DÉRIVÉS PAR LES ALCALIS ET LES ACIDES
Lorsque sur les substances albuminoïdes naturelles, en particulier, sur les albumines et les globulines, on fait agir les alcalis ou les acidej très dilués ((F,5 à 2 gr. pour 1000 d'eau), on transforme ces albumij noïdes en substances nouvelles auxquelles on a donné les noms A'alcalû albumines et cVacid albumines.
Ces substances sont insolubles dans l'eau et dans les solutions des sels neutres, a moins que Faction de la solution saline soit très prolongée, ce qui les différencie des caséines. Elles se dissolvent dans les alcalis ou les acides dilués; elles sont précipitées de ces solutions par neutralisation, dialyse ou addition de sulfate de magnésie en poudre et à saturation. Leurs solutions ne sont pas précipitées par la chaleur même a 1 001
Alcalialbumines. — On a désigné sous ce nom les dérivés albuminoïdes produits par l'action des alcalis étendus ou de leurs carbonates ou par les bases alcalinoterreuses sur les matières albuminoïdes.
Suivant la concentration, la température de réaction, le temps de contact avec l'alcali, les alcalialbumines formées peuvent être fol différentes. Si l'on traite à froid de l'albumine d'œuf ordinaire par de la notasse à 15 m. 20 pour 100, il y a formation d'une gelée soluble dans l'eau chaude (albuminate solide de Lieberkùhn) d'où 1 acide acet.quj précipite une alcalialhmnine insoluble dans l'eau, soluble dans les carbonates et phosphates alcalins. Cette substance (qu on a prise d abord pour de la caséine) tout en restant albnmino.de. diffère ,1e I albumine
ALCALIALBUMINES. 133 primitive par porto d'ammoniaque et de soufre. Son pouvoir rotatoire Et [a] y== — 47.
Caséalbumine. — Lorsque à une solut ion de blanc d'œuf battu étendue fie 2 à 3 volumes d'eau, filtrée et dialysée, on ajoute à froid de la soude titrée de façon que le mélange contienne 1 ,5 millième NaOH, on observe qu'après 24 à 30 heures le mélange précipite par les acides les plus faibles, même l'acide carbonique, une matière albuminoïde, soluble dans un léger excès d'acide acétique, facilement, soluble dans les alcalis très dilués, insoluble dans les sels d'alcalis à réaction neutre, ainsi que dans le phosphate sodique. Elle est très difficilement soluble dans le carbonate de soude à 1 pour 100, moins soluble encore dans ce sel à 5 pour 100 et insoluble dans ce carbonate à 10 pour 100.
Cette insolubilité dans le phosphate sodique, et cette difficile solution dans les carbonates alcalins séparent cette substance des caséines et de l'alcalialbumine de Morner et de Rosenberg dont nous allons parler. Je lui ai donné le nom de caséalbumine. D'après mes expériences, la caséalbumine sature pour un même poids d'albuminoïde deux fois plus de soude que l'albumine primitive. Je me suis assuré que sa formation n'est suivie de celle d'aucune autre matière, ni de la mise en liberté d'ammoniaque ou de tyrosinc. Grâce à une hydratation provoquée par l'alcali, il s'est développé dans l'albumine primitive l'aptitude à s'unir au double d'alcali pour former des sels neutres.
La caséalbumine est insoluble dans l'acide chlorhydrique de 1 à 5 pour 1000. L'acide acétique au 20e la gonfle et donne une gelée transparente difficilement soluble dans l'eau. Cette solution se trouble à peine à 100°, même après addition de sels calcaires.
La caséalbumine est insoluble à chaud ou à froid dans le sel marin a 20 et à 10 pour 100.
Redissoute dans une trace d'alcali et dialysée, cette substance donne une solution très légèrement acidulé que précipite l'acide acétique, mais non la chaleur; elle se coagule à chaud si l'on ajoute du sel marin ou du sulfate de chaux. La caséalbumine se précipite de ses solutions par un excès de sulfate de magnésie; les flocons se redissolvcnt dans l'eau en excès.
Alcalialbumines (de Rosenberg et de Morner) ('). — Les alcalialbumines se rapprochent beaucoup de la substance précédente; elles en diffèrent toutefois parleur solubilité dans les acides minéraux étendus, et dans les carbonates et phosphates alcalins. Leurs variétés correspondent aux divers corps albuminiques.
Pour obtenir la mieux connue, on prend de l'albumine d'œuf, qu'on
(') Morner, Mahj'i Jahresb., I. XVII; p. 9.
m PRINCIPES PROTÉIQUES.
acidulé d'acide acétique, on bat fortement, on additionne de 12 volumes (l el l'on filtre. On ajoute alors à la liqueur de la soude titrée étenî due jusqu'à ce qu'elle arrive à contenir 0,5 de soude NaOB par litre. On chauffe quelques heures au bain-marie et l'on ajoute enfin une
solutio maie d'acide chlorhydrique exactemenl équivalente à la
soude employée. On obtient ainsi .les grumeaux blancs, légèrement acides, ne laissant que des traces de sels insolubles (0,17 pour 100).
L'alcali-ovalbumine est facilement soluble dans la soude étendue, le phosphate de sonde ordinaire cl le carbonate de soude; ces deux dernières réactions la distinguent nettement de la ca'séalbumine. Elle esl presque insoluble dans l'eau cl dans le sel marin au dixième.
Les solutions d'alcalialbumine dans le minimum de soude nécessaire se coagulent à quelques degrés au-dessus de 100°, et à l'ébullition lorsqu'on les additionne d'un peu de sel marin; elles précipitent plus ou moins lentement à froid par ce sel, si elles sont un peu concentrées; le dépôt formé se redissout dans l'eau. Elles précipitent immédiatement si l'on sature l'alcali par les acides faibles; ils doivent être ajoutés en plus grande quantité dans le cas où les phosphates sont présents. Les alcalialbumines contiennent moins de soufre que les a cid albumines.
Protalbines (de Danilewski). - - On les obtient en faisant agir vingt à trente heures à froid la soude à 20 ou 30 pour 1000 sur les albuminoïdes insolubles tels que la myosine, la syntonîne, l'albumine coagulée, etc. Les protalbines se précipitent en neutralisant les solutions par l'acide acétique. Dans la liqueur, on ne trouve en fait de matière! albuminoïdes, qu'wne très faible quantité de peplones. Cette dernière remarque démontre que les substances dites protalbiques ne sont pas homogènes. Elles comprennent tous les intermédiaires entre les alcalialbumines et les peptones proprement dites. Ce sont de véritables albuinoses, en partie solubles dans l'alcool à 50 pour 100. Les dernières portions, solubles dans l'alcool plus concentré, se forment avec perte concomitante d'azote ammoniacal, de soufre et peut-être séparation de tyrosinc.
Les protalbines sont insolubles ou peu solubles dans l'eau, solubles dans l'alcool bouillant à 50 ou 60° centigrades. Elles précipitent par le nitrate de mercure. Elles se dissolvent dans les sels d'alcalis à réaction alcaline, mais elles précipitent de ces solutions par les autres sels. Elles donnent, des liqueurs opalescentes avec l'acide ehlorhydrique au 1000e. Leurs solutions dissolvent des quantités notables de phosphate calcique. Traitées à chaud par les lessives alcalines à 2 ou 3 pour 100. les substances protalbiques sont converties en substances semblables aux peplones, solubles à froid dans l'alcool à 10 ou 15" centésimaux.
ACIDALBUMINES. 135
Acidalbumines. — Les acidalbumines ou syntonines dérivent de [■action des acides minéraux très affaiblis (HG1 à 1 à 2 pour 1000) sur les substances al buminoïdes. Elles paraissent, comme les précédentes, résulter d'un dédoublement hydrolytique de la matière albuminoïde. Los syntonines précipitent de leurs solutions acides quand on les neutralise. Elles diffèrent des caséalbumines par leur facile solubilité dans 1rs acides très affaiblis et les carbonates alcalins, et des alcalialbumines par leur insolubilité dans les solutions de phosphate de soude étendues (k2,:> à 15 pour 100 de P0*NasH,12Hs0 par litre), qui dissolvent les alcalialbumines. Les solutions d'alcalialbumine dans le minimum de soude se coagulent un peu au-dessus de 100°, tandis que les syntonines ne se coagulent pas. Enfin ralcalialbumine déplace l'acide carbonique des carbonates terreux, ce que ne l'ont pas les syntonines.
Les acidalbumines en solutions légèrement acides se transforment peu à peu en substances semblables aux alcalialbumines.
Les acidalbumines diffèrent les unes des autres suivant l' albuminoïde d'où l'on est parti, suivant aussi la quantité d'acide et la température à laquelle on a porté le mélange ; mais elles ont toutes les plus grandes analogies.
On peut aciduler une solution d'albumine d'œuf par l'acide chlorhydrique à 1 et 2 pour 1000 sans qu'il s'y forme de précipité; au bout de très peu de temps cette solution est devenue incoagulable ; l'acide phosphorique ordinaire, l'acide acétique en présence des sels minéraux ne la coagulent pas, mais son pouvoir rotatoirc a augmenté et elle est devenue précipitable de sa solution par le sel marin. Si l'on chauffe la liqueur, ou après un temps suffisant à froid, Facidalbumine formée précipite dès qu'on salure la liqueur acide. Il est important aussi de signaler qu'au fur et à mesure que ce corps se produit aux dépens de l'albumine, l'acidité de l'acide ajouté disparaît, saturée qu'elle psi par les parties amidées de la molécule protéique nouvelle qui se Forme.
L'acidalbumine précipitée par neutralisation de ses solutions est à peine acide aux papiers ; elle est soluble dans l'acide acétique et dans les acides minéraux étendus, mais non concentrés, ainsi que dans les alcalis et l'eau de chaux. Elle est aussi très faiblement soluble dans l'alcool. Elle ne se dissout pas dans les sels neutres, le sel marin ou le chlorhydrate d'ammoniaque, ni dans le phosphate sodique étendu. Sa solution acétique n'est pas précipitée par la chaleur, mais bien par l'acide gallique et les sels des métaux lourds. En présence des acides étendus les solutions d'acidalbumines ne coagulent qu'au delà de 100°.
En chauffanl les acidalbumines avec de l'acide chlorhydrique dilué à II) pour 1000 et en excès, elles se transforment graduellement, sans
ldb I'ItlNCII'KS PHOTKIOI KS.
doute par hydratations successives, el do ml des corps de plus en plus
solubles dans l'alcool étendu.
L'acidalbumine, ou syntonine propremenl dite, se rapproche singulièrement de La caséalbumine. Les peptones paraissent être les derniers termes de ces hydratations el dédoublements déterminés par les acides affaiblis. Ces peptones se séparent des acidalbùmines e1 des alcaliat bumines grâce au sel marin ajouté en excès qui entraîne celles-ci et laisse les peplones en solution.
Syntonine. - De toutes les acidalbùmines, la syntonine ou acidail bumine de la myoglobuline (globuline du muscle) a été la mieux étudiée. Pour l'obtenir, du muscle maigre de bœuf (') est haché et lavé dans un nouet. Lorsqu'il a blanchi, on délaye le tout dans une solution de 1,5 centimètre cube d'acide chlorhydrique ruinant dans 1000 d'eau, on laisse reposer à froid durant une heure et l'on filtre. On étend la liqueur et on la neutralise par du carbonate, ou mieux par du pliosphate sodique sans excès. On lave à l'eau la syntonine qui se précipite.
Ainsi préparée la syntonine forme des masses gélatineuses translucides qui n'adhèrent pas aux filtres. Elle est insoluble dans l'eau, dans le sel marin, le sel ammoniac et le nitre. Elle se dissout dans les alcalis très étendus, moins bien dans les carbonates alcalins. Elle est insoluble dans le phosphate de soude à 15 et 20 pour 1000 qui dissout l'alcalalbumine et la syntonine de fibrine. Elle se dissout dans HC1 au millième, mais y devient insoluble après avoir été chauffée à 100°. Par addition de sel marin, d'acétate ou de phosphate de soUde à sa solution chlorhydrique, la syntonine se précipite en entraînant une partie de l'acide.
La syntonine dissoute dans l'eau de chaux, puis dialysée, est partiellement coagulée à l'ébullition. Additionnée de sel ammoniac et neutralisée exactement par l'acide acétique, cette solution reproduit la syntonine primitive (Danilewsky). Dissoute dans la soude étendue, elle est précipitée à chaud par le sulfate de magnésie et par les acides les plus faibles, même l'acide carbonique.
Les solutions de syntonine dans l'acide chlorhydrique étendu ont un pouvoir rotatoire spécifique [a]„ = — 72.
La syntonine ne décompose pas l'eau oxygénée.