FIBRINE DU SANG
La fibrine ordinaire est la substance qui forme les trabécules ou mailles du caillot sanguin. Elle résulte de la coagulation du fibrinogène (p. 92) sous l'influence simultanée d'un ferment spécial et des sels de chaux du plasma. Elle se sépare rapidement du sang lorsqu'on le bat au sortir de la veine, et s'attache à la baguette ou aux mains sous forme de filaments et de flocons fibrineux emprisonnant les globules rouges et blancs qu'on peut enlever par un long lavage à l'eau froide. La lymphe, les exsudations séreuses, peuvent fournir également de la fibrine.
Pour l'obtenir pure on s'adresse le plus souvent au sang veineux du veau. On le bat et on lave ensuite la fibrine dans un nouet sous l'eau froide ; les globules sont entraînés, la matière blanchit, on l'épuisé enfin définitivement à l'alcool et à l'éther. On peut, pour les usages du laboratoire conserver cette fibrine dans de la glycérine étendue de son Bemi-volume d'eau.
Si le sang est abandonné au repos, la fibrine qui se forme parait être un peu différente : elle est moins soluble dans le sel marin, et se dissout mieux dans les acides étendus.
La fibrine du sang battu est une substance élastique, translucide si elle est très pure, mais plus généralement opaque, blanche ou blanc grisâtre mêlée qu'elle est de débris de globules. Elle est formée de filaments ou fibrilles microscopiques entrelacées. Fraîcbe, elle contient environ 80 pour 100 de son poids d'eau. A l'état sec elle est dure, cornée, cassante, apte à se gonfler de nouveau au contact de l'eau. Elle dorme à l'analyse les nombres suivants :
PRINCIPES PR0TÉIQ1 I -
FiimiNK FiBBtse Moyenne
ilo s;iii({ vimikmix do Bong veinons '''' plusieurs
(Homme). (Bœufy analyses.
Dumas et Cahours, Dumas et CahoufB. Maly.
Carbone 5 a, 8 62,7 5»,5i
Hydrogène 7,2 7,0 <'>,ij8
Azote i(>,8 i<),r> 17,34
Soufre I a3 / 1,(5 '
Oxygène ) 3 ' ' 22, 1 »
Melsens, Ungcr, Maly ont trouvé 17,2 à 17,3 d'azote dans la fibrine. Elle est donc un peu plus riche en azote qui; l'albumine et la serine. Elle laisse environ 1,9 pour 100 de cendres contenant 1,7 de phos* phate de chaux tribasique, un peu de magnésie, d'acide sulfurique, dé carbonate de chaux et d'oxyde de fer.
La fibrine est insoluble dans l'eau, niais elle se, dissout partiellement et lentement dans les solutions au 5e et au 10e de nitre, de sel marin, de chlorures de baryum, de calcium, de potassium, de sulfaté et phosphate de soude, de sel ammoniac (Denis). Ces solutions salines de fibrine coagulent par les acides, même organiques, et par le sulfaté de magnésie en excès. Si on les soumet a la dialyse pour enlever l'excès de sel, on obtient des liqueurs mousseuses, coagulables par I acide acétique, par la chaleur et les acides minéraux, présentant toutes les propriétés des globulincs, niais paraissant contenir deux substances protéiques, l'une qui coagule vers 55°, une seconde qui ne se coagule qu'à température de 70°. En même temps il se sépare des sels de chaux, particulièrement du phosphate. La substance restée dissoute n'est pas apte à se transformer en fibrine concrète par le ferment librineux('). Ine partie notable de la fibrine ordinaire ne se dissout pas dans l'eau salée, ce qui parait indiquer que la fibrine est formée de globulines solubles dans les solutions salines unies ou mélangées à d'autres substances.
Le fluorure de sodium en solution dans l'eau à 1 pour 100 dissout la fibrine lentement h 15°, rapidement et abondamment à 40° {Arthus)i Ces solutions présentent toutes les propriétés des globulines. La chaleur les dédouble en deux substances, l'une coagulable à 56°, une autre, qui est aussi une globuline, coagulable à G5-75°(s). Les solutions salines de fibrine ne précipitent pas totalement par addition de sel marin dissous employé en excès et à froid. Soumise à 40" durant des semaines à l'action de l'eau salée ou des solutions de divers autres sels (7 à 10 pour 1000) la fibrine se dédouble en une substance analogue au
(') Divers auteurs considèrent la substance ainsi dissoute comme une globuline ou un mclange de deux nouvelles globulines, l'une soluble, l'autre insoluble dans le sel manu à I pour 100.
(2) AiiTiius. Recherches sur quelques substances albuminoïdcs- Paris 1893, p. 65.
FIBRINES. 07
fibrinogène coagulable vers 55", en une globulinc coagulable vers 75n, enfin en albumose avec trace de peptonef1).
Si on lave la fibrine à l'eau légèrement salée (pour enlever un peu de paraglobuline) et si on la soumet ensuite à l'action du pancréas, une partie se transforme en une matière albuminoïde, coagulable à 55", appartenant au groupe des globulines.
L'acide chlorhydrique (2 ou 4 pour 1000 d'eau) gonfle la fibrine sans .la dissoudre; à 0,5 et 1 d'acide pour 1000, elle est transformée lentenmentet partiellement en syntoninc et peptone ou substance très analogue, de pouvoir rotatoire voisin de [a]D = — 57° (2).
La soude à 1,5 millième gonfle considérablement la fibrine : elle la i rend gélatineuse et transparente puis la dissout très lentement en la changeant en alcalialbumine.
Les solutions de fibrine précipitent par le sublimé, l'acétate de plomb, de sulfate de cuivre.
La fibrine décompose rapidement l'eau oxygénée; au contact de ce • réactif et de quelques gouttes de teinture de gaïac il se produit une coloration bleue intense.
Exposée à l'air la fibrine humide en absorbe lentement V oxygène, dégage de l'acide carbonique et perd la propriété de décomposer l'eau oxygénée. Il en est de même lorsqu'elle a été portée à 100°.
En suspension dans l'eau et soumise à l'action d'une température de ?70°, la fibrine fraîche subit une sorte de coagulation : elle devient opaque, inélastique, insoluble dans les solutions salines et l'acide Ichlorhydrique au 1000e; elle n'agit plus sur l'eau oxygénée. C'est la , fibrine modifiée de Denis.
Toutes les fibrines ne sont pas identiques : celles des très jeunes animaux, du cheval, des individus anémiés, etc., sont plus molles, moins élastiques; elles finissent par se dissoudre dans l'eau tiède en donnant une solution qui a tous les caractères du blanc d'oeuf. Celle du sang artériel, comme celle qui a été portée quelque temps à 80°, est insoluble dans les solutions de sel marin au dixième et dans les autres sels de soude ou de potasse, tandis que la fibrine veineuse s'y dissout. La fibrine du sang veineux coagulée au repos, lorsqu'on la traite par trois fois son poids d'une solution de sel marin au dixième, devient simplement filante, visqueuse, non filtrablc.
La fibrine ne se produit plus dans le sang que l'on prive de sels de chaux par addition d'un peu d'oxalate d'ammoniaque ou de fluorure d'ammonium (Arthus et Pages). Nous reviendrons sur ce point lorsque nous étudierons particulièrement le phénomène de la coagulation du sang.
(') Daslre, Compl. rend., t. CXX, p. 589; cl Arch. de phys., 1894, ». 404 cl 010 H Bull., XUX, 400. 1 1
A. Gautier. — Chimie biologique. 7
SUBSTANCES PROTÉIQUES.
GLOBUL1NES VÉGÉTALES
Elles sont encore peu connues. Lorsqu'on a épuisé de la farine de seigle, de blé ou d'orge par pétrissage avec une solution de chloruré dc°sodium au 10e, si l'on sature ces solutions par un excès de se| marin, ou si on les soumet à la dialyse, on obtient un précipité formé, de globulines, les autres albuminoïdes (albumines et protéoses) res4 tant solubles dans ces conditions. En redissolvant ces globulines, Lea précipitant par du sulfate d'ammoniaque et dialysant on enlève un peu de gomme ainsi que les sels.
Yoici d'après B. Osborne la composition de ces globulines végétales
ou édestincs(') :