CARACTÈRES DES URINES
ou orange; l'alizarine, le bois do campêche, la liqueur dite bitler, en rouge; les phénols, en vert olive plus ou moins noir.
L'odeur des m ines est légèrement aromatique. La térébenthine lui donne un parfum de violette; les asperges la rendent fétide ; beaucoup- de baumes lui communiquent leurs odeurs.
La densité des urines est variable. Elle peut tomber normalement à 1003 et monter, par exception, par exemple après des repas copieux ou des marches forcées^ jusqu'à 1040. Chez les enfants qui teltent elle oscille de 1003 à 1 0Ô5 ; chez l'enfant sevré, elle monte à 1012 et à ' l 015. L'urine de la nuit est plus dense que celle du jour. La densité des urines augmente avec les sueurs abondantes; elle baisse sous l'influence des états nerveux, des boissons aqueuses, etc.
Quantité. — L'homme adulte sécrète en France de 1 250 à 1 350 cent. cub. d'urine par 24 heures. Un kilogramme d'homme en sécrète donc moyennement 19 gr. par jour. Le volume journalier des urines s'élève en moyenne à 1 600 cent. cub. en Allemagne où le poids du corps est plus élevé et les libations plus abondantes. Il est de 1 400 à 1 500 en Angleterre. Ces quantités varient avec l'alimentation, l'état de la peau, la température, le repos ou la marche, etc. Le volume de l'urine des 24 hrs oscille de 800 cent, cub., quand on s'abstient de boissons, à 3000 cent, cub. quand on boit beaucoup. En somme, à l'état normal, l'adulte émet environ 0CC,87 d'urine par heure et par kilogramme. Le sexe n'influe pas sur ce chiffre ; mais l'enfant sécrète une fois et demie à deux fois plus d'urine que l'adulte pour un même poids.
Cette sécrétion subit des variations horaires , elle atteint son maximum peu d'heures après les repas, tombe au minimum et devient presque nulle dans les premières heures de la nuit, puis monte rapidement vers 1 à 2 heures du matin. En somme on urine moins la nuit.
Les boissons, particulièrement les boissons aromatiques et les liqueurs mousseuses (thé, café, bière, Champagne), sont diurétiques. L'alcool, la scille, le genièvre, les asperges, la pariétaire, le muguet, le persil, la térébenthine, les chlorures et bromures alcalins, l'acétate, le nitrate, t'iodure de potassium, accélèrent l'urination. Les émotions agissent par action réflexe pour accroître tout à coup la sécrétion rénale.
Composition et variation des urines normales.
L urine humaine est acide. Deux maximums d'acidité se produisent 2 à :! heures après les principaux repas; les minimums au moment même Bes repas. L'acidité remonte lentement après les repas, quelle qu'en soit la nature, et prend durant la nuit et la matinée une valeur moyenne. Us minimuns correspondent aux deux repas principaux, c'est-à-dire aux moments où la digestion verse dans l'estomac un excès d'acide chlor-
A. Gautier. — Chimie biologique.
r,94 lilUNES.
hydrique et tend à alcaliniser le sang. 1rs bains chauds, La sudation, en produisant des sueurs acides, agissenl de même.
En ce (|iii touche à l'alimentation, on sait que les carnivores, lorsqu'on les soumet à un régime végétal, donnent une urine alcaline^ et que par contre, les herbivores nourris de viande ou soumis au jeûne produisent une m ine acide. L'alimentation végétale introduit, en effet, dans le sang une grande quantité de sels organiques de potasse ou de soude qui, dans l'organisme, se changenl définitivement en carbonates.
L'élimination tic ces carbonates par les reins peut être parfois assez considérable pour diminuer ou neutraliser l'acidité des urines^ on même pour leur communiquer une réaction alcaline. La marche, Le régime lacté, les boissons alcooliques, l'iodure de potassium augmentent au contraire l'acidité de celle sécrétion.
L'acidité totale des urines des 24 heures, évaluée en acide oxalique, est d'environ 2 gr. chez l'homme; mais elle peut s'élever presque au double.
11 est difficile de savoir à quelles substances les urines doivent leur réaction acide. Liebig admettait (pic les acides hippurique et uriqud
sont unis aux phosphates d'alcalis de L'urine donnant des hippuro-phosphates et des urophosphates, sels à réaction acide. Au contact de l'air, ces sels se dissocieraient sous l'influence du gaz carbonique; ainsi s'expliquerait l'augmentation d'acidité et le dépôt d'acide urique qu'on observe parfois dans l'urine après son émission. On admet aujourd'hui que la réaction acide de l'urine est duc à un phosphate acide d'alcali. Grâce à ces «xcoccoo phosphates les urines ne contiennent pas
Fig si. — Micrococcus ureœ de d'acide carbonique libre. Les solutions l^ttZjX-"^- ^euses de ce gaz font passer au violet le ment[iactique (globules c pn- rou«c congo, ce que ne font pas les urines.
mes en leur milieu). . " P , . . , • „ r.j|
Apres leur émission les urines peinent subir, sous l'influence des ferments organisés ambiants (fig. 81), des transformations diverses. On voit souvent la réaction de cette liqueur augmenter d'abord d'acidité, grâce au développement des fermentations lactique et butyrique ; mais plus tard cette réaction devient franchement alcaline (') par suite de la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque sous l'influence des microbes spéciaux qu'apporte 1 air.
L'urine contient de 43 à 44 grammes de matériaux fixes par litre, sur lesquels 25 à 26 gr. d'urée, et 10 à 11 gr. de chlorure de sodium. Les quantités de ces substances sont indiquées dans le tableau suivant :
!') Compl. rend.. LXXXII, 333 et CXI, 307.
COMPOSITION DES URINES. 595 Tableau des substances de l'urine normale humaine (Densité mo?/. = 1,020)1
Eau :
>ar kilogr, d'urine, 'ar jour
Matières organiques :
Par kilogramme
d'urine. ... 28 à 3o8' Par jour. ... 36 à 38»'
Sels minéraux :
I Par kilogramme
d'urine ... 16 à 178' Par jour. ... 20 à 21e'
Urëc '
Acicle in ique ,
— hippurique . . . . , Créatinine (et cïéatine) .
Xanthine et corps analogues, Matières colorle,ct extract"', Acides gras volatils . . .
Acide oxalique
Phénols-sulfates
Indoxyl- et scatoxyl-sulfates , Acide paroxyphénylacétique ,
Glycose
Mucus; pepsine
Acides gras; glyccrophosph'c
Chlorure de sodium . . . .
Sulfates alcalins
Phosphate calcique . . . .
— magnésique. . .
Phosphates alcalins . . . .
Sels ammoniacaux
Acide silicique ....
Moyennes nnr kilogr.
d'urine
Moyennes corres-
pnndanl à
i\ heures
Moy. par kgr.
du
poids 1 1 11 corps d'ap. Parkes
o56er
0 1 non
0, 5oo
■ très peu \ très peu > très peu
Gaz (0; CO2; Az).
3,io
traces ;
traces
(Cl) 0,0126 (SO3) o,o3o (P20*) 0,048
Pour l'Allemagne, il faut proportionnellement multiplier tous ces (Chiffres à peu près dans le rapport de 13 à 15, soit par 1,015. Chaque [ pays aurait ainsi son coefficient spécial.
Il est intéressant de comparer la composition des urines, du plasma ■sanguin et du sérum de la lymphe chez un même animal à un moment donné. Voici pour l'homme des chiffres empruntés à Vogcl et Kerner :
Urines.
Eau 960,00
Hlatières albuminoïdes. ... »
Fibrine »
Urée 23, 3o
Acide urique o,5o
Chlorure sodique 11,00
Acide phosphorique 2,3o
— sulfuriquc i,3o
Phosphates terreux .' .... 0,80
A l'état normal, les proportions des matières dissoutes par l'urine
Plasma
Sérum
• lit sang.
de lymphe.
varient suivant les diverses circonstances que nous allons examiner.
A(je. — Do 12 cent. euh. chez le nouveau-né, la quantité d'urine passe à 04 ou 65 au 10° jour après la naissance La sécrétion augmente chez l'enfanl : vers la 4 2e année, elle est presque double que chez l'adulte pour un même |>ouls du corps. Los matières dissoutes croissent proportionnellemenl : l'urine de l'enfanl de 8 à 10 ans es! une fois el demie plus riche en urée que celle de l'adulte. Chez le vieillard elles deviennenl moins abondantes et l'urée tombe à 15 gr. et même à 10 gr. par jour.
Sexe. — Chez la femme, la quantité relative des principes constitutifs de l'urine esl un peu plus faible. L'urée oscille entre 18 gr. el 22 gr., au lieu de 25 et 28 grammes, par 24 heures. Le sel marin tombe de I î à 12 gr. Les autres éléments constitutifs varient en même proportion.
Alimentation. — Nous avons vu comment elle agit d'une façon générale sur la quantité et l'acidité du liquide urinaire. On y reviendra en étudiant les variations de chaque principe.
Fonctions diverses. — Le travail musculaire n'augmente pas sensiblement l'urée ; elle diminue même par un exercice forcé. L'acide in ique disparaît en partie lorsqu'on travaille; la créatine ne varie pas sensiblement; les chlorures, sulfates et phosphates augmentent ainsi que l'acidité. Le travail intellectuel ferait croître l'urée et les chlorures el baisser le poids de l'azote et de l'acide phosphorique total. Le sommeil diminue la quantité d'urines, d'urée, de chlorures, de phosphates el de sulfates. On a vu que la cligestion et la sudation tendent à affaiblir l'acidité de la sécrétion urinaire.
Température. — L'élévation de la température extérieure diminue la quantité d'urine et les proportions relatives d'urée et de sel marin.
Action des réactifs principaux sur les urines. — A la
température d'ébullition, l'équilibre existant entre les différentes basei et les acides de l'urine peut être rompu : un phosphate tribasique terreux peut prendre naissance et se précipiter. Les acides les plus faillies, acide acétique, acide azotique très étendu, font disparaître ce louche]
Les alcalis et leurs carbonates font naître dans les urines un trouble ou un dépôt de phosphates terreux, soluble dans les acides.
Les acides acétique, nitrique, chlorhydrique ne produisent aucun louche dans les urines normales. L'acide acétique ajouté en petite quantité précipite, ou fait contracter, la mucine qui en enveloppant les épi théliums et autres matières en suspension, les entraîne lentement au fond du vase. L'urine acidifiée parmi petit excès d'acides minéraux se fonce déjà à froid, et tend vers le brun violacé. Dans ces urines acidifiées au bout de quelques heures l'acide urique des urates s'attacbl généralement au fond du verre à l'état de cristaux fortement colorés.