DOSAGE DE L'URÉE
La liqueur d'hypobrômite alcaline qu'on emploie, .se, fait on mélangeant :
Lessive de soude caustique . . . iooc.c.
Eau distillée bouillie 170 —
Brome 10 —
Ce réactif doit se préparer en évitant loul échauffemerit. Il no peut se conserver.
En opérant ainsi qu'on vient de le dire, on devrait, pour 1 gramme d'urée, recueillir 374 centimètres cubes d'azote mesuré à l'état sec, à 0° et 760 mm. de pression ; en réalité on en obtient seulement 365cc,5 (').
Soit. V le volume du gaz dégagé exprimé en centimètres cubes et mesuré sur l'eau à t°; soit fia tension de vapeur d'eau à cette température, et H la pression barométrique; la quantité d'urée U sera exprimée en grammes par l'équation :
1 x V(H-jT)
365,5 760(1 -f o,oo366 l)
Ce procédé exact pour les solutions aqueuses d'urée si l'on applique les corrections qu'on vient d'indiquer, ne l'est pas pour l'urine, car dans ces conditions, la plupart de ses matières azotées (sels ammoniacaux, créatinine, acide urique, matières extractives) sont ou totalement ou en partie décomposées. Pflûger a proposé, dans ce cas, d'enlever d'abord les matières azotées autres que l'urée par l'acide phosphotungstique, et de doser ensuite l'urée par l'hypobromite.
Ces diverses méthodes sont assez précises, mais elles ne sont applicables qu'au laboratoire. A l'hôpital il convient de les simplifier. Pour cela, l'on emploie généralement, en Allemagne, l'appareil dit de Hùfner, compliqué et délicat à manier. En France, les appareils de Régnard ou de Thierry et surtout celui de Moreigne (2) le remplacent avantageusement. Mais on recourt le plus souvent à l'appareil d'Yvon. Il se compose d'un tube A (fig. 84) de 40 centimètres de haut, ouvert à ses deux extrémités et portant en son quart supérieur un robinet de verre r. Ce tube est divisé au-dessus et au-dessous du robinet en dixièmes de centimètre cube. 11 est maintenu verticalement par une pince sur une longue cuve à mercure D. On remplit d'abord de ce métal la partie inférieure A du tube en ouvrant le robinet r cl abaissant le tube dans le mercure, puis on verse dans la partie ouverte et vide B l'urine généralement étendue de
(') C. Méhu cl Fauconnier oui montré, en effet, qu'il se fail loujours clans celle réaction un.: petite quantité d'azolile alcalin qui diminue d'autant la proportion d'azote qui se dégage lis ont proposé, pour empêcher cette réaction secondaire, d'ajouter à la solution d'urée ou d urine, a analyser 5 à 6 pour 100 de glucose (CompL rend., LXXXIX, 175). M. Fo'ntan admet qu'il se produit aussi un peu d'acide cyanique.
C'est un azotomètre entièrement plongé dans l'eau pour éviter diverses causes d'erreurs Voir Moreigne, Thèse tir Paris, 1895, p. 141.
A. Gautier. — Chimie biologique. ;i
9 volumes d'eau (urine au 10°) et l'on mesure exactemenl son volume sur h graduation (on doit prendre environ 5 centimètres cubes); en (''levant alors un peu le tube ÀC et ouvrant avec précaution le robinel r, on fait pénétrer l'urine diluée au-dessous du robinel en ayanl grand soin de ne pas laisser rentrer l'air. On lave la partie l> du tube avec quelques
centimètres cubes d'eau qu'on laisse encore couler en A et l'on verse enfin en B le réactif ci-dessus (liqueur d'hypobromite) (environ le volume de l'urine diluée employé, et tanl que le mélange avec l'urine ne prend pas une teinte jaune franc). Au contact du réactif, l'urée se décompose aussitôt; son azote se dégage au-dessous du robinet r.
Quand ce dégagement a cessé, on ferme avec le pouce l'extrémité inférieure du tube B A, on agite vivement, et on laisse couler mercure et liqueur sur une rare à eau. Quand les niveaux intérieur et extérieur ont été mis en coïncidence, on fait la lecture du volume d'azote.
En multipliant ce volume, exprimé en cent. cub. à 15° et dans ces conditions, par 0gr,00285, on a le poids de l'urée à quelques centièmes près^).
Mais il vaut mieux, pour éviter des corrections délicates, refaire comparativement la même expérience avec une solution titrée contenant 2 gr. d'urée pure par litre. On lit le volume d'azote obtenu dans les mêmes conditions que ci-dessus et, par un simple rapport, on conclut à la quantité d'urée qui existait dans le volume d'urine en expérience. On supprime ainsi les corrections que comporte la méthode. Toutefois dans cette dernière façon d'opérer, la quantité centésimale d'urée trouvée sera toujours un peu forte, les sels ammoniacaux de l'urine donnant tout leur azote en plus, l'acide urique la moitié du sien, et les autres substances urinaires azotées perdant, sous l'effet du réactif, une partie sensible de ce même gaz(*).
(*) Théoriquement 1 gramme «l'urée devrait donner, à 0° et 760 millimétrés, un volume .le n71 centimètres cubes d'azote sec; en réalité on n'obtient que ;i5'2 à 354 centimètres cubcsj (*) Voir pour le dosage de petites quantités tTurco, CçMpt. remt., XÇYIH, 1813.
Fie. 84. — Oréomètre d'Yvon.