II. De la PlombairlB
Caractère!. — La ploubagine, désignée aussi sous les noms de Graphite^ de Mine de p/om6, de Crayon noir (2), est une variété de carie diamant dont il était porteur pour le soustraire à la cupidité des assassins. L'autorité ayant fini par découvrir le lieu où son cadavre avait été enterré, on l'eibuma et, l'ayant ouvert, on trouva le diamant dans l'estomac. Plus tard, le baron de Sancy, ambassadeur de France, en disposa en faveur de Jacques II, réfugié à Saint-Germain ; ce roi déchu le vendit à Louis XIV pour 625,000 livres. Volé en 1192, puis acquis par la Russie, en 1835, au prix de 500,000 roubles d'argent, il est aujourd'hui dans les mains de la princesse Paul DemidofT.
(1) Despretz (César-Mansuète), chimiste et physicien belge, naturalisé français, né à Lassines dans le Hainaut, le 13 mai 1789, mort le 15 mars 18G3. Élève de Thenard, dont il devint le répétiteur à l'École polytechnique, il fut appelé à professer la physique au collège Henri IV, et plus tard à la Faculté des sdoices de Paris. Il entra en 1841 à l'Académie des sciences de l'Institut. On à de lui un Traité élémentaire de physique, un Traité de chimie, et un grand nombre de mémoires insérés dans les Comptes rendus de l'Institut.
(2) Les noms de plombagine, de mine de plomb, ont été donnés à cette sub-
bone plus ou moins impure, qui se présente en masses informes, d'ua gris noirâtre, avec le brillant métallique, tachant le papier ou les doigts en gris métallique plombé, et ayant une surface lisse, grasse et onctueuse. Cette substance, complètement opaque, est très-facile à entamer par le couteau . Sa densité est de 2,08 à 2,45, ce qui dépend de sa plus ou moins grande pureté.
État Bstarel. — Elle forme des couches ou des amas, à une profondeur assez considérable, dans les terrains d'ancienne formation, notamment dans le Piémont, les Pyrénées, les Hautes-Alpes, à Passaw en fiavière, à Schwarzbach en Bohême, à Borowdale dans le Cumberland, à Marinski, à 400 kilomètres d'irkoustk dans la Sibérie orientale. Ce dernier gisement, découvert il y a une vingtaine d'années par un géologue français, M. Alibert, fournit en abondance une magnifique plombagine, qui prend dans le commerce européen la place de celle de Borowdale dont les célèbres mines sont aujourd'hui épuisées.
Une seule mine de plombagine est exploitée en France, dans le département des Hautes- Alpes ; en \ 847, elle a fourni 320 quintaux métriques, valant t,GOO francs; mais en 4852, on n'en a extrait que 61 quintaux métriques, valant 247 francs. C'est donc là une exploitation d'un bien faible intérêt pour le pays.
Pendant longtemps, on a considéré la plombagine conune un composé de charbon et de fer, et on la désignait sous le nom de carbure de fer; mais il est bien reconnu aujourd'hui que ce n'est qu'une variété de carbone altérée par un mélange accidentel de matières terreuses plus ou moins ferrugineuses. La plombagine de Barreros, au Brésil, n'en renferme pas; celle de Borowdale, l'une des moins impures, en contient environ tîî p. tOO.
t;«aKei. — La plombagine rend une foule de services dans les arts. Réduite en poudre fine et délayée avec de l'huile, on l'applique sur le fer, la fonte, la tôle des tuyaux de potelés, des fourneaux, qu'elle colon; (;n gris de plomb et garantit ainsi de la rouille. Pétrie avec 4 parlics de graisse, elle forme une pâte qui sert à adoucir les frottements des essieux de voitures, des engrenages et autres parties des machines, les pistons des pompes, les tourillons, etc. On l'emploie 8eul(! pour les machines en bois, qui se renfleraient si on les enduisait avec des corps gras. On en fait d'excellents creusets réfractaires pour hîs fondeurs en cuivre, en l'unissant à l'argile. C'est dans des creusets de Celle nature que, dans les hôtels des monnaies, on fond l'alliage d'or et d(; cui>re qui sert à fabriquer les pièces de 5 à 20 francs. Sous le nom de Plomb de mer, on l'utilise au vernissage du plomb de
stanro^ biori qu'ollo no renferme aucune trace de plomb, à cause de sa couleur «ît do son brillant mcHallique ; quant au nom do graphite, le seul qu'il faudrait conserver, il dérive du mot grec grapfiô, j'êrris^ et rappelle le principal usage qu'on en fait, la fabrication de» crayons.
chasse, que l'on fait tourner dans des tonneaux avec celte matière.
La galvanoplastie, ou l'art de modeler les métaux en les précipitant de leur dissolution saline par l'action lente d'un courant électrique, fait un grand usage de la plombagine pour rendre conducteurs du fluide électrique les objets qui ne le sont pas dans leur état naturel, et pour empêcher l'adhérence entre deux métaux à superposer.
La propriété que possède la plombagine de laisser sur le papier une trace grise et luisante, l'a fait appliquer, bien avant le seizième siècle, à la fabrication de cramons noirs, dits capucineSj pour le dessin à la mine de plomb et l'écriture. On choisissait les variétés les plus pures et on les divisait, au moyen d'une scie, en petites baguettes qu'on enchâssait ensuite dans une enveloppe de bois. Pour les crayons de charpentier, on associait à cette matière un tiers de son poids de sulfure d'antimoine.
Fabrication de« erayoni Coiité. — Conté {\) prit, le 3 janvier 4795, un brevet d'invention pour un procédé qui permet d'obtenir d'excellents crayons avec des mélanges convenables de plombagine réduite en poudi-e très-fine et d'argile bien divisée, qu'on convertit en pâte, et qu'on moule dans une espèce d'étui ; ce fourreau est fait en bois de cèdre, avec une machine construite pour cet objet. Cette machine fend en long un petit cylindre de bois, et coupe au milieu un sillon carré, de môme calibre que le crayon, qu'on y colle avec de la gonmie. On recolle ensuite par-dessus le demi-cylindre qu'on en avait enlevé, ce qui produit un cylindre complet dont l'axe est en plombagine. Ces crayons sont très-répandus dans le commercé sous le .nom de Crayons Conté, On en fait aussi avec la poussière de cette substance réduite en pâte au moyen de gomme ou de gélatine. Les crayons de plombagine ne sont guère employés pour dessiner la figure, parce qu'ils produisent des reflets brillants qui sont nuisibles aux effets.
Une amélioration importante a été apportée, il y a quelques années, par un nommé Fichtemberg, de Paris, dans la préparation de ces crayons. U les compose avec un mélange de plombagine, de sanguine el de matière grasse, et obtient ainsi des crayons qui laissent sur le papier des traits graisseux qu'il est impossible d'enlever, eq sorte que les notes tracées avec eux peuvent être conservées indéfiniment dans un portefeuille sans s'effacer.
Un Anglais, M. Hébert, a eu l'heureuse idée de substituer à l'huile
(1) Conté, qui a rendu d'immenses services h Tindustrie. est né à Saint-Cénery, près Séez (Orne), le 4 août 1755. 11 est mort à Paris, le 6 décembre 1805, dans la force de Tâge et du talent, la tète remplie d'idées neuves et utiles, le cœ\ir plein de nobles pensées. Le jury de l'an IX lui accorda une médaille d'or pour la découverte intéressante de ses crayons, qui firent cesser l'énorme tribut que la France payait à l'Angleterre pour ce genre de produits. — On lira avec beaucoup d'intérêt une notice biographique sur cet ingénieux et savant artiste, rédigée par Jomard. La ville de Séez a élevé une statue à son enfant le plus illustre ; elle a été inaugurée le 2 octobre 1852. J'ai rendu compte de cette solennité dans la Revue de Rouen (20* année, 1852, p. 629).
employée pour adoucir les frottements des pièces d'horgerie, qui s'épaissit à la longue et devient ainsi une cause de dérangement pour les machines môme les mieux réglées, la plombagine en poudre impalpable et très-pure, dont le temps n'altère point les qualités. Elle prend bientôt un poli et un éclat qui ne le cèdent qu'à ceux du diamant, de sorte que les effets du frottement et ceux de l'usure se réduisent presque à rien.