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ACTIVITÉ CÉRÉBRALE

Le nerf inactif dégénère comme le muscle qui ne travaille plus s'atrophie. Tout phénomène d'activité nerveuse produit dans le cerveau ou dans la moelle un mouvement de désassimilation en même temps que d'assimilation corrélative : d'après Moritz Schiff il suffit de la sensation la plus simple perçue par un animal, tel que le passage devant ses yeux d'une bande de papier diversement colorée, pour qu'à chaque changement de couleur le cerveau s'échauffe d'une façon appréciable.

11 n'est donc pas douteux que toute sensation, tout acte qui met le cerveau en activité soit accompagné d'une dépense d'énergie et réciproquement, que toute transmission au cerveau d'une énergie d'origine extérieure, pourvu qu'elle se fasse par les voies naturelles des conducteurs nerveux, produise dans les centres nerveux une impression et, généralement, à sa suite un acte de perception.

Les phénomènes nerveux ou cérébraux qui précèdent et préparent la perception, aussi bien que ceux qui suivent la volition et en produisent les manifestations extérieures sont physico-chimiques. Ils ont, en effet, tous les caractères des phénomènes matériels. Le nerf au repos est alcalin; à l'état d'activité, il tend vers la réaction acide; le cerveau s'échauffe lorsqu'il travaille, et tout le corps participe à cet échauffement; en même temps l'acide carbonique exhalé augmente (Davy); les matières extractives ou excrémenticielles augmentent aussi; la cholestérine apparaît en plus grande proportion. La quantité absolue d'acide phosphorique éliminé durant le travail cérébral diminue, les phosphates alcalins diminuent, mais les phosphates terreux croissent dans les urines, pendant que la production de l'urée paraît s'exagérer un peu. La folie maniaque active la nutrition générale, accroît l'élimination de l'azote et de l'acide phosphorique dans les périodes d'agitation, et la diminue dans celles de dépression (').

Réciproquement, enlève-t-on au cerveau son excitant chimique naturel, l'oxygène, ses fonctions languissent, son excitabilité diminue, la somnolence et les paralysies apparaissent.

L'influx nerveux parcourt le nerf avec une certaine vitesse parfaitement mesurable : la transmission centripète, comme la transmission centrifuge nécessitent un certain temps. La durée de l'acte lui-même bar lequel une impression cérébrale est transformée en perception et en idée a été mesurée : elle varie, en moyenne, de 0",2 à 0",09 et 0",03. Le temps nécessaire pour produire les modifications d'où résulteront l'acte de discernement le plus simple (perception de la variation d'une

(') Mairct, C XCXIX, 284 et 330.

TISSC NERVEUX.

couleur) est mesurable; il oscille entre 1 à 6 centièmes de seconde*

Tous ces caractères physiques ou chimiques : chaleur produite, transformations matérielles de substances, temps nécessaire à chacune de ces réactions, etc., sont les témoins irrécusables de la matérialité de ceé phénomènes cérébraux qui amènent l'impression, qui précèdent la sen* sation ou qui suivent la volition.

Mais ces actes ne sont pas Vidée elle-même, pas même la conscience. la perception de la modification subie, en un mot la sensation. Cette conscience, c'est la connaissance, la vue intérieure des impressions qui furent produites dans l'organe récepteur, aussi bien que de l'ordre dé ces perceptions successives et de leurs rapports de forme ou de nombre. La pensée, Vidée résulte de la comparaison de ces perceptions intimes, entre elles et avec les perceptions antérieures. L'impression a été un acte matériel, mais la conscience de cette impression, à plus forte raison sa comparaison avec les impressions et les faits conscients antérieurs, ne le sont plus. Ces phénomènes de comparaison, de jugement, qui constituent la pensée elle-même, se passent dans le silence du cerveau, après que les impressions ont été reçues. Il ne faut point, faute d'analyse exacte, ou par parti pris, les confondre avec les phénomènes physico-chimiques qui ont amené l'impression, ni même avec celte impression matérielle, à laquelle s'arrête toute la suite des phénomènes d'ordre physico-chimique qui précèdent la conscience et la pensée. L'impression voilà l'acte matériel. La conscience, la vue de cette impression déjà produite, sa comparaison avec des impressions déjà reçues se produisent à la suite de phénomènes physico-chimiques, mais ne résultent pas de leur transformation; car une vue, une perception, ne peut avoir d'équivalent mécanique.

De même, la détermination d'agir ou la volonté n'est ni l'acte qui impressionne le cerveau et qui précède la volition, ni celui qui suit ce phénomène psychique et qui se traduit en réactions physico-chimiques, particulièrement en influx nerveux qui, transmis par exemple à nos muscles, excite le mouvement, l'acte ou l'effort mécaniques.

Un cerveau qui pense s'échauffe ou se refroidit, peu importe, parce que les phénomènes qui l'impressionnent et qui précèdent ou suivent la pensée sont physiques et chimiques; mais les phénomènes qui suivent Vimpression matérielle, savoir la conscience des impressions, leur comparaison, le raisonnement cpii déduit les causes passées et les effet- ;! venir, la volonté qui décide et précède les phénomènes physico-chimiques de l'activité volontaire, toute cette succession d'états reste sans équivalence matérielle ou mécanique. Ces phénomènes de l'entende1 ment ne dépensent pas d'énergie physique, chimique ou mécanique. Sentir, comparer et vouloir ce n'est pas agir. Or, l'impression et l'acte seuls

sonl matériels et transrauables dans les différentes formes de l'énergie* Descartes a dit : « On vit et on agit physiquement, mais on pense niétaphysiquement. » Telle est encore la doctrine de nos plus célèbres physiologistes modernes et de nos grands physiciens. Telle est aussi l'opinion de M. Berthelot, ainsi que nous le verrons dans notre derrière leçon.

« Les actes psychiques, écrit M. Chauveau,ne peuvent rien détourner de l'énergie qui fait naître le travail physiologique et qui est intégralement restituée sous forme de chaleur sensible. » (Revue scientifique, ISS8.) Et Hirn : « Lorsque nous nous servons des termes de travail physique et de travail de tête pour désigner Vacte même par lequel s'engendre un phénomène dynamique ou une pensée, nous nous servons d'expressions probablement des plus correctes. Mais lorsque nous étendons le terme de travail intellectuel au produit même de Vacte cérébral, nous ne recourons plus qu'à une métaphore Qu'il se produise dans le cerveau qui travaille des sécrétions spéciales résultant du fonctionnement même de l'organe, cela est non seulement possible mais probable; mais confondre ces sécrétions avec le produit réel du travail de l'intelligence, ce sont là des énorrnités auxquelles peut seul conduire l'esprit de système ('). »

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