ORIGINE ET SORT DES GRAISSES
Lorsqu'on fait absorber ch. phosphore à un animal on constate que, l'alimentation n'étant pas changée, la quantité d'azote éliminée chaque jour augmente considérablement (indice (l'une augmentation considérable de la destruction des substances protéiques) en même temps que se déposent des graisses abondantes dans les tissus. Ces graisses proviennent des substances protéiques.
Les albuminoïdés peuvent donc subir dans nos tissus la transformalion en ^misses. Elle se fait sans intervention de l'oxygène, à peu près comme cela a lieu pour les cellules du testicule après l'opération du bistournage. L'organe ne recevant plus de sang, finit des lors par subir la dégénérescence graisseuse qui l'envahit tout entier
La production des corps gras aux dépens des albuminoïdés chez les grands animaux a été indirectement établie par Boussingault, puis par Pettenkoffer et Voit. Us ont prouvé que chez l'animal qu'on engraisse, tandis que la presque totalité de l'azote ingéré se retrouve dans les urines et les fèces, on n'obtient pas la totalité du carbone absorbé en ajoutant celui qui existe dans ces deux excrétions a celui de l'acide carbonique expiré et perspiré. 11 faut donc qu'une partie de ce carbone se fixe dans l'économie a l'état de graisse que l'on voit, en effet, apparaître et augmenter dans les divers tissus.
Nous avons donné, p. 733, les raisons qui nous font admettre qu'une partie de ces principes gras peut se former dans les tissus aux dépens des albuminoïdés, grâce à une simple hydratation qui disloque ces dernières substances en principes gras, sucres, urée (ou autres matières azotées) et acide carbonique. Ce phénomène se passe certainement dans les muscles et les autres organes lorsqu'il n'y pénètre pas une quantité suffisante d'oxygène. Cette transformation des albuminoïdés en graisses arrive à son maximum si l'on introduit dans l'économie certains poisons qui, tels que le phosphore, l'arsenic, etc., s'opposent à l'oxydation des tissus. Ceux-ci subissent dès lors, avec une très grande rapidité, la dégénérescence adipeuse.
Les corps gras disparaissent de l'économie par oxydation après avoir subi, en présence du ferment saponificateur du sang ou lipase, un dédoublement en glycérine et acides gras ; ces derniers s'unissent à l'alcali du plasma sanguin. Ces sels du sang à acides gras sont ensuite oxydés suivant la loi de Wœhlcr, surtout en présence du ferment oxydant des <r|obides rouges de Cohnstein et Michaelis. D'après Chauveau et R. Du-
1 Nous avons montre avec M. Elartl, que clans la fermentation bactérienne, les graisses animales disparaissent aussi bien que les substances protéiques, et que les corps gras naturels sont remplacés par de l'acide palmitique privé de tout autre acide gras, et formé aux dépens des matières albuminoïdés. Les cellules des bactéries de la fermentation anaérobie ont donc cette propriété de transformer la viande en acides gras, mais non en graisses.
bois, une partie des graisses passerait à l'état d'hydrates (Je carbone dans certains cas. Nous avons exposé celte hypothèse p. 750.
NUCLÉINES; PROTAGONS; LÉCITH I N ES
Quoique les nucléines proviennent par un premier dédoublement des nucléoalbumines, nous pouvons les considérer comme des substances plastiques puisqu'elles se rencontrent dans les noyaux de cellules, la tête des spermatozoïdes, etc.
Les jeunes cellules de l'économie renferment toujours dans leur protoplasma des substances appartenant au groupe des nucléoalbumines. On sait que sous l'influence de divers agents ces protéides peuvent se décomposer en substances protéiques d'une part, et nucléines de l'autre. Il semble que ces dernières existent surtout dans les noyaux cellulaires. Les nucléines peuvent elles-mêmes être dédoublées en substances protéiques et acides nucléiniques ou nucléines de Miescher.
Enfin les acides nucléiniques donnent à leur tour parmi leurs produits de décomposition les bases de la série xanthique (xanthine, sarcinc, guanine, adénine, etc.).
11 suit de là que les nucléoalbumines de l'économie ou bien proviennent de celles qui sont absorbées en nature par l'alimentation végétale ou animale (ce qui est peu probable puisque les sucs digestifs les dissocient en nucléines et albuminoïdes qui se peptonisent) ; ou plutôt, qu'elles se forment dans l'économie, de même que les autres protéides, par l'union d'albumines spéciales avec les acides nucléiniques dérivés eux-mêmes de produits de désassimilation commençante des bases xanthiques unis à l'acide phosphoglycérique. On sait que les bases xanthiques sont elles-mêmes reliées aux uréides dont nous déterminerons plus loin l'origine.
11 en est de même du protagon et des lécithines, substances constitutives du tissu nerveux, mais qui se retrouvent dans beaucoup de cellules, en particulier dans les globules rouges et blancs du sang. Comme les nucléoalbumines les protagons se dédoublent en albumines, lécithines phosphorées et acides gras divers (Voir p 161). Ces protagons paraissent avoir une origine analogue aux nucléoalbumines ; mais ici le noyau xanthique est remplacé par un noyau névrinique ou bétaïnique emprunté à un autre mode de dédoublement de la molécule albuminoïde, dédoublement que nous avons analysé en parlant de ces substances (p. 161 et 164).