‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 2)Chapitre 39 sur 42 · DU SULFURE DS CARBONE · texte numérisé non relu

DU SULFURE DS CARBONE

Ainsi purifié, le eulfure de carbone a (otal^inent perd.u l'odeur Tétide qu'il possède habituellement ; son odeur est celle de l'élher pur.

U. Sidol a constaté que c'est à la température rouge qu'on obtient le maximum do reudemeut en suKure de carbone ; on doit éviter de dépasser celte température, attendu que ce composé, en présence du charbon, se dissocie en ses deux éléments d'autant plus complètement que la température est plusélevée, fait important remarqué par M. Berthelot et confirmé par H. Sidot.

Le maniement du sulfure de carbone n'est pas sans danger, en raison de sa grande combustibilité, de la tension énorme de sa vapeur qui fait qu'elle s'enflamme, au contact de l'air, à une distance sidérable des corps embrasés, et aussi piirce que cette vapeur est éminemment délétère; elle détermine, en effet, des maux de tête, dei envies de vomir et peu après un afiisiblissement de l'intelligence et des forces musculaires; il sufBt que l'air en renferme un vingtième de son volume pour que l'économie animale soit rapidement attaquée et que la mort s'ensuive.

Dans les magasins de produits chimiques, on conserve ce liquide dans des récipients cylindriques -en zinc A {fig. 29Q), d'une certaine épaisseur et d'un hectolitre de capacité. Ils n'ont que doux ouvertures dans h haut: l'une b portant un robinet à air: l'autre destinée A recevoir un tube c descendant jusqu'au fond des vases. C'est par ce tube qu'on les remplit, après avoir ouvert le robinet pour en laisser sortir l'air; on a'opposo h toute évaporalion en versant un peu d'eau qui surnage le sulfure et en posant une plaque de âne sur la bouche du tubo. Lorsqu'il s'agit de soutirer une parlie du liquide, on entre dans celui-ci la petite branche d'un siphon amorcé d'avance.

Ua»ce>. — On emploie très-souvent le sulfure de carbone pour opé* rerdea effets de congélation ou de grand refroidissement, attendu que sa vaporisation spontanée dans l'air produit un abaissement de température équivalant à — 48 degrés, et que, sous le vide de la machine pneumatique, le froid développé correspond à — 6i degrés.

&>mme, d'un autre côté, ce même liquide n'a pu fltre jusqu'à présent solidifié, on s'en sert avec avantage pour construire des thermomètres destines à indiquer de très-basses températures.

Mais c'est surtout comme dissolvant des corps gras, du caoutchouci de la gutta-percha, que le sulfure de carbone joue un rOle important dans l'industrie. Vous verrez plus tard comment, par son inicr' GinAroiN. — I. sa

Fiff. tW.

bon* en rneguio.

I iulfun de eu-

médiaire, on arrive à . modiGer les propriétés de ces deux dernières substances et à en faire ce qu'on appelle improprement le caoutchouc eila, gutta-percha vulcanisés.

Vous avez appris antérieurement le redoutable usage qu'on a fait du mOme liquide pour composer ces matières incendiaires désignées sous les noms de feux ftnian et lorrain.

Mais des applications plus avantageuses à l'humanité sont celles qui reposent sur l'action toxique de sa vapeur. On l'a fait servir utilement à la destruction des insectes qui rongent le blé dans les greniers, et à celle des rats ou autres animaux nuisibles qui se terrent. Son emploi, dans ce dernier cas, est bien plus commode que celui de l'hydrogène sulfuré dont je vous ai parlé précédemment. En effet, il suffit d'introduire dans le trou du terrier l'extrémité inférieure d'un tuyau de plomb d'un mètre de long sur 2 centim. de diamètre, dans lequel au moyen d'un entonnoir, on verse une petite quantité de sulfure de carbone (40 à 50 gr. environ). On attend que le liquide se soit écoulé, puis on retire le tuyau et on bouche le trou avec de la terre qu'on tasse fortement. Le sulfure s'évapore alors dans les galeries souterraines et en asphyxie les habitants. C'est M. Cloêz qui, en 1866, a donné ces in. dications.

De Is CoBibastioB.

DéflntttoM. — Hl0torif[ae. — Il n'est certainement pas, Messieurs, de phénomène plus curieux et qui se manifeste plus fréquemment, que celui de la production du feu au contact de certains corps. Ce phénomène, connu depuis longues années sous le nom de combcstion, a attiré de tout temps l'attention des chimistes et des physiciens, et son explication a toujours été regardée comme une des bases de la théorie chimique. Maintenant que vous connaissez les principaux éléments combustibles et la plupart de leurs composés inflammables, je puis essayer d'analyser ce phénomène et rechercher les causes qui lui donnent naissance.

Et d'abord, ainsi que je l'ai dit dans une de mes premières leçons, ce nom de combustibles ne s'applique plus uniquement au bois, au charbon, aux huiles et autres corps employés à la production de la chaleur et de la lumière pour nos besoins journaliers; on doit l'étendre à toute substance susceptible d'éprouver un changement quelconque dans ses propriétés, en produisant le phénomène de la chaleur et de la lumière, ou de Vignition,

Les anciens s'étaient fait de la combustion une idée qui nous paraît aujourd'hui bien peu rationnelle; et cependant elle était la seule qui pût se préseiiter à l'esprit des théoriciens de ces temps, où le germe des S'.iences exactes était à peine développé, ils regardaient le feu comme un élément engagé mécaniquement entre les particules des corps. Si, par un moyen quelconque, l'approche d'un corps enflammé, par

exemple, on venait à opérer le déchirement des enveloppes qui emprisonnaient cet élément, aussitôt, en raison de sa force expansive, il se dégageait de l'intérieur de ces corps, et produisait alors le phénomène de la combustion (i).

Il faut traverser les siècles et arriver à la fin du dix-septième, avant de trouver quelque explication tant soit peu raisonnable du fait dont je m'occupe. Boyle fut le premier qui s'aperçut, vers 1672, qu'une lumière s'éteint plus rapidement dans le vide que dans l'air, et que sans air on ne peut produire ni entretenir la flamme (2).

L'expérience capitale qu'il fit consistait à placer une bougie enflammée sous le récipient de la machine pneumatique, et à soutirer l'ai^ de dessous ce récipient, ainsi qu'on le fait en ce moment II vit, et vous pouvez le remarquer vous-mêmes, qu'à mesure qu'on raréfie l'air, le volume et l'intensité de la flamme diminuent progressivement, et enfin que la combustion cesse dès que le vide est obtenu. Il en tira cette conséquence, que l'air contient les éléments nécessaires à la combustion et à la production de la flamme, mais il n'alla pas plus loin. Ce fut Lavoisîerqui, comme je vous l'ai appris, découvrit le rôle de l'air dans cette circonstance, en isolant les deux principes de ce fluide et en reconnaissant dans l'un d'eux, l'oxygène, l'unique soutien de la combustion.

Lavoisier généralisa ce principe: que la combustion n'est autre chose que la conàbinaison de l'oxygène avec les corps, accompagnée d'un dégagement de chaleur, et parfois d'un dégagement de lumière. Ainsi, le feu de nos foyers, la lumière de nos lampes, sont dus à la môme cause qui fait rouiller les métaux exposés au contact de l'air, bien que, dans ce dernier cas, la manifestation de la lumière n'ait pas lieu. C'est toujours la fixation de l'oxygène qui, d'après Lavoisier, produit les changements remarquables que présentent les corps soumis à l'action de l'air.

Mais, suivant la rapidité avec laquelle s'effectue cette fixation, des phénomènes plus ou moins sensibles apparaissent. Toutes les fois que l'oxygénation est prompte, par suite de la prande affinité des corps combustibles pour l'oxygène, il y a ignition, parce que la chaleur, dégagée par le fait de la solidification du gaz, s'élève rapidement et atteint bientôt 600 degrés cenligrades, terme où le calorique devient lumière. Lorsque l'affinité de l'oxygène pour les corps combustibles est peu prononcée, l'absorption et la solidification du premier ne s'opèrent

(1) Cependant, Heraclite (500 avant J.-C.) avait' une idée plus exacte du feu que tous ses successeurs, puisqu'il dit : « Le feu tire son aliment des parties subtiles de la matière (de l'air). » — Diog. Laërt., ix, § 9.

(2) Il est juste, cependant, de dire que, dès le treizième siècle, Roger Bacon professait déjà les saines idées de Boyle. En effet, le célèbre alchimiste cordelier l'appelle, dans son livre de la Grande Alchimie^ que l'air est l'aliment du feu, et il s'appuie sur l'expérience suivante : « Lorsqu'on allume une lampe d'huile-et qu'on Temprisonne sous un vase, on voit qu'elle ne tarde pas à s'éteindre} c'est qu'elle manquo d'air. »

que lentement; par conséquent, il n'y a, que peu de chaleur dégagËe à la fois, et dès lors il ne saurait y avoir produclion de lumière.

La plus oumoîns grande quantité de calorique qui devient libre, au moment de l'oxygénalion d'un corps, est donc la cause de la diversité 'des phénomènes qui se présentenl. .11 7 a ainsi deux espèces de combustion, la combustibn rapide et la combustion tente.

Vous veus rappelez, 1

production du feu n

is doute, cette belle expérience 0(1 le fer s'est rapidemenl consumé au sein du gaz oxygène; c'était là un cas de combustion rapide (^g.S91)- Eh bien! laissez dans l'air humide une lige du mûme fer, voua la verrez bienlût se recouvrir, de place en place, d'une rouille qui plus lard envahira toute sa surface. Il y aura là oxygénation, combustion, mais ('ombuslion lente, sans aucun de ces effets qui vous ont frappé dans l'autre expérience.

Depuis Lavoisier, la science, qui n'a cessé de marcher, s'est enrichie de nouveaux faila qui ont obhgé les chimistes à modilîer U théorie de la combustion, émise par l'illustre chef de l'école française. On a reconnu que e caractérise point CKclusivement la fixation de t les corps combustibles, puisqu'on l'observe également pendant la combinaison de ces corps combustibles eux-mêmes ou de composés déjii saturés d'o\ïg(''ne.

Ainsi, le phosphore, l'arsenic en poudre, mis subitement en présence du chlore, prennent feu {fig. 292) et brûlent comme au soin de l'oxygène, mieux même, car il n'est pas nécessaire de faire intervenir la chaleur. Certains métaux pulvérisés, tels que l'anlimoine, le bismuth, que l'on projette dans un flacon plein du même gaz verdatre, s'embrasent aussilût, et tombent au fond du vase en imitant une pluie de feu %, 293). Du soufre et du plomb, qu'on chauffe légi'rcmenl dans un ballon de verre, s'unissent en dégageant tant de chaleur, que le fond du ballon devient incandescent. La chaleur développée pendant l'extinclion de la chaux vive peut élever la température au point d'endaramor le bois, le soufi-e, lu poudre à canon.

Enfin, il est bien constaté que toutes les fois que deux corps en pri; , p......... 1..... l'autre une certaine tendance, la combi-

cuiisliimmcnt accompagnée d'une élévation de température uit d'auladt pins que l'aftlnilé mutuelle des corps est plus

pll051>lior

Bonce manifeslcTil l

grande, et qui peut môme aller, dans certains cas, jusqu'à l'incandescence.

On peut donc poser comme principe général que : dans toute combi- Raison ou réaction chimique, il y a une production de chaleur qui est en rapport avec l'affinité des corps, et dire qu'il y a combustion toutes les fois que, dans une réaction quelconque, le phénomène du feu se produit.

Il resterait à savoir d'où provient ce dégagement de chaleur et àe lumière qui accompagne la combinaison. Je me bornerai à vous apprendre que les uns l'attribuent à des effets électriques produits dans l'intérieur des corps qui réagissent ensemble, tandis que d'autres n'y voient qu'un simple résultat des mouvements moléculaires qui s'accomplissent dans les particules en présence; ces particules, en changeant de distance et de position relative, donnent lieu à un travail qui se traduit par un dégageloent de chaleur, absolument comme dans les actions purement mécaniques, le martelage du fer par exemple,

le rapprochement des molécules suffît pour provoquer une émission de chaleur.

IVoBiS désif^Baiit les hantes températares prodaites dans les aciioBs chimif[«es. — On a souvent besoin, dans les descriptions, d'indiquer les divers degrés de température auxquels les corps réagissent, ou qui se manifestent dans les actions chimiques. Pour les températures élevées, c'est-à-dire qui dépassent le point d'ébullitiou de l'eau, oh fait usage de termes qui rappellent à peu prr»s la couleur de la lumière produite. Lorsque la chaleur* n'est pas encore arrivée jusqu'à l'incandescence, on l'appelle chaleur oôscwre. Les diverses apparences lumineuses sont nommées, à partir de^ ce terme, ainsi que vous allez le voir dans le tableau suivant dû à Pouillet :

Flg. 293. — InflaïQmation du bismuth et de l'antimoine pulvérisé dans le chlore gazeux.

Couleur que prend Température

le platine. correspondante.

Rouge naissant 525<»

Rouge sombre 700

Cerise naissant 800

Cerise 900

Cerise clair 1000

Couleur que prend Température le platine. correspondante.

Orangé foncé 1 lOO®

Orangé clair 1200

Blanc 1300

Blanc soudant 1400 *

Blanc éblouissant ... . 1500

Chaleur défj^afj^ée par les dlTert eombvstibles. — Les difTércnts combustibles dégagent, en brûlant, une quantité de chaleur d'autant plus forte qu'ils absorbent plus d'oxygène. En \oici la preuve dans le tableau suivant, qui indique la chaleur fournie par un kilogr. de chdcun d'eux, en mOmc temps que la quantité d'oxygène absorbée pendant leur combustion.

Désignation des substances. Calories développées. Oxygène absorbé.

Hydrogène pur 23640 8^",01

Cire blanche 9479 3 10

Huile'de colza épurée , . 9307 »

Huile d'olive 9044 3 »

Suif. .. 8369 3 10

Carbone pur 7914 2 616

Phosphore 7500 1 50

Charbon de bois 7300 2 60

Hydrogène bicarboné 6600 .3 30

Coke .\ , 6500 . 2 20

Charbon de tourbe 6400 »

Houille grasse moyenne 6000 2 20

Bois parfaitement sec 3500 1 30

Tourbe de bonne qualité. 3000 »

Bois séché k l'air. 2600 l »

Oxyde de carbone 1800 0 57

C'est l'hydrogène pur, comme vous le voyez, qui produit la plus forlc chaleur en brûlant. Aussi, c'est son mélange avec la moitié de son volume d'oxygène qu'on emploie ordinairement, commeje vous le démontrerai bientôt, pour obtenir les plus grands effets de fusion.

De la Flamme.

Sa nature. — Tout corps solide qui est fixe par lui-même, c'est-àdire non susceptible de se réduire en gaz, devient rouge de feu par l'action d'une haute température, mais ne produit jamais de flamme. Un charbon fortement calciné et porté au rouge, présente ce fait d'une manière bien évidente.

Tout corps, au contraire, qui est gazeux ou qui peut le devenir en tout ou en partie par l'action du feu, brûle toujours avec flamme. Le gaz hydrogène, le soufre, le phosphore, sont dans ce Cas.

D'après cela, la Flammk est une mntîére (jazeuze chauffée au point d'étvd lumineme, c'cst-î\-dire dont la température atteint au moins 600 degrés du thermomètre conligrade, puisque c'est ùcedegrédc chaleur que la lumière se manifeste toujours (1).

(1) Les ancions ont eu certainement quelques notions, quoique très-vagues, do la nature de la flamme. Ainsi, il y a plus de quinze cents ans que Théophrasle disait : « Il n'est pas irrationnel d(î croire que la flamme est entretenue par un souffle ou un corps aériforme. » Galicn disait plus tard que la flamme est un air enflammé.

Il est facile de reconnaître, par expérience, que la flamme est réelle* ment produite par la combustion des gaz ou des vapeurs.

Qu'on éteigne une chandelle de manière que la mèche conserve encore quelques points en ignition ; il se dégage un filet de fumée épaisse et très-odorante; — qu'on approche un corps enflammé de celle fumée, elle prend feu, la combustion se propage rapidement de haut en bas jusqu'à la mèche, la flamme de la chandelle redevient ce qu'elle était d'abord, et la fumée cesse.

Sa ha«te température. — La haute température de la flamme est occasionnée par le calorique qui se dégage lorsque les gaz ou les vapeurs combustibles s'unissent avec l'oxygène de l'air. Ce qui démontre la vérité de cette assertion, c'est que la flamme n'est lumineuse que sur la couche très-mince où s'opère la combustion du gaz de la flamme. Qu'on abaisse, en effet, une gaze métallique sur la flamme d'une bougie ou d'un jet de gaz hydrogène bicarboné, on observera très facilement qu'elle est creuse et obscure dans son centre et que ses bords seuls sont éclairés, parce que c'est seulement dans cette partie que les gaz rencontrent l'oxygène de l'air et s'y unissent. Qu'on approche une bougie d^ l'orifice d'une cloche pleine d'hydrogèrfe (fig. 294), maintenue dans une position renversée, c'est-à-dire l'ouverture tournée vers la terre, il n'y aura combustion et inflammation que dans ce point, la flamme ne se propagera pas dans l'intérieur de la cloche parce que le gaz qui s'y trouve n'est pas soumis au contact de l'air.

Il résulte de là qu'à l'intérieur la flanmie a une température bien pluà basse qu'à l'extérieur. On en acquiert la preuve en plongeant un fil métallique dans la flamme d'une bougie : il devient promptemcnt rouge dans les points où il rencontre la susface extérieure, tandis qu'il reste noir dans la partie centrale.

Caaee de l'inteBslté de la lomière des flammes. — Suivant sir Humphry Davy, la température de la flamme surpasse la chaleur blanche des corps solides. Tous ces corps, en effet, tenus au milieu des flammes ordinaires, deviennent blancs de chaleur, et, dans cette circonstance, ils augmentent singulièrement l'intensité et l'éclat de la lumière. L'hydrogène, l'oxyde de carbone ne projettent qu'une lueur très-faible lors de leur combustion dans l'air ou l'oxygène. On donne

Fîg. 294. — Inflammation du gaz hydrogène dans l'air.

«uMÎtftt un grand éelal à leur fUmme, en 7 întrodniunt vu corps m>lide inénie ÎDCMnbuilible, telle qae l'amiante très-fiae, une gaie métallique, etc.

Ce principe nous explique l'inlensitë de la lumière de ces flammei dans lesquelles une matière solide et fixe est produite dans la combustion, et la faiblesse de celles dans lesquelles il n'apparaît qu'une matière gazeuse ou volatile. La lumière qui se manifeste pendant la combustion du phosphore, du zinc dans l'oxygène ou l'air, n'est si rive qne parce qne, dans ce cas, il te forme de l'acide phasphoriqve, de l'oxyde dt tine, corps Qxcs qui restent interposés en pailie au milieu de la flasanie développée. La lumière du soufre, de l'hydrogène, de l'oxvdc de carbone, n'est si faible que parce que les produits de la combustion, Vacde tulfureux, l'eait, l'acide carbonique sont gazeux par eux-mCmes ou se réduisent en tapeurs. I.a flamme du gaz lijdrc^ène bicarboné ou du gaz-ligbl est très-brillante, parce qu'il se dépose dans son centre du charbon Irës-divisé qui devient incandescent. Il en esl de même de la lumière de nos chandelles, de nos bougies, de nos lampes ; elle doit son éclat au dépAt de Charbon qui se fait i l'iitlérieur de la ikmme. Il eit facile de' constater ce dépôt de charbon, en plaçant transvei-salement C^. ï9;i) une loilc métallique au milieu de la longueur d'une de ces Dammcs : on voit s'élever une lumëc Épaisse cl noire au-dessus de la toile.

Lamémevérificationppul

Olrc failc en plongant dans

l'une de ces flammes un

fragment de porcelaine blanche; on l'en celirc couvert de noir deTu-

méc, c'est -ù -dire ilc charbon excessivement divisé.

I.a chaleur des llanimea n'est pas toujours en rapport avec l'intensité de leur lumiiTc. La (Ijunine qui produit la plus haute température est celle qtii résulte dcrinriammatioii d'un mélange de f volume d'oxvgéno cl di- 2 volumes d'hydrogi'ne fortement comprimé; elle esl ;i peine visible, cependant, à la lumii^re du jour. I.a flamme de l'hydrogène bicarboné est bien plus dense cl plus brillante que celle de l'hydrogène pur, et cejirndant, celle derniîirc répand plus de chaleur qne la première.

Ftç.îiS. — InlGrpoaitiaa

Moyen d's«|^eBter la chaleur de la flamme* — Chal«]

— 11 est possible d'augmenter singulièrement la chaleur des flammes, en dirigeant sur elles un courant d'air qui, insuftisant toutefois pour les refroidir et les éteindre, active vivement la combustion des gaz qui les produisent. L'instrument qui sert à cet objet porte le nom de chalumeau.

Ce n'est autre chose, comme l'indique son nom, qu'un tube de verre ou de métal dont un bout est arqué, et dont le canal intérieur va en se rétrécissant jusqu'à ne former, à cette extrémité, qu'une ouverture aussi fine que le serait un trou fait avec une aiguille (fig. 296). C'est cette ouverture qu'on tient contre la flamme, pendant qu'on souffle par l'autre bout avec la bouche. Comme la vapeur humide qui sort des poumons sa dépose dans le tube et l'obstrue, il y a, vers la courbure du chalumeau, une ampoule ou petite sphère creuse où le liquide se réunit. Le jet d'air que l'insufflation produit par le bout capillaire n'est plus interrompu par les globules aqueux qui s'y mêleraient sans cette disposition.

Les orfèvres, les émailleurs, les bijoutiers, les essayeurs de monnaies, font un fréquent usage du chalumeau, depuis une époque très-reculée, poUr opérer des soudures de peu d'étepidue, monter des diamants, faire des essais, enfin, toutes les fois qu'ils veulent fondre une petite quantité de métal ou d'alliage.

Cet instrument fut longtemps employé dans les arts avant qu'on ne songeât à l'utiliser pour les essais chimiques. Anton-Swab, métallurgiste suédois, fut le premier qui en fit l'application à l'essai des minéraux, vers l'an i738. Depuis, l'usage en est devenu indispensable aux chimistes et aux minéralogistes, qui reconnaissent, par ce moyen, avec un.e promptitude et une précision remarquables, la nature et les principaux caractères des plus petites quantités de substances minérales.

Le chalumeau des orfèvres a été modifié et perfectionné par Bergmann et surtout par Gahn, chimistes suédois, qui ont porté l'art de l'analyse par le chalumeau à un point de perfection inimaginable, le dernier avait acquis, dans ce genre d'essa's, une telle habileté, qu'il déterminait la nature d'une matière que l'on avait peine à apercevoir à l'œil nu, tant sa quantité était minime.

La figure 297 reproduit ce chalumeau des minéralogistes. Le tube conique AB est muni d'une embouchure F en ivoire ; il entre dans une chambre C destinée à condenser l'humidité de l'air insufflé ; le tube D, par lequel ce dernier sort de la chambre, est terminé par un bec en platine E à ouverture capillaire, qui recouvre à frottement le bout du tube* •

Mg. 296.

Chalumeau dei

orfèvres.

■ Le chalumeau porte au milieu de la flamme une masse d'air condensé qui chasse devant lui un torrent de matières combustibles qu'elle

contient et qui brûlent alors très-rapidement. La flamme prend la disposition suivante (fig. 298). Ce dard de feu présente dans son centre un jet de flamme bleue dont l'extrémité 6 est le point où se développe la plus haute température; mais comme il y a encore beaucoup de vapeurs combustibles non brûlées, cette partie de la flamme est tout à la fois fondantti et désoxydante. La pointe extrême du dard c, qui est- à peine lumineux, contient un excès d'oxygène, aussi est-elle trèsoxydante. Ces deux parties de la flamme, qui permettent ainsi de produire à volonté sur la substance qu'on y expose deux effets contraires, sont distinguées parles noms de feu de réduction et feu d oxydation.

Fig, 297. — Chalumeau des minéralogistes.

Fig. 298. — Disposition que prend la flamme sous le jet

du chalumeau.

Il faut une certaine habitude pour obtenir un courant d'air continu avec le chalumeau sans se fatiguer. Si l'on souffle trop doucement, l'effet est médiocre ; si l'on souffle trop fort, l'inipétuosité du courant d'air enlève la chaleur aussitôt qu'elle est développée, et la flamme disparaît. C'est ce qui arrive quand on souffle vivement avec la bouche sur une chandelle allumée pour l'éteindre.

M. de Luca a obvié à ces inconvénients en inventant un chalumeau disposé de façon à obtenir un jet continu d'air sans nécessiter de la part de l'opérateur aucun effort spécial, qui ne produit aucune fatigue et n'exige pas un long apprentissage (fiy. 299). : Entre le grand tube conique et le récipient cylindrique du chalumeau précédent, M. de Luca a interposé une boule en caoutchouc vul-

DES PnÉKOMÈNES DE LA COMBfSTrON.

canisé, munie à l'inlérieur d'une soupape qui te ferme de dedans au dehors el qui est placée à l'exlrfmîté du lube-embouchure. Cette sou- ÏMpe, qui permet l'entrée de l'air, en empêche la sortie par le tube abducteur. Comprimé bt la fait par le souRle et la boule de caout-

chouc distendue qui tend à reprendre son volume primitif, l'air s'échappe régulièrement et d'une manière continue à l'extrémité de la pointe du chalumeau, sans qu'il soit nécessaire de souffler constamment, comme on est tenu de le faire avec le chalumeau ordinaire.

Ces chalumeaux, malgré la ti'ës-haute chaleur qu'ils communiquent ï la flamme, ne suffisent pas, cependant, pour opËrer la fusion des Bubttances déiignëee sous le nom de réfractaira, parce qu'elles rédslent aux plus violents feux de forge. Pour celles-ci, on alimente alors le chalumeau, non plus avec l'air de la poitrine, mais avec un mélange fortement comprimé d'oxygène et d'hydrogène, fait dans les proportions nécessaires à la formation de l'eau.

La chaleur qui se développe dans ce cas est si forte, 2500"* environ, qu'il n'y a aucun corps de la nature qui ne se fonde et ne se volatilise immédiatement. C'est ainsi qu'on est parvenu d opérer, en peu d'instants, la Ibsion de suhstances regardées, pendant longtemps, comme absolument infusihles, telles que le plaline, le palladium, la chaux,' le sable, le grès, la porcelaine dure, etc.

Le professeur Robert Hare, de Philadelphie, est le premier qui ait.

SEIZIËHE LEÇON.

pente, en 1803, à coDstniire un chalumeau â gazoxjgâne etfajdrc^^ne condeneés.

ChklvMCAH A« CiBrbe. — L'appareil cmplojé pour obtenir une aussi haute élévation de température consiste ifig. 300} en une caisse métallique C à parois très -résistantes, de la contenance de 1 ou 2 litres, à laquelle se trouve adaptée une pompe foulante et aspirante Bi Au mofen de cette pompe, on introduit et on comprime dans la caisse un mélange de 2 volumes d'hydrogène et de I volume d'oxygène,-contenu dans une vessie A en communication avec le corps de pompe. A l'aulre extrémité de la face supérieure de la caisse est un tuyau coodé h angle droit D, qui se tennine en pointe capillaire, laquelle n'est point perméahle à la flamme. C'est par ce tuyau que s'échappe le jet de gaïque l'on doit enflammer, lorsqu'on tourne le robinet qui s'oppose k sa sortie. Mais, afin que l'inflammation ne puisse se propager dans l'intérieur du mélange gazeux, la capacité de la caisse est divisée par des cloisons à travers lesquelles le gaz ne peut s'échapper qu'en traversant une couche d'huile et plusieurs toiles métalliques très-fines.

Cet appareil est connu sous te nom de Ckalttmeav de Clarke. C'est le même que celui de Brook ou de >'enmann, à la seule différence d^ toiles métalliques et de l'huile, nécessaires pour diminuer les dangen que l'on court en faisant des expériences de ce genre.

On ne saurait prendre trop de précautions en expérimentant avec cet appareil ; car la moindre étincelle qui pénétrerait dans le clialumeau, causerait l'inflammation subite du mélange gaiéux, et, par suite, une explosion terrible qui pourrait frapper de mort ropérateurl C'est un effet de ce genre qui a failli tuer l'ingénieur Conté, et qui 1'» privé de la vue pour le reste de ses jours.

CbftlawutM perreetlvBM^. — On évite aujourd'hui tes accideali de ce genre, en renfermant chacun des deux gaz dans un réservoir particulier, et en n'opérant leur mélange que sur de tK-s-petiles quaa-

DES l'HÉNOMÈNliS Dli I.A COMBUSTION. 101

tiléa à la fois, el presque à Voriece capillaire du bec du chalumeau. On se »ert, pour cela, do gazomètres imaginés par UîlBcherlich; la figure 301 en reproduit un

module.

Cet appareil cousis le en Un Tase cylindrique A, en cuivre ou en forte tôle vernie, d'une quarantaine de litres de capacité, surmonté d'une cuvetle B de même matiëre. Celle-ci est supportée pai' 4 montants métalliques, dont deux sont creux et armés de robinets S E. Le tube D descend jusqu'au fond du réservoir A, tandis que le tube E se termine à sa partie supérieure. Au bas du vase A existe une tubulure G, assez large, qu'on ferme par un boucbon à vis en plomb.

Dans le haut du même vase, et sur l'un des cdlés, se trouve un tube à robinet F pour ta sortie du gaz. Du côté opposé est adapté un indicateur en veiTe IH, pour montrer le niveau de l'eau dans l'intérieur du gazomëti-e.

Lorsque le réservoir A et la cuvetle B sont remplis d'eau, que tous les tubes à robinet sont fermés, on dévisse le bouchon de la tubulure inférieure G, el l'on engage dans celle-ci l'extrémité du tube de dégagement du lluide élastique dont on veut charger le gazomètre. A mesure que ce gaz monte à la partie supérieure du réservoir, il déplace un pareil volume d'eau qui s'écbappe par la même tubulure. Lorsque le réservoir est presque enlièrement rempli, on bouche celte tubulure, et, quand il s'agit d'avoir un jet de gaz, on ouvre les robinets des tubes D et F ; l'eau de la cuvclle 6, en descendanl, détermine la sortie du gaz en F; son écoulement peut Ctre réglé à volonté, puisqu'il sufDt de laisser entrer plus ou moins d'eau dans le réservoir par le lube D.

Si, maintenant, on adapte aux tubes de sortie F de deux gazomètres, l'uQ rempli d'hydrogène, l'aulre d'oxygène, les deux branches lalé-

de Hllloheriich.

fifpocé pow ériier

raies 0 et H {fig. 302) d'un tobe eo laitoa A, qui est rempli de rondelles de tofles métalliques superposées et qui est termiaé par an bec de chalumeau eu platioe B, il est éndeot qu'eu réglant par le robinet

K, Técoulement des deux gax de manière qu'il arrive dans le tube A deux fois plus d'hydrogène que d'oxygène, on aura dans cet espace limité le mélange convenable pour brûler à l'extrémité du chalumeau.

On pourra donc produire tous les effets calorifiques dn chalumeau de Qarke, sans courir aucun danger, puisque, si l'inflammation se conmiuniquait dans l'intérieur du tube, l'explosion se réduirait à fort peu de chose en raison du Caible volume du mélange détonant.

Cnbalutema «• HM. H. Beville et Sekraj. — lUI. H. Sainte- Qaire Devflle et Debray ont imaginé un chalumeau plus simple que le précédent. Q se compose {fig. 303) d'une double enveloppe en caoutchouc. Tune intérieure o dans laquelle circule l'oxygène 0, l'autre extérieure plus large qui reçoit l'hydrogène U ; les deux gaz, dont on règle à volonté le débit au moyen de robinets placés sur les tubes qui sont adaptés aux gazomètres, ne se mêlent que dans le tuyau capillaire £ qui termine la double enveloppe, c'est-à-dire à peu de distance du bec du chalumeau B, en sorte que la flamme ne peut rétrograder au delà du tuyau capillaire.

On conmieoce par ouvrir le robinet à l'hydrogène H et on l'enflamme; on omTe alors le robinet à oxygène 0 jusqu'à ce qu'on ait une flamme très-faible, brûlant sans bruit. C'est celte flamme si chaude qui a permis à MM. Deville et Debray d'opérer, en quelques instants, la fu-

FiQ. î:4. — ChaJunwan ferf-.^'ionr.* d-e MM. IV;^;I> «< Debray.

sion de masses de platine conîidérables {Il à \'* kilogr.) placées dans la conca\ité d'un gros morceau de cbaux maigre. Ils ont seulement remplacé par économie Ihydrogène ordinaire par le gaz de léclairage. Je re>iendrai sur ce sujet eu faisant 1 hisJoire du platine.

Chalumeaiïx de MM. Perrot et SchlœslBir* — Plus récemment MM. Perrot et Schlœsing ont imaginé, des dispositions qui permettent de produire des températures très-élevées au moyen du gaz d'éclairage mélangé à Fair.

Le premier réunit en fai3ceau les flammes d'un certain nombre de becs brûleurs de Bunsen, sans cependant qu'elles se pénètrent complètement, et en les surmontant d'un tuyau de tôle de 2 mètres de hauteur. Par suite du fort tirage produit, il an résulte une colonne de gaz enflammé d'une très-grande puissance calorifique, qu'on fait arriver dans un fourneau où elle circule autour du creuset ou moufle qu'il s'agit de chauffer. On fond ainsi en quelques minutes des masses assez considérables d'argent, de cuivre, d'or, de fontes blanche et grise. '

M. Schlœsing obtient des températures encore plus élevées, sufflsantes pour fondre le fer et la porcelaine, en injectant dans un petit espace où se trouve le creuset un mélange d'air comprimé et de gaz d'éclairage dans des proportions telles qu'il y ait une combustion complète de celui-ci, sans qu'il y ait excès de gaz ni d'air.

L'appareil est encore le tube de Bunsen, mais dont les dispositions ont été renversées ; l'air comprimé arrive par le tube intérieur qui est entouré d'un manchon alimenté par le gaz. Celui-ci, aspiré cl entraîné par le courant d'air, s'y précipite et s'y mêle. Le débit du gaz est réglé par un robinet, celui de l'air par une pression de 15 à 20 centimètres d'eau.

Lorsque ce mélange gazeux est enflammé dans l'air, il produit une grande flamme bleu^, dont la puissance calorifique ne parait pas plus intense que celle d'un chalumeau ordinaire. Mais si le dard pénètre dans une enveloppe réfractaire, sans entraîner d'air extérieur, en flanmie devient très-courte, et la combustion s'accomplit en totalité dans cet espace resserré, grâce à l'état préalable du mélange intime des deux fluides. La température développée dans ce cas est telle qu'on fond, en vingt minutes, dans un creuset de Paris, un morceau de fer de 40 grammes, et que, dans aussi peu de temps, on convertit des tubes de porcelaine de Bayeux en une masse de verre transparent.

Lorsqu'on ne veut agir que sur de très-petites quantités de matière, on peut se contenter de faire passer un courant rapide d'oxygène dans la flamme d'unelampc à alcool; on se sert, pour cela, d'une vessie {pg. 304) remplie d'oxygène et dont la tubulure en cuivre est armée d'un robinet laissant écouler le gaz par un Fig. 304. - chalumeau à oxygène.

tube effilé que l'on introduit

dans la flamme de la lampe. La température ainsi obtenue sufBt pour

produire tous les effets que donne la combustion du mélange déton-

nant d'oxygène et d'hydrogène. On fond aisément, par ce moyen, un fll de platine de petit diamètre •(t/2 millimètre).

I^amlère DrwmmoMd. — La flamme des chalumeaux à gaz a été non-seulement utilisée pour obtenir de hautes températures et fondre les corps les plus réfractaires, mais aussi pour quelques applications industrielles d'une grande importance,

Ainsi, en dirigeant cette flamme sur un fragment d'argile, le D' Hare, de Philadelphie, obtint le premier une lumière d'un éclat extraordinaire, aussitôt que l'argile fut suffisamment échauffée. Plus tard, Gumey et Drummond substituèrent à l'argile la chaux, qui n'a pas besoin d'une température aussi élevée pour devenir resplendissante, et plus récemment on a eu recours à des cylindres de magnésie obtenus au moyen d'une forte pression, puis à un faisceau de fils de platine qui produisent une lumière plus vive et plus belle.

On a songé à utiliser cette lumière, 140 fois plus faible seulement que celle du soleil, pour l'éclairage des places publiques et des phares, avant qu'on ne connût l'éclairage électrique, beaucoup plus puissant.

On s'en est servi longtemps pour éclairer les micros- \^ copes à gaz. C'est le lieutenant Drunmiond qui le

j\ premier en fit usage, en i830, pour illuminer une

montagne enveloppée de brumes dans un des comtés de l'Irlande.

Un peu plus tard, Desbassayns de Richemont a en l'heureuse idée d'employer -la flamme du même chalumeau à gaz pour opérer la réunion ou la soudure I ' ^^' \ de plusieurs pièces de plomb par la fusion seule, et l ^P I sans l'emploi d'aucun alliage. C'est là ce qu'on appelle VJv^. la soudure autogène dont je vous parlerai plus lard.

Straet«re 4e la flaame. — Examinons maintenant avec attention la structure d'une flamme ordinaire, de la flamme d'une bougie par exemple. On y distingue aisément quatre parties, comme l'indique la figure 305.

On remarque à sa base une petite partie d'un bleu sombre qui s'amincit à mesure qu'elle s'éloigne de la mèche, et disparait complètement là où la surface extérieure de la flamme s'élève verticalement ei(/.Aa centre est un espace obscur a qu'on aperçoit aisé* ment à travers l'enveloppe brillante. Cet espace ren* ferme les gaz émanés de la mèche, qui n'éprouvent point la combustion, parce qu'ils sont hors du contact de l'air; aussi se dépose-t-il en cet endroit une certaine quantité de charbon (i). Ao

im.r

Fig, 305. — Structure de la flamme d'une bougie.

(1) Au quinzième siècle, le célèbre Léonard de Vinci, plus connu comme ai

tour de cet espace est la partie brillante de la flamme ou la flamme proprement dite 66'. Enfin, au dehors de celle-ci, on observe, en regardant avec attention, une dernière enveloppe cde peu lumineuse et dont la plus grande épaisseur correspond au sommet de la flamme brillante.

C'est dans cette partie extérieure que la combustion des gaz s'achève et que la chaleur est le plus intense, comme on s'en assure facilement en approchant un fil fin de platine, qui devient subitement incandescent et fond. La partie centrale de la flamme est, au contraire, si peu chaude que J. Murray prétend y avoir introduit de la poudre à canon et l'en avoir retirée tout humide ; il assure même y avoir conservé pendant plusieurs secondes de XaTqemX fulminant sans qu'il détonât ; il ajoute enfin que le phosphore s'y éteint. Si la flamme, proprement dite, qui entoure cet espace obscur est si brillante, c'est parce que le charbon qui s'y trouve agit comme les corps solides dont il a été parlé plus haut.

Quant à la partie inférieure de la flamme, qui est d'un bleu sombre, sa température ne peut jamais s'élever beaucoup, à cause de l'évaporatîon abondante de suif qui se fait dans cette portion, la plus humectée de la mèche. Dans un jet allumé de gaz hydrogène bicarboné, le même effet refroidissant est produit près de son origine, parle courant continuel de gaz froid. Dans ces parties, la chaleur n'est pas suffisante pour décomposer le gaz contenu dans l'intérieur de la flamme : le charbon n'est ni déposé, ni brûlé, et conséquemment, d'après ce qui a été dit précédemment, l'émission de lumière est très-faible.

Aii»l7«e été la flmmme. — J. Nicklès a donné un moyen trèssimple et fort ingénieux pour faire l'analyse de la flamme, c'est-à-dire pour constater la nature des gaz qui l'alimentent et des composés gazeux qui en dérivent. Je place sous vos yeux le petit appareil qu'il a construit à cet effet (^.«7. 306). C'est un flacon aspirateur A, dont le bouchon 6 est traversé par un tube de verre recourbé et effilé, ou

tiste, mais qui n'était étranger à aucune branche des connaissances humaines, avait très-bien entrevu la structure intérieure de la flamme et la cause essentielle de la combustion . Voici un passage tiré de ses manuscrits qui le prouve suffisamment :

a Le feu détruit sans cesse l'air qui le nourrit ; il se ferait du vide, si d'autre air n'accourait pas le remplir.

a Lorsque l'air n'est pas dans un état propre à recevoir la flamme, il n'y peut vivre ni flamme, ni aucun animal terrestre ou aérien.

V « Il se fait de la fumée au centre' de la flamme d'une bougie, parce que l'air qui entre dans la composition de la flamme ne peut pas y pénétrer jusq'au milieu. Il s'arrête à la surface de la flamme, il se transforme en elle, il laisse un espace vide, qui est rempli successivement par d'autre air. » [Annales de Chimie^ t. XXIV, p. 150.)

GlBAROIN. — L 30

466 SEIZEËME IJ<:ÇON.

mieux encore par un chalumeau ordinaire. L'aspirateur étant plein d'eau, on le place de manière à ce que la pointe du chalumeau puisse plonger dans le cône obscur delà flamme n que l'on choisit, à dessein, un peu forte. Le* choses Étant ainsi disposÉes, on ouvre le robinet

Fig. 30fi. — Appareil <

en c ; l'eau s'écoule, et aussitôt la Ilamme baisse ; en même tempi on voit un gaz blanc pénétrer dans l'aspirateur.

Si l'eau ne s'est pas écoulée trop promplemcnt et que le bec du chalumeau ait été consiamment plongé dans le cône obscur, oo n'a qu'à déboucher l'aspirateur et en approctier une allumette enflammée pour loir le gaz prendre feu à l'oriflce du flacon. L'intérieur de l> flamme contient donc des gaz combustibles, des hydrogènes cariKinét qui n'ont point encore pris part à. la combustion.

Si l'aspiration se fait trop rapidement, si la flamme n'est pas asd grande, et si l'appareil a absorbé plus de gaz que la mèche n'en pODvait fournir, alors le gaz aspiré confient de l'azote et de l'acide cacbonique en notables proporlions. Dans ce cas, le gaz contenu dans l'aspirateur n'est plus inflammable, i moins qu'on ne l'agite d'a?aDCe afW un peu d'eau de soude.

Il y a toujours, du reste, de Tazote avec les hydrogènes carbonés dans rintérieur de la flamme. Cet azote provient de l'air qui a pénétré dans la flamme par endosmose, comme il pénèti*c dans un ballon de baudruche rempli d'hydrogène. Les hydrogènes carbonés du cône obscur de la flamme se brûlent au contact de Toxygène de Tair et constituent la frange lumineuse qui entoure ce cône, tandis que l'azote, inerte dans cette circonstance, se mélange aux gaz combustibles du centre pour s'échapper ensuite avec le gaz carbonique et la vapeur d'eau provenant de la combustion.

Vhéorie de la combustion des corps gW9i% servant à Pédairanfe.

— Les considérations qui précèdent vous mettent en état. Messieurs, de comprendre comment il se fait que le suif, la cire, le bois et l'huile fournissent de la lumière lorsqu'on les expose à une certaine température. C'est que, par Teffet de la chaleur, une partie de ces substances, dans lesquelles l'hydrogène et le carbone dominent, se décompose et se transforme en gaz combustibles qui s'unissent avec l'oxygène de l'air ; dans tous les cas, ces gaz ne peuvent devenir lumineux qu'autanl qu'ils rencontrent la quantité d'air nécessaire pour opérer leur combustion complète, et que la température arrive au moins à 4- 600°.

Les mèches dont les chandelles, les bougies, les lampes sont pourvues, favorissent cette élévation de température par leur combustion. Elles agissent en outre comme des tubes capillaires, en déterminant l'ascension continuelle des matières grasses, liquides ou liquéfiées, jusque dans la partie où la combustion s'effectue.

Quelle que soit donc la substance, solide, liquide ou gazeuse, communément employée pour l'éclairage, la flamme est engendrée soit par les gaz et vapeurs formés dans les appareils des usines, soit par de semblables produits gazéif ormes que dégage la haute température aux approches des parties de la mèche où s'opère la combustion.

Dans tous les cas, la lumière artificielle est toujours due à la présence des particules charbonneuses précipitées dans l'intérienr de la flamme. Par une sériQ d'expériences dont les détails ne sauraient trouver place ici, M. Payen est arrivé à cette conclusion : que le maximum de lumière économiquement réalisable correspond à une combustion tellement bien ménagée, à l'aide d'un accès d'air convenable et d'une vitesse modérée, qu'une quantité déterminée de gaz donne le plus grand volume possible de flamme, sans laisser toutefois échapper ni gaz ni carbone non brûlé.

* Péclet ayant constaté desfails semblables pour l'éclairage avec l'huile brûlée dans les lampes, on a dû considérer comme très-générale cette théorie, qui peut être encore formulée en ces termes : la quantité de lumière produite par une flamme est proportionnelle à la quantité et à

la température des particules charbonneuses en suspension dans cette flamme.

Le manque d'air produit une combustion incomplète, et, par suite, une température (,j

peu élevée, ce qui nuit à Téclat de la flamme et donne de la fumée. Un excès d'air nuit également, soit parce que la flamme en est re*

Fig. 307. — Lampe antique

Fig, 308. — Lampe à pompe.

roidie, soit parce que la combustion totale est trop prompte.

Avec de mauvaises mèches, une partie du combustible se vaporise en pure perte sans prendre feu, en donnant de la fumée et une odeur de matière grasse à demi décomposée. C'est ce qui arrive dans les lampes mal construites, et dans les chandelles qu'on néglige de moucher. Il y a consommation plus grande de combustible et un plus faible pouvoir éclairant.

Tels étaient les inconvénients des lampes anciennes {fig, 307 et 308). Vers la fin du siècle dernier, Argant eut l'idée très-heureuse de remplacer la mèche ronde ou plate dont on faisait usage par une mèche cylindrique, vers le haut de laquelle l'huile monte par l'effet d'un siphon ou seulement par la capillarité du coton, et de l'entourer d'un double courant d'air, l'un intérieur, l'autre extérieur, qui s'établit suivant l'axe de la mèche et prend naissance à la base de l'étui qui la porte. Les deux courants sont rendus beaucoup plus rapides par une cheminée de verre dont le cylindre entoure

Fig. 309. - Lampe d'Argant ou quinquet.

concentriquement la mèche et la garantit en outre du vacillêment causé par les mouvements de l'air extérieur (Jig. 309) (1). .' Un ouvrier d'Argant, le nommé Quinquet, déroba la découverte de son maître, et le frivole public honora du nom de Quinquet le vol scandaleux de Tinvention d'Argant.

Un dernier perfectionnement restait à produire; c'était d'épargner à la main de l'homme le soin fastidieux d'amener fréquemment à la hauteur convenable, en pompant, l'huile qui doit alimenter la lampe. Carcel y parvint au moyen d'un mouvement d'horlogerie caché dans l'intérieur de là lampe. En 1803, il obtint, à l'exposition de l'Industrie, une médaille de bronze pour sa précieuse invention. — Les frères Girard, depuis, sont arrivés au môme résultat que Carcel, par une application ingénieuse de la fontaine hydrostatique.

DE LA FLAMME (suite). — DE L'ARSENIC.

Soif MAIRE. — Pouvoir refroidissant des tissus métalliques. — Découverte de sir H. Davy. — Lampe de sûreté des mineurs. — Des appareils d'Âldini. — Histoire de Tamiante. — De I'arsknic et de ses principaux composés. — Propriétés vénéneuses de cet élément et de toutes ses préparations. — Applications du sulfure d'arsenic h. la teinture et à la peinture. — Emploi de Varsenic blanc pour détruire les animaux. — Arséniate acide de potasse des indienneurs. — Procédé chlorométrique de Gay-Lussac. — Gaz hydrogène arséniqué et appareil de Marsh,

PoaToir refroidi» sant des tiflsas méialliqaes. — Toutes les fois que les gaz qui brûlent avec flamme éprouvent un certain refroidissement par une cause quelconque, ils cessent d'être lumineux. Les corps métalliques agissent ainsi sur les flammes; ils absorbent assez de calorique pour faire cesser à Tinstant la combustion. En effet, sirHumphry

(l) Argànt (Ami), né à Genève le 5 juillet 1750, était chimiste et physicien. Il commença sa carrière d'inventeur par l'amélioration des procédés de distillation des vins. C'est à Londres, en 1782, qu'il construisit la lampe à double courant d'air et à cheminée de verre. Ambroise Bonaventure Lange, épicier distillateur du roi, perfectionna sa découverte en rétrécissant le tube de verre et se donna pour le véritable inventeur de la lampe d'Argant. Gelui'-ci vint à Paris pour revendiquer contre le contrefacteur ; mais, après beaucoup de débats, il préféra transiger, et s'associer avec Lange. Le privilège fut accordé au nom des deux contestants. Argant mourut à Genève, en 1803, à l'âge de 53 ans. A la fin de sa vie, il était devenu mélancolique et visionnaire, et s'occupait de sciences occultes.

Davy a constaté que la flamme ne peut passer, à la température ordinaire, à travers une toile métallique très-serrée. Ce tissu refroidit le gaz qui le traverse, de manière à réduire sa température au-dessous du degré où la lumière est produite. C'est ce qu'on observe très-bien en abaissant une toile métallique sur une flamme quelconque ; celle-ci ne traverse point la toile, et on aperçoit à travers cette dernière un

Fiij. 310. — Effet refroidissaut des toiles métalliques sur les flammes.

cône tronqué de lumière, dont Taxe et les parties environnantes sont obscur?, et dont les bords évasés sont seuls éclairés. Si l'on approche une cliandolle allumée un peu au-dessus de la toile (/?(;. 310), le gaz qui passe j\ travers ses mailles s'enflamme aussitôt, preuve que le métal lui enlève beaucoup de sa chaleur, et le ramène à une température où il n'(»st i)liis lumineux.

Dans la même place, au-dessus de la toile où la main n'éprouve qu'une température douce, on est promptement brûlé si l'on retire la toile. Si deux feuilles de papier sont attachées aux deux faces opposées d'une toile métallique, on pourra allumer et brûler complètement l'une d'elles, sans que l'autre éprouve aucun dommage, quelle que soit d'ailleurs la situation, horizontale, verticale ou inclinée, de la toile.

La diminulionde température qu'éprouve une flamme par la superposition d'une gaze métallique, est proportionnelle à la petitesse des ouvertures du tissu et à la masse du métal. De sorte qu'unie toile métallique peu serrée laisse passer la flamme qu'une toile plus serrée intercepte complètement. Plus les flammes sont chaudes, plus le tissu doit avoir des mailles petites pour les arrêter.

C'est ainsi qu'une toile de 100 ouvertures par centimètre carré intercepte, à la température ordinaire, la flamme d'une lampe à espritde-vin, mais non celle de l'hydrogène, et dès qu'elle aura été fortement chauffée, elle laissera passer la flamme de la lampe. Une toile qui, chauffée au rouge, n'arrête pas la flamme de l'hydrogène, arrête encore celle de l'hydrogène bicarboné. Enfin, une toile échauffée qui communiquerait l'explosion à un mélange d'air et d'hydrogène bicarboné, ne permettrait pas celle d'un mélange d'air et de gaz inflammable des mines de charbon de terre (hydrogène carboné), qui, par bonheur, est le moins combustible des gaz inflammables connus.

Ces observations de sir Humphry Davy démontrent donc, de la manière la plus satisfaisante, que si la flamme est interceptée par les tissus solides, perméables à la lumière et à l'air, cela dépend, non d'une cause inconnue et mystérieuse, mais simplement de leurs pouvoirs refroidissants.

liampe de «ûretède Davy. — Ces principes, qui dans les mains de beaucoup d'hommes eussent été stériles, sont devenus, dans celles de l'homme de génie dont je viens de citer le nom, d'une merveilteuse fécondité. Il a compris à l'instant tout le parti qu'on en pouvait tirer pour l'éclairage des mines de houille où l'inflammation du grisou est la cause de si affreuses et si fréquentes catastrophes.

S'appuyant de ses expériences sur l'imperméabilité des gazes métalliques à la flamme, Davy prévoit qu'en entourant d'une toile métallique à petites ouvertures la lampe ordinaire des mineurs, celle-ci ne déterminera plus l'explosion du mélange détonant qui se forme dans les galeries souterraines. Le gaz qui s'introduira dans l'intérieur de la cage métallique y prendra bien feu, mais la flamnie ne pourra jamais se communiquer au dehors : elle s'éteindra en traversant la toile, puisque celle-ci jouit de la propriété de refroidir les gaz échauffés et de les abaisser au-dessous de la température où ils sont lumineux.

L'expérience confirme bientôt les prévisions du chimiste anglais, et d'un instrument dangereux, Davy fait un moyen de salut pour l'imprudent mineur, qui trouve dans sa nouvelle lampe un indicateur des périls qui l'entourent et un guide înoffensif qui lui permet de traverser impunément les parties de la mine où naguère il eût trouvé la mort.

Hang^erg de Fi iifl animation du iprisou dans les houillères. —

Lorsque je vous ai fait connaître l'hydrogène carboné, je vous àî dit

qu'il se dégage souvent en grande abondance dans les mines de houille. En se mêlant à Tair des galeries de ces mines, il produit, lorsqu'il est en certaines propor tions, des mélanges explosifs qui détonent lorsqu'on y pénètre avec une lumière. Ces explosions produisent presque toujours la mort des mineurs qui se trouvent dans les galeries. Ils s'aperçoivent du danger en observant la flamme de leur lampe, qui offre à sa pointe un élargissement d'autant plus sensible, et d'une couleur bleue d'autant plus foncée, que la quantité d'hydrogène carboné est plus grande. Dès lors, ils se jettent promptement à plat ventre, et regagnent les parties saines de la mine sans quitter cette posture.

Ce n'est pas la chaleur subite de la détonation qui est redoutable. Ce qui constitue le danger principal de ces explosions, c'est la vitesse énorme avec laquelle l'air arrive de toutes parts pour combler le vide fait pai* la combustion du grisou, qui a été converti en eau et en acide carbonique. Il en résulte un vent dont la force est assez grande pour entraîner les pauvres mineurs qui sont sur son passage, et les lancer contre les murs de la mine, où ils sont écrasés.

A chaque instant, les journaux nous apprennent les malheurs qui surviennent dans les mines sujettes au grisou. Les mines de Newcastle ont fait explosion en mai 1833, et 47 individus ont été tués. Dans la mine de l Espérance, près de Liège, la détonation arrivée en juin i838 coûta la vie à 69 mineurs. En juillet <8o6, 117 ouvriers descendaient un matin dans le puits de la mine de Cimmer, dans le Glamorganshire ; une heure après se produisait une explosion terrible qui en frappait HO de mort! En décembre 1860, 170 ouvriers périssaient dans les mines du Montmouthshire; en janvier 18G2, on retirait 4o cadavres du charbonnage de IlaiTield dans le Cumberland, etc., etc.

[.e relevé des catastrophes qui ont eu lieu dans les mines de la Grande- Bretagne, publié par les inspecteurs du gouvernement, établit que <le 1850 à 1880 il y a eu 8,4G6 individus tués, et 30,000 blessés plus ou moins grièvement I

Pendant longtemps on a ignoré complètement les causes de ces accidents désastreux, et les moyens de les prévenir, ou du moins d'en paralyser les effets. Dans les parties des mines où l'on avait lieu de redouter la présence du grisou, les mineurs se procuraient une lumière suffisante au moyen de lampes à silex ; mais la dépense était considérable. Ces lampes se composent d'une roue en acier de iG à iS centimètres do diamètre, mue par un engrenage avec une grande vitesse. A la périphérie de la roue d'acier est placée une pierre à feu qui produit des étincelles. Mai^ cet appareil m<}me, quoique moins dangereux que la flamme des lampes ordinaires, produisait encore des explosions.

Pour purifier l'atmosphère des galeries en cul-de-sac, dans lesquelles on n'avait pas pénétré depuis longtemps, souvent les mineurs y meitaient le feu. Un ouvrier, qu'on appelait le Pénitent, couvert de vêtements mouillés, armé d'un masque ayant des yeux en verre, et muni

d'une lorchG portée à l'exlrémitê d'une longHe perche, pénétrait dans

k galerie et s'avançait à plat ventre, en poussant la pei'clie devant lui jusqu'à ce que la détonation s'effectuât. Vouscomprenes le danger d'un pareil moyen d'assainissement.

Des malheurs fréquents et graves élant arrivés dans les mines de Newcastle, en 1813, J814et I8IS, où une seule détonation lit périr, en moins d'un instant, 101 personnes, un comité philanthropique chargea sir H. Davy de faire des recherches pour trouver un moyen de porter de la lumière dans les mines sans produire l'inllammalion du grisou. C'est alors qu'après avoir constaté la nature du gaz inflammable des mines, et reconnu qu'il devient explosible dès qu'il est m^lé à 6 ou 7 fois son volume d'air, il inventa la lampe deaùreté, à laquelle, par reconnaissance, les mineurs ont donné son nom.

Conatrvctlon dei Isiupea d« attrct^. ~ La forme des lampes de sûreté varie beaucoup ; mais celle qui est représentée dans la figure 3tl est d'une construction aussi simple que solide. On y distingue trois parties principales:

Le réservoir d'huile A, contenant 160 grammes d'huile, qui peuvent suRire à 10 heures de travail;

L'enveloppe imperméable à la flamme BB ;

La cage CC, qui sert à fixer l'enveloppe sur le réservoir, et à la garantir de tout choc.

L'enveloppe en toile ou gaze métallique contient 144 ouvertures rectangulaires par centimètre carré de surface. Ces! en lailon ou en fer qu'elle est faite. Le fil métallique peut avoir de 1/4 & 1/6 de millimètre de diamètre. Dans le haut de ce cylindre, la toile est double, de telle sorte que si l'une d'elles est altérée par l'action de la Damme, il y reste encore une fermeture de sûreté.

Le porte-mèche de la lampe est muni d'une . ouverture rectangulaire dans laquelle on peut j engager un fil de fer recourbé à son extrémilé \ D pour lever ou baisser la mèche. Ce fil de fer traversé le réservoir au moyen d'un tube soudÉ aux plaques du dessus et du dessous du réservoir.

Cette lampe indique ù chaque instant au mineur l'état de l'atmosphère des galeries, et l'averlit ainsi du moment oil il doit se retirer. En effet, dès que le grisou se mêle à l'air dans les plus pctiles

Fia. 3"'

- Lampe de

portions, il s'en aperçoit aisément à l'augmenlation du volume de la

flamme de 1b lampe. Quand le gaz forme le douzième du volume de l'air, le cylindre se remplit d'une flamme bleue très-faible, au milieu de laquelle on dielingue la flamme de la mèche. Celle-ci cesse d'Mre lifiblcauBsilOl quc> le gaz forme le cinquième ou le sixième de l'air,!^ cylindre élanl rempli parla flamme Irès-é datante du mélange combustible qui prend feu. Ënfln, quand la proportion du grisou est consi' dérable, qu'il forme, par exemple, le tiers du volume de l'air, la lampe «'éteint complètement.

Si l'on a soin de placer autour ou au-dessus de la mèche, plusieun flli de platine, roulés en Hpiralu {fig. 312), et de 3/10 de millimètre environ d'épaisseur, la lampe peut encore, dans ce dernier CM, rendre des service» au mineur. En effet, ouBsilOt qu'elle est éteinte, le platine se montre incandescent, pur suite de lu propriété qu'il possède

(le déterminer la combustion des gaz iJiflammables au conlaet de l'air. Il conserve col état en répandant une clarté assez intense, tant qu'il y a de l'air dans les galeries. Le mineur a le temps de fuir

ces lieux, guidé par cette lumière nouvelle. Lorsqu'il rentre dans une atmosphère plus riche en oxygène, le platine rallume le gaz dans le cylindre, et le gaz rallume la mèche. L'addition des fils de platine aux lampes de sûreté est un perfectionnement aussi curieux qu'utile. L'enveloppe métallique qui entoure la flamme, empêche cette dernière d'être aussi apparente, ce qui fait que les lampes de sûreté éclairent moins bien que les lampes ordinaires. On a remédié en parlie à cet inconvénient au moyen de réflecteurs en étain placés derrière la flamme.

M. Combes, ingénieur en chef des mines, a modifié avantageusement, en i 845, le modèle primitif de Davy et les lampes déjà perfectionnées par Roberts, le baron Dumesnil, et l'ingénieur belge, Mueseler. Dans l'appareil de M. Combes {fig. 313), la fiamme est enfermée dans une enveloppe de cristal A, surmontée d'une enveloppe en gaze métallique

B. L'air nécessaire à la combustion entre par des trous percés circulairement dans le rebord en saillie du couvercle du réservoir à huile

C, et avant de pénétrer dans l'enveloppe de cristal, cet air traverse une ou deux rondelles superposées de toile métallique d, d; les gaz brûlés s'élèvent, suivant l'axe de la lampe, dans une cheminée en cuivi'e E, arrivent dans l'enveloppe métallique et se répandent finalement dans l'atmosphère. — La lampe de M. Combes est plus sûre et beaucoup plus éclairante que toutes celles qui ont été proposées.

C'est la lampe Mueseler qui, depuis 1840, est généralement adoptée dans les mines de la Belgique, spécialement aux environs de Liège. M. Dubrulle, lampiste à Lille, a imaginé un mode de fermeture tel que l'on ne peut ouvrir la lampe sans préalablement faire rentrer la mèche. On est ainsi à l'abri, jusqu'à un certain point, des suites de l'imprudence des ouvriers qui, pour se procurer du feu ou pour y voir plus clair avec une lampe brûlant mal, enlèvent souvent l'enveloppe de leur lampe.

L'invention de Davy, l'une des plus heureuses et des plus utiles applications de la science, a opéré une révolution dans les mines de l'Angleterre. Sans elle, beaucoup d'exploitations auraient été abandonnées ; plusieurs mines qui avaient été noyées ont été rouvertes depuis la découverte de la lampe de sûreté.

• Je dois dire, toutefois, que la lampe de sûreté est insuffisante dans bien des cas pour mettre les mineurs à l'abri de tout danger, car d'après M. Paul Thenard elle ne trahit l'existence du grisou que lorsque la proportion de celui-ci est au moins de 5 à 5 1/2 pour IDO: or, d'après ce chimiste, la présence de 4 1/2 p. 0/0 de gaz hydrogène carboné suffit pour rendre inflammable l'air d'une galerie de mine.

Moyen préaerYatlf de H. Jeandel. — C'est pour parer à cette insuffisance de la lampe de Davy, comme moyen préservatif, que M. Jeandel a eu l'idée de disposer le long des galeries un fil conducteur

se ramifiant dans les différentes parties de la houillère, et présentant, en certains points de son trajet, des fusées semblables à celles dont on Tait usage pour déterminer Tinflanmiation des mines de guerre par la machine de Ruhmkorff. En mettant Textrémité de ce fil conducteur en communication avec la machine, on détermine des étincelles électriques qui enflamment les fusées, et Ton produit dès lors une série de petites flammes très-intenses qui se succèdent d'une manière presque continue. La température de ce feu électrique est bien plus élevée que celle de la lampe des mineurs.

Si, par Faction de ces flammes ainsi provoquées à distance, le gaz fait explosion à l'intérieur de la mine, ce gaz, étant brûlé, permet évidemment de pénétrer sans danger dans les galeries. Si, au contraire, il ne détone pas, c'est un signe certain que l'on peut entrer dans les galeries avec une lampe de Davy.

AssalBlisement defl g^aleriefl des mines. — Je ne quitterai pas ce sujet intéressant sans vous dire que les moyens précédents ne dispensent pas d'un bon système d'aérage pour assainir les galeries des mines. Celui que l'on suit généralement est très-simple. On établit deux puits dont l'un sert à l'extraction du charbon, et l'autre à la ventilation. A l'entrée de celui-ci, on place un fourneau surmonté d'une cheminée élevée de io à 20 mètres. On entretient du feu dans le fourneau, en ayant soin de fermer toutes les issues à l'air extérieur, afin que le foyer soit obligé de prendre dans le puits tout l'air nécessaire à la combustion. Il s'établit ainsi un courant continuel de l'air de la mine, qui est remplacé à mesure par un volume d'air pur correspondant, qui entre par le puits d'extraction.

On a imaginé un autre système d'assainissement, qui consiste en deux grands cylindres en bois, avec un fond et un piston mobile, munis de soupapes, au moyen, desquelles on aspire l'air qui a parcouru les galeries souterraines, en augmentant en même temps la vitesse du courant : une machine à vapeur, de la force de huit chevaux, sert de moteur à ces pompes aspirantes. Par leur emploi, on a pu reprendre les travaux dans la houUlère du Poirier, prùs Charleroi, où ils avaient été suspendus à cause de la grande quantité de grisou qui s'y produit sans cesse. La vitesse de l'air y est actuellement teUe, que les ouvriers ont besoin de se vêtir doublement pour se garantir du froid, et que le grisou qui s'y enflamme accidentellement ne produit plus de détonation sensible, tant est grande la rapidité avec laquelle il est emporté. L'usage de ces pompes deviendra général, il faut du moins l'espérer.

A^vareils d'JàldiBl. — Une autre applicatioD non moins brillante qu'utile du principe que je vous ai développé précédemment, est due au chevalier Aldini, physicien italien. Elle consiste dans un appareil propre à garantir les pompiers de l'action des flammes dans les incendies.

Cet appareil préservateur se compose de deux vôtements : Tua en tissu épais d'amiante ou de laine rendue incombustible au moyen d'une dissolution saline; l'autre en toile métallique de fil de fer, recouvrant le premier. Le pompier revêtu de ces deux tissus peut supporter pendant un certain temps l'action des flammes sans en ressentir les funestes effets, puisque le tissu métallique extérieur refroidit ces flammes, ainsi que je vous l'ai démontré tout à l'heure, et que l'amiante ou la laine ne transmet que très-faiblement la chaleur, en raison de sa faible conductibilité.

Armé de ces deux enveloppes, Aldini s*est exposé le premier au contact des flammes les plus ardentes. Les nombreuses expériences faites à Milan, à Florence, puis à Genève et à Paris ont prouvé l'efficacité de ses appareils; aussi dans sa séance publique du 26 juillet 1830, l'Académie des sciences de l'Institut a-t-elle donné à l'ingénieux inventeur une somme de 8,000 fr. à titre de récompense. La société d'encouragement de Paris, de son côté, lui a offert une médaille d'or de I^emière classe, en même temps que la Société royale de Londres lui décernait la grande médaille de Neptune.

Aldini ne s'est pas contenté de pourvoir à la sûreté des pompiers, qui partout exposent leur vie avec tant de courage et de désintéressement; il a songé aussi à diminuer les chances d'incendie. Une grande partie de ceux-ci sont dus à la négligence et à l'incurie des personnes qui portent une chandelle, ou une lanterne ouverte ou sans verre, dans les lieux contenant des matières combustibles. '

Le philanthrope italien a imaginé d'envelopper d'un tissu métallique à petites ouvertures les lanternes ordinaires; et par ce moyen, il a fait disparaître ce qu'elles présentent de dangereux. En effet, une pareille lanterne peut être placée sur un tas de foin, en être entourée; des brins de paille peuvent même y pénétrer et prendre feu, sans que la combustion se propage, en vertu du pouvoir refroidissant du tissu métallique qui l'entoure.

Les lanternes en fer-blanc, garnies de corne ou de verre, éclairent fort mal, comme on sait, et d'un seul côté. Les lanternes d' Aldini répandent^ au contraire, une très-grande clarté, et n'ont aucun des inconvénients des premières.

Chacun peut transformer aisément une lanterne ordinaire en une lanterne de sûreté, puisqu'il suffit d'entourer la lumière d'une cage métallique à petites ouvertures. Espérons qu'une modification si simple et si peu coûteuse sera généralement adoptée, une fois que la connaissance en sera répandue.

M. Maratuch a fait, en 1838, une autre application des toiles métalliques ; il a eu l'idée de les employer contre les feux de cheminée. Pour cela, il établit à l'entrée du tuyau des cheminées un châssis portant une toile métallique qui arrête complètement les feux les plus intenses. Seulement il faut avoir chaque jour le soin de nettoyer, avec une

brosse, la toile métallique, qui n'a pas besoin d'autre entreCîen, et qui dispense du ramonage. Les expériences faites ont démontré Tefficacité et la commodité de ce moyen bien simple de parer à Tune des causes les plus fréquentes d'incendies dans les habitations particulières.

Histoire été l'amiaMte. — Puisque l'occasion s'en présente naturellement, j'en profiterai pour vous dire quelques mots d'une des subtances les plus remarquables du règne minéral : T amiante ou I'asbeste, dont le chevalier Aldini a fait une des parties essentielles de son appareil préservateur.

Cette substance, qu'on rencontre en petits amas dans certaines roches primitives, a des propriétés si singulières que les anciens, séduits par l'amour du merveilleux, ont enrichi son histoire d'une foule de fables qui ont acquis à cette pierre une célébrité qui s'est perpétuée jusqu'à nous. Sa texture fibreuse, son éclat souvent soyeux, la facilité avec laquelle on en sépare des filaments extrêmement déliés, flexibles et élastiques, ressemblant en quelque sorte au lin et à la soie; enfin, son inaltérabilité et son incombustibilité, la firent regarder comme une espèce de lin incombustible produit pai* une plante des Indes. Cette croyance, entretenue par Pline, qui avance que c'est au climat aride et brûlant sous lequel elle croit, que cette plante doit sa propriété de résister au feu, n'a été détruite que lorsque les chimistes se sont occupés de l'examen de ces prétendues fibres végétales. Ils ont reconnu que l'amiante est un minéral composé de plusieurs oxydes métalliques : chaux, magnésie, alumine, unis à l'acide qu'on désigne aujourd'hui par le nom d*acide siliciquey qui rappelle le silex dont il est le principal composant.

Ce minéral très-répandu se trouve surtout dans les Hautes-Alpes, dans les Pyrénées, près de Baréges, en Ecosse, en Corse, et dans la partie de la Savoie que l'on nomme la Tarantaise. C'est de ce dernier pays que vient l'amiante dont les filaments sont les plus longs et les plus soyeux.

Les anciens filaient l'amiante et en faisaient des nappes, des serviettes, des coiffes, que l'on jetait au feu quand elles étaient sales, et qui en sortaient plus blanches que si on les eût lavées, parce que toutes les matières étrangères étaient détruites par le feu qui n'altérait aucunement le tissu. Le mot amiante signifie une chose qu'on ne peut souiller.

Chez les Grecs et les Romains, qui brûlaient les morts, on en faisait des linceuls dans lesquels on enveloppait les corps des rois, afin de recueillir leurs cendres pures de tout mélange. On trouva, en 1702, à Rome, près de la porte Nœvia, une urne funéraire dans laquelFe il y avait un crâne, des os brûlés et des cendres renfermés dans une toile d'asbeste d*une merveilleuse longueur : près de 2 mètres sur 1",60

ée largeur. On voyait naguère au Vatican ce monument précieux.

Les mèches incombustibles des anciens étaient faites avec l'amiante, qui, suivant certains auteurs, brûlait dans Fhuile, sans se consumer. De là, la fable des lampes perpétuelles. Le nom d'asbeste, qui signifie inextinguible, parait même avoir été donné à cette pierre d'après cet usage. Aldovrande, naturaliste de Bologne, du seizième siècle, assurait qu'on pouvait la réduire en huile, qui brûlait sans jamais se consumer. Les autres alchimistes, non moins amis du merveilleux, l'appelaient Hn' vif ou. laine de salamandre, parce que, d'après leurs idées, lasalaman* dre était à l'épreuve du feu.

Lorsque les filaments de cette substance sont assez longs, assez doux et assez flexibles, on parvient à les filer, surtout si on les môle avec du coton ou de la filasse. Quand la toile est faite, on la jette au feu qifl brûle le fil végétal ; il ne reste plus qu'un tissu d'amiante, mais qui est lâche et grossier. On est parvenu en Italie, il y a une quarantaine d'années, à fabriquer des tissus d'amiante d'une très-grande finesse, et même de la dentelle; on en a également préparé du carton et du papier. Madame Perpenti, qui a fait revivre cette industrie, a présenté, il y a une vingtaine d'années, à l'Institut de France, un ouvrage imprimé en entier sur du papier d'amiante. Le père Kircher parle d'un papier d'amiante qu'il jetait au feu pour en effacer l'écriture, et sur lequel il écrivait de nouveau. Suivant Sage, on fait, à la Chine, des feuilles d'un semblable papier, de 6 mètres de long, et même des étoffes en pièce. Les habitants des Pyrénées en font des bourses et des jarretières, qu'ils vendent aux curieux qui visitent leurs montagnes. En Sibérie, à Nerlivinski, on en fabrique aussi des bourses, des gants, etc.

Le papier d'amiante pourrait servir avec avantage à conserver des titres précieux, si l'on faisait usage d'une encre minérale, qui pourrait alors subir sans danger l'action d'une chaleur violente. Le carton préparé avec cette substance, quoique cassant, pourrait aussi offrir des avantages marqués dans plusieurs circonstances, et particulièrement dans les décorations de théâtre.

Telle est l'histoire de ce minéral curieux dont la nature et les propriétés ont été si étrangement défigurées pendant des siècles. Elle servira, Messieurs, à vous faire apprécier ce qu'il y a de beau dans l'étude des sciences, toutes les fois qu'elles sont éclairées par une saine critique, puisque les erreurs, les préjugés, les superstitions ne peuvent longtemps résister à leurs sérieuses investigations.

De l'Arsenic.

Avant d'aborder l'histoire des métaux, j'ai à vous parler. Messieurs, d'un corps qui, par ses caractères physiques, ressemble si complétetement à un métal, qu'il a été rangé pendant bien longtemps à côté de l'étain et dé l'antimoine. Aujourd'hui les chimistes le placent dans le

groupe des métalloïdes, en raison de ses propriétés chimiques et surtout des combinaisons qu'il forme avec les antres éléments, combinaisons tout à fait comparables à celles du phosphore et de l'azote.

L'arsenic, qui sert pour ainsi dire de trait d'union entre les deux grandes classes des corps simples, a acquis une triste célébrité par la redoutable action de tous ses composés. Ceux-ci, aux doses les plus faibles, anéantissent la vie chez tous les êtres organisés. Le crime n'a que trop souvent recours à leur emploi, à cause de la promptitude avec laquelle ils agissent, et de la facilité avec laquelle on peut se les procurer. Il est constant que sur cent empoisonnements, soixante au moins sont produits par les préparations arsenicales.

* Histori««e. — La substance à laquelle on donne le nom d'arsenic, dans le langage vulgaire, n'est pas le métalloïde pur des chimistes, mais bien un de ses composés oxygénés, celui qu'ils appellent acide arsénieux. L'Arabe Geber en a parlé le premier au neuvième siècle, comme. d'une matière subtile, analogue au soufre par sa nature et pouvant, comme ce dernier, s'unir aux métaux. Le célèbre Albert le Grand en décrivit, pour la première fois, la préparation dans le milieu du treizième siècle; mais c'est le Suédois Georges Brandt, directeur du laboratoire de Stockholm, qui, en 1733, a révélé les propriétés caractéristiques de Farsenic, et c'est un autre Suédois, J. Brouwell, qui le classa parmi les métaux, en se fondant principalement sur l'aspect extérieur, l'éclat et la densité de ce corps. C'est également ce dernier chimiste qui reconnut que l'ai'senic, conune le soufre, se trouve dans presque tous les minerais métalliques (1).

lÈtmt Matarel. — C'est, en effet, un des corps simples les plus répandus, car il acc:?mpagne la plupart des minerais métalliques, soit à l'état natif, soit à l'état d'acide, de sulfure, soit à celui d'alliages ou d'arsénture^. Il est surtout très-abondant, sous ces diverses formes, dans les dépôts métallifères de la Saxe, de la Bohème, de la Hongrie, du Hartz, de la Souabe. On trouve de l'arsenic natif, en gros mamelons, à Sainte-Marie aux Mines, en France.

Pur, il est en morceaux, en lames ou en aiguilles, qui ont l'aspect de l'acier ; mais bientôt leur surface se ternit au contact de l'air, et devient d'un noir grisâtre, par suite d'un commencement d'oxydation; aussi, pour leur conserver le brillant métallique, on est obligé de les renfermer dans des flacons remplis d'eau distillée bouillie. On peut leur rendre ce brillant en les lavant avec une dissolution de chlore.

(1) Le nom de larsenic vient da mot grec arsemeon^ qui signifie littéralement mdie. Dans U philosophie ancienne, le monde minéral comprenait deux principes : lo principe mâle ou actif et le principe femelle ou passif; celui-ci était le cuivre. Varsenicon des anciens était à proprement parler le soifare d'arsenic dos modernes.

DE l'arsenic. . 461

Ce qu'on appelle, dana le commerce, poudre aux mouches, el rottimfiimprement mine de cobalt, est de l'araeDic natif DoirAIre et pulvteisé, dont on fait un fréquent ù»age, surtout dans les campagnes, pour détraire les mouches. On eu met un peu avec de l'eau dans une assiette. Une petite quantité de cette poudre, en absorbant l'oxygëné de l'air contenu dans l'eau, se transforme en acide arsénieux, qui se dissout et rend ainsi l'eau vénéneuse. Les mouches empoisonnées par ce breuv^e ne font aucun mal aux oiseaux qui les mangent.

CaraeMr«a dlsUnetifm. — L'arsenic a une densité qui varie entre

o,17à5, 18.11 commenceà se volatiliser vers 180 degrés, mais ce n'est qu'à SOOdegrésenviron qu'il se réduit complément en vapeurs incolores, fort lourdes, sans fondre préalablement ; il passe donc, sans intermédiaire de l'étal solide à l'état gazeux, à moins qu'il ne soit soumis à, nne pression supérieure à celle de l'atmosphère.

Lorsqu'on le projette sur des charbons ardents, il brûle avec une flamme blanche, répand des vapeurs épaisses 'd'acide arsénieux, 'et exhale en même temps une forte odeur d'ail. Ce dernier caracti^re est tellement prononcé, qu'il peut servir à faire reconnaître la présence des plus petites quantités de ce corps pur bu mélangé de matières étrangères.

Quand on le projette dans le chlore y

gazeux, k la température ordinaire, .'

il s'y embrase vivement [jîfl. 314), en ( 1

produisant du cktorure d'arsenic, dont les vapeurs sont très-dangereuses â respirer.

Snlfarca d'*n«Ble, — Il ; a

deux sulfures d'arsenic dont on fait beaucoup usage dans les arts. l 'un est jaune, et nommé habituellement orpin et orpiment. L'autre est louge et communément appelé réatgar, Jubirtf d'arsenic. Ces sulfures étaient connus des anciens, qui parlent souvent de l'orpiment, de la sandmaque, que les Grecs nommaient aussi arsemcon.

Tliéophrasle est l'auteur le plus ancien qui en fasse mention.

On trouve le sutfuTe jaune dans les filons d'argent, de plomb et de cobalt des terrains cristallisés de la Hongrie, de la Transylvanie, de la Valachie, do l'Analolic el dans le reste de l'Orient. On le tire surtout, pour les b ""

l'erse et dé Cbine.

GmjinDiN. — I.

,s du commerce, de

482 DIX-ÇEPTIÈME LEÇON.

. Vorpin de Pérse^ qui est le plus estimé, est expédié, en barils du poids de 200 kilogr. environ. 11 est le plus souvent en petites masses composées de lames tendres et flexibles, très-faciles à séparer,. et d'un jaune doré très-éclatant et nacré. Sa poudre est d'un jaune d'or magnifique. Il est plus ou moins môle de morceaux d'un rouge vif de réalgar ; d'autres paraissent d'une couleur grise au dehors, et sont à l'intérieur d'un noir ardoisé.

Vorpin de. Chine vient en caisses carrées, recouvertes de- jonc ou de toile, pesant environ jSO kilogr. 11 est en morceaux compactes, amorphes, d'un jaune entièrement orangé, présentant quelquefois dfes taches verdâtres ; leur cassure est écailleuse.

Le sulfure rouge se trouve aussi dans les gîtes argentifères, plombifères et colbatifères de la Saxe, de la Bohême, de la Transylvanie.. On le voit au Saint-Gothard dans la chaux carbonatée. Il se montre enfin en cristaux au Vésuve,' à l'Elna et dans les environs d'autres volcans, notamment dans File de Ximo, au Japon.

Ces deux sulfures d'arsenic ont à peu près les mômes propriétés. Ils sont insipides, inodores, fusibles et volatils, insolubles dans l'eau, mais solubles dans les lessives alcalines. Ils brûlent sur les charbons avec une légère flamme d'un bleu pâle, en répandant une fumée blanche et une odeur mixte d'ail et d'acide sulfureux.

Sous le rapport de la composition, voici en quoi ces sulfures diffèrent :

Orpiment. Réaglar

Arsenic 60,98 70,17

Soufre 39,02 29,83

On emploie ces deux sulfures dans la peinture à l'huile ; ils donnent de forts belles couleurs, mais malheureusement peu solides, et de plus ils décomposent un grand nombre de couleurs métalliques, avec lesquelles ils produisent des sulfures diversement colorés. L'orpiment mélangé au bleu de Prusse fournit une couleur verte assez jolie. Les peintres remplacent quelquefois l'orpiment par Varsénite de plomb, qui est d'un jaune très-riche, très-solide et qui couvre parfaitement bien.

Les Turcs et les autres Orientaux font entrer les sulfures d'arsenic avec la chaux dans la composition d'un savon dépilatoire qu'ils nomment nisma et dont ils se servent pour se rendre chauves sur le sommet de la tête, genre de beauté très-recherché chez ces peuples. Les Romains employaient aussi les préparations arsenicales en frictions sur la peau pour faire tomber les poils. Les Chinois façonnent les gros morceaux de réalgar en pagodes et autres vases élégants; ils en font des coupes où ils laissent séjourner du jus de citron ou du vinaigre, qu'ils boivent ensuite pour se purger, ce qui a fait dire àHaûy que ces peuples ont le privilège de boire leur guérison dans des coupés em-

poisonnées. En réalité^ les sulfures d'arsenic naturels sont peu vénéneuXi, Frédéric Hoffmann, et plus récemment le docteur Regnault en ont fait prendre des doses considérables- à des chiens, sans leur causer la morty ni même aucune sorte d'accident fâcheux.

II n'en est pas de même des sulfures artificiels qu'on fabrique en Saxe et en Silésie en très-grandes quantités. Ceux-ci sont de trùs-violents poisons, parce qu'ils contiennent toujours de l'acide arsénieux en mélangea

V arsenic jaune d'Allemagne ou faux orpimeniy dont on n'importe pas moins ae 300000 kil. en France, est obtenu en sublimant, dans des vases de fonte, un mélange de 1 partie de ûeui de soufre et 7 parties d'acide arsénieux. — Il est en masses jaunes, compactes, presque opaques, ayant l'éclat vitreux de l'acide arsénieux, et formées de couches superposées, dont la teinte varie depuis le rouge jusqu'au jaune «clair. Cette différence de couleur provient de la combinaison plus ou moins intime .du soufre et de l'arsenic.

. Cet orpiment artificiel vient en barils de bois blanc du poids de 50 et lOOkilogr.

Ce n'est pas, à proprement parler, du sulfure d'arsenic, puisque Guibourt, en l'analysant, y a trouvé 94 p. 100 d'acide arsénieux et 6 p. 100 seulement de sulfure jaune. Il est certain qu'il se dissout presque entièrement dans l'eau bouillante, à laquelle il communique tous les caractères d'une forte dissolution d'acide arsénieux*

C'est cet orpiment artificiel qu'on emploie dans les fabriques d'indiennes pour dissoudre l'indigo dans les cuves à froid, et pour faire certains bleus d'application. Braconnot Ta proposé, en 1819, pour teindre en jaune brillant la laine, la soie, le coton et le lin ; mais ces tissus teints ne peuvent résister au savon et aux alcalis, par conséquent ce mode de teinture ne peut servir que pour les tapisseries de prix, les velours et autres objets d'ameublement qu'on ne savonne ou ne lessive jamais.

Je vais, au reste, vous montrer avec quelle facilité on peut revêtir les fils ou tissus de brillantes couleurs jaunes avec l'orpiment. J'ai fait dissoudre un peu de cette substance dans de l'ammoniaque caustique, elje trempe maintenant dans la dissolution incolore un écheveau de coton. Celui-ci en sort non coloré, mais bien tôt, par sa simple exposition dans un courant d'air, il va acquérir, comme par enchantement, une couleur plus ou moins foncée. Cela est uniquement dû à ce que l'ammoniaque, en s'évaporant, abandonne sur le tissu l'orpiment qu'elle tenait d'abord en dissolution, et qui, dès lors, reparaît avec sa couleur propre. Si je plonge l'écheveau teint, dans une eau légèrement causti- ' que, il en ressortira dépouillé de couleur, parce que Vôrpiment sera rentré en dissolution dans la liqueur alcaline. •Il y a quelques années, on a conseillé l'emploi de l'orpiment pour, iapeinture sur marbre; lorsqu'il est dissous dans l'ammoniaque, il pé-

nèlnnpUauMitléBirimmleqiidM TmfsHtpd'tîfifaéiH nt cotdetv JuiM qnlH IboM autant ^ fd"» l'ttpan tenotaiigeà VUr.

Vwtmhnmgti'AOmiÊta», Mflaui rUgar,Êà prépaie détaxa ^èceten lUMntfbntee d«i» dMC&andièNi deftefs 1 parUe deMofte dSpatttMd'addaanéaton, atcoolanlla malii're dans dcsinoulMi d« btl« que l'on twiDe aoalU). Apre* le rerroidisscmcnt on relire ralAm, on 1« briM et on l'enfeime daim des barils de bois blanc i ' poidi de », fiO et 100 Ulogr.

n est an HKOMaiix vbbtmliiai», trèi-brtllanls a. leur surface et dai Hntériwtt > MLMMi'e concholde, d'un ronga violacé et tirant sur le bninj ' on pan trantparaits' dant lanit Isniec minces et n'olTranl pas de coil chei mperpoiéea. - i

' Ce réalgar artificiel c(Hit}ent, d'aprèiGnibourt, un cenUi>nie et dead â*adde anéntenx qu'on peut en extraire par l'eau bouillante.

n est dope loto d'arolrles qualités Tfiw^riL'uses de rorpîment artiBdel; maltU n'a pu non pins l'innocuité du ri^algar naturel.

Les artifiders eon«Hnment beanconp de rtalgararWdcd ponreonposer le feu iniien blme, qnl sert dans les théfttna h piroduira des fen ' d^u éclat extraordinaire. Ds meieat, ponr cela, H parties de t^H^etit, ■ 7 de sonbe et 2 de réalgar. Une botte de >5 mUtËnètres de diamèti^ remplie de ce mélange, allumée sur le bord de Ictaer, produisit n'ae flanûneqniftit q>eicuei20m7rîamèteea(Mllenes}en mer.

.1)epuii une trentaine d'armées, les mégliriers ftmt on frdqoent assge dn infime réd^r, sons le nom impropre d'orpâi, ponr le débonrrage dci peaux de moutoos, après l'avoir mis en pSte avec de l'eau et de la chaux vive.

En I S27, Houtou de la Billardiëre a montré que, combiné & l'oijde de plomb, ce Bulfure permet d'obtenir en teinture une grande variété de couleurs très-solides, telles que le Jaune, le rouge orangé, le rouge brun, le brun, le noir et une Toule de nuances intermédiaires entre ces couleur?.

Aeldea d« l'araernlc — 11 y a deux composés bien déduis d'oxygène et d'arsenic. Tous deux ont des propriétés acides, aussi les appelle-t-oa • acides arsénieux el arsinique. Voici leur composition ;

Aeldc arsénleax.

PréparatloB. — L'acide arsénieux, plus connu sous les noms d'artemc, à'arsenic blanc, A'oxyde btanc d'anetiie, de mort-ata>-raU, s'obtient

comme produit secondaire dans le traitement d«s mines de cobalt et d'Étain, de la Saxe et de la BohCme, qui renreiment rarsonic à l'élat

ir pour le pilligs du mi:

d'anéniure. Quelquefois cependant, à Rdchenslein et à Allemberg, en Silésie, on le préparc, conmic produit principal, par le grillage du

ter arsenical, mélange de suKure et d arséniurc de fer, désigné vulgairement SOQS le nom de Mispickel. L'exploitation de la mine d'Allemherg remonte à plus de quatre cents ans.

On grille les minerais arsénifiïres, réduils en poudre, dans une grande Coupe ou moufle a (fig. 3<5) en ai^ile rëfractalre, placée dans une po-

sitiOD lëgùrcment înslinée an centre d'un Tournean à réverbère. Cel moufle est entourée parla flamme venant du Torer 6, et les produits' la combustion s'échappent par la cheminée e. Les métaux élraugei cootennsdens les minerais, passent à l' état d'oxydes au moyendu coura d'air qui traverse la moufle, l'arsenic se change eo acide arséoieux, les Tapeurs qui eu proriennent vont se rendre, par le conduit d, d't bord dans une grande chambre de même niveau que le four et plad derrière lui, puis de là dans une série de chambres de condensatio lfi(j. 316), disposées eu étages, e, /, g, h, i, t, où elles se condensent e poudre Âne, Le courant de vapeurs, entraîné par l'air, parcourt \,

• AppucU pvur le ntEiugt

chambres dans le sens indiqué par les flèches, cl s'échappe enfir l'almosphère par la eheminé:^ K

Auboutdeôou t:semaine£,onrelîre l'acide aisénieuidescbw c'est là une opération dangereuse. Les ouTriers qui l'exécutent vrent la figure d'un masque en peau, muni d'œillères en t( révèlent une rcihê de peau formée av,>c soin. Au-dessous du i Us. placent une épong*', oa on linge mouillé sur les narines ef

DE l'arsenic. 487

~ che, afin de purifier L'air nécessaire à la respiration. Malgré toutes ce& précautions, ils succombent parfois ; aussi désignent-ils le bâtiment de condensation sous le nom de Tour au poison.

L'acide ainsi produit est désigné dans les usines sous le nom de fleurs d'arsejiic* Il n'est pas pur, et comme, d'ailleurs, dans son état d'extrême division, il présente les plus grands dangers, on le raffine et on le con-

- vertit en masses compactes et vitreuses, afin d'en faciliter le transport.

Ce raffinage consiste en une sublimation qui s'exécute dans des chaudières en fonte a {fig, 317), placées sur des fourneaux ordinaires, et surmontées de trois courts cylindres en fonte ou en tôle b, 6, b faisant office •de condenseurs» Ces condenseurs sont à leur tour recouverts de chapitaux c, munis de tubes de dégorgement d, qui viennent aboutir dans une caisse de condensation en bois e. On met dans chaque chaudière 180 kilogr. environ de fleurs d^ arsenic, et on chauffe graduellement de manière à réduire l'acide en vapeurs. Celles-ci se condensent en 4rôsgrande partie sur les parois des cylindres 6, et y prennent surtout dans l'inférieur la forme de masse vitreuse de 5 centimètres d'épaisseur. L'opération dure 1 2 heures. Lorsque l'appareil est froid, on enlève les cylindres b et, en les frappant légèrement, on en détache le produit su blimé. Il est rare que la masse vitreuse ait la pureté réclamée par le commmerce; on la purifie par une et, même quelquefois, par deux sublimations.

On prépare moyennement chaque année, dans les usines de Reichenslein et d'Altemberg, \ 500 quintaux métriques d'acide vitreux, et 25 quintaux métriques d'acide en farine. Ce sont, le plus souvent, des criminels condamnés à mort qui exécutent les dangereuses opérations dont il vient d'être question. Sans cesse exposés à des vapeurs mortelles, ils ont besoin de prendre des précautions de régime; les boisson^ ' alcooliques leur sont funestes ; on leur distribue chaque jour deux petits verres d'huile d'olive; ils mangent peu de viande,- mais principalement des légumes accommodés avec'beaucoup de beurre.

L'acide arsénieux arrive d'Allemagne en barils de bois blanc du poids de 50, iOO et 200 kil. Il en vient aussi d'Angleterre en fûts de bois blanc, cerclés en fer, pesant environ 150 kil.

Caractères distinctifs. — Il est en masses compactes, incolores ou d'un jaune pâle, opaques, souvent composées de couches parallèles, alternativement blanches et jaunes; ces dernières sont plus petites et semblables à. des filets. La surface des masses est brillante et semble couverte d'un vernis comme la porcelaine. On trouve aussi, dans les barils, des niorceaux tout à fait friables et pulvérulents.

- L'acide arsénieux nous présente le phénomène du polymorphisme d'une manière bien prononcée. Récemment obtenu, il est en morceaux vitreux et transparents, mais peu à peu leur transparence se perd, d'abord à la surface^ puis successivement jusqu!au centre, de sorte qu'au

bout d'un certain temps les morceaux acquièrent la blancheur et Topacité de la porcelaine.

A rétat vitreux, T acide arsénieux a certainees propriétés spéciales. Ainsi, il est un peu plus dense que Tacîde opaque, il est trois fois plus soluble dans Teau, il rougit faiblement la teinture de tournesol sur laquelle Facide opaque n'a aucune action ; enfin, lorsqu'il cristallise au sein de l'acide chlorhydrique, qui le dissout en bien plus grande quantité que l'eau pure, une vive lumière apparaît au moment où chaque cristal se forme et se dépose ; phénomène tout à fait étranger à la dissolution chlorhydrique de l'acide opaque.

L'acide vitreux et l'acide opaque sont donc dimorphes, car leur composition et leurs autres propriétés chimiques sont identiques. L'état

Fig, 318. — Calcination de l'acide arsénieux avec le charbon.

vitreux est un état transitoire; lorsque les molécules de l'acide vitreux se groupent de manière à former des cristaux, la masse devientopaque; l'état opaque ou cristallin est l'état permanent. On donne souvent à l'acide cristallin, qui a l'aspect de la porcelaine, le nom d'aaVe arsénieux porceîanique.

Lorsque l'acide arsénieux est en poudre, on peut fort bien le confondre avec du sucre pilé. Cette méprise n'a été que trop souvent faite, surtout par les enfants, qui touchent et goûtent à tout. Voici comment on reconnaît la nature de cette poudre blanche.

Elle n'a presque pas de saveur, est fort peu soluble dans l'eau, el lorsqu'on en jette une pincée sur un charbon rouge, elle se réduit aussitôt en vapeurs, en exhalant une forte odeur d'ail.

Quand on verse dans sa dissolution de l'acide sulfhydrique, puis quelques gouttes d'acide chlorhydrique, il s'y produit des flocons d'uo

beau jaune (c'est du sulfure d'arsenic), qu'une addition d'ammoniaque fait disparaître sur-le-f hamp.

Si, après l'avoir neutralisée par un peu de potasse caustique, on y ajoute une dissolution de sulfate de cuivre, il se dépose une poudre d'un vert magnifique, qu'on désigne ordinairement par le nom de Vert de Sclieekj parce que c'est cet illustre chimiste suédois qui la fit connaître en 1778 ; c'est de Varsénite de cuivre basique.

Presque tous les métalloïdes ramènent l'acide arsénieux à l'état d'arsenic. L'expérience avec le charbon peut se faire très-aisément dans un petit tube fermé à l'un de ses bouts et ouvert à l'autre (/îg. 318). On opère sur parties égales d'acide arsénieux, de charbon et de carbonate de soude sec, intimement mélangés à l'avance et introduits dans le fond du tube. On chauffe cette partie au moyen d'une lampe à alcool ou d'un bec de gaz, et bientôt l'on voit apparaître dans la partie supérieure a du tube un anneau miroitant gris d'acier, d'aspect métallique, dont la moindre parcelle déposée sur un charbon rouge de feu répand l'odeur alliacée propre à l'arsenic.

Je dois dire que tous les composés de l'arsenic, sans aucune exception, offrent les mêmes résultats que l'acide arsénieux quand on les soumet à la môme épreuve.

lÉiiipoiiioMneiiieMt par l'arsenie. — Solide ou dissous, l'acide arsénieux développe, sur les tissus animaux, des taches rouges gangreneuses ; il les ulcère et les détruit complètement lorsque son séjour est de quelque durée. Les symptûjnes de l'empoisonnement se manifestent ordinairement un quart d'heure après l'introduction de l'acide dans l'estomac. Les victimes succombent en proie aux douleurs les plus vives.

Cette action destructive de l'arsenic blanc est très-anciennement connue ; Dioscoride en k fait mention. Au moyen âge, les empoisonnements avaient lieu avec V arsenic sublimé y qui n'est autre chose que l'acide arsénieux (1). C'est également avec cette substance corrosive que la trop fameuse Toffana composait, à la fin du dix-septième siècle, le poison

(1) Charles le Mauvais, roi de Navarre, le même qui périt dans un bain d'eaude-vie enflammée, était très-versé dans la pratique de la science hermétique, et surtout dans la connaissance des poisons. Il chargea, en 1384, le ménestrel Woudreton d'empoisonner Charles VI, roi de France, le duc de Valois, son frère, et ses oncles les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon Voici les instructions qu'il lui donna à cet égard : « Il est une chose qui se appelle arsenic sublimât. Se un homme en mangeoit aussi gros que un poiz, jamais ne vivroit. Tu en trouveras à Pampelune, à Bordiaux, à Bayonne et par toutes les bonnes villes où tu passeras, à hôtels des apothicaires. Prends de cela et fais en de la poudre, et quand tu seras dans la maison du roy, du comte do Valois, son frère, des ducs de Berry, Bourgoigne et Bourbon, tray-toi près de la cuisine, du dréçouer, de la bouteillerie et de quelques autres lieux où tu verras mieulx ton point ; et de cette poudre mets es potages, viandeâ ou vins, au cas que tu le pourras faire à ta seureté ; autrement ne le fay point. » — Woudreton fut pris, jugé et écartolé en place de Grève, en 1384.

qu'on nommait alors Aqua Toffana^ Acquetta di Napolîj et avec lequel elle fît périr, dit-on, plus de six cents personnes, entre autres, deux papes. Pie III et Clément XIV. Fort libérale de son eau de mort, la Toffana en donnait par forme d'aumône aux femmes qui prévoyaient pouvoir se consoler de la mort de leurs maris. Cette dissolution arsenicale était employée probablement à différents degrés de concentration, car on mesurait ce qu'on devait donner, à proportion du temps pour lequel on voulait obtenir la mort (1).

Aujourd'hui, grâce au secours de la chimie, l'empoisonneur ne peut dérober à la justice humaine les traces de son crime, quelque anciennement qu'il ait été commis, car on peut facilement retrouver des quantités infinitésimales d'arsenic dans les mélanges les plus complexes. Un autre bienfait de la science, c'est la découverte de contrepoisons qu'on peut se procurer partout et administrer impunément à de fortes doses. Ils consistent en hydrate de peroxyde de fer et en magnésie légèrement calcinée, délayés dans l'eau. Ces deux agents ont la propriété de neutraliser l'effet du poison sur les parois de l'estomac, parce qu'il y a combinaison de l'acide arsénieux avec l'oxyde de fer ou la magnésie, et que l'arsénite de fer ou de magnésie qui en résulte est sans action sensible sur l'économie animale. La magnésie parait agir -avec plus d'efficacitér et à plus faible dose que l'hydrate de fer. C'est le docteur Bunsen (de Gottingue), qui a indiqué les bons effets de ce dernier composé, comme antidote de l'acide arsénieux; c'est M. Bussy qui a signalé ceux de la magnésie caustique.

Mort aux rats. — Ce qui rend les empoisonnements assez fréquents, c'est l'habitude généralement répandue, depuis le seizième siècle, d'employer l'acide arsénieux pour détruire les souris et les rats. On l'associe, dans ce cas, avec de la farine, de la graisse ou du suif, des amandes, des noix pilées, et, pour mieux allécher les animaux, on ajoute à la pâte quelques semences de fenouil, dont l'odeur paraît leur plaire singulièrement. Mais, lorsque la farine est vieille, elle contracte un goût qui en éloigne les animaux (2),

. On préviendrait toute méprise funeste et une bonne partie des crimes, en suivant les conseils de MM. Brard et Chevallier, qui ont pro-

(1) Le procès de la Toffana fut fait à Rome en 1718. Soumise à la question, elle déclara qu'elle ne communiquerait son secret qu'au pape et à l'empereur Charles VI, qui se trouvait alors en Italie. L'empereur le communiqua à son tour à Garelli, son médecin, qui lui-même s'empressa d'en faire part à son ami Frédéric Hoffmann, célèbre médecin chimiste de l'époque, dont l'ouvrage publié en 1 729 contient ce curieux renseignement.

(2) Voici une recette de mort aux rats qui remplit très-bien le but proposé : farine, 32 gram.; amandes ou noix pilées, 32 gram.; acide arsénieux pulvérisé^ 4 gram.; semences de fenouil contuses, 2 gram.; graisse ou suif, C4 gram. On mélange le tout bien intimement dans un mortier ^sez chaud pour fluidifier en partie la graisse ou le suif. . - --

DE l'arsenic. , 491

posé d'obliger les marchands à colorer Tarsenic blanc avec le bleu de •Prusse. Au reste, actuellement, on emploie, de préférence, la mort aux rats au phosphore.

Les naturalistes font un grand usage de cette substance pour préserver des insectes la peau des animaux, les oiseaux empaillés et les autres objets de nature aniniale. Ils l'ajoutent à une bouillie savonneuse et calcaire, qui porte le nom de savon de Bécceur, Dans TAmérique du Sud, à Buenos-Ayre»», on imprègne d'acide arsénieux impur les peaux brutes des grands quadrupèdes, qu'on expédie en Europe sous les noms fort impropres de cuirs salés et de cuit s salés secs en poils.

Dans les verreries, on môle de l'acide arsénieux à la pâte du verre, pour la blanchir et la rendre plus fusible. Les teinturiers et les indienneurs s'en servent aussi, mais le plus souvent après l'avoir uni aux bases, et notamment à la potasse.

Emploi médical. — Bien que l'action épouvantable de cet acide sur l'économie animale eût dû le l)annir des officines des pharmaciens, à chaque instant, cependant, il est employé par les médecins, sôit à l'intérieur, soit à l'extérieur. Dans le premier cas, notamment aux Indes, on administre sa solution convenablement affaiblie dans le traitement des fièvres intermittentes rebelles, dans celui des cancers, de diverses maladies cutanées ; elle sert aussi avec succès pour combattre les fièvres paludéennes. Dans le second cas, il est la base de diverses poudres ou pâtes destinées à ronger les chairs cancéreuses; la poudre escharoiique du frère Côme jouit d'une grande réputation.

On sait aujourd'hui qu'un très-grand nombre d'eaux minérales, notamment celles du Mont-Dore, de la Bourboule, de Vichy, de Cusset, d'Hauterive, de Fougues, de Chateldon, de Plombières, de Bussang, de Provins, de Pyrmont,de Spa, de Wiesbaden, d'Ems, de Bagnères de Bigorre, les sources thermales d'Hamma-Koutin, entre Bône et Constantine, celle de Bou-Chater (l'ancienne Utique), dans la régence de Tunis, etc., renferment des quantités très -appréciables d'arsenic à l'état salin; et il est tout naturel de rapporter à la présence de ces composés arsenicaux la majeure partie de leurs propriétés curatives.

De toutes ces eaux arsenicales, la plus riche est celle de Bou-Chater, dont chaque litre contient jusqu'à 08^,1684 d'arséniates dépotasse et de soude (1),

Vous ne devineriez jamais le singulier moyen qu'emploient, au dire des docteurs Tschudi et Boner, les jeunes villageoises de la Styrie, de

(1) Ce fait permettrait peut-être, d*après M. Guyon, d'expliquer les accidents que rapporte Appien comme étant arrivés aux soldats de l'armée de Curion, lieutenant do César, entre Utique et les bords du Bagrada, à l'est de cette ville. Appien dit que les habitants du pays ayant empoisonné leurs eaux, toute l'arjniée. tomba malade. «Tous ceux qui burent de ces èaux^ dit-il, eurent la vue trouble^ comme si un nuage se fût répandu sur leurs yeux. Le besoin du som.**

492 dixtSEptième leçon.

la Transylvanie et de plusieurs autres parties de l'Allemagne, pour se donner le regard brillant, le teint délicat et le gracieux embonpoint qui les distinguent. Elles mangent de Facide arsénieux ! Elles en prennent d'abord 25 milligrammes plusieurs fois par semaine, le matin à jeun, pendant assez longtemps pour s'y haMtuer, puis elles en augmentent la dose insensiblement, avec précaution, jusqu'à 15 à 20 centigrammes. Dans les montagnes du Tyrol et de l'Autriche, les chasseurs de chamois mangeraient aussi de l'arsenic, dit-on, pour faciliter la respiration pendant la marche ascendante ? Les savants qui ont fait connaître ces singulières habitudes mentionnent que le nombre des morts est assez considérable chez les ioxkopîiages ou mangeurs d'arsenic. Cela n'a rien de surprenant; aussi conseillons-nous aux Françaises, si désireuses qu'elles soient d'augmenter leiïrs moyens de plaire, de ne pas imiter le procédé des Styriennes. Il est aussi imprudent de jouer avec l'arsenic qu'avec le feu (1).

Chlorométrie. — Pr€»cédé de «ay-I^WMac. — A un autre point de vue, l'acide arsénieux offre encore plus d'intérêt. La facilité avec laquelle il peut fixer une nouvelle dose d'oxygène pour se changer en acide arsénique a été habilement mise à profit par Gay-Lussac, en 1835, pour déterminer, avec plus de précision que par l'intermédiaire de l'indigo, la valeur conmierciale des chlorures décolorants. Cette valeur dépend entièrement de leur richesse en chlore, puisqu'ils agissent absolument de la môme manière et avec le même degré d'intensité que si ce métalloïde s'y trouvait à l'état de liberté.

Descroizilles reconnaissait la force d'un chlorure de chaux par la quantité de solution d'indigo décolorée par un poids déterminé de ce composé. Gay-Lussac a remplacé l'action décolorante par l'action oxygéna'nte qu'exerce le chlorure sur l'acide arsénieux, et ce chlorure est d'autant plus riche en chlore, qu'il peut convertir en acide arsénique une plus grande proportion d'acide arsénieux.

Que le chlore soit libre ou à l'état d'acide hypochloreux, il exerce toujours la même réaction sur ce dernier. L'eau qui est en présence des deux corps se trouve décomposée ; son oxygène transforme

meil ajoutait à ce premier accident. A l'assoupissement se joignirent des tomissements continuels arec des convulsions dans tout le corps, ce qui mit Curion dans la nécessité de décamper et de ramener son armée du €6té dlJtique.» Il faut que, depuis cette époque éloignée, les eaux aient été modifiées dans leur composition, car les bestiaux, les hommes même, en boivent, et. une espèce particulière de tortue vit dans cette source depuis un temps immémorial.

(1) Cette singulière action de l'acide arsénieux s'exerce également sur les chevaux, aussi les )[>alefreniers de grande maison ont-ils pris l'habitude d'ajouter une bonne prise de sa poudre à l'avoine qu'ils donnent à leurs bêtes de prix; celles-ci prennent de l'embonpoint, leur poil derient brillant» leur bouche se couvre d'une écume blanche. Dans les pays montagneux» les charretiers font une addition semblable à leur foin pour aider les chevaux à mieux gravir les rampes un peu rudes.

l'acide arsénieux en acide anénique, tandis que son hydrogène change le chlore en acide chlorhydrique, comme le montre la légende suivante :

Acide arsénieax .

Acide arséniquo.

Oxygène- Kau =

Hydrogèiie-

== Acide chlorhydrique.

Chlore

Un litre de chlore gazeux et sec, qui, à la température de 0° et sous la pression de 76 cent., pèse 3«%I7, étant dissous dans un litre d'eau, peut convertir entièrement en acide arsénique 48%430 d'acide arsénieux dissous dans un litre d'eau.

Vous comprendrez facilement, d'après cela, que si, prenant on volume de la dissolution arsénieuse, on le mélange avec une solution de chlore dont la force n'est pas connue, on pourra juger par la quantité de liqueur arsénieuse nécessaire pour détruire ce chlore, dd la quantité de celui-ci. Si, par exemple, il faut I volume de liqueur arsénieuse pour 1 volume de dissolution chlorée, c'est que celle-ci contient 1 volume de chlore; s'il ne faut que 4/2 volume de liqueur arsénieuse, c'est qu'il n'y a que 1/2 volume de chlore dans la liqueur chlorée, etc.

Pour reconnaître quand la suroxydation de l'acide arsénieux est complète, on tire parti de ce fait que le chlore versé dans un mélange d'acide arsénieux et de solution d'indigo, n'attaque ce dernier qu'aprOs avoir épuisé son action sur le premier. On colore donc légèrement en bleu la liqueur arsénieuse: la solution chlorée qu'on y ajoute ensuite n'altère pas la couleur tant qu'il y a de l'acide arsénieux à transformer; mais aussitôt que tout cet acide est suroxydé, la couleur bleue s'évanouit instantanément par le plus léger excès de chlore, et le liquide devient aussi transparent et aussi incolore que l'eau.

Pour préparer la dissolution arsénieuse chloromé trique, ou ce qu*on appelle la liqueur d'épreuve, on dissout, à l'aide d'une douce chaleur, 48^439 d'acide arsénieux pur, en poudre, dans 32 gram. d'acide chlorhydrique à 22<*, bien pur, exempt d'acide sulfureux, et étendu de son volume d'eau. La dissolution étant faite, on verse la liqueur dans une carafe j on lave bien le matras avec de l'eau distillée, qu'on introduit dans la carafe, et on ajoute dans celle-ci assez d'eau pour complé-

Dix-sEânriÈMB leçon.

tel le irolumfi d'un litre, ce qui a lieu loriquç le ba» du ménisque Tient . affleurer le. plan horizontal du cerele gravé but le col du

vase {fig. 319).

>>^^ ^pKf Ceci posé, voici comment on

/^i^L , J - pratique l'ewai d'un chlorure. Je

' '—^ suppose pour plus de dàrté, qu'il

s'agisse de Hiret un chlorure de chaux solide.

On prélève dans la mas?e de ce chlorure divers échantillons qu'on mélange bien, et' on en pèse iO grammes avec soin. On' les broie dans un mortier de porcelaine {fig. 320) et on les délaie avec de l'eau, pour en faire une bouillie claire qu'on verse dans une éj^u-

Fïg, 819. — tMinXé de litre.

' Fig. ZtO. — Mortier de porcelaine avec son pilon.

Fig, 3S1.~ Éprouvette de litre.

vette à pied d'un litre (fig. 321); on lave bien le mortier et le pilon, on ajoute cette eau de lavage à la bouillie, puis on remplit Téprou-

vette i d'eau pure, jusqu'au trait circulaire JK, ce qui forme le volume d'un litre.

On agite le tout, on laisse reposer pour que la chaux en excès dans le chlorure se dépose, et on a ainsi une solution claire, propre à être titrée..

On met alors dans un vase

Fig. 322. — Vase à saturation.

P (fig. 322) placé sur une feuille de papier blanc, un volume connu de liqueur d'épreuve, soit 10 centimètres cubes, qu'on mesure au moyen d'une petite pipette M (fig. 323) en verre, jaugeant iO centimètres cubes depuis sa pointe jusqu'au trait NO, placé au-dessus du renflement. On colore légèrement cette liqueur d'épreuve, écoulée de la pipette

dansïe vaseP, avec une goutte ou deux de sulftite d-'indigo qu'on retire du flacon (fig, 324) au moyen du tube plein qui traverse son bouchon. Ceci terminé, on remplit de la solution de chlorure une burette cylindrique et graduée {fig. 325), en verre, portant, à la partie inférieure un tube latéral et recourbé en siphon ; 100 divisions ou degrés de cette

Fig, 323. — Pipette de 10«.

Fig. 324. — Flacon à sulfate d'indigo.

Fig. 325. — Burette graduée.

burette équivalentaux fO centimètres cubes de la liqueur d'épreuve, et chaque degré est égal à 1/100 du volume de cette liqueur. . Après avoir introduit de la solution chlorée jusqu'au 0 degré de l'échelle de la burette, on en fait écQuler goutte à goutte par le bec recourbé dans le vase P, en communiquant à celui-ci un mouvement giratoire continu. On arrête l'écoulement lorsque la couleur bleue de la liqueur d'épreuve disparaît instantanément. On note alors le nombre des divisions de la solution de chlore qui ont été nécessaires pour amener ce résultat. On recommence l'essai, en mettant dans le vase P tO centimètres cubes de liqueur d'épreuve qu'on ne colore pas, et en y versant d'un seul coup autant de solution chlorée qu'on en a em-. ployé dans la première opération. Si alors une goutte de solution d'indigo, ajoutée dans le mélange, se décolore aussitôt, et qu'une autre goutte y conserve sa nuance, on est certaiin qu'on a employé la quantité exactement nécessaire de chlorure de chaux pour convertir l'acide arsénieux en acide arsénique. Il ne reste plus qu'à tirer les conclusions de l'essai.

Le titre du chlorure n'est pas donné immédiatement par le nombre des degrés de liqueur chlorée qu'il aura fallu faire sortir de la burette pour détruire les 10 centimètres cubes de liqueur d'épreuve. Il est en raison inverse du nombre des degrés employés, car il est évident que le chlorure sera d'autant plus riche qu'il en aura fallu moins pour sutoxyder l'acide arsénieux.

496 DIX-SEFTifeiCE USCON.

le inppoM qn'O ait l^n tOS dlTidoiu de cUoron pour détraue la menre de Uqnenr anénlente, on en tirera cette concIoBÛm que duu CM 108 diriiioni représentant 10«,9, fl 7 a 10 centimëtrea cube* 8 &■ xlème* de dilore. Pour uvotr aetaanement cmnbien il y aurait de cblon dans 100 eenlimëtrei cubea de ce chlomre, oonmlUpÛa 100 par 100, et on dÏTise par IDS degrés ; on tronre OS*,S pour le titre da chlonne eiMjé.

Hais rappelei-TouR qu'on a opéré nir 10 gtammes de chlomre, c'est &-dire sur la 1 00* partie d'an kilogramme. Cbaqne degré de la bnrette é^valant k I centième de litre, QS^O pour 10 gram. repréualsot V",9M de chlore. ,

Pour 100 grammes, c'ett 10 fois plus, on 0i>,26, et pour 1 kilogr., c'est 100 fois plus on 9S'",0. Ainsi, en rapportant par la pensée le titre au Ulognumne de chlorure de chaux, le nombre de degrés exprimés par le titre représentera un égal nombre de litres de chlore sec, à xéro de température et k 0-,76 de presàon, contenu dans I KUogramme de chlomre de chaux.

Il 7 a donc toujours an petit calcul & foire pour établir le titre d'un chlorure. Bien qu'il soit très-simple, on peut l'éviter en recourant k une table dressée par Gay-Lossac et qui indique Immédiatement le titre correspondant k chaque volume de cblomre employé pour détruire la mesure constante de liqueur d'épreuve.

Voici la partie de cette table qui sert dans la pratique.

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