‹ Leçons de chimie biologique, normale et pathologiqueChapitre 128 sur 467 · PTOMAÏNES INDÉTERMINÉES · texte numérisé non relu

PTOMAÏNES INDÉTERMINÉES

Ptomaïnes des cultures et des maladies virulentes.

— Beaucoup d'auteurs ont retiré divers composés basiques du pain, des viandes gâtées, des urines de malades atteints de maladies infectieuses et autres, des cultures de microbes pathogènes, etc. Mais fort peu ont analysé ces alcaloïdes ou bien ils n'en ont donné que des analyses douteuses. L'existence même de ces ptomaïnes est toutefois intéressante : l'Ile montre la généralité et l'importance de ces corps; mais l'étude de chacune de ces bases est encore trop incomplète pour être présentée ;iu point de vue chimique, dans cet ouvrage.

Du pain gâté Zenoni et Brugnatelli on1 extrait un alcaloïde qui présente quelques-unes «les réactions de la strychnine. Du maïs avarié Lomi broso a retiré la pellagrozéine(l), corps basique aux propriétés vénéJ neuses duquel on a attribué en partie les accidents de la pellagre. Des viandes passées e1 des organes des personnes qu'elles avaient intoxiquée] V. Anrep, en 1885, retira diverses ptomaïnes qui, injectées aux animaux dilataient les pupilles, produisaient la gêne respiratoire, la réten^ lion des urines, l'affaiblissement du cœur, l'hypothermie, la mort sans phénomènes convulsifs.

Dans les cultures du stveptococcus pyogenes aureus Brieger signala la triméthylamine, les bases xanthiques, et la créatinine. Leberi en 1888, parvint à en extraire aussi une substance non alcaloïdique, cristallisée et sublimable, la phlogosine, jouissant de la propriété d'irriter et d'enflammer les muqueuses à un haut degré. Nous avons déjà parlé, à propos des pigments, de la pyocyanine et de la pyoxanj thine, ptomaïnes sécrétées par le micrococcus pyocijaneus (p. 193)i Ces deux hases sont peu toxiques.

Griffiths a extrait des urines de l'épilepsie une ptomaïne à laquelle il attribue la formule C12ir;Az"07. Elle ])roduit la dilatation pupillaire, des tremblements des muscles, des convulsions avec évacuations alvines eî urinaires.

La cystine C'IFAzSO2, base, découverte dans les calculs cystiques est accompagnée de putrescinc et de cadavérine dans les urines des cystii nuriques. Dans celle de l'eczéma, Griffiths a signalé l'eczémine C/IPAzO. base vénéneuse qui injectée donne la fièvre. Le même auteur ( 2 1 a retiré des urines de la rougeole la riibéoline h laquelle il attribué la formule C3HsAz~0. Elle répondrait à la constitution de la .glycocyamidinf

AzII : C C fZ!î aÎ! • Administrée au chat elle provoque une forte lièvre et la AzII • LO

mort en 36 heures (3). Le même auteur (') en étudiant les urines de la scarlatine, de la grippe, de la pneumonie, de la coqueluche, a extraij des ptomaïnes qui répondraient respectivement à C^r'AzO*; C9H9Az04j C2"ll2liAz203; C5H'9AzOî. La seconde est très vénéneuse; elle excite la fièvre, et donne la mort en 8 heures. On doit regretter que l'auteur de ces recherches délicates ne donne pas de renseignements suffisants.

Des cultures de bacille d'Eberth (bacille typhoïdique), Brieger retira la lyphotoxine C7ii17Az02, base isomère de la gadinine. Son chlorhydrate est cristallisé; son chloromercuralc est insoluble dans l'alcool.

(') Giiicll. chim. lia/., 1870, p. '210 cl 407.

(â) C'est loul ce qu'en dit l'auteur. En général, les descriptions de Guiffitiis sont trop sommaires pour donner toute confiance.

(3) CompL. rend., CXI V, 496.

(*) CompL rend., CXIII. 656; CXVII, 744; CXIV, 1383; CXIV, l'M.

Cette ptomaïne est très vénéneuse : elle excite la salivation, exagère les mouvements respiratoires, et met les muscles dans l'impossibilité de se contracter; ranimai tombe on glisse sur le sol, la tête rejetée en arrière, les pupilles dilatées. La diminution progressive des battements du cœur et les évacuations diarhéiques amènent la mort sans convulsions.

Gril'lillis(') a publié qu'il avait extrait des urines de l'érysipèle, l'érysipelinc CnH13Az03 base très toxique. Dans celles des oreillonneux il a signalé le corps CGH13Az30\ substance neutre au papier, qui correspondrai! à la constitution de la propylglycocyamine Azll : C C Az(C=H')-CH* . GO*Il* Administrée au cobaye, elle l'excite d'abord, arrête la sécrétion salivairc, cl produit ensuite le coma et la mort.

D'après le même auteur (2) la ptomaïne principale des urines diphtériques répondrait à la formule CuH17Az206. C'est une substance bien cristallisée.

Des cultures du bacille de l'anthrax, Iloffa, puis S. Martin ont retire plusieurs ptomaïnes accélérant la respiration et le cœur, dilatant les pupilles, produisant une diarrhée sanguinolente, abaissant la température. Celles de S. Martin sont à la limite de la classe des alcaloïdes et de celle des composés protéiques dont elles conservent la plupart des propriétés générales tout en bleuissant le tournesol et donnant des sels bien définis. Elles sont très toxiques.

Les cultures de crachats de phtisiques donnent facilement le micrococcus lelragenus qui secrète une ptomaïne très vénéneuse répondant à la formule CsflBAz02 ( Griffilhs).

Des cultures du choléra Brieger(3) a extrait les méthylamine, trimegiylamme, méthylguanidine, créatinine, putrescine, cadavérine et chojne. La méthylguanidine C2H7Az3 est toxique et convulsivante. On trouve encore dans ces cultures une base répondant à la triméthylènediaminc

I C*Hl0Az3 qui provoque des tremblements musculaires et des crampes. Lue autre produit l'algidité, le ralentissement du cœur, des selles réfutées et sanguinolentes. G. Pouchet avait isolé des selles cholériques une ptomaïne énergiquement réductrice, très toxique, provoquant des frissons, des crampes, des nausées, de l'anurie et faisant apparaître une

i glycosurie passagère (*).

Des cultures de choléra infantile, Baginski et Stadthagen ont extrait l1"" Ptomaïne répondant à C7H17AzOs, formule de la gadininc dont cette I base n a cependant pas les propriétés.

En 1890 Novy parvint a extraire des cultures du bacille du choléra

(') Cumpi. Rend., CXIII. 656.

(4) lbid., CXIII, 656.

f) Ucric/ilc, 1888, XXI, 407.

(*) C. Itend. Av.ad. Sciences, XCVIII.

A. Gautier. — Chimie biologique. I(1

du porc une ptomaïne paraissant répondre à la formule Cil-' A/." qu'il uomma susotoxine. Elle serait identique à la base que Schwcinilz a retiré des mêmes cultures, hase à laquelle il donna la formule C'iPAz*. Elle est très vénéneuse : 0gr,10 injectés à un rat le niellent dans l'incapacité de se mouvoir; la respiration, d'abord ralentie, s'accélère puis s'affaiblit; il défèque, des tremblements convulsifs apparaissent. Il meurt bientôt le cœur en diastole.

Des cultures du microbe tétanique de Nicolaier, Brieger(') parvint à retirer diverses bases vénéneuses qui participent, avec une toxine complexe, probablement albuminoïde, à l'action définitive du microbe. L'une de ces bases, la lélanine C15H30Azî0, détermine chez les petits animaux, à la dose de quelques milligrammes, tous les symptômes caractéristiques du tétanos. Une autre, la tétanotoxine C5HuAz(?), est un liquide d'odeur désagréable, produisant chez les animaux de l'inquiétude, du frisson, la dilatation des pupilles, l'accélération puis le ralentissement du pouls et de la respiration; les contractions musculaires apparaissent et se généralisent, les mouvements volontaires sont abolis, l'animal finit par succomber dans des convulsions violentes. Luc troisième ptomaïne 'les accompagne, la spasmotoxine qui parait voisine de la cadavérine. Enfin Brieger a retiré encore de ces cultures une base non vénéneuse ayant la formule C6H13AzO' de la leucine et de la mydatoxine, mais ne se confondant pas avec elles, et une ptomaïne tétanisante excitant l'hypersécrétion des larmes et de la salive.

Grifliths aurait extrait des cultures des animaux morveux une base répondant à la formule C1BH10Azs06. C'est une substance cristalline, alcaline, qui, injectée au lapin, produit des nodosités dans la rate cl le poumon, des abcès métastatiqucs, enfin la mort.

D'une grande quantité de cerveaux d'animaux enragés. Anrepp put retirer une ptomaïne qui, à la dose de 1 centième de milligramme, faisait

naître les symptômes de la première période delà rage; à la dose de g de milligramme tout l'appareil de la rage confirmée éclatait.

On voit, par ces nombreux exemples, que les ptomaïnes extraites des bouillons de cultures des différents microbes virulents ou des urines des malades infectieux sont souvent douées d'une activité extrême. Toutefois leur action ne fait que s'ajouter aux effets bien autrement puissants des ptomalbumines et des ferments morbides qui les accompagnent dans les virus et leurs cultures et que nous avons déjà étudiés (p. H6).

Il est d'ailleurs impossible de tracer, comme on a voulu le l'aire, une ligne de démarcation bien précise entre les ptomaïnes et les ptoiualbu-

(') Unlersuchungen ùèer Plomaïns, Fascio. M, p> 93. — Bcrichlc client. GeselL, 88(i, p. 5159; et 1887, \>. 6!>.

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mines ou toxines proprement dites. Au point de vue. physiologique, comme au point de vue chimique on passe dos unes aux autres par des degrés intermédiaires ei insensibles; niais on peut dire que toutes |rs ptomalbumines se comportent comme des bases faibles et rentrent, par oo coté, dans la famille des ptomaïnes ( ') .

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