FIBRES ET TISSU ÉLASTIQUES
Les fibres élastiques sont généralement associées à celles du tissu conjonctif. Elles forment de fines trabéculcs de 1 \j. d'épaisseur, des cordons de 5 à G \i, quelquefois des lames anastomosées. On les trouve dans la peau, les muqueuses, les séreuses, les synoviales; elles sont rares dans les tendons. Les cloisons des alvéoles pulmonaires, les disques intervertébraux, le ligament jaune suspenscur de la tête des ruminants, la tunique interne et presque la totalité de la tunique moyenne des artères, sont formés de faisceaux élastiques.
Voici, d'après Sehûltze, une analyse de la tunique interne cl, moyenne de la carotide. Cent parties fraîches contenaient :
Eau 69,30
Matière élastique (arec trace (le l issu conjonctif et cellules). 18, 05
Autres substances albuminoïdes 8,7a
Extrait alcoôlo-^aqueux 2,-17
Sels solubles "... o nl\
— insolubles 0,34
Ces fibres sonl essentiellement composées à'élastine ou êlaslicine que nous avons décrite page 113, substance inattaquable à la plupart dos réactifs et lentement digestible.
Fig. 5o. — Cellules ilu lissu adipi u\. a. Ii. r. cellules noii remplies de graissés. — f,g,h, cellules contenant des glpbules graisseux. — é, cellule presque pleine de graisses.
On a dit (p. 29()) commenl se constitue le lissu adipeux, grâce à srtvahissemèni par los corps gras des cellules propres du tissu con-
jonctif. Ces cellules (fig. 35), de longues el fusiformes qu'elles étaient, deviennent rondes ou ovales grâce à la tension des graisses. Elles ont une mince enveloppe protoplasmique à noyau latéral aplati, et sont gorgées d'une huile plus ou moins fluide. Les grappes ou lobules de ces cellules, entourées chacune de leur réseau capillaire serré, sont logées dans les interstices des fibres conjonctives. La gouttelette de graisse de la cellule adipeuse n'envahit d'abord qu'une partie de la cavité cellulaire; il la gonfle, la déforme, et la remplit peu à peu (fig. 36). En traitant les cellules adipeuses par l'alcool et l'éther, l'enveloppe reste. Elle résiste aux acides acétique et
sulfuriquc étendus , et même quelque temps aux alcalis affaiblis. Elle se dissout au contraire facilement dans le suc gastrique. Fluide durant la vie, la graisse se concrète en général après la mort.
Des substances grasses existent dans beaucoup de liquides de l'économie (lait, cbyle, sang, etc.) en gouttelettes libres ou entourées d'une légère membrane. On trouve des corps gras dans les cellules en train de vieillir; elles apparaissent très rapidement dans certains organes (l'oie, cœur, muscles) sous l'influence de l'empoisonnement par le phosphore, l'arsenic, etc.
Mal nourrie, la cellule adipeuse perd partiellement ou totalement son contenu graisseux. Elle jaunit : il s'y l'orme un liquide séreux, granuleux, liquide qui bientôt envabit la cellule entière. Si la nutrition s'améliore la graisse reparaît.
Fig. 51). — Cellules adipeuses de l'il c
remplies de cristaux.
a, aiguilles isolées; l>, groupe d'aiguilles; c, cellules adipeuses avec des groupes de cristaux en aiguilles ; il. cellule adipeuse ordinaire sans cristaux.
Les graisses cl les huiles oui été spécialement dxaminées (Lins ce! Ouvrage (Cours de Chimie, I. 11, p. "201) . Nous dirons seulement ici que chaque cellule adipeuse produit sa graisse spéciale, et qu'il n'est pas deux points chez un même animal où la graisse soit composée des mêmes principes gras en même proportion, ou bien ne soil accompagnée de principes sapides et odorants qui lui donnent des qualités propres. Tout le monde connaît la différence qui existe entre le suif ou graisse sous-dermique du mouton, et la graisse succulente et agréable au goût qui enveloppe les reins ou celle qui forme des agglomérats dans la cuisse ou la queue du même animal.
La graisse sous-cutanée est plus fusible, plus riche en oléine, que celle qui entoure les organes profonds, Hcnncbcrg a constaté les différences suivantes chez le mouton :
La graisse sous-cutanée fond de 27" à 3 1 "
autour des reins 37° à 43"
— de l'épiploon — 36° à 3g°
Muntz a observé que les animaux engraissés rapidement fournissent une graisse plus fusible et plus fluide. Le tableau suivant donne les points de fusion et de solidification de quelques graisses :
Fusinn commençante.
Liquéfaction complète.
Solidification.
Homme (paniculc adipeux).
— ( région du rein ) . .
Boeuf
Oie. . . . ... . - , '>.'■'.
Moelle de bœuf
On voit tpie tandis que la graisse de bœuf est en pleine liquéfaction à 39°, celle de veau commence à fondre à 52n seulement. Chez l'homme la graisse possède un point de fusion variable avec l'âge; chez les ruminants, celle qui entoure les reins est la moins fusible, etc. Les graisses des cellules vieillies, des tumeurs, du sang, etc., ont une conslitution et une composition spéciales.
Ou sait (pie les principes gras ordinaires sont des éthers saturés de la glycérine (Cours de Chimie, t. Il, p. 200). Mais les proportions relatives de ces élliers ( Irisléarine, Iripalmitine, trioléine, Iribulyrine, Irivalérine, etc.) peuvent varier à l'infini dans les graisses, d'où en partie
JUU TISSU ADII'IOUX.
leurs différences. L'oléine el la margarine existent dans la graisse humaine, à côté de la stéarine^ de la palmitine-. Là première de ces substances peut former de 67 à 80 pour 100 tics corpsgras. L'oléine, encore liquide à — 10", lui. communique sa fluidité. A côté de ces principes existent dans les graissés1 une faible proportion d'acides gras libres ou à l'état de sels. On trouve aussi dans la graisse d'hornimède la tricapryline, un peu de lécithines, de la cliolpstérdne, des pigments jaunes ou lipochronies (p. 168), des matières odorantes, etc. Le lipochrome s'extrait en dissolvant la graisse dans l'alcool bouillant, filtrant et précipitant par l'eau; le pigment reste soluble dans ce dissolvant, Cet extrait acide contient aussi du sel marin et des sels alcalins.
Analyse immédiate des graisses. — La matière grasse d'un tissu se reconnaît au microscope. Les cellules qui la contiennent, rondes ou polyédriques, ont une surface très réfringente, des bords brillants, obscurs à la lumière transmise, blanchâtres à la lumière réfléchie. L'éther, en dissolvant les graisses, fait apercevoir les enveloppes ridées des cellules. L'évaporation de ce dissolvant laisse une matière onctueuse, insoluble dans l'eau, saponiliable. Enfin les graisses noircissent rapide? ment sous l'influence d'une solution d'acide osmique au 100e.
Pour extraire ou séparer la graisse d'un tissu, d'un liquide, d'un organe, on dessèche la matière, on la broyé avec un peu de sable, on l'épuisé à l'éther, puis à l'alcool. L'alcool étant évaporé, on lave à l'eau le résidu alcoolique pour enlever les sels et l'on reprend par l'éther. Toutes les solutions éthérées réunies, on chasse l'éther. Il reste un mélange de graisses, lécithines, eholestérines, matières colorantes et acides gras libres. En chauffant un instant à 100° avec un petit excès de carbonate potassique, on sature les acides gras qu'on enlève par l'eau ; on reprend par l'éther la partie que l'eau alcaline ne dissout pas, et le résidu de cette solution qu'on évapore est traité au bain-marie par un peu de potasse alcoolique qui saponifie les graisses. On évapore l'alcool: un épuisement nouveau à l'éther enlève au savon formé la cholestérine seulement. On dissout dans l'eau la partie restée insoluble dans ce dissolvant, on sature par l'acide carbonique, et l'on reprend par l'alcool concentré qui dissout les savons et la glycérine. L'addition d'acide sulfurique affaibli à la solution aqueuse de ces savons en précipite les acides gras, qu'on sépare par les méthodes classiques. La glycérine reste en dissolution dans la liqueur aqueuse. En saturant exactement par la potasse, évaporant à sec et reprenant par l'alcool à 83° centésimaux on dissout la glycérine qu'on peut purifier par une distillation dans le vide.