BASES CYCLIQUES NON OXYGÉNÉES
Monoamines aromatiques. — Pyridine et liydropyridine ; autres bases de ees séries. — La pyridine CsIlsAz a été signalée dans I l'alcool amylique brut, et extraite en même temps (pic la collidine, I la parvolinc et la corincline des produits de fermentation bactérienne des albimiinoïdes. ha collidine C8Il"Az fut signalée par Nencki, en 1870, parmi les substances qui résultent de la fermentation de la gélatine par le pancréas de bœuf : Œchsner de Conninck l'a trouvée plus tard dans les produits de putréfaction du poulpe marin. Son chloroplatinate cristallise en belles aiguilles aplaties.
(') Ckfiin. News, 1 1 février 1890.
Hijdrocollidine CJFAz. - - Elle fui retirée, en 1881, par A. Gautier et Etard des produits de la fermentation bactérienne prolongée du scombre. C'est une base liquide, incolore, un peu oléagineuse, d'une odeur tenace de seringa. Elle boni vers 210°. El U; attire l'acide carbonique de l'air et se résinifie. Son chloroplatinate esl jaune pâle, légèrement couleur chair, faiblemenl soluble., altérable par la chaleur et la lumière, ("est la première ptomaïne authentique qui ait été analysée et classée.
L'hydrocollidine esl, une substance très vénéneuse. Elle détermine du tremblement, des convulsions tétaniques; l'animal meurl avec le cœur en diastole gorgé de sang.
Parvoline, CTPAz. — Elle a été découverte par A . Gautier et Etard, à côté de l'hydrocollidine précédente dans la viande de scombre et dans celle de cheval longtemps putréfiées. C'est une base de couleur ambrée, d'odeur d'aubépine, légèrement soluble, dans l'eau, brunissant et se résinifiant à l'air. Son chloraurate est, assez soluble; son chloroplatinatë couleur chair, peu soluble, s'altère à la lumière. Elle esl très toxique.
Corindine C'iPAz. — Cette base a été retirée en 1885 par Guareschi et Mosso des produits de la fermentation bactérienne de la fibrine, et paij Œchsner de Conninck de la chair de poulpe putréfiée. Elle bout à 250°; Elle est peu soluble dans l'eau. Elle possède une odeur rappelant le genêt fleuri. Peu soluble clans l'eau, elle s'oxyde et se résinifie à l'air. Elle précipite par le sublimé, l'acide picrique et le tanin. Son chlorauratfl se réduit facilement; son chloroplatinate est peu soluble et cristallin, il s'altère un peu à 100°. Par son action physiologique elle rappelle le curare. Elle paralyse les nerfs moteurs et fait, disparaître l'excitabilité réflexe : 12 milligrammes suffisent pour tuer une grenouille.
Hydrolutidine C7fl"Az. — A. Gautier et Mourgues l'ont extraite de l'huile de foie de morue. C'est un corps incolore, un peu huileux, 1res alcalin, d'odeur vive non désagréable. Elle attire CO2 de l'air. Kllc surnage à l'eau qui la dissout un peu. Elle bout, à 199°. Son cblorhydrate est amer; son chloroplatinate jaune serin précipite facilement* L'hydrolutidine est assez vénéneuse : 0g',06 tuent un cobaye, avec tremblements généralisés, périodes d'excitation suivies de dépressions et paralysie des muscles. L'animal meurt dans le collapsus asphyxique.
Hydrocorindine C10H17Az. — Cette base a été trouvée par Griffiths dans les produits d'altération microbienne de l'ail. Elle précipite par le tanin et par l'acide picrique.
La base Cl0Hi:'Az a été observée par Guareschi dans la fermentation bactérienne prolongée de la fibrine.
Polyamines aromatiques non oxygénées- — Merlmine Cgfl"Az". — Je l'ai découverte dans les huiles de foie de morue el dans
lt,s r,,ics eux-mêmes soumis à la fermentation huileuse. Elle se sépare des bases insolubles dans l'éther, solubles dans l'alcool amylique mais iniprécipitables de ce dissolvant par CO2 (')• C'est un liquide huileux, alcalin, un peu soluble dans l'eau, à chloroplatinate et acétate cristallisés.
Morhuine C19fls7Az3 el homomorhuine C20ll!0Az3. — J'ai rencontré ces doux homologues dans la partie non volatile des bases de l'huile de foie de morue soluble dans l'éther. Celle-ci reprise par l'acide chlorhydrique étendu donne, des chlorhydrates d'où la potasse sépare les bases. On les reprend par l'éther et l'on traite par un courant de CO2 sec : il précipite un alcaloïde remarquable, la nicomorhuine (voir plus [c-in) cl laisse les morhnines et homomorhuines en solution. On les sépare en fractionnant leurs chloroplatinates solubles. La morhuine est une huile très épaisse, presque solide, jaunâtre, d'odeur douce rappelant les ptomaïnes. Elle est soluble dans l'alcool et l'éther, un peu dans l'eau, très alcaline et caustique. L'homomorhuine Cî0H29Azs lui ressemble beaucoup. Ces deux bases forment plus du tiers de la totalité des bases de l'huile de foie de morue. Une cuillerée à bouche de cette huile en contient environ 0gr,022. Même à faibles doses, ces bases excitent l'appétit, activant la désassimilation, les fonctions de la peau et la diurèse.
La nicomorhuine C2"H28Az4 s'obtient comme il vient d'être dit. Chose intéressante, cette base répond à la composition centésimale de la nicotine CinH"Az2. C'est une huile presque solide qui, lorsqu'elle est séchée, prend l'aspect de la colophane. Elle est un peu soluble dans l'eau el dans l'éther, d'une odeur de miel rappelant à chaud le tabac. Elle est modérément vénéneuse. Elle s'unit h l'acidè carbonique. Son chlorhydrate forme de belles lames nacrées. Son chloroplatinate C 1 "1 i- H Az '* , 2 1 1 C 1 , P ICI" est rouge brique, insoluble dans l'eau.
Aselline C23H32Az\ — Je l'ai extraite de la partie du résidu fixe des bases de l'huile de foie de morue insoluble dans l'éther. Transformée en chlorhydrate, et reprécipitée par la potasse, elle constitue un corps amorphe, grisâtre, jaunissant à la lumière. Elle fond en un liquide épais d'odeur douce. Elle est légèrement soluble dans l'eau, amère et alcaline. Elle forme des sels cristallisablcs.
Scombrine. — La scombrine C"H88Àz* obtenue comme les bases précédentes par l'auteur de cet ouvrage, se trouve dans les eaux mères au chloroplatinate d'hydrocollidine provenant de la fermentation bactérienne de la chair de poissons (p. '230). Son chloroplatinate, plus Soluble (pie celui d'hvdi oeollidine, cristallise en aiguilles jaunes. Il répond a la formule (C17ll38Az*, 2IIGl)PtCI*,
l] Voir Toxines microbiennes, par A. Gau lier, Paris, 1806, p. 108.
l'TO.MAÏ.MiS.
PTOMAÏN ES AROMATIQUES OXYGÉNÉES
Tyrosamines. — J'ai trouvé dans les eaux de Foies de morue conservés en tonneaux pour en extraire l'huile, à côté de plusieurs autres base] ci-dessus décrites, trois homologues répondanl aux formules C'H'AzOj CEFAzO et C8H15A?0, la seconde étanl prépondérante. On 1rs extraij de la partie «1rs hases insolubles dans l'éther el solubles dans l'alcool amylique. On les retire de ce dissolvant par l'eau acidulée d'aride sulfurique, et on les met en liberté de cette solution par la baryte] On les sépare ensuite par fractionnement.
La pins importante de ces bases répond à la composition OT'AzO qui dérive de la tyrosine par perte de GO2. Elle forme des lamelles et des aiguilles incolores fusibles vers 156°, volatilisables avec légère dn (imposition vers 220°. Elle est peu soluble à froid, assez à chaud, d'un! odeur douceâtre, très alcaline et amère. Ces trois hases réduisent le ferricyanure et donnent du bleu de Prusse. Le réactif de Millon les précipite et les colore à chaud en rouge foncé; le chlorure d'or en solution étendue produit un louche qui, par une trace d'acide formique, donne une coloration vineuse ou violette très belle. Les oxydants ménagé! donnent de l'acide paroxybenzoïque. Ce sont là les caractères de la tyrosine ou de ses dérivés directs. Le base OT'AzO qui en provient par perte de CO2, est la paroxyphényléthylamine C°fl* C chï'.W Aztt- ' Les deux autres bases dérivent, de deux homologues de la tyrosine confondus sans doute jusqu'ici avec elle. Ces bases ne sont que peu vénéneuses! ')}
Mijdine C8H"Az(). - - C'est un isomère de l'une des tyrosamines. La mydine a été trouvée par Brieger, dans les produits basiques de putréfaction des cadavres humains. Elle n'est pas toxique.
Morhuamine CuH20Az*O2. — Celte base qu'on rencontre dans les produits de la fermentation huileuse des foies de morue semble aussi devoir se relier aux tyrosamines.
Autres bases. — Dans la partie dialysable des urines G. l'ont bel a signalé la base C5ll12A//02. Elle cristallise en sphérules formées de cristaux fusiformes. Elle est soluble dans l'alcool affaibli. Son chloroplatif nate est déliquescent.
La base C5flBAzOs paraît se rencontrer dans la partie non dialysable des urines normales.
Une ptomaïne répondant à la formule G^'Az'O* a été signalée par Guareschi à côté de la base C10HlsAz dans la fibrine laissée longtemps à se putréfier. Elle cristallise en lamelles brillantes fusibles à 250". Sa
(') Voir sur ces tyrosamines 'es Toxines microbiennes, par A. Gautier (1896 . p. 139.
solution est neutre. Ses propriétés paraissent en faire l'acide amidé $>H°(COsH)'(AzHy,
ACIDES A M I D ÉS BASIQUES
Parmi les acides amidés susceptibles «le jouer à la fois les rôles d'acide et de base, je nie contenterai de citer rapidement ici le glycocolle C'H^AzH^O8 ou acide aminoacétique, hbidalanine (C;iHnAz02) ou acide aminovalérique, l'une et l'autre signalées dans les produits de la digestion pancréatique; Y acide aminovalérique AzH8 • Cil3 • CIP ■ Cil2 • CIP • C0SH, isomère du précédent trouvé dans les produits de fermentation bactérienne de l'albumine; la leucine C6Hl5Az02 ou acide aminocaproïque, signalé dans presque tous les produits de putréfaction et de digestion; ['acide aminostéarique que j'ai découvert clans les produits de la fermentation bactérienne de la chair des mammifères; etc.
Parmi les acides amidés à noyaux aromatiques, je me bornerai à
citer la tyrosinc CUH4 ^ ff'CH ' G0»fl)«, que r°n trouve tlans tous les Pro doits de putréfaction; les acides phényl-cc-amidopropionique et scatol-amidoacélique qui accompagnent souvent l'un et l'autre la tyrosinc dans les produits putrides ; enfin Y acide morhuique CTFAzO2, contenu dans les huiles de foie de poisson probablement sous forme de lécithines complexes et qui m'a paru être un composé carbohydropyridique C5H3(0H)(C3fl6-C02H)Az P]. 11 est doué de propriétés diurétiques très énergiques, il excite l'appétit et la désassimilation. C'est un des agents les plus actifs de l'huile de foie de morue.
Tous les acides amidés appartenant à ce groupe seront décrits plus I Idin successivement s'ils ne l'ont déjà été; nous ne les signalons ici que i pour compléter la liste générale des ptomaïnes qui peuvent résulter de la vit1 des vibrioniens en présence des matières protéiques.