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QUARANTE-TROISIÈME LEÇON

DIGESTION STOMACALE (suite). — PEPSINE.

PEPSINE

Le suc gastrique, dans des conditions convenables, transforme les substances albuminoïdes en substances diffusibles cl mm coagulables qu'on désigne en général sous le nom de peptones. Ce suc jouit d'un pouvoir protéolytique c'est-à-dire dissolvant des matières protéiques (;).

A quelle substance faut-il rapporter cette propriété?

Lorsqu'on neutralise exactement le suc gastrique par une solution alcaline, on constate que ce suc gastrique perd d'une façon totale la propriété «le transformer la fibrine. Si l'on ajoute de nouveau de l'acide a ci suc neutralisé, ou lui rend son pouvoir protéolytique. L'acidité du suc gastrique est donc une condition nécessaire de son activité.

Si l'on met à macérer de la fibrine dans une solution acide, dans

bases faibles aptes à s'unir à HCl, el la pcplonisalion, même m vitro, faisant disparaître à mesure l'acide ajouté. . . ..

(i) Si l'on fait digérer in vitro, à la température de 40° a 45», de l albumine coagulée, fl se produit de l'acide paralactique. Col acide peut donc se rencontrer en quantité scnsiblj dans le suc gastrique si l'estomac n'avait pas été au préalable vide de tout aliment. A côtedj lui, on trouve surtout les acides acétique el butyrique que l'on observe dans les mauvaise* digestions souvent favorisées par l'action des ferments qu'apportent les aliments el par la trop faible acidité anormale de la sécrétion de l'estomac.

(») La plupart des recherches poursuivies relativement à l'action du suc gastrique sur les substances albuminoïdes ont été faites au moyen de la fibrine du sang, substance insolubM dans l'eau pure et fort peu soluble dans les solutions salines neutres 1res diluées. Les peptones étant solublcs, c'est ce phénomène de dissolution qui a tout d abord frappe les observateurs.

PEPSINE

,1,, ['acide ehlorhydriqùe étendu par exemple, on voit cette fibrine se gonfler en une masse gélatineuse transparente, puis se dissoudre |>cu à peu. C'est ainsi que la fibrine crue du sang de porc se dissout; en quelques heures à une température de i-0" dans l'acide ehlorhydriqùe â 2 pour 1000. Mais celle fibrine dissoute dans les acides est précipitée par neutralisation, c'est une syntonine (p. '135) et non une peptone imprécipitable par neutralisation telles que celle que fait apparaître l'action prolongée du suc gastrique à 40° sur la fibrine.

Ces considérations nous conduisent à douter que les combinaisons acides du suc gastrique soient les agents suffisants de son activité protéolytique. La présence de ces combinaisons acides clans le suc gastrique esl simplement une condition nécessaire comme nous le verrons.

Portons, en effet, le suc gastrique à la température de 100° en vase ■ scellé à la lampe dans une atmosphère inerte d'azote pour éviter toute ■perte ou transformation de substance. Faisons agir ensuite ce suc gastrique bouilli sur la fibrine : nous constatons qu'il est absolument ilnactif. Il n'en a pas moins conservé sa réaction acide; il faut pour le neutraliser autant de soude qu'avant l'ébullition.

Ce suc gastrique ne doit donc pas son pouvoir peptonisant à ses combinaisons acides, mais à quelque chose qu'a détruit la chaleur.

Ce quelque chose est un ferment, soluble, car il est détruit à la température d'ébullition, et les conditions qui favorisent, diminuent ou [suppriment son activité, sont celles mêmes qui favorisent, diminuent i ou suppriment l'activité des autres ferments soluhles. En partant du : suc gastrique on peut préparer par les procédés généraux de préparalion des ferments soluhles, des liqueurs acidulés qui ne contiennent plus l'ensemble des éléments matériels du suc gastrique et qui cependant sont peptonisantes comme lui.

Ce ferment soluble du suc gastrique a reçu le nom de pepsine. On peut préparer par différents procédés des liqueurs dites sucs gastriques artificiels capables d'accomplir les mêmes transformations chimiques que le suc gastrique naturel, et renfermant par conséquent de la pepsine mélangée à des impuretés diverses. Le plus employé est le suivant.

On utilise la muqueuse gastrique du porc séparée par grattage de la couche musculeuse de l'estomac; on divise cette muqueuse en petits fragments qu'on lave bien à l'eau courante. On fait macérer ces fragments à une température de 40° dans une très grande quantité (de 4 à 12 litres pour une seule muqueuse) d'acide ehlorhydriqùe, à 1 ou 2 bo-ur 1000 ('). La muqueuse se dissout par autodigestion plus ou moins complètement. La liqueur filtrée sur linge fin ou sur papier renferme

1 Nous entendons par 15 la solution do [ICI concentrée ordinaire. C'esl donc 1 à 2 cenliftclres cubes de celle liqueur par lilrc.

du mucus, des sols et les produits de digestion de la muqueuse. Elle ne peut donc pas servir aux recherches délicates et précises, mais elle peut rendre de nombreux et utiles services dans l'étude de la digestion]

Von Wittich (') fait macérer la muqueuse gastrique dans de la glycérine : il obtient ainsi une liqueur visqueuse douée d'un pouvoir peptiqui 1res énergique. Cet extrait glycériné (*) esi précipité par l'alcool absolu] le précipité ainsi produit se redissout facilement dans l'acide chlor] hydrique à 2 pour 1000 donnant une solution peptique liés active.

On obtient de meilleurs résultats si l'on l'ail un extrait glycérique de la muqueuse du grand cul-de-sac seul, et si a va ni de la soumettre à l'action de la glycérine on la laisse séjourner pendant 24 heures au contact do l'alcool étendu.

Pour les recherches précises, il faut avoir des liqueurs douées du pouvoir peptique et débarrassées autant que possible de toute impureté organique et minérale; il faut préparer en un mot une solution de pepsine aussi pure que possible.

Les préparations de pepsine reposent sur l'une des deux propriétés suivantes : (a) la pepsine est entraînée par certains précipités gélatis neux dont on détermine la formation dans les liqueurs peptiquesi (b) La pepsine ne dialyse pas. Ces deux propriétés de la pepsine sont démontrées par les expériences suivantes.

Si l'on agile du suc gastrique naturel ou artificiel avec de la poudre de charbon, d'émeri, de brique, on fait perdre à ces liquides la moitié] les trois quarts et plus, de leur pouvoir protéolytique. Brùcke constate que si, après avoir acidulé le suc gastrique naturel ou artificiel par l'acide phosphorique, on le neutralise par la chaux, ou si l'on additionne ce suc gastrique d'une solution alcoolo-éthérée de cholestérine, la liqueur séparée du précipité de phosphate calcique, ou du précipité de cholestérine, a perdu son pouvoir protéolytique : en d'autres termes, les précipités de phosphate tri calcique ou de cholestérine entraînent la pepsinei

L'indiffusibilité de la pepsine a été démontrée par divers auteurs : Krasilnikow, Schôffer, von Wittich, Hammarsten. Si l'on soumet à une dialyse prolongée un suc gastrique naturel ou artificiel, on constate que jamais le liquide extérieur au dialyseur n'acquiert de propriété peptique : le liquide intérieur, acidulé au besoin, conserve au contraire celle propriété (r'). La pepsine n'est donc pas dialysable.

H Pfîûger's Archiv., II, p. 193.

(■*) La glycérine a l'avantage de dissoudre le ferment dans les cellules même? qu'elle pénètre, sans dissoudre la plupart des matières albuminoïdes.

(s) Yon Wittich a prétendu que la pepsine dialyse lorsque le liquide extérieur n'est pas de l'eau pure, niais une solution ehlorhydriqtte. Hammarsten reprenant ces recherches, ave| différentes sortes de papier parchemin, en faisant varier la proportion d'acide, a démontré que, dans aucun cas, le liquide extérieur au dialyseur, même après concentration dans le vide, n'acquiert de pouvoir protéolytique.

PEPSINE. 519

Voici [es principaux procédés pour préparer les solutions de pepsine. Brùcke(1) fait macérer à 38e dans l'acide phosphorique étendu une muqueuse gastrique de porc, jusqu'à ce qu'elle commence à se dissoudre. Le liquide de macération est décanté et neutralisé par l'eau de chaux àussi exactement «pie possible. Le précipité de phqsphate tricaleique est exprimé el dissous dans l'acide chlorhydrique très dilué, et celle solution chlorhydrique est précipitée par l'eau de chaux, Le phosphate de calcium est . le nouveau dissous dans l'acide chlorhydrique faillie et additionné d'une solution alcoolo-éthérée (4 parties d'alcool et 1 d'éther) de cholestérine saturée à froid. Il se forme un précipité de cholestérinc i; après agitation, on jette sur le filtre, et on lave à l'eau le précipité jusqu'à ce que le liquide de lavage ne donne plus la réaction du chlore. En traitant par l'éther ce précipité de cholestérine humide, on en obtient la dissolution. Cette solution présente deux couches, une supérieure éthérée contenant la cholestérinc; une inférieure, aqueuse légèrement trouble qu'on agile plusieurs fois avec de l'éther et qu'on filtre. Cette liqueur aqueuse acidulée possède un pouvoir peptique très considérable : c'est la solution de pepsine de Brûcke. Elle est très pauvre en matières fixes et ne contient plus de substances albuminoïdes . elle ne précipite, en effet , ni par le sublimé, ni par le tannin, ni par l'acide nitrique.

Maly fait digérer dans l'acide phosphorique dilué une muqueuse gastrique de porc, précipite, d'après la méthode de Brûcke, par l'eau de chaux, sépare par filtration le précipité de phosphate calcique, le lave et le dissout dans l'acide chlorhydrique dilué. Cette liqueur est soumise à la dialyse sur papier parchemin en présence d'eau jusqu'à ce que le contenu du dialyseur ne présente plus les réactions des chlorures ni des phosphates. A ce moment la liqueur dialysée est filtrée, s'il y a lieu. Elle est très active quoique très pauvre en substances fixes : elle ne laisse pas plus 5 dix-millièmes de résidu fixe (2).

Sundberg (3) débarrasse de mucus par frottage énergique la surface libre de la paroi de la grande courbure d'estomacs de veaux. Cette muqueuse est broyée avec du sel marin, et la bouillie obtenue est additionnée d'une quantité d'eau exactement suffisante pour dissoudre le sel. Au bout de 2 ou 3 jours, la macération est jetée sur un filtre et la liqueur est débarrassée de son sel par dialyse en présence d'eau acidulée. On obtient ainsi une solution très pauvre en albuminoïdes et douée d'une puissance protéolytique considérable. Pour la purifier encore, Sundberg l'additionne de phosphate disodique, de chlorure de calcium et d'un

(») Sitzunqsber. d. Wiener Acad., 1802.

(*) Pflûger'a Archiv. IX, p. 585. On éprouve une grande difficulté S séparer le précipité de phosphate. Il esl mélangé de syntonines cl mucinesqui précipitent aussi, ») Zeilsch. f. physiol. Chem., t. IX, p. 319.

peu d'ami iaque. Le précipité de phosphate tricalcique esl séparé par

le filtre, lavé à l'eau, dissous dans l'acide chlorhydrique étendu el soumis à h dialyse jus<|if;ï disparition de ses sels (phosphates el chlorures). La solution ainsi obtenue possède, lorsqu'on l'acidulé, un pouvoir protéolytique extrêmement énergique; elle esl complètement débarrassée de substances albuminoïdes, ou tout au moins elle ne contienl pas ces substances en quantité suffisante pour être manifestées par le tannin ou par lo sublimé. Le procédé de Sundberg est le plus recommandable.

Tandis que le suc gastrique naturel ou la solution peptique ci-dessus perdent toute propriété protéolytique lorsqu'elles oui été chauffées à 00-70", la pepsine précipitée ou les précipités déterminés dans les liqueurs peptiques peuvent, s'ils ont été bien desséchés à liasse température, être portés à 100" sans perdre leur propriété de donner, en se dissolvant, des liqueurs douées du pouvoir protéolytique et sans que leur activité diminue (').

Lorsque les solutions peptiques sont peu acides, peu salines, pauvres en peptones, c'est-à-dire lorsqu'elles sont pures, elles son! détruites en quelques minutes à 00". Lorsqu'elles contiennent des sels, ou qu'elles sont assez fortement, acides, et surtout lorsqu'elles contiennent des peptones, elles doivent être portées à 70° pour devenir inactives; maintenues clans ces cas à 00" pendant longtemps, elles conservent leurs propriétés diastasiques (2).

Les flocons que précipite l'alcool absolu dans les solutions de pepsine peuvent être séparés par le filtre, redissous dans l'eau acidulée et fournir une liqueur peptique très active. Mais si ces flocons ont été laissés pendant longtemps en contact avec la liqueur fortement alcoolique où ils se sont formés, ils sont devenus insolubles dans les solutions légèrement acidulées et ne communiquent plus à ces solutions aucune propriété protéolytique.

Telle qu'on la prépare par les procédés ci-dessus, la pepsine la mieux purifiée est une substance amorphe, ressemblant à du blanc d'œuf desséché, bien pulvérisable, liés soluble dans l'eau, non hygrométrique, non coagulable à chaud, non diffusible. On ignore si elle est de nature albuminoïde. Mais elle ne répond pas à la réaction xanthoprotéique ; elle se colore à peine par le réactif de Milieu et ne donne qu'un indice de la réaction du biuret (trace de peptones). La pepsine ne parait pas putrescible, quoique altérable en solution dans l'eau au bout de quelques jours. Le nitrate d'argent, même ammoniacal, l'acide nitrique, le tannin, l'acétate de plomb ventre, le carbonate de magnésie, le chlorure de platine, ne la précipitent pas. Le sous-acétate de plomb la précipite

(') Salkowski, Virchout's Archiv, LXXXI, p. 552. (*) Biernaki, Zeilsc/i. f. Biol. , I. XXVIII, [h 49.

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