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NATURE DES PHÉNOMÈNES DE LA VIE

L'organisme est l'instrument de la vie, mais il ne suffit pas à constituer l'état de vie réalisée. Une graine, un microbe ou sa spore desséchés, un colpode, un rotifère privés d'eau, ont la vie en puissance; en réalité Us ne rivent pas, pas même, comme le pensait Cl. Bernard, d'une vie latente ('). Ce sont des machines aptes à l'onctionner, des horloges montées prêtes à marquer l'heure. Ces organismes ne deviendront le siège des manifestations qui constituent l'état de vie, que si des causes déterminantes : l'humidité, la chaleur, une première vibration communiquée, etc., leur fournissent les conditions nécessaires à la réalisation de l'énergie virtuelle que tiennent en réserve leurs matériaux chimiques, ou aux transformations successives de celle qui peut leur être fournie par le milieu ambiant. Alors seulement le passage et les transformations de cette énergie à travers, ces appareils complexes deviendront la cause de la série de manifestations que nous appelons l'état de vie.

L'animal et le végétal sont organisés, c'est-à-dire constitués par une agrégation de matériaux unis entre eux suivant le plan que chaque être a reçu d'un être semblable à lui et qu'il transmet à l'être procréé par la matière de la génération. C'est de l'organisation que dérivent l'ordre et la succession des manifestations vitales ; mais chez les êtres doués de vie, il n'y a ni apparition de propriétés ou de forces matérielles nouvelles, ni transformation des forces proprement dites en une prétendue énergie d'ordre vital.

constitutifs tics organes. Mais toujours pour un même cycle de transformations matérielles, les mêmes quantités, ou des quantités équivalentes, de chaleur, de travail extérieur ou intérieur apparaîtront dans une machine inerte, un calorimètre, ou chez un animal, que celui-ci soit un amihe, un mollusque ou un homme, qu'il sente ou pense, ou bien que, durant le temps que l'on considère, il soit resté inerte à ce point de vue. La sensation, la mémoire, la pensée, sont des perceptions, des appréciations de formes ou de rapports (ce qui est tout un), mais elles ne sont pas des modes de l'énergie et n'ont pas d'équivalent mécanique. Un artiste tire de son violon une succession de sons qui font naître en nous la sensation d'une idée musicale : Le travail matériel du bras, des cordes, de l'archet, les vibrations de l'air et des nerfs acoustiques, la transmission au cerveau et l'impression que celui-ci reçoit, constituent une suite de phénomènes mécaniques et chimiques, susceptibles de mesure et d'équivalence. Quant à la perception intérieure des formes transmises, de l'impression reçue, perception d'où va résulter la comparaison ou la pensée, elle est absolument immatérielle : en effet, les mêmes sons produits dans un ordre inverse, ou dans un ordre réglé par le hasard, auraient produit dans le cerveau des impressions successives semblables aux premières, à l'ordre près, cl cela avec la même dépense d'énergie. Mais l'ordre changé, la perception intérieure, le sentiment des rapports, change ou devient nul. C'est cette vue intérieure de l'ordre, des rapports, de la forme, qui n'a et ne saurait avoir d'équivalence mécanique, parce qu'une forme ou un rapport n'en ont pas, à plus forte raison le jugement, la vue intérieure, de celle forme ou de ce rapport, la pensée.

S/iinosa, Éthique, Pari. Il, proposition XIII, dit : « Ce qui constitue l'état de conscience et de pensée chez l'homme, c'est la sensation intérieure de ses organes corporels, c'est-à-dire des modalités de l'étendue que ces organes représentent actuellement et rien d'autre. » Puis, insistant sur celle puissante et profonde conception, il ajoulc : « L'esprit ne se connaîL luimême que par ta perception interne des [urines qui afl'eclent le corps. »

(') Von- à ce sujet les expériences de H. Jodin sur les graines conservées et les réflexions dont j'ai fait suivre cel important mémoire aux Compl. rend, de l'Acad. des sciences. t. CXX.II, mai 1800.

La matière organisée. Les phénomènes essentiellement propres aux êtres vivants sont V assimilation et la reproduction. Par l'assimilation, un être vivant, placé dans des conditions favorables à sa nutrition, transforme 1rs matières qui se présentent à Lui dans la série de principes, souvent chimiquement très différents, donl sont construits ses cellules. Quelque variable que soit La nature des substances alimentaires initiales, ranima! ou Le végétal arrive à former, grâce à l'assimilation, les principes invariables qui lui sont propres. La reproduction est cette propriété par laquelle un organisme vivant, après être passé par divers états préparatoires, arrive à reproduire un

rire semblable h lui-même, c'est-à-dire composé des mêmes subs < -

semblablement organisées. Ces deux propriétés caractéristiques réunies, assimilation et reproduction, ne se manifestent que chez les

êtres vivants. . , . '

Pouvons-nous nous faire une idée de La matière organisée et vivante .' Diffère-t-elle essentiellement de la matière brute; réagit-elle comme elle' Ou plutôt, composée des mêmes éléments, doit-elle ses propriétés, en apparence si dissemblables, à son mode d'association en tissus, cellules ou plastidcs, de sorte que si ce mode d'association venait a disparaître, l'organisation et la vie s'évanouiraient avec elles?

Constatons d'abord que les matières vivantes contiennent les mêmes éléments que les corps organiques ou minéraux inertes : carbone, hydrogène, oxygène, azote, soufre, potassium, sodium, phosphore, chlore, etc., associés en principes définis jouissant des fonctions chimiques ordinaires : nitriles, amides, aldéhydes, alcaloïdes acides, corps gras, sels divers, etc., auxquels il faut joindre une grande famille de composés très complexes et toujours présents, les matières albuminoïdes. Ces divers principes immédiats, identiques à ceux que nous pouvons reproduire artificiellement ou que nous extrayons des produits naturels inertes, s'associent pour former les tissus suivant des moues oui nous sont inconnus. Ils peuvent se réunir aussi en masses a peu près dénuées de toute figure sensible, mais douées cependant de ce eue nous nommons les propriétés vitales. La matière granuleuse et hyaloïde de la plasmodic des myxomycètes et des amibes, le voile mveodermique de certaines levures, ne présentent aucune cellule, aucune trace de figuration sensible au microscope: ce sont «les plasmas, sortes de substances semi-fluides, semi-transparentes, parsemées de nombreuses et fines granulations, où le microscope ne pan .eut à rien déceler de plus. A peine si dans ces masses informes, véritables nébuleuses microscopiques, des condensations plus ou moins grandes de matière laissent apercevoir çà et là des apparences de stries, de Ira pécules irrégulières, qui se déplacent et disparaissent sous les yeux, (.es

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