LA MATIÈRE NERVEUSE
Lorsqu'on regarde au microscope une très mince laine taillée dans la moelle ou le cerveau duement préparés, on aperçoit un enchevêtrement de cellules et de fibres diverses, comme encastrées dans un tissu connectif spécial qui porte le nom de névroglie. On ne sait pas encore complètement séparer les parties hétérogènes qu'on distingue dans la niasse cérébrale sous un fort grossissement ; les observations et réactions microscopiques nous ont instruits jusqu'ici mieux que les recherches de laboratoire sur la localisation des substances si variées qui entrent dans la composition du cerveau et des nerfs. Examinons donc comment le tissu nerveux est histologiquement constitué.
Examen microscopique des centres et des cordons nerveux. — Tout le monde sait que lorsqu'on fait une large entaille à travers un cerveau, la partie périphérique de la coupe est grise, tandis que la partie centrale est blanchâtre. Au microscope, la substance grise ou corticale est formée de cellules spéciales, rapprochées et comme novées dans le ciment de la névroglie. La substance blanche ou centrale est au contraire surtout constituée par des fibres nerveuses, conductrices, soutenues par le même substratum conjonctif spécial.
D'après des évaluations très approximatives, un cerveau humain moyen du poids de 1232 grammes contiendrait environ 710 gr. de substance grise et 521 gr. de substance blanche; soit pour 100 parties, 58 de la première et 42 de la seconde.
Ces mêmes substances, grise et blanche, se retrouvent dans la moelle avec une structure générale semblable, mais inversement placées; la partie grise forme au centre une sorte d'axe dont la coupe rappelle un peu un H majuscule, et les parties blanches sont placées à la périphérie.
Les cellules de la partie grise de la moelle, du cerveau ou des ganglions nerveux (fig. 41) sontde formes très diverses, arrondies, ovales ou prismatiques, de 0m,n,09 à 0"lm,02 de diamètre, terminées le plus généralement, par de longs faisceaux en nombre variable (de 1 à 5 et plus) : ce sonl les cellules nerveuses dites multipolaires. Ces prolongements se poursuivent en partie dans le corps même de la cellule, et se subdi-
visent à leurs extrémités centrifuges en une ramification de fibrilles minces qui s'enlacent el viennent au contact des prolongements fibril- I aires des cellules voisines, niais ne se continuent pas directement avec eux. Certaines cellules nerveuses sont dénuées de tout prolongemenl el dites apolaires. Chacune d'elles possède un protoplasma en partie granuleux, en partie fibrilaire, comme parcouru par des trabécules qui le subdivisent en lobes souvent pigmentés, contenant un gros noyau vési* culeux muni de son nucléole. On ne connaît pas la composition de ce
protoplasma pâle et mou des cellules nerveuses : on sait seulement qu'il contienl des faisceaux de nucéline disséminés et qu'il constitue un milieu non réducteur, tandis que la partie blanche du cerveau est très réductrice ( Ehrlich). La partie grise est faiblement acide (Gscheidlen).
Parmi les granulations de ces cellules, les unes sont de nature protéique; d "autres se dissolvent dans
t'éther (corps gras et analogues, cbolestérine, Iécithines, etc.) De ces cellules on retire des matières extractives azotées (créatine, xanthine), de t'inosite, des acides gras, de l'acide lactique de fermentation, des sels où dominent les phosphates alcalins et celui de magnésie, du chlorure de sodium, etc. Les cendres de ces cellules sont alcalines, différentes en ceci des cendres acides de la substance blanche. Cette observation semble exclure de la composition de ce protoplasma une proportion un peu élevée de substance riche en phosphore, en particulier de nucléine ou de lécithine, substances qu'on trouve surtout dans la partie blanche du cerveau et des nerfs.
Parmi les prolongements protoplasmiqucs de la cellule multipolaire, il en est généralement un qui, au lieu de se ramifier finement comme les, autres jusqu'à former de très fins filaments, se continue générale* ment sans subdivisions et finit par s'entourer d'une gaine spéciale constituant ainsi un cylindre nerveux. L'ensemble de ces cylindres réu-
Fie. il.
Cellules nerveuses multipolaires avec leur cylindre-axe 5 et leurs prolongements protoplasmiques 1 et &.
nis grâce au tissu conjonctif de la névroglie (') forme la partie blanche du cerveau, de la moelle et des cordons nerveux.
Un nerf est composé d'un grand nombre de faisceaux nerveux entourés d'une gaine pro'pre. De véritables cloisons parlant, de la face interne de celle gaine embrassent les tubes nerveux isolés on par groupes : (périnèvre ou gaine de Ilenle) .
Trois parties distinctes constituent un tube nerveux complet (fig. 42), un filament central (C, cy), fibre -axe ou cylinder axis; une substance intermédiaire, moelle nerveuse ou myéline m, et une gaine protectrice extérieure , ou gaine de Schwann. A intervalles réguliers espacés de 1 millimètre environ, cette gaine subit des étranglements a qui la divisent en véritables cellules allongées munies d'un, et quelquefois de deux noyaux placés contre la gaine même (Ranvier). Ces
étranglements SUCCeSsifs Fig- *2- ~ B> ^sceaux nerveux. — C, tube nerveux isolé
après imprégnation d'argent : a, étranglement annulaire lie compromettent pas la de la gaine; m, gaine médullaire; cy, cylindre-axe.
continuité du cylindre-axe
central qui se prolonge de cellule en cellule; seule la myéline disparaît au niveau des étranglements.
La gaine de Schwann paraît formée de kératine; en effet, le suc gastrique dissout toutes les parties du nerf sauf cette enveloppe. Le cylindre-axe, partie principale du nerf et qui seule existe dans beaucoup de Bas (grand sympathique, nerfs des invertébrés, etc.), est comme engainé dans une mince couche protoplasmatique qui la sépare de la myéline. Ce r\lindre-axc est constitué par une substance protéique, soluble dans l'acide chlorhydrique au millième, qui se gonfle par l'acide acétique étendu, et se dissout peu à peu.dans l'ammoniaque, les solutions alcalines faibles, le sel marin au dixième (!). 11 réduit le chlorure d'or, durcit par
1 La névroglie passe pour appartenir au lissu conjonctif dont clic possède la structure générale. Toutefois ce tissu se gonfle dans l'acide acétique et se lluidilie dans les alcalis, tandis &ue le tissu conjonctil reprend snn aspect ordinaire lorsfpi'après l'action des alcalis, on acidifie la préparation. La névroglie durcit par l'acide nitrique qui dissoul peu à peu le tissu cellulaire.
- Suivant Dcmoor, le cylindre-axe est composé d'une matière périphérique dense cl d une matière centrale liquide, dont la composition varie aux étranglements a.
l'acide chromique et le sublimé, et s'imprègne facilemenl de matières colorantes. La substance qui le compose ne donne pas de gélatine pa.4 coction, mais finit par se dissoudre dans l'eau à 100".
La myéline enveloppante parait surtout formée cfe graisses, de lécithine, de cérébrine, de cholestérine et d'une petite quantité d'albuminoïdes. Elle est à peu près insoluble dans l'eau qui la gonfle et forme avec elle une sorte d'empois transparent {prolayon). Elle est molle ef s'écrase facilement. Elle se dissout partiellement dans l'alcool et l'éther et se colore en noir par l'acide osmique.
Existe-t-il des différences de composition entre les divers nerfs? Ehrlich a avancé que le bleu de méthylène introduit dans le sang des animaux durant la vie, colore les fibres-axes de tous les nerfs sensitifs et de ceux qui vont aux muscles lisses seulement et non les autres nerfs.
La matière du nerf est altérable. A l'état frais elle est très légèrement alcaline; un peu après la mort elle s'acidifie et sa myéline lactescente ou vitreuse, mais homogène, se coagule. Le cylindre-axe lui-même fini! par tomber en déliquium et par se mélanger avec la myéline. La tétanisation de l'animal par la strychnine ou l'électricité, le chauffage à 45° ou 50°, acidifient le nerf.