNES
Les autres leucomaïnes de l'économie sont, à l'exception de la thyréoantitoxine que nous étudierons à propos de la glande thyroïde, mal connues, peu importantes, ou ne se rencontrent pas dans 1 organisme des grands animaux. Nous n'en ferons donc ici qu'une énuméralion rapide. ' Leucomaïne des venins. - - On ne trouve dans les venins de serpents que des traces d'alcaloïdes. L'activité de ces sécrétions est surtout «lue aux alhumotoxines (voir p. 146). Dans le venin de crapaud S. Cloëz, il y a longlemps('), découvrit une matière 1res active nettement alcaloïdique. On y trouve aussi, d'après Caluiels, un peu d acide isocyanacétique.
(') C. rend. Acad. Soc, l. XXXII, p. 502 et XXXIV. 75.