‹ Leçons de chimie biologique, normale et pathologiqueChapitre 462 sur 467 · SOIXANTE-NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SOIXANTE-NEUVIÈME LEÇON

Beaucoup d'auteurs onl essayé de se rendre compte de ['ensemble des échanges qui se passent chez l'animal vivant et de dresser le bilan des entrées et dos sorties non seulement de chaque élément simple, mais aussi de chacun des principes immédiats qui constituent l'être tout entier, albuminoïdes, graisses, hydrates de carbone, eau et sels, pour en déduire les lois de leurs transformations et, essayer d'établir la statistique complète des actes de la vie.

Boussingault tenta le premier, en 1839, d'aborder expérimentalement ce problème. Sa méthode consistait à nourrir un animal de façon à ce qu'il ne changeât pas de poids, et à doser complètement le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote total de ses aliments d'une part, de ses excréments de l'autre. Les dilîérences entre les premiers poids et les seconds lui donnaient le carbone, l'hydrogène et l'azote rejetés par le poumon et la peau à l'état d'acide carbonique, d'eau et d'azote libre ou ammoniacal.

A cette première méthode, Ludwig, Rciset, Voit et Pcttenkoflcr, Stohmann et Heniieherg, Rankc, etc., en ont substitué de plus directes on de plus complètes qui permettent de suivre le sort de chaque élément et presque de chaque substance, depuis son entrée jusqu'à sa sortie de l'économie. Les plus célèbres expériences faites dans cette voie sont celles de Pettenkoffer et Voit, dont nous avons donné le principe et décrit la marche à propos de la Respiration (p. 459). Leur méthode permet de dresser le tableau complet des recettes et des dépenses d'un même individu durant des jours et même des semaines. Voici comment ils opéraient :

1° Ils nourrissaient l'animal qui devait être mis en expérience de telle façon que son poids arrivât à rester autant que possible constant.

2° Ils constataient le poids de chaque matière alimentaire fournie au sujet en expérience, matières dont on avait déterminé la composition en eau, sels et principes immédiats divers.

3° L'animal étant placé dans la chambre respiratoire, les expérimentateurs dosaient : (a) Le poids d'oxygène disparu en traversant l'appareil, oxygène qui avait servi à la respiration; (b) Les quantités d'acide carbonique cl d'eau expirées et perspirées; (c) La quantité d'hydrogène el d'hydrogènes carbonés excrétés; (<1) Les quantités d'urée, d'eau, de matières extractives et de sels fixes des urines; (e) Le poids des fèces el leur composition.

Sa

S Cb

r es

ta

o oq

en

en

CD

es

en

vr

cr

en

sa

oo

en

va-

m en

O es es i-i

es o

m PO

en

en

en

en

en

lO

oo

es

es

es

es

en te

va-

en

fs.

es

O en

es

va-

es

va-

in

VT

in

va-

va-

es

en

VT

vr

vt

en

es

va-

en

vr

sa

ÉQUILIBRE EMUE LES APPORTS NUTRITIFS ET LA DÉPENSE. «07 On pouvait ainsi dresser le bilan des entrées et des sorties de chacun des éléments. .

Pour simplifier les calculs, Pettenkoffer et Voit avaient dressed avance le tableau ci-contre (p. 800) de la composition des aliments et excréments, tableau que nous reproduisons à cause de l'importance pratique de plusieurs des données qu'il contient.

Un chien ayant été placé dans l'appareil de Pettenkoffer et \o.t (p 459) il y pnssa 5 jours successifs et consomma pour tout aliment, 1 500 «t. de viande fraîche par 24 heures. Après le 3e jour on constata que l'animal ne perdait ni ne gagnait de poids et l'on mesura, à partir de ce moment, la totalité de ses excrétions de toute sorte. Le tableau suivant donne leur quantité moyenne pour 24 heures ainsi que la totalité des recettes faites par l'animal dans ce même temps :

dépenses.

Urines I07^°

Excréments 4o,7

Acide carbonique excrété. . . 538,?.

Eau expirée et perspirée . . • 354,8

Hydrogène protocarboné exhalé. i ,6 Hydrogène exhalé ......

Recettes.

Yiande . . • • i5oo«'0

Oxygène (de l'air) inspiré. . . 477) 2

Le poids d'oxygène emprunté à l'air (pour 1 00 gr . de cet élément passes à l'état CO2 excrété) fut, dans cette expérience, de 82 grammes; le reste de l'oxy-ène rejeté sous forme d'acide carbonique CO2, soit 18gI pour 100 venait des aliments. Le bilan de chaque élément s'établit comme il suit :

Dépenses.

Carbone :

Dans l'urée excrétée ....

Dans les matières extrac tives des 1075 gr. d'urine . . .

Dans les 4of,',7 d'excréments.

Dans l'acide carbonique total .

Dans l'bydrog. carboné excrété.

Recettes.

Carbone :

Dans i5oo ffr. de viande

Total.

Hydrogène :

Dans l'urée excrétée • • • • Dans les matières extractives

de l'urine

Dans l'eau de l'urine . . • Dans les excréments secs. . ,

Dans l'eau des fèces

Dans l'eau de la perspiration .

Dans le gaz hydrocarboné excrété

Dans l'hydrogène excrété. . .

Total

i84Bro

Total. .

Hydrogène :

Dans la viande sèche .

Dans l'eau de la viande

i87er8

Total i5a»r45

EQUILIBRE ENTItE LES APPORTS NUTRITIFS ET LA DÉPENSE.

Azote :

Dans Ptirinô 5o(r4

Dans les excréments Total.

Oxygène :

5i«ri

Dans l'urée

•i8Br8

Dans les matières extraclives

Dans l'eau de l'urine ....

Dans les excréments secs . . .

Dans l'eau des excréments . .

Dans l'ac. carbonique excrété .

3qi , 5

Total

Total des DÉPENSES. 1 9 92e' I

Azote :

Dans la viande.

OifrO

Total .

Oxygène :

Dans la matière sèche de la

viande

Dans l'eau de la viande

Emprunté à l'air inspiré . .

Total i866fty5

Total dks Rbcktïès. I957c7

Quelles que soient les objections qu'on ait faites à la méthode dePetteiîkoffer et Voit('), et quoique ces auteurs se soient bornés à peser les aliments et les excréta et à conclure leur composition élémentaire d'après le tableau dressé d'avance de leur composition moyenne, on voit qu'à 1 pour 10(1 près environ, l'on arrive à retrouver dans les excrétions la totalité des éléments contenus dans les aliments absorbés. ^ On voit aussi, d'après le bilan ci-dessus, comment ces éléments se distribuent dans les diverses déjections et dans les produits expirés.

Le carbone des excréta est en déficit de plus de 3gr,5 sur celui des aliments, ce qui peut s'expliquer, quoique la variation de poids du corps du chien en expérience ait été nulle, lorsqu'on observe que cel élément a été dosé dans une fraction trop petite de l'air sortant de l'appareil (*) d'une pari, et pour les ingesta grâce à la composition moyenne de la viande. L'azote parait ne pas avoir varié, mais nous savons, d'après les observations de Regnault et lîeiset, Seegen, Stolimann et Leube, qu'une petite quantité de l'azote disparait à l'état gazeux par le poumon et la peau : La méthode de Pettenkoffer et Voit était tout à fait insuffisante pour constater ce point délicat. En fait, ainsi que je l'ai souvenl

(1) Von- p. 460 de ce Volume. Les pelilcs différences observées tiennent surtout aux erreurs que comportait l'analyse de trop petites quantités d'dr emprunté à celui qui sortait .le l'appareil respiratoire, et au calcul des ingesta et excréta fait d'après des tableaux de moyennes dresses d avance. C est aies, que les 35 grammes d'augmentation des excréta sur les inqesta paraissent se distribuer entre l'bydrogène et loxygène dam les proportiom de Veau, comme s. une cause était intervenue pour grever «l'une erreur systématique le dosage de l'eau à la sortie de l appareil.

lâ) La méthode de dosage du carbone comportait de grandes incertitudes à cause de la commises8" CXp"*e qU'°" a anaIysée' ce qui multipliait dans un large rapport les erreurs

rappelé dans ers Leçons, L'animal vil en partie anaérobiquement, et j'ai constaté que dans ces conditions les matières albuminoïdes dégagent toujours un peu d'azote gazeux.

Le poids de Veau des urines, fèces et produits perspjres, a ete de 1205gr 9' or les 1500 grammes de viande n'en contenant que lldo ,5, a a fallu que la différence, soit 67gr,4, se soit tonnée dans l'économie par la combustion de l'hydrogène des principes immédiats.

Si Ton ajoute le poids de l'oxygène nécessaire pour faire ces 67gr,4 d'eau, soit 59gr,9, à celui qui est contenu dans l'urée sèche (28g'\8), dans les matières extractives urinaires (15gr,9), dans les excréments secs (lBr,5) et dans l'acide carbonique excrété (391gr,5), on arrive au total de i97gr,6 d'oxygène nécessairement fournis par l'air ou les aliments. Or on a constaté que 477gr,2 de ce gaz avaient été empruntés à l'air. On a remarqué plus haut que le poids des recettes était grevé de 33Br,4 d'oxygène, ce qui peut s'expliquer en admettant que l'animal en expérience ait fabriqué un peu de graisse tout en ne changeant pas de poids, émettant ainsi relativement plus d'oxygène à l'état d'acide carbonique que s'il avait simplement assimilé ou brûlé ses hydrates de carbone alimentaires. Celle bypothèseest d'autant plus probable que l'on sail (pie les animaux au repos et à l'obscurité tendent à l'engraissement.

On observera que sur 100 parties d'oxygène contenu dans l'acide carbonique excrété, 82 seulement ont été empruntées à l'air, et que le reste provient des aliments. D'autre part, si de l'oxygène de la totalité des excrétions, on soustrait celui qui a été apporté à l'état d'eau par les 1500 grammes de viande ayant servi d'aliments, il reste 1599gr,7 1012gr=587gI',7 d'oxygène dans les excrétions, abstraction faite de l'eau que l'animal a absorbée toute formée. Or l'air n'a fourni que 477gr,2 d'oxygène à cet animal, par conséquent 587=r,7 — 477sr,2 = 11 (F, 5 d'oxygène ou 18,8 pour 100 ont été directement fournis par la partie organique de l'aliment et celui-ci a pu se transformer en eau, acide carbonique, urée, etc., pour près du cinquième de sa quantité totale sans aucune intervention de l'oxygène de l'air, c'est-à-dire anaérobiquement (').

Ces expériences nous montrent enfin que plus de la moitié des excréta se l'ail chez les carnivores par la voie urinaire.

Dans l'alimentation des herbivores, le bilan des entrées et des sorties

(') Nous avons montré à propos de la formation de graisses dans l'économie qu'il en élail bien ainsi, et qu'après un repas riche en sucres et matières amylacées, l'animal rejette par le poumon un volume d'acide carbonique très supérieur à celui do l'oxygène qu'il consomme. Il fabrique en un mot des ^ r.-i i sscs par pure fermentation anaérobic de ses hydrates de carbone qui se dédoublent directement en perdant CO2. Nous avons établi aussi que l'urée elle-même était, au moins en partie; un produit de destruction anaérobie, un yroduil d'hydratation, des matières albuminoïdes. Il ne peut plus y avoir de doute sur ce point.

SIO EQUILIBRE ENTRE LES APPOItTS NUTRITIFS ET LA DÉPENSE.

se répartit autrement, l'équilibre définitif arrivant également à s'établir; Voici, d'après Boussingault, quelques chiffres relatifs à L'alimentation du cheval calculée par 2 i heures :

Page 1