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GENÈSE DE L URÉE

Nous nous sommes déjà expliqués à plusieurs reprises sur l'origine de l'urée. A propos des phénomènes d'hydratation en particulier, nous

GENÈSE DE L'URÉE. m avons montré (p. 732) que cette substance provient indirectement, en partie du moins, et sans intervention d'aucun phénomène d'oxydation, de l'hydratation de la molécule albuminoïde que l'eau disloque en complétant chacun des radicaux de dédoublement de la molécule. A propos de la production des bases créatiniques el uriques, dérivées elles-mêmes des corps albuminoïdes par une série normale de phénomènes où l'eau seule intervient, nous venons (p. 709 et 770) de montrer dW façon précise par quel mécanisme l'urée provient des substances protéiqùes, -ràce à des hydratations successives, les corps créatiniques et uriques servant d'intermédiaires. Les transformations, déjà signalées dans cet Ouvrage, de la créatine, de la lysatinc, de l'arginine en urée et en acides lactiques ou homologues, sont une démonstration expérimentale directe di' cette origine anaérobic de l'urée dans l'économie par simple dédoublement hydrolytique des corps protéiqùes.

D'ailleurs la destruction par voie d'hydratation des corps albuminoïdes soumis, à l'abri de l'air, à l'action des bactéries putréfactives fait passer, on l'a vu, la presque totalité de l'azote de ces matières à l'état de carbonate d'ammoniaque, c'est-a-dire d'urée hydratée; or l'on sait que la plupart de ces bactéries contiennent un ferment ammoniacal apte à transformer l'urée en carbonate d'ammoniaque. Il est donc très probable que dans ces fermentations putrides, l'urée se produit tout d'abord, et que ce n'est que postérieurement qu'elle s'hydrate pour donner le carbonate d'ammoniaque qu'on observe. La preuve en est d'ailleurs que ceux qui parmi ces êtres anaérobies ne contiennent pas le ferment ammoniacal, tels que les tyrothrix, fabriquent par destruction des albuminoïdes à l'abri de l'air, en même temps que les autres produits de fermentation putride habituels bien des fois signalés, une close notable d'urée qui vient remplacer une quantité proportionnelle de carbonate d'ammoniaque. On ne saurait douter, dans ce cas, de la production de cette urée, en dehors de tout phénomène d'oxydation, parhydratation directe des substances protéiqùes, à l'abri de toute oxydation, mieux encore en milieu réducteur.

Ch. Richet a fait, dans un autre but, une expérience qui m'a servi à établir avec certitude cette origine anaérobie directe de l'urée même dans nos tissus. Il extrait à un animal vivant le foie qu'il prive de sang par injection d'eau tiède légèrement salée ; il partage cet organe en deux parts, dose l'urée dans l'une et noie la seconde dans la paraffine fondue. Au bout de quelques heures, il retire de ce bain refroidi et figé, où tout accès d'oxygène est rendu impossible, le morceau de foie qui y avait élé immergé et y redose l'urée. Celle-ci a augmenté Sensiblement de quantité. Cette urée n'a pu se former évidemment ici qu'aux dépens des matériaux azotés du tissu et par un phénomène de

fermentation hydratante» en tous cas à l'abri de toute intervention de l'oxygène (').

Mais l'urée provient encore d'une autre source. On sait que le groupement carboximide CO^Azll se produit aux dépens du dédoublement des albuminoïdes dans la molécule desquelles il apparaît plusieurs fois (Voir leur formule développée, p. 64). 11 est remarquable d'observer que tout acide amidé introduit dans l'économie s'unit à ce groupement COAzlI pour donner un uramide-acide. Ainsi, ingère-t-on du glycocolle, l'acide hydautoïque paraît aussitôt dans les urines :

CO AzH* - CO Azlia - Cil2 - CO-OII + Il = i

Glycocolle. AzH AzII - Cil* - CO ■ OH

Acide bydantolque.

La taurine donne de même l'acide uramidoïséthioniquc; la sarcine, ou méthylglycocolle, l'acide méthylhydantoïque; l'acide amido-benzoïque, l'acide uramidobenzoïque AzIP-CO- AzH*C6H*-C02Il. Mais en même temps que se produisent ces acides uramiques, la quantité d'urée augmente sensiblement dans les urines (Nencki; Schùllzen; Salkowski). Il y a donc tout lieu de penser que les acides amidés qui tendent continuellement à se former dans l'économie, ainsi que nous l'avons vu plus haut, rencontrant le groupement COAzlI (dont la production des acides uramiques est l'irrécusable témoignage) s'unissent à lui pour donner d'abord ces acides uramiques qui passent en partie dans les urines lorsqu'ils ont été produits en grande quantité, mais qui peuvent aussi s'hydrater et donner dès lors de l'urée suivant l'équation déjà écrite :

AzHa - CO - AzH - CH* - C02II + Hs0 = C0»H - GH2 • OH + AzH* - CO - AzH*

Acide hydautoïque. Acide glycollique. Urée.

On peut concevoir de même que toute production d'ammoniaque ou d'amines dans l'économie animale, ou tout apport de sels ammoniacaux venus du dehors, soit suivi d'une production d'urée correspondante :

COAzlI -f AzH* = AzH* - CO - AzH8 Groupe cyanique. Urée.

En effet, vient-on à donner des sels ammoniacaux aux herbivores, l'urée augmente dans leurs urines proportionnellement. Kniriem a même montré que la plus grande partie de cet azote ammoniacal passe à l'état d'urée. Il en est de même chez le chien auquel on fait ingérer du carbonate d'ammoniaque ou , lorsqu'après l'avoir soumis à un régime

(') Compl. rend., t. CXVIII, p. 937 et 1125. — Fick a établi, qu'après un repas de viande, le taux de l'urée excrétée par heure, décuple par rapport à ce qu'il était auparavant, comme si l'urée se produisait d'abord avant toute oxydation.

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