‹ Leçons de chimie biologique, normale et pathologiqueChapitre 295 sur 467 · MESURE DE LA PUISSANCE MGEST1VE DES PEPSINES · texte numérisé non relu

MESURE DE LA PUISSANCE MGEST1VE DES PEPSINES

Linture d'iode à la dose de 80 gouttes, le chloral, à celle de 10 gr. au litre, enfin L'essence d'amandes amères, s'opposent aux digestions (rtificielles. Ces indications son! importantes, aussi bien pour les chinistesque pour les médecins. Elles peuvent guider ces derniers dans le ode d'emploi de beaucoup de médicaments.

Puissance relative des pepsines. — Pour déterminer la Puissance protéolytique relative de deux liqueurs, on a indiqué plusieurs procédés.

Dans deux flacons on introduit un même poids de fragments de fibrine fraîche hachée, on ajoute un égal volume de deux liqueurs peptiques: on porte à 40" et on note la durée du temps au bout duquel la liqueur filtrée ne précipite plus les flocons par l'acide nitrique en excès ou mieux par le ferrocyanure de potassium acétique ('). La puissance de ces liqueurs peptiques est l'inverse des temps nécessaires à la (ibrinolyse.

Grùt/ner a proposé, pour doser la pepsine, une méthode colorimétrique (2) : De la fibrine est plongée dans une solution ammoniacale de carmin (3) ; après 24 heures de séjour dans cette solution, la fibrine est généralement bien colorée, pourvu qu'on ait employé une assez grande quantité de solution colorante. On la lave sous un courant d'eau jusqu'à ce que tout l'excès de la solution ammoniacale de carmin soit enlevé. On peut conserver ces flocons de fibrine colorée dans la glycérine ou l'acide salicylique à 1 pour 1000. Lorsqu'on veut comparer des liqueurs peptiques au point de vue de leur pouvoir protéolytique, on introduit dans un volume déterminé de ces liqueurs maintenues à 40° une même quantité de fibrine carminée préalablement gonflée : à cet effet la fibrine teinte conservée dans la glycérine est débarrassée par lavages à l'eau de la glycérine qui l'imprègne et gonflée par immersion dans une solution chlorhydrique à 2 pour 1000. Lorsque les sucs gastriques étudiés -ont agi pendant un certain temps h 40° sur les fihrines colorées et gonflées, une partie de la fibrine s'est dissoute: la matière colorante qui la

(') On ne doit pas se baser sur le temps du reste assez court après lequel les deux fibrines sont simplement dissoutes; ce temps n'est pas proportionnel à la valeur peptogène.

On remplace souvent la fibrine par l'ovalbuline coagulée : on divise un blanc d'œul' cuit Ln petits cubes de même poids et d'égal volume environ. On les suspend à un fil dans de petits matras, ou ajoute un volume égal des solutions peptiques ou des sucs gastriques soumis à L'étude: on expose à l'éluve à 40° pendant un temps donné; on retire alors cliaquc Çabe au bout de son fil, on le lave à l'eau, on l'essuie sur du papier Josepli, et on le pèse. On admet que les pertes de poids sont, pour chacun d'eux, proportionnelles aux pouvoirs ftigestifs des sucs gastriques considérés. A cette méthode on peut l'aire l'objection ci-dessus, que le pouvoir digestif ne se confond pas avec le pouvoir dissolvant.

(2) Pflurjer's Archiv, VIII, p. 452.

■ Cette solution de carmin s'obtient de la façon suivante : on broie du carmin avec de l'ammoniaque; on évapore au bain-mario et l'on traite le résidu par l'eau, de façon que la solution contienne environ 1 pour 100 de carminatc d'ammoniaque, on filtre.

teignail a été mise en liberté et s'est dissoute dans le li<|iii<l<'. Il suffi! donc de comparer l'intensité de coloration de ces différents liquides pour juger de l'activité dissolvante des pepsines correspondantes (';.

Différentes espèces de pepsine. On a déjà vu que la pepsine des animaux à sang froid ne peut être confondue avec celles des animaux à sang chaud. Celle-ci est elle-même composée de plusieurs principes protéolytiques. L'auteur de cet Ouvrage l'a démontré de la façon suivante :

On se procure de la pepsine brute de mouton nu de porc qu'on obtient en lavant l'estomac de ces animaux aussitôt après leur mort, raclant la muqueuse avec un couteau mince et niellant ces raclures à

digérer à 0° durant 24 heures avec de l'eau contenant j^n d'acide sulfurique. Les liqueurs acidulées sont décantées cl. sans filtrer, agitées avec du carbonate de baryte pour enlever tout l'acide sulfurique ajouté^ enfin dialysées pour séparer en partie les peptones et les sels. La liqueur! A, qui contient les ferments dont nous allons parler, est louche cl ne peut être clarifiée par filtration sur le papier. Elle tient en suspension 1 à 2 pour 1000 d'une substance, formée de corpuscules liés petits, de 1,5 à 2 [>. de diamètre, irrégulièrement arrondis, très réfringents. On les sépare au moyen du filtre de biscuit de porcelaine, que j'ai inventé à celle occasion (*), et sur lequel ils s'arrêtent. C'est ce ferment que j'isolais le premier en 1882, et que j'ai appelé pepsine insoluble. On le nomma plus tard en Allemagne pepsinogènc["). Ce corps traité par l'eau distillée fournit d'une façon presque indéfinie des liqueurs exemptes d'albùminoïdes, très pauvres en matières organiques, aptes à peptoniserj la fibrine sinon complètement du moins partiellement. Le pouvoir de cette pepsine presque insoluble ou pepsinogène est détruil à 56°. Elle peut rester quelque temps en présence d'une solution de carbonate de

soude à -^jjj- sans s'altérer sensiblement.

La liqueur claire séparée du ferment insoluble précédent grâce au filtre' de porcelaine, contient encore deux autres ferments peptiques solubles, que j'ai séparés en y laissant séjourner des floches de soie grège préalablement lavées à l'acide chlorhydrique à I pour 100 puis bien rincées à l'eau courante. Celle soie s'empare d'une pepsine qui vient adhérer à sa surface et que l'eau pure ne peut plus enlever, mais

(') Même objection qu'nux méthodes ci-dessus. On mesure ainsi la rapidité de la dissolulion, mais non de la proteolyse.

(*) Voir note publiée au Bull. Soc. chim., 27 juin IKSi, t. M, 11. p. Mil. La première publication de M. Ghamberland sur les filtres de biscuit est du î août 1884 (G. rend. Acad, Se, t. XCIX, p. 247).

(3) A. Gautier, C. rendus, Acad. se, XC1V, G52 et 1192; et lhdl. Acad. méd., (2). XI. 314 et 352.

DIFFÉRENTES PEPSINES. 525 L'on «'virait en laissant séjourner ces floches de soie pepsinifères dans de t'acide chlorhydrique étendu de 200 volumes d'eau. Cet acide en sépare Lfermentqui se dissout dans l'eau. Ce ferment peptonise partiellement, hais jamais complètement, la fibrine de bœuf quel que soit le temps L contact et la quantité. C'est une pepsine imparfaite à laquelle j'ai Lnné le nom de propepsine{1). La liqueur résiduelle d'où la propcp- Le a été extraite Contient encore une troisième zymase que la soie l'est plus apte à enlever à la liqueur et qui jouit du pouvoir digesteur complet. C'est la pepsine soluble complète, la pepsine ordinaire qui se trouve dans le suc gastrique à côté de deux autres ferments. (A. Gautier.)

Langley a remarqué que la substance pepsinogène est renfermée dans les cellules principales ou centrales des glandes gastriques sous l'orme de granulations qui disparaissent en partie durant la sécrétion. Ces granulations répondent à la substance zijmogène ou pepsinogène aux dépens de laquelle Schiiï suppose que la pepsine prend naissance, zymo- Cène <[ue nous avions déjà reconnue et isolée, dès 1882, sous le nom de pepsine insoluble, ainsi que je viens de le rappeler.

Oo autre procédé pour obtenir cette pepsine insoluble ou pepsinogène consiste à faire digérer 24 heures à 55° de la raclure d'estomac de porc avec de l'acide cbiorhydrique à réel. Dans ces conditions tout se dissout, à l'exception de quelques épithéliums, de la pepsine insoluble et d'un peu de nucléine. On lave et traite alors par de l'acide chlorhydrique à 1 pour 100 mêlée de 1 pour 100 de sel marin qui, par digestion à 40°, dissout la pepsine insoluble qu'on peut ensuite précipiter par l'alcool (*).

Transformations des albuminoïdes par les liqueurs peptiques. - Lorsqu'on fait agir, vers 55 à 40°, la pepsine en liqueur acide sur une substance albuminoïde, on observe, pourvu que ['action ait été suffisamment prolongée, une dissolution presque totale do cet albuminoïde. 11 reste un résidu, toujours peu abondant, inattaquable au suc gastrique, constitué par une substance appartenant au groupe des nucléines. C'est la dyspeptoné de Meissner. ' I a solution obtenue renferme un certain nombre de substances : neutralisée par la sonde ou le carbonate de soude, elle donne un précipité floconneux. Ce précipité, dit de neutralisation {parapeplone de Meissner), est essentiellement constitué par une acidalbumine ou syntonine. La liqueur, débarrassée de ce précipité, légèrement acidulée par l'acide

(M parce qu'elle ne donne que «les propeptones ou ;,ll.onioscs.

» Chandelon a publié que si l'on fait digérer de la Qbnne en eutopa de la pepsine

cl.lorhydrique ordinaire, puis qu'on aj e de l'enu chlorhydr.que a 2/1000» et qu on filtre

sur porcelaine, on obtient de la pepsine granuleuse insoluble ou pepsinogène.

526 DIGESTION STOMAai.i;.

acétiqi t portée à l'ébullition, donne un coagulum. Il parait n'être

qu'un reste de la substance albuminoïde sur laquelle on a fait agir la pepsine et qui n'a pus été transformée (*).

Lu solution, débarrassée du précipité de syntonine el du coagulura

albuminoïde, renfer une série de substances qu'on peut désigner

sous le nom commun d'albumoses ou de protéoses.

Saturons celle liqueur de sulfate d'ammoniaque à l'ébullition, en milieu neutre, puis aride, puis alcalin; séparons par le filtre les précipités ainsi obtenus, il restera une liqueur contenant nue ou plusieurs substances albuminoïdes non précipitables par ce réactif, non coagulables, qu'on désigne sous le nom de peptones.

Dissolvons le précipité que nous a fourni le sulfate d'ammoniaque dans Teau légèrement salée, nous obtiendrons une liqueur de laquelle nous pourrons séparer par des procédés convenablement choisi- des précipités qui présentent les propriétés des substances appelées hétéroalbumose, proto-albumose eï deutéro-albumose (p. 137).

Lorsqu'on fait agir la pepsine acide sur une substance albuminoïde, on constate que la liqueur renferme d'abord un mélange d'hétéro-albumose et de proto-albumose; ce n'est que plus tard qu'apparaissent en quantité sensible la deutéro-albumose et les peptones, ce qu'on exprime de la façon suivante : Sous l'influence de la pepsine acide, la substance albuminoïde (ou l'acidalbuminoïde qui en résulte, grâce à l'acide en présence) donne h la fois une proto-albumose et une hétéro-albumose; ces deux albumoses sont transformées par l'action prolongée de la pepsine acide en deutéro-albumose, et cette dernière en peptone (s).

Le phénomène de la peptonisation consiste, on l'a vu, dans un dédoublement des albuminoïdes dont l'effet est de simplifier leurs molécules. Ce dédoublement est corrélatif d'une hydratation, comme l'ont établi les analyses des peptones pures toujours plus riches en hydrogène el en oxygène que les corps albuminoïdes d'où elles proviennent. Des albuminoïdes aux proto-albumoses, deutéro-albumoses et peptones le poids de la molécule va sans cesse en diminuant.

Ce qu'il est difficile d'expliquer, c'est comment intervient la pepsine dans ces dédoublements. Pour éclaircir cette réaction rappelons que, d'une part, Wurtz a démontré qu'un ferment végétal tout à fait analogue à la pepsine, la papaïïie, est apte à se fixer sur les flocons de fibrine qu'on laisse quelques instants tremper dans ses solutions

(*) Arlhus el Huber ont démontré notamment que la fibrine se dissout dans les produits de sa digestion poptiquo : ainsi s'explique la présence, dans les liqueurs de digestion peptique de ('elle fibrine, d'une substance albuminoïde coagulablc parla chaleur (Arch. dephysiotogie, 189;!, p. 447).

(-) Pour le dosage des peptones formées, voir Hallopcau (C. rend Acad. se t. CXV, p. 356).

ac et m

DIGESTION DES DIVERS PRINCIPES ALBUMINOÏDES. 527 aqueuses, de telle façon que le lavage à l'eau est ensuite incapable a?enlever ce ferment, et que cette fxbrine impressionnée, comme dit f urtz, parfaitement lavée dans un cornant d'eau pure, se digère ellemême avec la plus grande facilité lorsqu'on la met à séjourner dans de Lu acidulée de 2 pour 1000 d'acide chlorliydrique(1). D'autre part, j ai fait voir que la soie naturelle, la soie grège, bien lavée d'abord aux acides affaiblis puis à l'eau, trempée ensuite dans une solution de pepsine s'empare d'une partie de cette matière active et la fixe d'une façon telle que l'eau ne saurait plus la dissoudre. Mais le ferment ainsi fixé peut lui être enlevé par digestion de l'écheveau de soie dans de l'eau idulée d'acide chlorhydrique à 8 ou 10 millièmes. Il est donc rtain que les syntonines, premiers albuminoïdes dérivés qui se forent d'abord par l'action de l'acide cblorhydrique très faible sur rs albuminoïdes naturels, s'unissent à la pepsine comme dans l'expérience de Wurtz et dans la mienne. Il résulte de cette union une molécule très complexe (l'albuminoïde et la pepsine sont déjà très compliqués par eux-mêmes) et par conséquent très instable. Or, la nature et le poids moléculaire des peptones qui procèdent de la destruction de cette molécule pepsino-albuminoïde indiquent que dans la peptonisation l'albumine primitive a subi à la fois une hydratation et un dédoublement en deux ou plusieurs autres molécules. 11 faut donc que le peptonate chlorhydrosyntonique d'abord formé s'hydrate grâce à la masse d'eau ambiante; que l'eau chasse, en se substituant à elle, la pepsine qui revient à son état primitif, et que de cette hydratation résulte le dédoublement de l'albuminoïde, à peu près comme il advient dans le dédoublement de l'amidon, en présence des acides étendus et de la diastase, en deux hydrates de carbone nouveaux, plus simples que l'amidon lui-même. La pepsine régénérée continue alors à réagir sur de nouvelles quantités de syntonines et l'action se prolonge ainsi tant qu'il reste des albuminoïdes, des syntonines ou des albumoses à transformer.

Digestion des divers albuminoïdes. — Les différentes substances albuminoïdes naturelles se comportent vis-à-vis de la pepsine acide comme la fibrine et l'ovalbuminc. Il se fait des protéoscs ayant toutes les propriétés générales que nous avons reconnues aux fibrineprotéoses: on les désigne sous un nom rappelant leur origine : globulinoaes, vitelloses, myosinoses , caséoses, et dans chacun de ces groupes, il y a lieu de distinguer les termes hétéro-, prolo-, deutéroet les peptones complètes : il y aura, par exemple, les hétéroglobulose, protoglobulose, deuléroglobulose et ylobulinepeptone (2).

(*) Coinpi. rend,, Acad. se, XCIll, 1104.

(*) Kùhne et Chittenden. Zeittch. f. Biologie, XXII, p. 409; cl XXV, p. 358. — Neu-

On sait depuis longtemps que la gélatine perd sa propriété de gélifier à froid par digestion avec le suc gastrique naturel ou artificiel. C'esl il

' vraie digestion avec dédoubl ent et non un simple changement

isomérique(1).

En faisant agir sur de la gélatine purifiée du suc gastrique, ou une

solution chlorhydriq le pepsine, on obtient une digestion presqJ

complète; il ne reste qu'une petite quantité de substance non attaquée" Vapoglutine deKlug(s). La liqueur provenant de la digestion de la géla* line ne se gélifie pus par refroidissement. Traitée par le sulfate d'animo-j iliaque dissous à saturation, elle donne un abondanl précipité de géla-j toses el il reste en solution une petite quantité de gélatinepeptone. Le précipité de gélatoses peut cl ce redissous dans l'eau; le chlorure de sodium à saturation précipite de cette nouvelle solution la protogélatose; il reste en solution la deutérogélatose qui ne se précipité qu'après addition d'acide à sa solution saturée de chlorure de sodium (3)l On n'a pas trouvé le terme qui, par ses analogies avec les hétéropro^ téoses mériterait le nom d'hétérogélatose.

De même l'élastine est dissoute par la pepsine chlorhydrique et Iransformée en élastoses. 11 y a lieu de distinguer une protoélastose et une déutéroélastose (4) .

Page 1