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LA BILE

La bile sécrétée par les cellules propres du foie (fig. 71) coule dans le duodénum par les canaux hépatique et cholédoque, ou s'emmagasine d'abord dans la vésicule du fiel greffée sur les canaux précédents.

L'homme adulte produit en moyenne, par 24 heures, 650 centimètres cubes de bile, soit environ 10 cent, cubes par kilogr. ; le chien en donne 119. le chat 15, le mouton 25, le lapin 130, l'oie 12 gr. par kilogramme Ide leur poids. On voit que Ides herbivores produisent plus de bile que les carnivores ; mais chez les premiers elle est un peu plus étendue. Cette sécrétion , .(quoique continue, s'active Ideux heures après le repas, laugmente durant 6 à 7 lihcures, puis diminue.

Les boissons aqueuses, l'injection d'eau dans les veines; l'usage des phosphates de sodium et d'ammonium, des benzoates et -salicylates de soude, du poilo|)byllin,deripécacuanha, du colchique, de l'aloès, de la rhubarbe, du jalap, etc., accroissent la sécrétion biliaire. Le calomel, le sublimé, le taraxacum, etc. ne l'influencent pas, mais paraissent agir seulement sur les contractions de la vésicule du fiel. Un régime mixte de pain et de viande favorise, à l'étal, normal, la sécrétion de la bile. L'abstinence, et le régime riche en graisses, la diminuent.

Propriétés physiques. — Telle qu'elle sort du foie, la bile est un liquide clair, un peu sirupeux, verdâtre chez l'herbivore, jaune orangé nu brune, chez le carnivore. Sa saveur est amère avec arrière-goût

Fig. 71. — Lobule hépatique entouré des ramifications <le ses vaisseaux sanguins, et montrant les canalioules biliaires concentriques -c rendanl au canal biliaire a.

sucré et nauséeux; son odeur, presque nulle lorsqu'elle es! fraîche, rapî pelle un peu le musc. Elle ne contient pas d'éléments morphologiques] En séjournant dans la vésicule du fiel elle s'épaissit el se charge d'un mucus qui la rend fdante. Après la mort, el si elle reste longtemp] dans celle vésicule, elle laisse déposer des globules graisseux, de fincîi granulations de phosphate caleiquc et des lamelles de cholestérine.

La densité de la bile humaine, retirée de la vésicule va de 1 020 à 1033.

Propriétés chimiques. — Recueillie dans la vésicule du fiel, c'esl un liquide alcalin chez les herbivores; très légèrement acide chez les carnivores. A l'air elle s'acidifie et donne un dépôt d'acides gras et de cholestérine; plus tard clic s'alcalinise, se putréfie, puis dégage de la Iriméthylamine et laisse cristalliser du phosphate ammoniaco-magnésien. Lorsqu'elle n'a pas séjourné dans la vésicule, elle se dissoul \ peu près entièrement dans l'eau; ces solutions incoagulables par la chaleur, sont difficiles à filtrer et moussent par agitation.

Additionnée d'eau et d'alcool, ou d'acide acétique, la bile de la vésicule donne un précipité de mucus généralement volumineux (de 0,1 \ à 0,25 pour 100 de bile chez l'homme).

Les acides minéraux y produisent un précipité floconneux formé d' acides biliaires qui étaient unis à la soude. C'est a cette sorte de savon (bilales de soude) que la bile doit sa propriété de mousser et de dégraisser les étoffes.

Légèrement acidifiée après avoir été étendue d'eau et débarrassée de mucus, la bile précipite l'albumine, la gélatine, les protéoses (en partie), les alcaloïdes et beaucoup de glucosides qui s'unissent aux acides biliaires.

Composition. — La bile contient deux groupes de substances caractéristiques : les sels à acides biliaires et les matières colorantes biliaires. Elles sont accompagnées de sels minéraux et notamment de sels de fer, de graisses, de savôns, de lécilhine, de cholestérine, etc.; on n'y trouve pas de substances albuminoïdes.

1 000 parties de bile humaine contiennent :

Eau. lîcsiilu soc. Auteurs.

Eau.

Uésidu sec. Auteurs.

86o,o 140,0 Frerichs.

22,6 Jacobscii.

898,1 101,9 Gorup-Besanez.

129,0 Riller.

908,7 91,3 Id.

9oti>7

83 , 3 Hoppc-Seyler

828,1 171,9 Id.

1 000 parties de bile contiennent chez les animaux :

Eau.

Résidu.

Auteurs.

Chien . . 950,60

Spiro.

Hoppe-Seyler.

Porc 888,00

Gundelach et Slrecker.

Berselius.

Oie 800, ao

Marsson.

LA BILë. 554

On a trouvé dans la bile de l'homme pour 1000 parties de 0,30 à II), S de matières minérales ayant la composition suivante :

Fret

ICflJS

KCI

NaCl.

CtKN'aS

POWas

COsCa

(PP»)*Ca« 1 T «

o fi

P»0*Mgj ) ' !>

CaSO* ■ , .

PO»Fc

traces

traces

Cendres totales. . . .

Jftcobsfill

Va 1 u

1 il 1 1 1 1' 1' i'i 1 1 1 1 1 1 11 1 1 1 1 1 ' 111 ii

traces

1 races

Les cendres de la bile renferment de petites quantités de fer 1 00 centimètres cubes de bile contiennent :

Bile de l'homme

Bile de bœuf .

Bile de chien .

For.

o6''oo4 à oeroio

0,062 o,oo3 à 0,006 o,oo63 à 0,0078 0,0021 à 0,0045 0,00094

Auteurs.

Young.

Hoppe-Scyler.

Young, Hoppe-Scyler.

Ivo Novi.

Daslre.

La bile renferme des gaz : 100 parties de bile en contiennent, mesurés à 0° et à 700 mm. de mercure, les quantités suivantes :

CO2 libre.

C02 combine.

Az.

Auteurs.

Chien. . .

. ^"So

oO052

P/lùgrr.

Bogoljubow.

Mouton .

Chien . .

Charles.

Lapin . .

Les acides de la bile y existent surtout à l'état de sels de soude. Ils sont toxiques : introduits directement et en faible quantité dans le sang, ils détruisent les globules rouges dont la matière colorante passe dans les urines; à dose plus élevée ils sont vénéneux! Une partie de ces acides reste dans l'intestin où ils sont dédoublés; une faible proportion est résorbée et détruite dans le torrent circulatoire.

100 parties de bile humaine contiennent :

Glycocholate de Na.

Taurocbolate de Na.

Autours.

Socoloff.

Hoppe-Seyler.

Trifanowski.

Frerichs (Moyenne de 2 analyses).

Gorup-Besanez (Moyenne de 2 analyses).

La quantité de sels biliaires trouvée dans 1 00 cent. cub. de bile a été

Chien (vésicule)

— (bile fraîchement sécrété) Porc (Grundlach el Strecker).

Kanguroo (Schlossberger]

Oie (Mamon) l4>g6o

Python (Vogtenberger et Schlossberger), . . ... 8,460

La cholestérine et les graisses forment de 20 à 30 pour 100 du résidu 6xe, soit 2,5 à 4,5 pour 1 000 de bile fraîcbe. Elles sont dissouteà la laveur des sels à acides biliaires. La cholestérine paraît manquer dans la bile des poissons. Dans 1 000 parties de bile humaine on trou\e ;

Savons. Graisses.

Lécithines.

Cholestérine.

Auteurs.

ifi,3o 3,6 13,90 7,3 14,60 »

Trifanowshi.

Hoppe-Scylei:

Socolofl'.

Frerichs.

ld.

8,îo

Trifanowski.

1 000 parties de bile

de chien donnent :

Savons.

Graisses.

Lécitliincs. Cholestérine.

Bile, de La vésicule.

Bile fraîchement sécrétée

Origine des matériaux biliaires. -- Les matériaux biliaires dérivent des albuminoïdes du sang. Les acides biliaires paraissent provenir des albuminoïdes originaires du dédoublement de l'hémoglobine. Quant aux substances colorantes, elles viennent de l'hématine qui se forme dans ce même dédoublement. On avait depuis longtemps remarqué que le poids des globules rouges humides s'élève dans le sang qui traverse le foie, tandis que celui du fer diminue, ce qui parait bien démontrer une désassimilation de l'hémoglobine dans cet organe. La quantité de bilirubine augmente d'ailleurs dans la bile lorsqu'on injecte dans le sang une solution d'un sel biliaire qui détruit les globules rouges, ou lorsqu'on a recours à l'injection intraveineuse d'eau pure qui produit le même résultat, ou bien enfin si l'on injecte à un animal le sang d'une autre espèce dont l'hémoglobine n'est pas assimilée par lui.

La cholestérine qu'on rencontre dans le lissu nerveux et dans les globules rouges et blancs parait provenir de ces (rois origines.

ACIDES BILIAIRES. 553

Passage de matériaux étrangers dans la bile. — L'eau Injectée dans les veines fait apparaître de l'albumine dans la bile. Les sucres de canne on de raisin introduits dans les vaisseaux s'éliminent aussi partiellement, et pou après, par cette voie II n'en est pas ainsi de la quinine, de l'acide benzoïque, du calomcl. Les métaux vénéneux, plomb, cuivre, arsenic, antimoine, etc., l'iodure de potassium, l'essence de térébenthine, se retrouvent dans la bile, souvent en abondance.

ACIDES BILIAIRES

Les acides de la bile existent dans celte excrétion à l'état de sels de soude. Ils forment deux groupes distincts : les acides glycocholiques et les acides taurocholiques . Nous verrons qu'ils diffèrent légèrement dans chacune des espèces animales.

Les acides glycocholiques sont des corps azotés, mais non sulfurés. Soumis à une ébullition prolongée, en présence d'hydrate de baryte, ils se dédoublent, en fixant de l'eau, en glycocolle et acide cholalique : le glycocolle est, on le sait, un acide amidé.Les acides cholaliques ne sont plus azotés.

Les acides taurocholiques sont azotés et sulfurés. Soumis à une ébullition prolongée en présence d'hydrate de baryte, ils se dédoublent, en fixant de l'eau, en taurine et acide cholalique. La taurine est un acide amidé et sulfuré.

Les acides glycocholiques et taurocholiques sont dans la bile combinés aux alcalis : à la soude chez la plupart des animaux, à la potasse chez quelques poissons de mer.

La bile ne contient pas toujours de l'acide glycocholique et de l'acide taurocholique : dans un grand nombre d'espèces on rencontre surtout, ou exclusivement, les sels de l'un de ces acides. Les biles de veau et de bœuf renferment les deux sortes de sels biliaires. La bile de chien, d'après Streckcr et d'après Hoppe-Seyler, ne contient qu'un taurocholate. Dans la bile de la plupart des mammifères, suivant Bensch, on trouve du taurocholate de soude avec un peu de glycocholate (notamment cbez les moutons). Chez les poissons, silure, morue, perche, esturgeon, on rencontre des taurocholates alcalins avec des traces de glycocholates.

Les sels biliaires sont solublcs dans l'eau et dans l'alcool et insolubles dans l'éther qui les précipite de leur solution alcoolique.

Pour retirer ces sels de la bile, ou peut procéder de la façon suivante : Dans* une large capsule on évapore au bain-marie de la bile de

veau, en présence d'une grande quantité de sablé lavé, el l'on pulvérise (inemenl le résidu. Cette poudre esl épuisée par l'alcool bouillant, cl la solution, décolorée par ébullition sur du noir animal, est jetée sur un filtre. Le filtratum esl évaporé au bain-marie; le résidu est dissous dans une petite quantité d'alcool absolu. L'addition d'éther anhydre £ cette solution alcoolique provoque l'apparition d'un trouble ou d'un pré« cipité résineux amorphe : consérvée quelque temps sous l'éther, cette masse se transforme peu à peu en aiguilles cristallines soyeuses et brillantes qui constituent la bile dite cristalliser ou bile de Plaltner (')j

ACIDE GLYCOCHOLIQU E : CîoHi:!AzOfi

Cet acide cristallise en fines aiguilles et en prismes incolores (fig. 72). A la température ordinaire il se dissout dans 300 p. d'eau et, danî

120 parties à 100°. La solution aqueuse saturée à chaud dépose; l'acide par refroi-dissement sous l'orme cristalline. Il est abondamment solublc dans l'alcool fort : l'eau le précipite partiellement de cette liqueur en flocons qui se transforment en masses cristallines. 11 se dissout très peu dans l'éther qui le précipite aussi de -a solution alcoolique.

L'acide glycocholique est dextrogyre : sa solution dans l'alcool possède un pouvoir rotatoire [a]J = -T-290.

Soumis à Pébullition en présence d'une lessive alcaline, d'hydrate de baryte ou d'acides chlorhydrique ou sulfurique étendus, l'acide glycocholique se dédouble, en fixant une molécule d'eau, en glycocolle et acide cholalique:

Fis

Acide glycocholique

OH*3AzO + U20 = C2IlsAzOâ + C**H*°08

Ac. glycocholique. Glycocolle. Ac. cholalique.

L'action prolongée des acides minéraux, en déshydratant à son tour l'acide cholalique, fait apparaître une nouvelle substance, la dyslysinc CuH3603, matière amorphe qui peut être transformée en acide cholalique par hydratation et qu'on retrouve dans les excréments.

L'acide sulfurique concentré dissout l'acide glycocholique. Si Ton vient à chauffer, la solution se trouble, et il se précipite, sous forme

(l) On doit à Pottcnkofer'une réaction permettant de reconnaître ces acides biliaires, mémo s'ils n'existent qu'en solution 1res étendue, comme dans les urines des ictériques : ou l'indiquera ù propos de la recherche cl de l'analyse de la bile (p. 567). *

A.CIDES BILIAIRES. 55.5

de o-outteletles oléagineuses qui se concrètent ensuite, un anhydride de l'acide glycoeholique : Vaçide cholonique CÏÏ^AzO8.

L'acide glycoeholique se dissout facilement dans les solutions d'alcalis et de carbonates alcalins. Les glycocholates d'alcalis sont solubles dans l'eau, solubles dans l'alcool, insolubles dans Féther. Us se déposent bar concentration de leurs solutions alcooliques en fins prismes à quatre laces. L'éther précipite ces solutions en niasses amorphes <|iii cristallisenl ultérieurement. Les solutions aqueuses des glycocholates alcalins ne sont pas précipitées par les sels alcalino-terreux ; elles le sont par l'azotate d'argent, les sels cuivriques, les sels ferreux. L'acétate neutre de plomb précipite abondamment, mais non totalement, les glycocholates. 11 se fait une masse amorphe soluhle dans l'alcool chaud, se déposant partiellement, par refroidissement de la solution alcoolique, partie en poudre, partie en flocons.

Comme l'acide glycoeholique, les glycocholates possèdent un pouvoir rotatoirc dextrogyre. Pour le glycocholatc de soude, ce pouvoir rotatoire est de [a]} = -+- 25°, 7.

Le glycocholatc de soude, qui n'existe pas dans la bile des carnivores, est abondant dans la bile de veau. C'est donc en partant de cette dernière, où il se trouve d'ailleurs mélangé au taurocholate de soude, qu'on prépare l'acide glycoeholique. Les principales méthodes sont les suivantes :

1° On fait la bile cristallisée de Plattner (p. 554); on dissout ces cristaux dans l'eau, et on ajoute à cette solution de l'acide sulfurique étendu jusqu'à ce qu'il se produise un trouble persistant; il se réduit, au bout de quelques heures, en groupes d'aiguilles et gouttelettes huileuses. On jette sur le filtre; on lave à l'eau froide, et lorsque la masse est devenue blanche, on la dissout dans l'eau chaude : par refroidissement, on obtient de belles aiguilles d'acide glycoeholique (Strecker).

2° On peut précipiter la bile de veau fraîche par une solution d'acétate de plomb, laver le précipité à l'eau et le dissoudre dans l'alcool. Dans la solution alcoolique on fait passer un courant d'hydrogène sulfuré et l'on jette sur le filtre pour séparer le sulfure de plomb ; le filtratum alcoolique est additionné d'eau jusqu'à formation d'un trouble persistant. Ce trouble se résout en un précipité qui lui-même se transforme en aiguilles cristallines d'acide glycoeholique (Strecker) (').

(') Le procédé suivant est dû à Gorup-Bcsanez. On évapore la bile de bœuf, le résidu est épuisé par L'alcool à 90 pour 100; celle solution est évaporée, et le nouveau résidu, repris par l'eau, est additionne d'eau de chaux et soumis à une douce chaleur. Dans ces conditions le pigmenl se précipite. On jclto sur un filtre ; le filtratum après refroidissement est additionné d'acide chlorhydrique étendu jusqu'à formation d'un trouble et abandonné à lui-même. Au bout de quelques heures, le liquide est rempli d'une masse d'acide glycoeholique qu'il ne reste qu'a laver à l'eau. (Gordp-Besanez, Maly's Jahresb., f. Th. Ch., 1871, 225.)

ACIDE TAUROCHOLIQUE : C-';H4:'AzS07

L'acide taurocholique (acide cholé inique de Demarçayel de Strecker) peut être obtenu, mais difficilement, sons forme de lincs aiguilles cristallines. 11 est très solublc clans l'eau et dans l'alcool; il esl insoluble dans l'éther, qui le précipite de sa solution alcoolique. Cel acide esl dextrogyre.

Soumis à l'ébullition en présence d'une lessive alcaline, d'eau saturée de baryte, d'an acide étendu, ou même avec de l'eau seule, l'acide taurocholique se dédouble en fixant une molécule d'eau en un acide amidé, la taurine (C'rFAzSO3 ou AzrP-OT-SO'H) et acide cholalique :

Ca«H*"ÀzS07 + 11*0 = GaH*AzS0* + CMH*>0"

Ac. taurocholique. Taurine. A. . cholalique.

Plus facilement décomposable que l'acide glycocholique, l'acide taurocholique n'a pu être préparé assez pur pour être analysé à l'état isole On ne connaît donc sa composition que par l'étude de ses produits de décomposition ou par ses combinaisons salines.

Les taurocholates d'alcalis sont solubles dans l'eau et dans l'alcool ; par évaporation de leur solution alcoolique, ils se déposent cristallisés. Insolubles dans l'éther, ils sont précipités par lui de leur solution alcoolique en masses amorphes se transformant en aiguilles cristallines.

Les solutions aqueuses de taurocholates alcalins ne sont pas précipitées par le sulfate de cuivre, par l'azotate d'argent ou par l'acétate neutre de plomb ; l'acétate basique de plomb fournit au contraire avec elles un précipité soluble dans l'alcool bouillant.

Comme l'acide taurocholique, les taurocholates possèdent un pouvoir rotatoire dextrogyre : pour le taurocholatc de soude dissous dans l'alcool, ce pouvoir rotatoire spécifique est de [a]j=-f- 24°, 5.

Ce dernier sel existe dans la bile de bœuf à côté du glycocholate. Dans la bile de chien, le taurocholate de soude se rencontre seul.

Pour préparer l'acide taurocholique, on se sert généralement de cette dernière bile. Évaporée à siccité, elle laisse un résidu qu'on épuise par l'alcool ; la solution alcoolique est décolorée par le noir animal puis évaporée. Le nouveau résidu est dissous dans l'alcool absolu et la solution alcoolique précipitée par l'éther. On obtient ainsi une masse de taurocholate de soude qui cristallise peu à peu. Pour en retirer l acide taurocholique, on dissout ce sel dans l'eau et on le précipite par l'acétate basique de plomb en présence d'ammoniaque. Le précipité séparé par le filtre et lavé est mis en suspension dans l'alcool et traité par EPS. Le tiltratum est additionné d'éther qui précipite une matière sirupeuse

ACIDKS BILIAIRES. 557

dans laquelle se forment bientôt des cristaux ayant l'apparence de fines aiguilles soyeuses qui se liquéfient rapidement au contact de l'air.

On peut aussi se proposer de retirer l'acide taurocholique de la bile de bœuf où son sel sodique est mélangé au glycocholate de soude. L'acétate neutre de plomb, nous l'avons vu, précipite abondamment l'acide glycocholique de ses solutions aqueuses mais non l'acide taurocholique. L'addition ultérieure d'acétate basique de plomb à la liqueur, débarrassée par ûltration du précipité obtenu par l'acétate neutre, détermine la formation d'un nouveau précipité contenant encore un peu d'acide glycocholique et l'acide taurocholique. Pour les séparer, il faut opérer par précipitations fractionnées. On met le précipité en suspension dans l'alcool, et on le traite à refus par 1PS. La liqueur alcoolique filtrée est additionnée d'éther qui précipite les deux acides qu'on redissout dans la soude étendue. La solution est à son tour mêlée d'acétate de plomb, puis peu à peu d'acétate basique jusqu'à ce que le précipité commence h s'agglutiner. À ce moment tout l'acide glycocholique a été précipité avec une partie de l'acide taurocholique ; il ne reste plus en solution que du taurocholate de soude. La liqueur filtrée est additionnée de nouveau d'acétate basique de plomb et traitée comme nous l'avons indiqué à propos de la préparation de l'acide taurocholique en partant de la bile de chien.

AUTRES ACIDES BILIAIRES

On a décrit dans la bile de différents animaux des acides biliaires voisins des acides glycocholique et taurocholique. C'est ainsi que la bile de porc contient un acide hyoghjcocholique C27fP3AzOs ('), se dédoublant par hydratation en glycocolle et acide hyocholalique C^H'^O4 et un acide hxjolaurocholique C27H43Az06 se dédoublant en taurine et acide hyocholalique qui diffère légèrement de l'acide cholalique de la bile de bœuf.

De même dans la bile de l'oie on trouve un acide spécial, l'acide chénotaurocholique.

La bile de l'homme enfin contiendrait, d'après quelques auteurs, des acides qu'il conviendrait de distinguer des acides de la bile de bœuf.

ACIDE CHOLALIQUE : G^'H'^O3 — ACIDE CHOLÉIQUE : Ca3H4iî04 ACIDE FELLIQUE :

Ce ne sont plus des acides biliaires, mais des dérivés immédiats de ces acides.

(') Ou même, d'après Jolin, deux acides hyoglycocholiques.

•rù« DIGESTION.

Acide cholalique. — L'acide cholalique ou cholique est, on l'a vu, le produit de dédoublement commun des acides glycoeholique el fcaurocholique. Les acides hyocholalique et chénockolalique Lui correspondent et jouissent de ses principaux caractères,

On prépare l'acide cholalique on faisant bouillir 24 heures la bile de bœuf cristallisée avec de l'hydrate de baryte. On ajoute alors à la liqueur un excès d'acide chlorhydrique qui précipite l'acide cholalique à l'étal impur; on le lave à l'eau, on le redissout dans la soude et on le reprécipite par un acide minéral. Le dépôt formé est recouvert d'éther; l'acide cristallise peu à peu. On l'égoulte à la trompe; on le redissoul dans l'alcool chaud et on ajoute de l'eau à cette dissolution jusqu'à ce qu'il se forme un trouble persistant ; par refroidissement, l'acide cholalique cristallise. On le connaît aussi sous la forme amorphe.

La solution dans l'étirer de l'acide amorphe donne des prismes quadrangulaires terminés en biseaux. De sa solution alcoolique chaude, il se sépare des tétraèdres qui deviennent opaques à l'air. C'est un alcoolate qui répond à la formule C^O5 -h C2H60 {Mylius). Mais ce corps perd son alcool par ébullition avec l'eau et devient anhydre. Dissous danl'acide acétique bouillant et dilué, il forme l'hydrate G24H*°05,H20 (' i. S: solution dans l'alcool absolu donne des croûtes cristallines d"acide cholalique anhydre. Il fond à 195°. Le pouvoir rotatoire spécifique de l'acide anhydre est [a]„ = -+- 35°.

L'acide cholalique est un peu soluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool et môme dans l'étirer. Une ébullition prolongée avec les acides ou une température maintenue à 200°, lui font perdre 2 molécules d'eau et le transforment en dyslysine CS1HS803 :

C2lH4°05 = alPO + Cs*HseOs.

L'acide cholalique est monobasique et biatomique. On connaît le cholalate cPétkyle C2iH39(C2Hs)03; la cholalamide C24H39(AzH2)0\ etc. Le cholalate de baryum se dissout dans l'eau; celui de calcium est un peu soluble dans l'alcool bouillant.

Si l'on chauffe l'acide cholalique avec les alcalis concentrés, on obtient des hydrocarbures huileux présentant la réaction de Pettenkoffer qui leur est commune avec l'acide lui-même. Il se fait en même temps un mélange depalmitate, propionate, acétate et formiate alcalins.

Traite-t-on l'acide cholalique par de l'acide nitrique chaud aussi longtemps qu'il se dégage des vapeurs nitreuses, on le transforme en un nouvel acide qui cristallise en lamelles étroites : c'est l'acide choléo-camphorique. Il répondrait à la formule C10H16O\ Latschinoff, qui l'a

(») Bull. Soc. chim., t. XUX, p. 58.

ACIDES BILIAIRES

découvert, le considère comme un isomère de l'acide camphorique; il es1 bibasique comme celui-ci et dextrogyre. Chauffé avec les acides chlorhyprique et sulfurique, il se déshydrate et reproduit l'acide cholalique.

Suivant Tappcincr, l'oxydation de l'acide cholalique, par le bichromate de potasse et l'acide sulfurique; donnerait trois nouveaux acides : ['aride cholestérique CTOf), Y acide pyroeholestévique C'IH)7 et V acide cholanique CS0Hî80B qui forme des flocons solubles dans l'alcool et dans l'éther. Les acides palmitique, stéarique et acétique apparaissent en même temps (2). Enfin, l'oxydation ménagée de l'acide cholalique donnerait Vacide déhydrocholalique CuEF*05, qui fournit par oxydation Vacide bilianique G24HS4P8 f) auquel Mylius attribue la constitution C211F"02(C02H)3.

En oxydant l'acide cholalique par l'acide nitrique, Hammarsten a obtenu Vacide déhydrocholalique Ç24IFOB qui paraît répondre à la constitution C^H^OtGO^HXCOH)2.

Cet acide cholalique jouit donc d'une double fonction alcoolique. D'après ce fait, et en tenant compte de ses produits d'oxydation successifs. Mylius lui attribue la formule C«fl»(0H) (C02H) (CH2-OH)2.

Acide choléique C8*H4î04. — Dans la préparation de l'acide cholalique avec la bile de bœuf, on obtient en même temps que l'acide cholalique une petite quantité d'un autre acide auquel Latschinoff a donné le nom acide choléique. On le purifie en passant par le sel de baryum. Son oxydation ménagée laisse environ 50 pour 100 d'acide cholanique C25H580\ mais pas d'acide bilianique C25fl420 (4).

Acide fellique C23IIi004. — Dans les produits qui résultent de la décomposition des acides biliaires par les acides, à côté des acides cholalique et choléique, on trouve encore l'acide fellique C23H4004. Il dérive d'une substance existant en petite quantité dans la bile, et qui se rapproche beaucoup des acides glychocholique et taurocholique. Ce troisième acide biliaire se sépare, grâce à ses sels de baryum ou de magnésium qui sont moins solubles que les cholalates correspondants. L'acide fellique est dextrogyre, de saveur amère, fusible à 120°. La chaleur le décompose en émettant des vapeurs à odeur térébenthinée. Il se colore en bleu par la réaction de Pettenkoffer.

Acide lithofellique C20IFr'04. — On rencontre quelquefois, dans la panse des ruminants et dans leurs intestins, des calculs presque entiè-

(') Il ne faut pas le confondre avec un produit d'oxydation de la cholcstérine, CS6H4204, qui |iortc aussi le nom d'acide cholestérique.

(3) Voir à ce sujet Bull. Soc. chim., XXXVIII, 131.

Voir sur ces corps divers les mémoires, Bull. Soc. chim., XLVI, 818 et 874; et XL1X, 60 el 834. — Ibid., 3" série, t. II, p. 771, pour les isomères a cl (3 de l'acide hyocliolalinuc.

(*) Bull. Soc. chim., t. KLIX, p. 50.

rement formés d'un corps très voisin de l'acide cholalique, et auquel oq a donné le nom d'acide lithofellique. Il forme la majeure partie des bézoards orientaux extraits de l'estomac de certaines chèvres bouquetins cl antilopes sauvages. Ces concrétions, épuisées par l'alcool bouillant, cèdent, à ce dissolvant l'acide lithofellique qui cristallise en croûtes dures formées de rhomboèdres aigus à (i pans. L'acide lithofellique est insoluble dans l'eau; il fond à 205°.

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