‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 108 sur 114 · VI. DES COtJLEtJltS ItANTUMACEHE · texte numérisé non relu

VI. DES COtJLEtJltS ItANTUMACEHE

Vous devez vous rappeler, Messieurs, que dans les huiles lourdes de J goudron de houille qui demeurent comme résidu dus dislillatiuns et- 1 fectuées au-dessus de SUO", il ï u un certain nombre d'hydrocarburai \

11) Voir pour plus de dcHtilsla Notice historique tur ta b-auaux fui ani coit-1 duit à la eynthése île CindîgoUnt, pur U. Rascnsiiolil (Dullqtîn do U SocïéiCl indusii'jclle de MulliousQ, mars 1871, uXLI, |).03}. Vous y trouverez l'f nu-., mératiou des nombreuses et remarquables lenuiives rsite* successiveiDenc Laurent et Ërdmann, MM. Schai zen berger, Kiiop, Bœ^er et EmmeHing, n «an* SUCCÈS, )iour procréer rindigotiae,rébUlliteiiBn obtenu par MM. t^unncr-l linj; et Ln^ter qui l'aiicioncârent «u monde savaut le 11 noveiubre 1H70.

DES COULEURS D ANTHBACÈNE.

solides, lels que la n-ipbttilinr, \a paraiiaphlaUne, Vanthrarini;, le flirif léne, le pijréiie.

L'a-tthracène, CH", qui a élé d'abord curifonda avec la poranapIiUline de MM. Dumas el Laurent, en a élé distingué par plusieurs chimbles allemands et surtout bien carsclérisiî en 18(12 par Aiidersun, ea 1S67 par M. Gerllielot. Lorsqu'il (t Été isolé et puriSé, il se présente en tables rhomboîdales d'un blanc éclalanl, suns odeur ni saveur, fusibles il 207 ou 210° el Eublimables entre 340 et 360".

nesié sans emploi jusqu'en lâl>8, l'Q carbure a pris tout à coup une grande importance au point de tue lecbnique lorsque HM. Craebe et Uebermanu, de Berlin, eurent annoncé qu'ils étaient parvenus A le convertir, par une série de Iransfocmalions, en alizni'ine identique h celle qui est contenue dans lu garance.

Ce qui les a conduits à cette brillante dérouverlo, c'est ce fiiit qu'en chauUaut l'alizariue uuturelle iLvee de la poudre de zinc [gris de xitm du commerce) elle se trouve rumeuëe k l'état d'anlbracùne en cédant ■on oxvgènc au métal et en prenant de l'hydrogène à l'hydrate que renferme toujours le gris de zinc. L'équation suivante rend compte de .;elle transformation:

Les cbimÎBles berlinois cunstalèrcnt peu aprËs que la purpurine soumise au même traitement donne égnlemenl uoissunce à l'anthra-

Cc3 résultats leur firent admettre que l'alizarinc dérive de cet hydrocarbure et qu'alors on pouvait espérer, en soumettant celui-ci ù des actions oxydantes, de procréer de toutes pièces la matiëre rouge de la gurnuce. Tour vérifier leurs prévisions, ils curent recours à un procédé as^ci complique que je résumerai ainsi qu'il suit:

1. — Lu oxydant directement l'an : h racé ue, soit par un mélunge de bicUromale de potasse et d'acide sulfurique ou d'acide acétique cristallisuble, soit par l'acide azotique, ou obtient un composé nommé ox-xutUracéite ou aMhraquinQm, C" H' Û' :

f;»lt"

CJ'iTO' -H 3 no

des température

Lu faisant réagir le brome iur ce composé, sous pression et A iriublus entre 80 et 130°, on le transforme eu anthra-

D'U'O* -t- ItJr =i C'U'tlr'O' + SHElr

3> — ËQ chauffant alors ce nouveau composé brome, entre 160 et

0°, avec une solution de potasse caustique, il se développe une co-

SOIXANTE- IJIXIÈME LËÇOW. loralion bleue qui se fonce de plus en plus; lorsqu'elle a sUeiat son maximum, l'opéralion est terminée. 11 s'esl foimé du brctoiurc db polasEium et tiue combinaison alcaline d'aliiarinc, qu'on nomme aussi alhaiaU de potasse, pnhque celte maliùre colorante jouit, en elTut, àei propriétés d'un acide faîLiIe. L'équation suivante explique la téa&-. tion :

Cï8H«Ur«0' + 4KO,IIO -= SKflr + C"H*0',3K0 + SHU

Apr6s rerroidissuraeni, on dissout le produit dans l'eau, on ttllre on neulralise la liqueur par un ïigei excùs d'acide cblorhjdrique qatprécipite l'alizarine.

Ce procédé a été depuis simplifié et rendu plus indueiriel. Ainsi, oB chauR'e l'anlliracëne avec l'acide suKuriquo, on l'oxyde parle peroxydfi di: manganèse, pub on ajoule un lait de cbaux eton a en solulioa uit sel de chaux à acide conjugué nommé acide sulfarttfiTiicéniqiie, comparable ù l'acide suirovinique. En chauR'ant ensuite ce sel sous pression avec de la potasse cdustique additionnée d'un peu d'eau, il se produit de l'alizarale de potasse qu'on précipite ensuite par l'acide clilorlijdrique.

L'aliïarine ainsi procréée possède toutes les propriétés physiques et cliiniiques de l'alizariae nalurelle. Néanmoins, elle n'est pas apte à remplacer la garance dans tous les cas, pur la raison trës^simplu que celle-ci c-sl accompagnée d'autr4:s matières colorantes congénères qui inlluent sur les rcaullals do la leinlure.

Les fabiicanta de produits cbirniques n'ont pas lardé à chercher les moyens de réaliser eu grand la belle syiilhùsu de MM. Craobe et Liebermunn. De son côté, la Su<!iélé industrielle de Mulhouse s'est empressée de proposer une médaille d'honneur A celui qui aura le pr< briqué et livré aux inilienneui-s d'Alsacu un produit arli6ciet rempli çnni la mali^re colorante de la garance dans toutes ses applications, pouvant reccvoirun emploi industriel, tant sous Je rapport duprix qi sous celui de la quantité mise dans le commerce.

Au moment où je vous parlu, Messieurs, l'alizurine arlilidelle devenue l'objet d'une industrie régulière qui prend de Jour en joiw plus d'extension, et dont lu rendement, cummo quaulilé, a pris des proportions énormi'3 dans plusieurs usines d'Angleterre ol surtout d'Allemagne. Dans sa séance du 39 mai tN72, la Société do Mulhouse adécerné des médailles de 1" classe, à titre d'enccuragemLut, à MM. (Husserl fri^rcs, d'Elberfeld, et û MM. Meister-Lucius et Driining, de Hœchat), qui ont salisrait en grande partie aux exigences du programme CKllo céK'bre Compagnie (1).

( Il Itapiiort du Cotnili! de ehimie relatif au priji eonfrrtiani Iti malières « l'Ont» ai't'fidellei '/« la garance (BiiUeiin de U Socictd lodustriBlle de Ma> liouse. juillet «l loùt 1872, t, XUI, p. iùl/.

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DES COULEURS d'aNTHRACÈNC. 4J 7

Oa trouve aujourd'hui dans le commerce, sous forme de paies contenant ordinairement 15 pour 100 de matière colorante sèche, deux sortes d'alizarine arliGcielle, à za.yoir ïalizafine à reflet jaime et Yaliia» fine à reflet bleuâtre. Chacune d'elles a sa destination spéciale.

La première, désignée plus particulièrement sous les noms de pur» purine artificielle et d'isopur/vtir/ne, sort de la Ta brique de liM. Gessert. Elle est surtout employée pour la teinture des fils et tissus en rouge d'Andrinople, el dans l'impression des couleurs vapeur bon teint. Les teintes qu'elle fournit, étant immédiatement d'une grande pureté, n'ont besoin que d'un léger bain de savon pour tout avivage, et elles offrent alors un éclat bien supérieur à celui des mômes nuances produites par la garance et la garancine.

La seconde sorte d'alizarine, dite à reflet bleudlrey livrée par la maison Meister-Lucius et Brûning, est remarquable par les beaux violets et lilas qu'elle permet d'obtenir. Dans les ateliers d'impression on en tire un merveilleux parti pour les genres couleurs vapeur garancées.

Pour ces couleurs-là, il est de toute nécessité d'employer des matières colorantes aussi pures que possible; la garance et les produits tinctoriaux qui en dérivent ne peuvent servir dans ce cas spécial h cause des matières grasses , des résines et des substances colorantes fauves et brunes qu'elles renferment toujours.

L'aiizurine artificielle, qui est exempte de toutes ces impuretés, a donc contribué très-puissamment, comme le dit M. Emile Kopp, à l'extension de l'impression directe des couleurs garancées qui, si elles ne peuvent rivaliser avec les couleurs d'aniline pour l'éclat et la pureté incomparable des teintes, l'emportent sur elles de beaucoup pour la solidité et l'on peut presque dire l'indeslruclibilité des nuances (1).

Je suis loin. Messieurs, de vous avoir fait connaître tous les composés colorés dont la science s'est enrichie depuis un bien petit nombre d'années ; j'ai passé, à dessein, sous silence tous ceux qui, en raison de leur prix ou de leur peu de stabilité, n'ont pu être adoptés par les praticiens. Mais ce que je vous ai dit sur ce sujet si intéressant vous prouve combien les découvertes réalisées dans les laboratoires tendent chaque jour à agrandir le domaine des applications, et quelles ressources infinies le teinturier et l'imprimeur sur tissus trouvent dans les recherches de chimie organique, entreprises avec tant d'intelligence et de désintéressement par les savants contemporains.

(1) E. Kopp, Sur i'anthracène et ses dérivés (Moniteur scientifique de Quesneville, 373« livraison, janvier 1873, p. 14, tome III de la Ô* sériej.

Cir.ARi)iN. — IV. î7

DES MATIÈRES TINCTORIALES (sditb).

Sommaire. — Art de la teinture. — Historique. — Principes généraux de la teinture par immersion. — Des mordants et du mordançage.

Art de la teinture.

Maintenant, Messieurs^ que vous cpnnaissez les propriétés des substances tinctoriales, nous pouvons nous occuper de leur application à la coloration dés fibres textiles. Deux industries très-importantes en découlent : la teinture et Vimpression,

Les couleurs que les végétaux et les animaux renferment ont été utilisées de bonne heure par Thomme, qui, charmé de leur éclat et de leur harmonie, s'empressa de les appliquer sur les étoffes qu'il faisait servir à ses vêtements. L'art de peindre et de teindre commença, pour ainsi dire, avec l'enfance des sociétés; car, comme l'a dit Berthollet, on remarque dans les hommes qui ont fait le moins de progrès dans l'art social le désir de s'attirer les regards de la multitude ; ils en saisissent avec empressement les moyens, et l'éclat des couleurs est l'un des premiers qui se présentent. Chez les peuples les plus barbares, on retrouve ce goût pour les couleurs; ainsi, les sauvages se frottent le corps avec des terres colorées ou des sucs de plantes ; ils se teignent les cheveux, se colorent les dents, et cet usage, commun à tous les peuples de l'antiquité, s'est perpétué jusqu'à nos jours chez les nations orientales.

Hiatoriqae. — L'art de la teinture a été pratiqué avec succès dès les temps les plus reculés dont l'histoire fasse mention, dans les Indes, en Chine, en Perse, en Egypte, en Syrie, en Phénicie. On lit dans la Genèse que Jacob fit pour Joseph un vêtement très-riche par sa teinture, et qu'une sage- femme attacha un fil écarlate au poignet d'un des enfants de Thamar (1). Moïse fait mention d'étoffes teintes en rouge hyacinthe, en pourpre et en écarlate ; il parle aussi de peaux de mouton teintes en jaune et en violet v2). Il est question dans le livre de Job, comme d'une chose merveilleuse, de la vivacité des couleurs qui distinguaient les tissus apportés des Indes (3). Le Pentateuque cite souvent les ornements du tabernacle, où l'on voyait de belles étoffes bleues^ pourpres ou écarlates, et Délavai fait remarquer que^ dans cet

{{) Genèse, iiv. xxxvii, 3, et iiv. xxxvm, 27..

(2) Exode, XXV, 4 et 5, et cbap. suivants.

(3) Job^ vu, xxviif^ 16.

ART DE LA TBINTaRE. 419

ouvrage sacré, on énumère toujours les couleurs dans le ipéme ordre, en observant la série des couleurs du prisme (i). Homère, qui vivait 900 ans avant J.-CL, mentionne les étoffes de toutes couleurs fabriquées à Sidon (S).

Pline dit qu'Alexandre le Grand Ait le premier qui eut des voiles et des étendards de couleur, qu'il apporta des Indes, et que, depuis, un pavillon rouge au baut du mAt fut la marque distinctive du vaisseau* amiral (3). Le géograpbe grec SIrabon, contemporain du Christ, dit, en parlant de llode, que cette région produit beaucoup de drogues, de racines et d'autres substances colorantes avec lesquelles on teignait les plus belles couleurs (4).

Voici rénumération de celles qui étaient utilisées par les teinturiers asiatiques, et plus tard par ceux de la Grèce, de Rome et des Gaules :

Racine de Mungeet ou Mandichty {Rubia mungista), radne de Chayaveer {Olderdandia wnbeUata), si voisine de la garance, racine et écorce de Noona ou Ver puttay {Marinda dhifoUa)^ racine d'orcanette servant aussi de fard aux femmes, racine de curcuma, Souroul-puttay, écorce de la racine d'une liane très-commune, bois de Sappan, de Santal, de fustet, écorce de noyer, feuilles et brindilles de Cassa-elley (MemecyUm Itncforttim), genêt, gaude, feuilles de benne, des indigotiers, du pastel et d'une foule de plantes dont le suc incolore se colore en bleu au contact de l'air, les fleurs de carthame, de violette (5), baies de myrtille, graines Jaunes de certains nerpruns, semences de' Mungiez (Vdlantia hypoearpa)^ fruits secs de capllopodie {RoUlera <meioria)y brou de noix, myrobolans, gousses de libidibi, de bablab, ndx de gidle, cochenille, kermès, résine laque, cachou. Beaucoup de ces substances sont encore en usage (6).

Les brahmanes conservent dans les pagodes des reliques de la plus haute antiquité et ornées de vêtements de soie teinte. Les toiles bleues et les mouchoirs de Madras, les cachemires^ les bandanasy le rouge des Indes (7), le Tpaliacat, le nankin des Indes et de la Chine, Vifidigo ou in^ dtoum, la cuve d'Inde, le bois d^Jnde, les indiennes ou perses, voilà des

(1) DeUval, Recherches expérimenialee sur la cause du changement des ootiieurs dans les corps opaques et colorés,

(2) Iliade, liv. VI, v. 289.

(3) Pline, Hist iia/., XIX, c. v.

(4) Strsbon, liv. XV.

(5) Pline rapporte que les fleurs de violette desséchées, soumises à la décoction, donnent, après qu'on a filtré cette dernière sur de la craie d'Étrurie, une matière bleue avec laquelle on falsifiait l'azur.

(6) Étude pratique du commerce (Texportaiion (te la Chine, par MM. Isidore Hedde, Ed. Renard, A. Haussmann et Natalis Rondot. Paris, in-S», 1849. — Charles Dupin, Force productive des nations (travaux de la commission française de TExposition universelle de 1851, t. T, 3* partie, p. 693).

(7) Le rou^e des Indes, ainsi que Gonfreville nous l'a appris en 1831, est teint avec le chayaveer, tandis que le rouge turc ou d*Andnnople est obtenu avec la garance.

noms consacrés dans le commerce de foutes les nations, depuis des siècles, qui rappellent bien que c'est de l'Asie orientale que nous sont venus les premiers procédés de teinture et de peinture des fils et des tissus.

Les habitants de Tyr et de Sidon, qjii se livrèrent avec tant de succès au commerce et aux arts de luxe, furent particulièrement renommés pour la teinture des laines. Ils se servaient de vases d'é tain pour leurs opérations, ainsi que Pline nous l'apprend. C'est surtout par la confection de la couleur pourpre, qu'ils disaient tenir des dieux, qu'ils se signalèrent. Ils retiraient cette couleur brillante et solide de divers mollusques gastéropodes, fort communs dans les mers qui baignent les côtes de leur pays. On raconte qu'un pâtre, dont le chien avait cassé une coquille de pourpre et qui fut taché en violet par le suc qui en découlait, trouva bientôt le moyen d'obtenir cette couleur et de teindre un vêlement pour sa maîtresse. L'époque de celte importante découverte serait bien ancienne, puisque, du temps de Moïse, les Egyptiens^ les Perses et les Indiens connaissaient la pourpre de Tyr (1).

Cette belle couleur était si solide que Plutarque raconte qu'à la prise de Suse Alexandre trouva dans le château de cette ville un poids de ^30 kilogr. de pourpre d'Hermione (2), représentant une valeur de 5O0O talents (2070000 fr.), qu'on y avait amassée pendant l'espace de 190 ans, et qui conservait encore toute sa fleur et tout son éclat. « Cela vient, dit-on, scoute l'historien, de ce que la leinture en écarlate s'y faisait avec du miel, et la teinture en blanc avec l'huile la plus blanche ; on en voit aujourd'hui d'aussi anciennes, qui ont encore toute leur fraîcheur et toute leur vivacité (3]. »

Homère compare celle belle couleur au sang coagulé; Aristote et Pline en parlent très-longuement. Les Phéniciens eurent pendant fort longtemps le monopole de son emploi, et rien n'était plus estimé dans le monde asiatique que la pourpre de Tyr. Suivant Théopompe, cité par Athénée, elle se vendait au poids de l'argent (4), et si, dans la suite, elle devint d'un usage plus commun, on ce cessa pourtant d'eu faire le plus grand cas (5). Des teinturiers en cette couleur s'établirent

(1) Exode, c. XXV, xxvi, etc.

(2) Uermione était une ville de rArgolide, entre les golfes Argolique et Saronique. La pourpre de cette ville était moins estimée que celle de la Lacunie, dont les anciens faisaient le plus grand cas, et qui était extrêmement chère. On peut juger par la IS^ ode du second livre d'Horace, combien elle était priaée à Rome.

(3) PluUrque, Vie cT Alexandre, li, t. VII, p. 303.

(4) Athénée, Deipnvs,^ XII, c. xxxi, édit. fiipout., voL IV, p. 455.

(5) Cornélius Nepos, qui mourut sous Auguste, dit que pendant sa jeunesse la pourpre violette se vendait 100 deniers la livre, soit à peu près 237 fr. le kilogr.» et que la double pourpre de Tyr (purpura dibapha) coûtait plus de 1000 deniers, soit à peu près 2370 fr. le kilogr. D'après Pline, on appelait dibapha la pourpre qui, par une dépense magnifique alors, avait été teinte deux fois, comme l'étaient

plus tard en Morôe et daos plusieurs lies de rArchipeli et plus tard encore en Italie, vers l'époque de la fondation de Rome. Sous Théodose (fin du quatrième siècle après l'ère chrétienne), il ne restait plus que deux usines de ce gedre, une à Tyr, l'autre à Gonstantinople ; la première fut détruite par les Sarrasins, la dernière par les Turcs. Avec elles, disparut le procédé de la teinture en Traie pourpre.

n a régné Jusque dans ces derniers temps une grande incertitude sur l'origine de cette belle couleur phénicienne. Aristote dit formellementqu'onlaretlraitdedeuxmoUusquescamassiersdelaMéditerranée. L'un de ces animaux, que le naturaliste grec ne nomme pas, était renfermé dans une coquille assez grosse, composée de sept tours de spire, parsemée d'épines et terminée par un long bec ; quant à l'atitre animal, il habitait une coquille beaucoup plus petite; Aristote lui donna )o nom de ducctn. Pline, qui a copié son prédécesseur, donne à la grosso coquille le nom de pourpre.

Grâce aux recherches récentes de M. Lacaze du Thiers,.qui a étudié avec un grand soin les diverses espèces de rochers ou murex {Murex hran^ dariSy M, iruneuluSy M. erinaceus) et de pourpres {Pwpura hœmastomoj P, lapUlw), qu'on pêche sur nos côtes de la Méditerranée et de TOcéan, il n'y a plus de doutes à avoir sur l'origine de la pourpre anti-^ que. Le bucem d'Aristote et de Pline est bien le Purpura lapilhis de» modernes, et ce que Pline appelle pourpre est le Mitrex brandaris de nos auteurs (i). Il est probable que Jes autres espèces de purpura et de murex devaient Ctre employées en môme temps que les deux espèces principales ci-dessus désignées.

Ces conclusions sont corroborées par les fatts suivants. M. Boblaye, qui faisait partie, en qualité de naturaliste, de l'expédition scientifique de Morée, a rencontré sur certains points, peu éloignés de la mer^ et dans le voisinage d'établissements ruinés, parmi lesquels il s'en trouve dont les vestiges sont assez conservés pour qu'on puisse reconnaître en. eux les restes d'anciennes usines à teinture, des amoncellements con-^ sidérables de coquilles qui appartiennent au Murex brandarU. M. F. Lenormant a retrouvé des dépôts semblables sur les côtes de Gérigo et de Gythium.

Sur la côte môme de la Phénicie, entre Sour (Tyr) et Sayda (Sidon), M. de Saulcy signale, sur le flanc d'une falaise de remblais, un amas énorme de coquilles appartenant invariablement à une seule et môme espèce, le Murex trunculus. Toutes ces coquilles offrent cette particularité que leur test a été vigoureusement entamé d'un coup de meule sur. le premier et le second tour de spire, pour permettre d'extraire l'or-

(le son temps presque toutes les pourpres les plus recbercliées {Hist. natur.^ IX, c. Lxiu, 38). On leur donnait ainsi un plus grand degré de solidité. • (1) Lacaze du Thiers, Mémoire sur la pourpre (Mémoires die la Société impé*; riaie des sciences de Lille, année 1849. 2*. série, 6- volume, p, W)*

gane purpurigène des mollusques. « Ged, dit M. de Saulcy, ne peut être Teffet du hasardj et ilyalà évidemment la trace du procédé industriel à l'aide duquel les teinturiers de SIdon se procuraient la base de leur pourpre si renommée (1). •

D'où le savant antiquaire conclut que si le Murex brandaris^ û commun dans l'Adriatique, servait à la fabrication de la pourpre à Cérigo et sur les côtes de la Laconie, sur les côtes phéniciennes elles^nômes, c'était le M. ^*imeii/tts, qui y abonde encore, qui fournissait la base tinctoriale de la pourpre de Tyr.

D'un autre côté, la décoiîverte faite à Pompéïa de tas de coquilles du M. Irandariii près des boutiques des teinturiers, prouve assez que ce coquillage était encore, au commencement de notre ère, une des matières premières pour obtenir la pourpre.

Suivant M. Lacaze du Thiers, l'organe qui sécrète la matière purpurigène est une bandelette de nature celluleuse, d'une teinte blanchâtre, souvent d'un Jaune très-léger, placée à la face inférieure, du manteau de la coquille, entre l'intestin et la branchie, et dans le voisinage de la glande anale. C'est dans les cellules de cette bandelette que se trouve la matière granuleuse qui doit se dissoudre et produire la couleur. Cette matière éprouve, dès qu'elle est soumise à l'action des rayons solaires, une série de colorations, le Jaune citron, le Jaune verdélre, le vert, et enfin le violet d'autant plus foncé que l'action se prolonge davantage ; en môme ten^)8, il se produit une odeur vive et très-pénétrante qui rappelle à un haut degré celle de Tail (2).

Évidemment, il y a ici des phénomènes chimiques qui accompagnent cette création de la matière colorante ; mais de quelle nature sontils ? C'est ce qu'on ne sait pas encore. Toujours est-il que la matière purpurigène Jouit de propriétés photographiques très-prononcées, et probablement c'est elle qui offre le plus ancien exemple de la pro> duction des couleurs par la lumière solaire ; d'où il suit que la science nouvelle de la photographie a, comme tant d'autres, ses racines dans l'antiquité !

Par suite d'une fausse interprétation des auteurs anciens, on a cru Jusqu'ici que la couleur primitive, naturelle de la pourpre, était le rouge de sang, et quand on désigne la pourpre romaine de nos Jours on entend parler d'un rouge vif. Or, M. Lacaze du Thiers, en discutant les textes et en les rapprochant des faits positifs fournis par l'observation directe, a parfaitement établi que c'est le violet plus ou moins foncé qui est la couleur naturelle de la pourpre.

Pline, en indiquant comment, de son temps, on teignait les tissus en pourpre, confirme cette opinion. On mêlait, pour cette opération^

(1) Lettre sur la pourpre phénicienne, à M. À. Bertrand (Revue archéologique, 186ii IX* vol., p. 216).

(2) Lacaze da Thiers, laco citato, p. 332.

]espourp)*es eileB buccins, «De ce mélange, di(-il,OD obtient ane teinture que Ton recherche, et qui est le résultat du sombre de la pouiyre et^ du brillant de Técarlate. Les deux couleurs ainsi combinées se prêtent réciproquement du sombre ou de l'éclat. Pour avoir une excellente teinture, il faut, pour 50 livres (16^^^,359) de laine, mêler 200 livres (65*",436) de buccin à Hi livres (36"',3i6) de pourTpre ; c'est ainsi que s'obtient cette superbe couleur d'améthyste (1), • c'est-à-dire violette.

Les modifications de la nuance primitive^ c'est-à-dire le passage du violet au rouge plus ou moins vif, plus ou moins clair, accompagné de ces reflets si estimés dont parlent Sénèque et tous les anciens auteurs, furent provoquées par les caprices de la mode, les exigences du luxe, et les teinturiers romains, pour satisfaire le goût du public, eurent recours à des manipulations particulières, probablement aussi à des mélanges de diverses espèces de murex et de purjmra. Il est certain que du temps des empereurs romains, il y avait plusieurs nuances de pourpre allant du violet au rouge foncé pur et à l'écarlate.

Dans l'Inde, on savait déjà du temps d'Alexandre, recouvrir les tissus de dessins diversement coloriés (2). Suivant Hérodote, qui a écrit plus de 400 ans avant Tère chrétienne, les habitants du Caucase imprimaient sur leurs vêtements des figurés d'animaux dont les couleurs étaient si solides qu'elles duraient aussi longtemps que l'étoffé (3). Valerius Flaccus, poète du commencement de l'ère chrétienne, distingue un des guerriers tué à Colchis, pendant l'expédition des Argonautes, par son vêtement qui était en toile très-fine, imprimée de plusieurs couleurs (4). Strabon affirme, de son côté, que les Indiens perlaient des toiles imprimées (5).

Voici un passage de Pline qui, quoique très-obscur sur certains points, montre que les anciens Egyptiens connaissaient les principes de l'art de peindre sur les toiles :

tt En Egypte, dit-il, on peint Jusqu'aux habits, par un procédé des plus merveilleux. Pour cela, on emploie un tissu blanc sur lequel on passe, non point des couleurs, mais des substances sur lesquelles mor-^ dent les couleurs. Les traits ainsi menés sur le tissu ne se voient point ; mais, quand on l'a plongé dans la chaudière, on le retire au bout d'un instant chargé de dessins ; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que, quoique la chaudière ne contienne qu'une seule matière colorante, le tissu prend des nuances diverses, les teintes varient selon la nature de la substance qui s'imprègne de couleur ; ces cou-

(1) Pline, liv. IX, c. lxii, 38.

(2) Pline, liv. XV, p. 709.

(3) Hérodote, traduct. de Larcher, liv. I, p. SOI»

(4) Val. Flaccus, VI, 22 1 et suiv.

(5) Strabon, liv. XV. •'

424 soixântë-ojnzième leço^^.

leurs ne peuvent s'effacer par Teau. Il est clair que si le (issu était chargé de dessus coloriés quand il entre dans la chaudière, toutes les couleurs seraient brouillées quand on le retirerait. Ici, toutes les cou* leurs se font par une seule immersion, et il y a en môme temps coction et teinture. Le tissu, modifié par cette opération, est plus solide que s'il ne la subissait pas (i). •

Nous n'avons malheureusement que bien peu de documents exacts sur la manière dont les peuples de l'antiquité procédaient à la teinture et à l'impression de leurs tissus, par la raison que les Grecs et les Romains, qui héritèrent de leurs procédés industriels, négligèrent de les décrire, parce qu'ils méprisaient le travail et flétrissaient l'industrie comme une occupation indigne de l'homme libre.

Mais on peut regarder comme certain que les peuples de l'Orient, et notamment les Indiens, n'ont pas apporté d'améliorations sensibles aux procédés de fabrication de leurs ancêtres ; l'immobilité dans les faits acquis, l'inaptitude au perfectionnement, tel est le caractère distinctif des Asiatiques ; ils sont donc encore aujourd'hui, à peu de chose près, ce qu'ils étaient dans l'antiquité. Les couleurs des Schettys (teinturiers) t*t des Moutchys (coloristes en toiles) de llnde, sont toujours belles et solides ; les variétés de leurs dessins et le grand nombre de couleurs qu'ils savent fixer sur le coton, la laine et la soie, donnent à leurs chites, cachemires, foulards, madras, tapis, pagnes, etc., une grande valeur ; mais leui*s nioyens d'appliquer ces couleurs sont excessivement longs et grossiers, comparativement à ceux des Européens.

D'après le père Gœurdoux, missionnaire à Pondichéry, dans le courant du siècle dernier, voici comment on s'y prenait pour le coloriages des tissus de colon. On ne leur donnait qu'un demi-blanc ; on en fabnquait les viHoments qu'on destinait à la teinture ; le teinturier, ainsi que toute sa famille, les portaient sur la peau pcqdant huit à dix Jours ; après quoi, on leur donnait un fumage en leur faisant subir plusieurs macérations dans l'eau avec des crottes de chèvre ; on les lavait ensuite et on les Faisait sécher à un soleil ardent. Ces macérations, ces lavages et séchages étaient répétés plusieurs fois, puis ou faisait tremper les tissus pendant quelque temps dans un mélange de lait caillé de buffle et de fruits astringents, tels que les myrobolans Jaunes; quand ils en étaient bien imprégnés, on les pressait,. on les séchait au soleil ; enfin on les foulait et on les frottait pour les adoucir afin de pouvoir étendre facilement dessus les divers mordants au pinceau.

Le premier de ces mordants était une liqueur ferrugineuse qu'on préparait en faisant dissoudre du fer dans un mélange à parties égales de vin aigre de palmier et d'eau dans laquelle on avait Fait bouillir du riz. On imbibait de cette solution les places ou les fif'ures qu'on voulait

(1) PJine, Uv. XXXV, § 42.

ART DE IJl teinture. 425

avoir noires. Sur celles destinées à être rouges, on faisait appliquer au pinceau, par des enfants, un mordant aluminepx. On exposait ensuite les tissus à l'ardeur du soleil pour les sécher parfaitement ; on les lavait bien dans des réservoirs d'eau pour enlever le superflu des mordants^le lait sur^ etc., et enfin on les teignait dans un bain préparé avec des racines qui avaient beaucoup d'analogie avec celle de garance; c'était ou le mungeet ou le chayavecr (i).

Voici comment s'exprime sur le môme sujet un ancien élève des Gobclins, Gonfreville de Rouen, qui résida pendant plusieurs années dans nos établissements de la côte de Goromandel vers la fin de la Restauration :

cr Les Moutchys de 4'Inde utilisent quelques minéraux impurs ou complexes qui ont beaucoup d'influence dans la fixité des couleurs... Ces coloristes, dont les ouvrages sont admirables sous quelques rapports, ne paraissent toutefois dirigés dans leurs procédés et dans leurs opérations par aucun principe de chimie ; la pratique, et surtout une patience imperturbable, leur font surmonter tous les obstacles et suppléent à nos mille et une inventions de machines; ils appliquent et pointillent leurs mordants à la main avec une espèce de tire-ligne garni d'une petite éponge ou tampon qui contient la composition et qu'ils pressent légèrement et à mesure du besoin, etc. Pour des fonds mats ils se servent de plaques en carton convenablement découpées à jour, et ils tamponnent ou brouillent avec un gros pinceau, comme le font nos afficheurs ; pour des réserves, ils plaquent toute la pièce de cire, puis dessinent en enlevant la cire avec un poinçon de bois, aux endroits où doit teindre la cuve bleue, etc. Cependant, ils mettent tant d'adresse, de précision, de. persévérance dans ces procédés si simples qu'ils parviennent de môme à une grande netteté de dessin dans leurs plus riches tapis (2). »

A Java, c'est par un procédé à peu près semblable que la peinture des toiles est exécutée par des femmes et des jeunes filles. Ainsi, elles couvrent de cire toutes les parties de rétofTe qui ne doivent pas prendre la couleur. La pièce, ainsi enduite, passe dans les mains des teinturiers, qui la plongent dans le bain colorant ; dès qu'elle est sèche, elle revient dans les mains des peintres, qui enlèvent la cire sur les parties qui doivent prendre une autre couleur, et ainsi de suite Jusqu'à ce que ce minutieux travail soit terminé. On ne peut qu'admirer la précision avec laquelle il est exécuté par des femmes et des enfants.

n est bien évident, par tout ce qui précède et par plusieurs autres témoignages historiques, que les anciens peuples de l'Asie et de l'Arrique connaissaient l'acétate et le sulfate de fer, l'alun, le sulfate de cuivre, le carbonate de soude, le sel marin, le sel ammoniac, l'urine

(1) Lettres curieuses et édifiantes des missionnaires, etc., XXVI* volume. — Bancrofi*. Sur les couleurs solides, I, p. 172. — Voyage dlnvin sur la mer Rouge, p. CO, 189, 27*2, 285. ^ Clarke Harmer, voL IV, p. 2S6.

(2) Gonfreville, Mémoire sur un nouveau système de teinture et itimonHbtftm avec trente astringents et substances colorantes végétaki logiste, 1846, t. VIT, p. 64).

ammoniacale, certains acideB et d'autres agents opérant comme mor* dants et comme avivanis. Ainsi, voilà une découverte ( apitale réaliséo par les Indiens et antres habitants de l'Orient :

Chaque matière eohrante nécessite Vintervention (Tun agent spécial pour s'unir aux fibres textiles. Cet agent étant appKqué suf-un tissu^ dans les limites d^un dessin quelconquCy puis séchéy si Von vient à plonger ce tissu dans un bain qui contient la couleur correspondante à Vagentj cette dernière est saisie, mordue j fixée.

De lè| le nom de mordant qui a été donné plus tard à tout agent chimique qui contribue à la fixation des couleurs sur les étoffes.

Parmi toutes les matières tinctoriales employées par les Asiatiques^ il en est une, Tindigo, dont l'extraction et l'emploi témoignent, une fois de plus, que les teinturiers de ces époques reculées avaient déjà une pratique assez avancée. J'ai décrit précédemment le mode suivi dans tout l'archipel Indien, depuis un temps immémorial, pour l'isolement de l'indigotine du siic incolore des feuilles des plantes indigofères.

Comment les Indiens, sans aucune notion sur la nature chimique des corps, sont-ils arrivés à trouver les moyens de teindre avec l'indigo qui. Je l'ai déjà dit, est insoluble quand il est à l'état de pâte ou de poudre bleue ? Gomment ont-ils découvert qu'il fallait le concourv réuni' d'une matière agissant comme désoxydant et d'un alcali opérant comme dissolvant j)our remettre l'indigo bleu à l'état d'indigo blanc ou soluble? C'est ce qu'il est assez difficile d'indiquer.

Toujours est-il que, lorsque les Schettys et les Moutchys veulent teindre leurs toiles et mouchoirs en bleu, ils broient l'indigo le plus finement possible, le mettent avec de l'eau dans de grandes Jarres enfoncées presque Jusqu'au bord dans le sable chaud de leur atelier, y ajoutent une forte décoction de iagarey-vei*ey ou graines du Cassia tora, et une certaine quantité de karum, c'est-à-dire d'une lessive caustique obtenue en laissant en contact pendant un temps suffisant de la chaux de coquillages calcinés avec une terre alcaline nommée Ollamannoo des environs de Pondichéry. Après avoir bien remué ce mélange, les Jarres sont couvertes, paillées ou agitées de temps en temps, et, quarante-huit heures après, la réduction de l'indigo est opérée, le bain s'est éclairci, décoloré, et dans cet état il est bon à teindre les toiles.

On trempe celles-ci dans le bain, on les tord au-dessus et on les expose à l'air; c'est alors qu'on voit la couleur bleue se développer, ce qui s'appelle déverdir dans nos ateliers. On passe plusieurs fois les mêmes pièces dans le bain, en les tordant chaque fols et les mettant h déverdir, Jusqu'à ce qu'elles aient acquis la nuance bleue qu'on désire obtenir. On les lave ensuite à grande eau et on les fait sécher.

Les manipulations pour passer, lever, abattre, éventer, laver, étendre,

crôper, tordre les pièces, se font toutes sans le secours d'aucun outil ou instrument ; les mains, les pieds, les dents môme suffisent.

Nos teinturiers européens n'ont fait qu'imiter et perfectionner le procédé indien ; ils ont remplacé le tagarey-verey par la garance, le son, le miel, ou la couperose, selon qu'ils agissent à chaud ou à froid, et le harum par la potasse, la soude, l'urine ammoniacale, ou la chaux caustique ; ils s'aident d'instruments, de machines pour la manœuvre des toiles ; mais le principe est toujours le même.

Les Chinois ont été moins avancés sous ce rapport que les Indiens. Ils n'avaient pas l'indigo solide et sous forme de cubes ou de tablettes. Pour donner à leurs étoffes une couleur bleue quelconque, ils employaient et emploient encore les feuilles des indigotiers à l'état vert; ils les triturent et les pétrissent avec de la lerre glaise ; ce mélange est jeté immédiatement dans une cuve k teindre avec les toiles qui doivent en prendre la couleur. De celte manière, il s'en fait une très-grande consommation dans les contrées de l'empire où l'indigo peut être cultivé. Les Chinois ne fabriquent donc pas d'indigo proprement dit et n'en font par conséquent aucun commerce avec l'étranger. La matière brute et fort grossière qu'ils préparent, et à laquelle le mot indigo ne saurait être appliqué, est consommée sur les Ueux mêmes au fur et à mesure des besoins. Le voyageur naturaliste Perrottet dit que les indigènes des Philippines et de Java emploient les mômes moyens que les Chinois pour teindre en bleu (I).

11 est probable que les Egyptiens agissaient de môme que les Indiens, puisqu'on a trouvé, autour de certaines momies conservées dans le musée luthérien de Glasgow, des toiles à bandes bleues, dont la couleur a fourni à l'analyse tous les caractères de l'indigo (2).

Il est fâcheux que les*missionnaires jésuites et les voyageurs, tels que Cœurdoux, le Poivre, du Halde,Roxburgh, Félix Heynouard,Legoux de Flain, le capitaine Beaulieu, etc. (3), qui ont visité les Indes et la Chine dans le dernier siècle, ne nous aient donné que des descriptions imparfaites et parfois inintelligibles des curieuses pratiques suivies dans^ ces pays; il ne pouvait en être autrement, car tous manquaient des connaissances spéciales nécessaires pour saisir et embrasser tous les détails d'un art aussi compliqué que la teinture et le coloriage de& fibres textiles. Ce n'est que depuis la mission officielle de Gonfreville,. effectuée dans le premier tiers de ce siècle, les voyages de Plagne et de Perrottet, les notes recueillies par les délégués commerciaux attachés à l'ambassade de Chine, dont M. deLagrenée était le chef, à la fia

{lyi^eTTOiVbU Art de rindigotierf iii-8. Paris, 1842, p. U,

(2) Journal de chimie médicale, 1838, p. 22t .

(8) Lettres curieuses et édifiantes, t. XIV, p. 125, et t. XXVI. ^ iiémoire^ concernant l*histoire, les sciences et les arts, etc.f des Chinois, par les mistionoairesde Pékin, 14 vol. ln-4*. Paris, 1111,^ Description géographique, etc^ dit tempire delà Chine, pw du Halde, 4 vol. in-fol. Paris* 1185.

du règDe de Loais-Philippe, qu'on a commencé à avoir des renseignements précis sur la belle iodustiie dont Je viens de parler. Il est surtout regrettable que la plupart des manuscrits rédigés par Gonfreville, et déposés dans les Archives du ministère de la marine et des colonies attendent encore TimpresBion (1).

Au cinquiôme siècle, tous les arts s'éteignirent dans TOccident, p^r suite de l'invasion des barbares du Nord, mais ils se conservèrent mieux dans l'Orient, d'où l'on tira, jusqu'au douzième siècle, les objets de luxe, et notamment les tissus colorés. C'est vers la fin du douzième siècle et dans les premières années du treizième que l'art de la tein-* ture reparut en Italie, grâce aux relations commerciales que les Vénitiens et les Génois entretinrent avec l'Orient. En 1338, on comptait à Florence 200 manufactures qui fabriquaient, dit-on, de 70 à 80000 pièces de drap ; la découverte de Torseille, qui date de celle époque, contribua singulièrement à la richesse de ces établissements.

C'est en 1429 que Mariegola livra au public à Venise le premier recueil des procédés de la teinture, sous le nom de VArt du teinturier (dell'arte dei tintori). En t548 Giovan Ventura Rosetti publia un second Ouvrage de ce genre, sous le nom de Plictho delV arte dei tintori, etc., dans lequel on entrevoyait déjà quelques traces de cet esprit analytique qui rapproche, compare, discute, étend et perfectionne les idées et les moyens (2). Albo écrivit, en 1672, son Teinturier parfailf qui parut d'abord à Bruxelles, puis à Leyde en 1708.

La découverte de l'Amérique, en fournissant à l'ancien monde la connaissance de plusieurs matières tinctoriales, telles que la cochenille, le bois de campOchc, les divers bois rouges de Fernambouc, de Sainte -Marthe, le rocoii, l'indigo, etc., exerça une grande influence sur les progrès de l'art dont je m'occupe (3).

(1) Voici les seuls ouvrages publiés par Gonfreville : Mémoire sur la teinture en bleu des toiles dites gmnées, selon le procédé des Indiens (Technohgiste^ janvier 1846, t. VII, p. 160-192).— Mémoire sur la fabrication des mouchoirs de Madras {iùid., juin 1846, t. VII, p. 389-448). — Mémoire sur la teinture de la soie selon les procédés indiens {tbid., octobre 18iG, t. VIII, p. 17-54-102). — Mémoire sur la fabrication des turbans de Maduré {ibid,, mars 1847, t. VUI, p. 245-291). — Voir aussi l'article Teinture du Dictionnaire des arts et mafiufactures, 2« édition, et VArt de la teinture des laines en toison, en fils et en tissu, 1 vol. in-8». Paris, 1848.

(2) Cet ouvrage a été traduit en français et imprimé à Paris en 1716, sous le titre de Suite du Teinturier parfait ou PArt de teindre les laine , soies, /î/*, peaux, poils, plumes, etc, comme il se pratique à Venise, Gènes, Florence et dans tout le Levant.

(3) On ne peut expliquer comment^ ainsi que Muratori Ta prouvé, le bois de Brésil était au nombre des marchandises payant un droit aux portes de Modène en 1306 (Wiseman, Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée. 2« édit. française, 1841, t. I, p. 101). Il est plus que probable que c'était la variété nommée sapan on sappan, bois du Japon, qui depuis longtemps déjà airivait des grandes Indes, et que les teinturiers européens du moyen âge faisaient servir pour les teintures en rouge.

Airr DE LA TEINTURE. 429

Les Indiens et les Perses, ainsi que Je l'ai dit précédemment, connurent et employèrent la cochenille, mais Tusage de celte matière précieuse avait été perdu depuis longtemps en Europe, puisque dans l'ouvrage de Giovan Ventura Rosetti, il n'en est fait aucune mention. Peu de temps après son introduction en Europe par les Espagnols, on décou>Tit les procédés de la teinture en écarlate au moyen de cette substance et des sels d'étain. On attribue l'emploi de ces sels au chi-' miste hollandais Cornélius Drebbel, vers 1630; mais d'autres font remonter cette découverte au chimiste allemand Kuster ou Kuffler, qui apporta ses procédés en Angleterre, vers 1563, et s'établit teinturier à Bow, près de Londres, où il amassa une Fortune considérable. Cn a prétendu aussi que VanJulich et Van Leferst ont trouvé en même temps le procédé de l'écarlate; c'est ce dernier qui l'aurait communiqué à Gilles Gobelin, qui vers le milieu du seizième siècle créa, au faubourg Saint-Marcel, à Paris, sur la petite rivière de Bièvre, un atelier de teinture qui porte encore son nom. On regarda cette entreprise comme si téméraire, qu'on appela cet établissement la Folie-Gobelin, et ses succès étonnèrent tellement ses contemporains qu'ils eurent la simplicité de croire que ce teinturier célèbre avait fait un pacte avec le diable.

L'invention de la teinture écarlate fait époque dans l'histoire de l'art, car les sels d'étain ont mis les modernes en état de surpasser les anciens dans la beauté des couleurs. L'emploi de la cochenille se répandit rapidement dans toute l'Europe et cette matière fit presque disparaître l'usage du kermès qui pendant tout le moyen ûge servait à obtenir la couleur sur laine désignée sous le nom d'écariate de Venise ou de France. L'écarlate à la cochenille prit dès lors le nom d'écarkUe d£ Hollande ou des Gobelins. Ce n'est guère, loutefois, que du règne de Louis XIV que date la prospérité de l'établissement des Gobelins, et par suite, l'adoption de son rouge-écarlate, les guerres de religion et les troubles civils ayant retardé le développement de cette industrîe naissante (1).

Il en fut à peu près de l'indigo comme de la cochenille. Après la chute de l'empire romain, il parait n'avoir été connu que dans quelques parties de l'Italie; il venait alors principalement à Venise par l'Egypte et la Syrie. On l'appréciait et comme médicament et comme matière colorante. Dans le moyen âge, on employait, pour désigner une teinte bleue mêlée de violet, l'expression de couleur indique. Désigné dans les auteurs des dixième, onzième et douzième siècles sous des noms divers et très-différents, l'indigo était considéré comme une pierre d'une contrée particulière des Indes orientales, et cette opinion a été bien difficilement détruite, puisque, dans une lettre de conces-

(1) Francheville, Dissertation sur fart de la teinture des anciens et des modernes (Mémoires de l'Académie de Berlin, 1767).-

430 soiXÂinrE^NZiÈME leçon.

sion qui fut délivrée en 1705 à roccasion de l'exploitation des mines d'Halbentadt et de Reinstein, en Allemagne, on voit enrore llndigo classé parmi les minéraux. Cependant Marco-PolO| qui voyageait dans rinde vers le milieu du treizième siècle, reconnut la véritable nature de cette substance, et ce qu'il en dit prouve qu'alors on la fabriquait dans l'Inde à peu près de la même manière qu'aujourd'iiui (1). Balducci Pegolettii en parlant du commerce de cette denrée, désigne assez exactement les caractères par lesquels on peut reconnaître les qualités de l'indigo vrai (2). Gonti, qui parcourait l'Inde vers le milieu du quinzième siècle, le désigne sous le nom d'mdtgo (3). Roietti, dans son ouvrage de teinture, le nomme de môme, et quelquefois endego fino de Bagdad. Â cette époque, Tindigo élait employé à la teinture de la soie et des peaux, mais pas encore, à ce qu'il semble, à celle des laines, puisqu'en faisant mention de celles-ci, Rosetti n'en dit absolument rien. Ce sont les Juifs qui introduisirent cette nouvelle application en Italie; ce sont les Hollandais qui, après t516, se firent les importateurs de la précieuse substance, et d'après Beckmann ils en apportèrent de Batavia, en 1631, sur cinq navires, 338546 livres qui, d'après les prix de l'époque, valaient plus de cinq tonneaux d'or. Les Anglais, en 1582, ignoraient encore le pays d'où elle provenait et comment on se la procurait; ils en doivent les premières notions à Parkinson, qui écrivait vers Tannée 1640.

Ceux des voyageurs qui pénétrèrent les premiers en Amérique remarquèrent que les peuples de ces contrées se peignaient le corps et teignaient leurs étoffes avec une matière bleue qu'ils extrayaient d'une plante analogue à celle qui fournissait l'indigo de l'Inde. Plusieurs espèces d'indigoliers croissent spontanément dans rAmérique méridionale et dans les lies de ce vaste continent, mais il parait incontestable que très-anciennement les Espagnols, Jaloux d'augmenter leur commerce, transportèrent de l'Asie dans le nouveau monde, une ou plusieurs espèces d'indigotier dont la culture devint surtout très-active dans le Guatimala, à Saint-Domingue et dans les autres Antilles.

Les importations de l'indigo, toujours croissantes à partir du seizième siècle, amenèrent rapidement l'abandon de la culture en Europe du pastel qui pendant tant de siècles avait servi exclusivement à la teinture en bleu.

C'est seulement sous le ministère de Colbert que nos ateliers de teinture commencèrent à rivaliser avec ceux des nations étrangères et même à les surpasser. Ce grand homme, parmi les établissements industriels dont il dota la France, créa les teintureries de Vanrobais et de Sedan; il encouragea la culture de la garance et fit publier, en 1671 ,

(1) Marco-Polo, traduction française de 1586.

(2) Deiia décima e di varie altre gravezze imposte di Firenxe, 1766, in-4'.

(3) Voyex Ramusio, Viaggi^ m^, i. l^ p. ZiZ. ' . .

une iostraction sur la culture et l'emploi de cette plante; il rédigea, en 1672, une instruction pour les teintures qui mérite d'être remarquée, mats dans laquelle, à côté de règlements fort sages, il établit des mesures fiscales et prohibitires fort gênantes.

11 exigea, par exemple, que la teinture des draps noirs fût commencée cbex les teinturiers en grand teint, et achevée dans les ateliers de petit teint. Les premiers ne pouvaient avoir chex eux qu'un certain nombre de drogues; dans les autres, on ne pouvait employer que certains ingrédients différents des drogues du grand teint ; ni les uns ni les autres ne pouvaient avoir du bois de BrésiL — « Borner l'industrie, dit Raynal, par des prohibitions ou des privilèges exclusilii, c'est nuire tout à la fois et au travail que l'on permet et à celui que l'on défend (1 ). »

L'essor que Ck)lbert avait voulu imprimer à nos ateliers fut bien vite arrêté par la fatale révocation de l'édit de Nantes, qui dispei*8a dans le reste de l'Europe nos meilleurs ouvriers. Heureusement avec le dixhuitième siècle s'ouvrit une ère nouvelle pour la plupart des arls chimiques et surtout pour la teinture. Protégés d'une manière plus efficace et plus philosophique par le gouvernement^ qui sentait enfin le besoin d'affranchir le royaume des tributs onéreux payés aux teinturiers du Levant, les ipdustriels firançais s'attachèrent à imiter ces belles couleurs que les Grecs seuls avaient le secret de préparer.

En i756, le gouvernement fit publier le procès-verbal des opérations de teinture faites à Tvetot, par le sieur François Gonin, sur les ordres du Conseil, 'en présence de coomiissaires nommés par ordonnance de Tintendant de la ville et généralité de Rouen, du 11 mai 1756, et sous la surveillance du sieur Godinot, inspecteur principal des manufactures de toiles et toileries de ladite géuéralité. Ce recueil nous montre combien la teinture sur coton était encore peu avancée à cette époque, si rapprochée cependant de celle où nous vivons. Il n'y est question que des couleurs de petit teint. Les procédés pour monter la cuve d'indigo à froid et la tonne au noir sont excessivement défectueux.

C'est de 1750 à 1760 qu'eut lieu à Rouen un fait d'une importance considérable qui imprima un inmiense essor à la fabrication des rouenneries ; c'est la découverte et le perfectionnement du procédé de teinture en rouge des Indes ou d'Andrinople. On admet généralement qa'en 1747 des ouvriers grecs furent appelés par les Normands, qui bientôt après surpassèrent leurs maîtres. Mais Gabriel Gervais, l'un des fondateurs da la Société de commerce et d'industrie de Rouen, qui a laissé de curieux documents sur l'histoire industrielle du département de la Seine-Inférieure (S), assure que la découverte dont il s'agit est

(1) Raynal, Histoire philosophique des deux Indes^ X, VIII, p. lU.

{%) Documents sur l'industrie cotonnière consenrés dans les Archives de la Société de commerce de Rouen et présentés à l'Association normande en I84S (Annuaire des cinq départements de la Normandie. 9* année, 1843, p. 294). •

due aux efTorts multipliés des teinturiers de celte région, notamment de Fesquet (1748), de Pinel, Dugard et Dharistoi (1754)/ de Vincent (1756), de Leprleur (1759)^ d'Auvray, de Palfresne et de la Follie ; il avance que ^es ouvriers grecsi appelés de Smyrne dans le midi de la France par un particulier nommé Flachat qui avait séjourné longtemps dans le Levant et qui ouvrit une teinturerie à Saint-Chamond, près de I jon, à une époque où les teinturiers normands avaient déjà obtenu de grands succès, ont tout au plus contribué à perfectionner les premiers procédés de ceux-ci, qui bien lot, du reste, devinrent fort supérieurs aux leurs, à tel point que cette industrie demeura pendant de longues années la propriété presque exclusive des Rouennais.

Ce qu'il y a de certain, c'est que déjà, de 1760 à i770, les rouges de Rouen étaient devenus beaucoup plus vifs qu'ils ne l'avaient Jamais été dans les mains des teinturiers du Levant cl du midi de la France; et à la tôte de ceux qui obtenaient aloi-s les plus beaux résultats en ce genre. Je dois placer Talsacien Michel Haussmann qui, ainsi que Je vous l'ai dit antérieurement, à propos de la garance, avait une tein* turerie à Rouen,.dans le faubourg SaîntHilaire, sur la petite rivière de Robec (1). Cette supériorité si vite acquise provient en partie de la circonstance suivante. Le coton qu'on veut teindje en rouge des Indes doit être soumis à plusieurs bains préparatoires, entre chacun desquels il faut qu'il soit desséché complètement, faule de quoi les mordants prennent mal et la couleur a moins de vivacité et de solidité. Or, le climat de la Normandie, souvent humide et froid, ne permettant pas de s'en rapporter, pour cette opération, à la température de l'atmosphère, il fallut, dès les premiers temps, employer les sécheries chauffées artificiellement. On reconnut bientôt que le degré de chaleur le plus convenable était de 62 à 66"», température bien supérieure à celle de l'atmosphùre, môme en Provence. On dut donc nécessairement mieux réussir à Rouen, au moyen du séchage artlGciel, qu'à Aubenas en Languedoc et en Provence, où le séchage à l'air se maintint jusqu'en 1808.

Dufay, Hellot et Macqucr furent successivement chargés par le gou-

(1) Jean-Michel Haussmann, né à Golniar en 17 19, était fils d'un pharmacien; il fit ses études à Paris dans l'intention de succéder à son père, mais abandonnant plus tard cette pensée, il résolut d'appliquer à la teinture les connaissauces chimiques qu'il avait acquises. D'abord établi à Rouen, puis au Logelbach près de Colmar, il ne tarda pas à devenir le meilleur teinturier de France. L'un des premiers, il adopta le blanchiment par le chlore, régularisa le garançage et une ïbule d'autres opérations, perfectionna la fabrication du rouge des Indes, et ouvrit à l'art de l'impression des voies nouvelles en inventant plusieurs mordants, créant le genre rongeant par l'acide oxalique, fixant le bleu de Prusse sur les tissus, etc. Les mémoires qu'il publia dans le Journal de physique et les Annales de chimie ont contribué puissamment au rapide essor des arts chimiques dont je parle, et le placent honorablement à la tète de ces nombreux chimistes manufacturiers qui font la gloire et la fortune de l'Alsace. Haussmann est mort en 1824.

ART DE lA TEINTURE. 43>3

Teraement de s'occuper de perfectionner l'art de la teinture, et on leur doit des travaux précieux. Dufay étudia principalement les matières colorantes et les mordants, et, le premier, il comprit le véritable rôle de ces substances minérales qui servent d'intermédiaires pour unir les couleurs aux tissus. Après avoir simplifié quelques procédés de teinture, #1 proposa une méthode aussi simple qu'exacte pour reconnaître la bonté et la solîdilé d'une couleur. — Bellot s'appliqua à la teinture des laines et publia sur cetle branche importante de l'art le traité le plus étendu et le mieux fait que l'on possède. Son ouvrage a pour titre : Uart de la teinture de» laines et des étoffes de lame en grand et en petU teint (\). Ce que Hellot fit pour les laines, Macquer l'exécuta pour la soie. L'excellence de son livre, intitulé : Vartde la teinture en soie (2), fait vivement regretter que la mort ait empêché ce savant chimiste d'achever le Traité général des teintures, dont il publia le prospectus en t781.

En 1776, Lepileur d'Apligny recueillit, dans un ouvrage intitulé : Varl de la teinture des fils et étoffes^ de coton, toutes les connaissances acquises jusqu'alors sur cette partie. C'est dans cet ouvrage, recommandable à plus d'un titre, qu'on trouve décrit, pour la première fois, le procédé du rouge des Indes.

Ce sont doux Rouennais, Arvers, pharmacien, et Saint-Evron, tdn* turier, qui imaginèrent, en 178$, d'aviver ce rouge des Indes au moyen d'un sel d'étain, et qui donnèrent ainsi à cette couleur l'éclat et le refiet qui lui assurent une supériorité marquée sur les tissus teints dans le Levant et dans les Indes. C'est encore un Français, Papillon, qui introduisit en Angleterre les procédés de la teinture en rouge.

Indépendamment des ouvrages cités plus haut, la fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième en virent paraître un assez grand nombre d'autres, tant en France qu'en Allemagne et en Angleterre, qui contribuèrent considérablement aux progrès de l'art du teinturier. Je citerai, parmi les plus importants, ceux de Poerner (1772 et 1773), de Bergmann (1777), de Dambourney (1779 à 1788), de GueUch(1779à 1799), de Gmclin (1785), de Scheffert (1787), de Bertbollet (1791), de Bancroff (1794), de Rueger (1796), de Michel Haussmann(i776àl802), de Leuchs (1800 à 1824), de Hermstaedt (i802à 1807 et 1824), de Homassel (1805), de Ghaptal (1807), de Roard (1809), de Vitalis (1808, 1810 à 1823 et 1827), de Pavie (1811), de Raymond père (1811), de (^evreul (1810 et années suivantes), de Dingler (1811 à 1818), de Hoelterhofl'(1812 à 1829), de Pelletier (1814 à 1818), de Kurrer (1815), de Raymond fils (1822), etc.

11 règne une grande incertitude sur l'époque précise de l'introdnction en Occident de la fabrication des toiles peintes que les Hollandais

(1) 1 volume in-12. Pari», 1786.

(2) 1 volume in-folio, 1763.

GinARMN. ~ lY. 38

importèrent des Indes vers le commencement du dix-septième siècle et qui reçurent le nom ^Indiennes. Gomme avant la découverte du cap de Bonne-Espérance, ces toiles passaient en Europe par terre et traversaient la Perse, on crut, à tort, qu'elles étaient fabriquées dans cette dernière région ; de là vint qu'on les appela aussi Perses ou Peniermee. Les Hollandais conservèrent pendant longtemps le monopole de ce commerce qui prit des proportions colossales.

PersoK père, dans son important Traité de Vimpresmn des tissus (f ), leur attribue, mais sans indiquer de date certaine, l'honneur d'avoir les premiers imité les procédés des Indiens en créant dans leur propre pays des établissements spéciaux pour cette nouvelle industrie. Ils vendaient leurs toiles sous le nom de Pattenas quand elles étaient à deux couleurs, rouge et noire, et sous celui de Surates^ quand elles n'avaient qu'une seule couleur, violette ou rouge. Les établissements de ce genre se multiplièrent à Amsterdam, et peu de temps après il s'en éleva de semblables dans les villes voisines, telles que Brème et Hambourg.

Ce serait en Hollande, d'après Persoz, que beaucoup de réfugiés français, à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes, auraient appris et singulièrement perfectionné la toile peinte, et ce seraient quelques-uns d'entre eux qui auraient transporté cette industrie en Suisse (en 1689) et en Angleterre (en t690). Ce serait de la fabrique de Jacques Deluze, natif de la Saintonge, qui s'établit en 1689 au Bied daDs le canton de Neuchâtel, que seraient sortis, tous les chefs d'ateliers qui s'établirent peu de temps après en Allemagne, en Portugal et en France (2).

C'est à Paris et dans ses environs (Sèvres, Corbeil), puis à Orange, à Marseille, à Nantes et à Angers que furent fondées les premières fabriques d'indiennes. Mais des réclamations énergiques s'élevèrent de tous les points de la France contre celle fabrication et l'usage des cotonnades imprimées qui devaient, au dire de toutes les Chambres de commerce, ruiner les autres industries appliquées à la confection des tissus. Les marchands de toiles blanches et de tissus de couleur surtout jetèrent feu et flamme contre celte invention, qu'ils qualifiaient

(1)4 volumes in-8° avec figures et échantillons intercalés dans le texte. Paris, V. Masson, 1846.

(2) Suivant Noël et Carpentier, il y aurait bien plus longtemps qu'on ne le suppose généralement que cette fabrication aurait été introduite en France^ puisque Cliarlcs Vtll fit présent à Bajazetll do toiles imprimées à Reims, avec de superbes tapisseries de Flandre, représentant les batailles d'Alexandre. Eu 1570, Richard Hakiuyt envoya en Perse un certain Morgan Hablet Horne, tein> turier de profession, pour apprendre l'art de la teinture suivant les procédés des Persans. C'est en 1631 qu'on trouve la première proclamation (elle est de Cliaries 1*') où, parmi les marchandises qui doivent être exportées d'Angleterre pour l'Inde et de l'Inde pour TAngletcrre, il est fait mention de toiles do coton peintes.

AHT DE LA TEINTURB. 435

de funeste et fatale, les ans parce quik craignaient* que les indiennes ne nuisissent à la consommation du bkmùf les autres parce qu'ils voulaient continuer de vendre fort cher les soieries, et les lainages, auxquels les toiles imprimées ne pouvaient manquer de faire concurrence. « 11 n'y a peut*^tre rien de plus curieux au siondo. dit M. Blanqui (f ), que le débordement de colère qui se manifesta perdes milliers de pamphlets contre cette industrie, source première de la prospérité des provinces où elle fut le plus vivement attaquée. »

On peut se faire une idée de Ténergie que pouvaient avoir^ à Roueui ces folles déclamations, en apprenant que dans cette ville les communautés de passementiers et de toiliers comptaient alors de 3 à 400 maîtres occupant de 5 à 6000 ouvriers. Aussi les opposants obtinrentils de nombreux arrôts du Conseil, qui défendaient, sous des peines fort graves, la fabrication des toiles peintes à Rouen, et autorisaient de fréquentes et rigoureuses visites chez les marchands qui étaient soupçonnés d'en faire le commerce. L'acharnement était tel que plusieurs fois on se permit d'enlever des fichus sur le cou des femmes. On voyait même l'indienne là où elle n'était pas. En 1756, une très-petite manufacture s'éleva^ non pour la fabrication des toiles imprimées, mais pour la teinture en réserve des toiles. Les opposants firent saisir toutes les marchandises de l'établissement; un arrêt ordonna mainlevée de la saisie; ils résistèrent, et il fallut un deuxième arrêt pour leur faire lâcher prise.

Mais ces ridicules résistances devaient s'épuiser par leur violence môme, et Abraham Frey, de Genève, qui venait d'imprimer, à Corbeil, un ameublement pour la marquise de Pompadour, arriva à Rouen pour former un établissement dans la vallée de Bondeville, nonobstant les défenses contraires ; c'est là qu'il fit frapper le premier coup de planche en 1738. Bientôt après, Abraham Pouchet, de Bolbec, vint s'établir auprès de lui, et c'est alors seulement que le Conseil d'Etat se détermina à permettre ce genre de fabrication. L'arrêt fut confirmé par lettres patentes du Roi, en date du même Jour 5 septembre 1759.

Dès ce moment, Abraham Frey et Abraham Pouchet travaillèrent hardiment, d'abord sur les toiles dites Siamoises j puis sur d'autres espèces de tissus. Il est Juste de dire que l'abbé Morellet et Roland de la Platière eurent la gloire de hâter, par leurs écrits, le retour de l'opinion publique et du gouvernement à des idées plus sages en faveur des indiennes. Quelques années après, des fabriques d'impressions se formèrent successivement à Darnétal, à Dérille, à Maromme, à Bapeaume près de Rouen, et à Bolbec. La belle manufacture de Jouy, près Yenailles, fondée par le célèbre Oberkampf, date de 1759.

C'est en 1746 que les nonunés Koechlin, Schmalzer et C^* établirent une manufacture d'indiennes dans la petite république de Mulhausen ;

(1) Olanqui, Histoire de réconomie politique, \lf p. 429.

une teconde apparut en ITBS loat la raitoa Harlmaon et C", et A partir Je cotle époque cliaque année, pour ainsi dire, vil s'augmenter le nombre de ces élablisBcmcnts. Ce n'est que beaucoup plus lard que les autres villes de l'Alsace, Colmor, Munster, Weaserling, Saint-A marin, Thann, GuebvîIlGr,Cernaf, Lutlerbaclt, Saiiile-Maria aux U in es, suivitenl l'exemple des ingénieux habitanis de Mulhouse. Il y aurait injustice k ne pas reconnaili-e que ce soal surtout les habiles industriels de l'Esl, nolammenl les Koechlin, les Haussmann, les Dollfus, les Risler, les BarlmsnD, lei Schwarli, lesThiert?, leiRoman, les Schlamberger, etc., qui oot le plus contribué par leurs dicouTertei inceuantes el leurs remarquables publications & amener l'industrie de la teinture par impression au degré de perrection oà nous la voyons aujourd'hui. On ne saurait trop glorifier la société industrielle de Mulhouse pour la ■i large part qu'elle a prise à ce magnifique résultat (I).

Les lodiens n'avaient exercé leur industrie que sur le coton, riabondant dans ledr pays. On commença aussi en Europe par l'imprenioD ■ur colon ; on s'en tint lA pendant très- long temps, et ce n'est que depuis soixante ans que l'on imprime, par des moyens analogues, les étoffes de laine, de soie et de lin. C'est surtout depuis I83i que l'impreseion sur laine, loit pure, soit mélangée de coton ou de soie, a pris un très-grand essor et a singulièrement perfcclionnë ses procédés, grAce au concours de la mécanique et des sciences physico-chimiques. Les tissus de laine imprimés font maintenant une concurrence redoutable aux indiennes proprement dites. — L'invention des impressions en relier sur les élofi'es de laine feutrée et le velours date de 1788 el est due k Bonvallet ; ce n'est guère que depuis 1813 qu'elle a pria quelques développements comme art, chei Ternaux, à Saint-Ouen, où Bonvallet fils transporta l'industrie cré^e par son père.

Les progrès considérables de' l'art de l'impression ont réagi d'une manière très-beureusc sur l'art de la leinlure propiement dile, et ont singuliûrement contribué à l'immense dÉveloppemcot de l'industrie des tissus ; c'est en grande partie parce qu'on est parvenu à Imprimer avec économie de IrËs-beaux dessins que l'on peut aujourd'hui filer et tisser à bon marché.

C'est surtout depuis lcsconqut!les de la chimie moderne, la vulgarisation des principes de celle science et la prompte publicité donnée aux découvertes Journalières Faites dans les laboraloires des savants, que Icft deux grandes induBlries dont Je viens de tracer un historique rapide ont marché à pas de géant en régularisant, simpliBant, perfection nant

(I^Voir pour plus d« deuils l'intéressant ouvrage publié en 1805 par M. OoUfus-AuBsct, sous le titre de: J^atériaux pour la roloralion des étoffes, î vol, in-8. Paris, Saïy — Éludes mr Cexposilion de 1861, impresiion et feinlure âet liisui, par Kieppelin {Annales et arMeet de FindasMe au dix-neu- '•iéme siècle, 25 Janvier, 1869. Pari», Lacroii).

TEINTURE PAR IMMERSIOM. 437

sans cesse leurs procédés, et dégageant la pratique des entraves où la routine et Tempirisme FaTaient emprisonnée depuis si longtemps.

Proeédétt généravz 4e coloralloB des flores fMillee. — Après ces prolégomènes, Je vais examiner successiTement les deux méthodes différentes de colorer les fibres textiles d'une manière permanente, à savoir :

\^ La teinture en uni de la masse entière des fils ou des étoffes, ou X\t% do felntarler à proprement parler ; c'est ce que Je nommerai plus 'scientifiquement la Telntare par tmittenlon*

2<> Le coloriage de l'une des faces d'un tissu au moyen d'une ou de plusieurs couleurs différentes, appliquées mécaniquement et disposées de manière à former des dessins réguliers et harmonieux. C'est là ce qu'on nomme l'Art de rimprlmear sar tlstas, et plus particulièrement l'Art de l'Indleanear quand on agit sur le calicot, ce qui a été pendant longtemps le cas le plus général. Il est plus rationnel de distinguer ce second mode de procéder par le nom de Telntare par Impression.

§ 1. — TelBtvre par tmiaersleB.

La coloration uniforme des fibres textiles par le moyen de substances colorantes n'est pas le résultat d'une simple superposition mécanique; c'est, en réalité, le plus généralement, l'effet d'une véritable pénétration et d'une sorte d'adhésion cbimique. C'est là surtout ce qui distingue la teinture de. la 'pzinXxire,

Dans cette dernière, les couleurs sont seulement déposées ou plaquées à la surface des objets, Bans qu'il y ait aucune pénétration, aucune adhérence chimique, si bien que de simples lavages, le grattage ou le. frottement peuvent faire disparaître les couleurs appliquée^. Dans la teinture, toutes les fibres du corps, surtout pour la laine et la^ soie, sont pénétrées de la substance teignante qui s'y attache avec une énergie marquée; aussi les moyens mécaniques, lavages et frottement, sont impuissants à détruire cette espèce de combinaison qui, sans être positivement de l'ordre des combinaisons chimiques à proprement parler, y ressemble beaucoup.

Quelquefois^ cependant, la couleur que Ton donne à une substance provient, non de la fixation d'un principe colorant retiré d'une matière tinctoriale, mais d'une certaine altération chimique que la substance éprouve de la part de certains agents.

Ainsi, lorsque Je plonge un morceau de soie dans de l'acide azotique, le tissu acquiert une belle couleur Jaune^ par suite d'une réaction que l'acide détermine dans les éléments de la soie, d'où résulte la production d'un composé nouveau teint en jaune. Ce composé, vous le connaissez déjà sous le nom d'acide picrique.

Lorsque j'immerge du bois daus de l'acide sulfurique, le bois se co-

bre en noir par la production, à sesdôpens, d'une certaine quantité d'acide ulmique. Mais ce sont là de rares exceptions au principe que ^'ai posé d^abord.

Pour opérer l'union des matières colorantes avec les tissus, c'est-àdire pour teindre ces derniers, il y a nécessité que l'un des deux corps soit liquide. Or, c'est toujours la matière colorante qu'on met dans cet état, en la dissolvant dans un véhicule approprié à sa nature. On désigne sous le nom de btxins de teinture les dissolutions de matières colorantes dans lesquelles on plonge les tissus pour les teindre^

Cette nécessité d'atténuer les molécules des matières colorantes que l'on veut faire adhérer aux tissus va vous être démontrée par des expériences bien simples. Si je plonge un lambeau de calicot dans de l'encre, il est certain que je le colorerai en noir, mais la teinture ne sera ni belle ni solide; un seul lavage la fora disparaître, parce que le tarmate ferrique qui constitue l'encre, au lieu d'être en complète solution dans l'eau, y est simplement suspendu, et se trouve en particules trop grosses et trop denses. Mais si je produis instantanément sur le calicot le tannate de fer dans un très-grand état de division, comme cela a lieu en imbibant d'abord la toile dans une dissolution de couperose ou de tout autre sel de fer, faisant sécher, puis la plongeant dans une décoction de noix de galle, alors le tannate de fer, au moment de sa formation; pénètre les fibres les plus serrées du tissu et s'y unit d'une manière intime et durable. J'ai beau laver le calicot ainsi teint, je ne puis parvenir à entraîner la couleur, ainsi que j'ai pu le faire avec l'autre échantillon.

Mais pour que les couleurs que l'on fixe sur les élofTes, par la teinture, présentent tout l'éclat qui leur est naturel, il est indispensable que ces étoffes soient dépouillées des matières étrangères qui adhèrent habituellement à leur surface et qui les colorent. Il y a donc toujours une opération préliminaire à faire subiraux tissus avant de les teindre ; c'est le blanchiment. 11 en a été surfisamment parlé dans les 62* et 63* leçons.

Dans l'origine et pendant bien longtemps, c'est aux plantes et aux animaux qu'on a emprunté des couleurs pour en revêtir les tissus. Le règne minéral, si riche en combinaisons colorées, la plupart inaltérables à l'air, n'en fournissait aucune aux teinturiers. Ce n'est que vers la tin du dernier siècle et surtout dans les premières années du dix-neuvième, qu'on a commencé à faire dans les ateliers des applications de quelques-unes de ces productions minérales. Aux sels de fer, très-anciennement employés pour les couleui*s noires, rouille et chamois, sont venus successivement se joindre : l'arsénite de cuivre, découvert par Scheele; le bleu de Prusse, si heureusement employé, en 1811, par Raymond père, de Lyon; les sels de manganèse que Hartmann, de Munster, a le premier, en 1815, fait servir à donner aux tissus les nuances désignées sous les noms de bistt^f de solitaire, de télé de moi'e;

les sulfures d'arsenic utilisés, en 1819, par Braconnot, et en 1828 par Labillardière ; les divers composés du chrome dont la première application à la coloration des tissus date de 1820 et appartient à Lassaigne; puis les sulfures de cadmium et d'antimoine, les iodures de mercure et de plomb, etc. Ces produits minéraux ont fourni aux industriels de nouveaux moyens de varier leurs produits et de les obtenir avec plus d'économie.

Je n'ai plus à m'occuper des matières tinctoriales, soit minérales, soit organiques, puisque leur étude a été ^te précédemment. Je puis vous parler immédiatement des opérations générales de la teinture.

Puisque, comme je vous l'ai déjà dit plusieurs fois, la plupart des principes colorants ne peuvent contracter d'union intime et durable avec les fibres textiles qu'à la faveur d'un corps intermédiaire désigné, d'une manière générale, sous le nom de mordanty il en résulte que presque toujours, avant de mettre les substances tinctoriales en contact avec les étofTes, il faut préparer celles-ci par une opération préliminaire. Étudions donc, avant tout, cette opération, qui est de la plus haute importance, et, pour ainsi dire, la base fondamentale de la teinture.

i . Mordants. — Dans l'origine, les couleurs n'avaient aucune fixité ; elles s'altéraient en peu de lemps, et souvent ne résistaient point à une simple immersion dans l'eau. L'emploi des substances minérales pour les unir plus intimement aux tissus remonte déjà très-haut dans l'histoire de la teinture, et il est assez dirticile de préciser l'époque à laquelle l'usage de l'alun, des sels da Ter, de la noix de galle, des apprêts huileux, comme mordants, a été introduit; tout ce qu'on sait à ce sujet, c'est que dans les Indes, on a fait usage de l'alun depuis un temps immémorial, et que ce sel était devenu d'un emploi général en Europe dans le courant du seizième siècle (1).

Le nom de moi*dant fut créé par les teinturiers français du mot latin mordere, mordre, à une époque voisine de l'enfance de l'art, où l'on pensait que l'action de ces agents intermédiaires était mécanique, qu'ils étaient d'une nature corrosive ou mordante^ et servaient simplement à ouvrir les pores de l'étofTe, dans lesquels la matière colorante pouvait ensuite s'introduire. Hellotet Lepileur d'Apligny, qui ont écrit

(1) C'est ce que prouve le passage suivant de Palissy, qui se rendait déjà bien compte de la manière dont ce sel opère en teinture. « L'alun, qui est un sel, attire à soi les couleurs du Brésil, de la galle et autres matières, pour les donner aux draps, aux cuirs ou soies, tellement que les teinturiers, quelquefois^ voulant teindre un drap blanc en rouge, le trempent dans de l'eau d'alun ; le sel d'alun étant dissous dans l'eau sera cause que le drap recevra la teinture que Ton lui aura préparée, et un autre drap qui ne sera point trempé en l'eau d'alun ne le pourra faire. Le sel donc est une chambrière qui ôte la couleur à l'un pour la bailler à l'autre. » (Œuvres diverses de Palissy. Édition de 1777, p. 214. — Édition de Cap, p. 249.)

les premiers d'une manière scientifique sur la teinture, à la fin du siècle dernier, ont soutenu cette manière de voir. Mais Dufay, en 1737; Bergmann, en 1776; Blacquer, en 1778; Berthollet, en 1790, et, epfin, MM. Chevreul, Persoi, Ruhlmann» dans le courant de ce siècle, ont soutenu que Faction des mordants est toute chimique; qu'ils ont pour la matière de l'étoffé une affinité qui est la cause de leur adhérence, tandis que, de son côté, là matière colorante se fixe au mordant par l'affinité qu'elle a pour ce dernier. Cette opinion a longtemps régné sans partage. Aujourd'hui bien des savants^ et notamment M. Waller-Crum, la contestent, mais ils sont loin de s'entendre sur la manière d'interpréter les phénomènes.

n est certain que les mordants et les principes colorants dissous réagissent chimiquement les uns sur les autres de manière à produire des composés colorés insolubles ou laques, qui imprègnent dans toute leur masse la laine et la soie, tandis qu'ils s'arrêtent seulement à la surface externe des tissus végétaux. C'est ce que l'on voit très-bien en observant au microscope les filaments teints. Mais le rôle de la fibre textile est moins bien défini. On semble maintenant disposé à admettre que son rôle est purement physique, et M. Bolley, entre autres, soutient qu'elle absorbe et retient les couleurs ou les laques absolument de la même manière que le charbon absorbe et fixe les matiùres colorantes et les sels métalliques.

Quoiqu'il en soit, les mordants, vous le savez, sont pris le plus ordinairement parmi les bases ou oxydes mélalliques. Mais parmi ces derniers, il n'y en a qu'un bien petit nombre qui réunissent les conditions nécessaires à la fixation des couleurs.

En effet, il est indispensable que le composé qu'ils forment avec la matière colorante soit insoluble et puisse adhérer fortement aux différentes fibres textiles. 11 faut, en outre, que ce composé résiste, autant que possible, aux agents extérieurs, et ne puisse ùtre modifié par une réaction ultérieure qui dénaturerait la couleur.

Ces conditions font rejeter l'emploi de la potasse, de la soude, de l'ammoniaque, qui donnent des composés solubles dans l'eau ; celui de la chaux, de la magnésie, des oxydes de zinc et de plomb, qui ne sont pas susceptibles d'être absorbés ou fixés par les étoffes; enfin celui des oxydes de mercure, d'argent, d'or, de platine, parce que, outre leur prix trop élevé, ils ont encore l'inconvénient très-grave d'être désoxygênés par les matières colorantes, ce qui empêche les laques colorées de se former ou de persister dans leur état primitif.

Parmi les mordants métalliques, ceux qui sont incolores (alumine, oxydes d'élainj n'ont d'autre effet que de rendre plus solides les couleurs qu'il s'agit de déposer sur un tissu quelconque. Mais les oxydes colorés par eux-mêmes (oxydes de fer, de manganèse, de chrome, de cuivre), remplissent un double rôle; ils fixent les matières colorantes.

e(, de plus, ils les modifient plus ou moins profondément dans leurs nuances.

C'est ainsi qu'en plongeant des échantillons différents de coton mordancés en alun, en sel de fer, en zal de cuivre^ dans des bains de quercitron, le beau jaune de ce bois apparaît avec tout son éclat sur le coton aluné, tandis qu'il passe au fauve, à l'olive ou au vert dit américam, sur les cotons imprégnés des deux autres nàordants. C'est encore ainsi que la garance donne des rouges et des roses avec les sels d'alumine, des bruns foncés ou des noirs avec les sels de fer, et des teintes puce et marron avec un mélange de ces deux espèces de sels.

Les oxydes précédents étant insolubles par eux-mêmes, il faut, de toute nécessité, les employer à l'état de sels solubles pour rendre leur combinaison possible avec les couleurs et les tissus. Les sels d'un usage habituel dans les ateliers sont :

Les aluns à base de potasse et d'ammoniaque (0, le sulfate simple d'alumine, le chlorure d'aluminium hydraté, l'acétate d'alumine, l'aluminate de potasse ou de soude, le sulfate, les azotates, l'acétate ou pyrolignite de fer, les deux chlorures d'étain, le chlorostannate d'ammoniaque, le stannate de soude, le sulfate de cuivre, les vitriols de Salzbourg et de Ch^^pre, les acétates, l'azotate et le perchlorure de cuivre, l'oxyde, le chlorure, l'arsénitc et l'alun de chrome.

Parmi les produits organiques, le bilartrate de potasse, les huiles grasses, l'acide tannique, l'albumine, le gluten, la caséine sont à peu près les seules substances qui jpuent le rOle de mordants.

Un mordant agit d'autant mieux, en général, pour fixer les principes colorants sur les tissus, qu'il cède plus facilement sa base métallique à . ces derniers. Or, l'acide acétique étant de tous les acides celui qui adhère le moins aux oxydes métalliques auxquels il est combiné, et étant, d'ailleurs, susceptible de se volatiliser, il s'ensuit que les acétates d'alumine, de fer, de cuivre, etc., sont préférables, comme mordants, aux sulfates de ces mômes bases. Aussi a-t-on substitué maintenant presque partout, au moins pour le mordançage du coton, l'acétate d'alumine à l'alun, l'acétate de fer à la couperose, etc., parce que l'acide acétique abandonne l'alumine et l'oxyde de fer avec une telle facilité, qu'une simple élévation de température suffit pour que l'isolement de l'acide et de ces deux bases puisse s'opérer.

Avant cette substitution de l'acétate, on ne se servait que de Talun ; mais, sans en connaître le vrai motif, tous les teinturiers donnaient la préférence à Vaîun de Romey qu'ils regardaient comme le plus pur. On sait, aujourd'hui, que cette -préférence est fondée sur ce fait que cet alun est plus riche en alumine que tous les autres, puisqu'il est repré-

(I) L'alun potassique semble, pour quelques usages délicats dé la teinture, devoir être préféré à l'alun ammoniacal, rendu toujours un peu plus acide par rébullitioii.

sente dans sa composition par de Taluo ordinaire anhydre combiné à 2 équivalents d'hydrate d'alumine. Or, quand on plonge un tissu dans la solution presque bouillante de cet alun basique, les 2 équivalents d'hydrate d'alumine se séparent et se fixent aux fibres textiles, ou plutôt il se précipite sur celles-ci un suirate tri-aluminique qui est le mordant le plus énergique que Ton connaisse.

On remplace très-bien Valun de Rome par Talun ordinaire neutralisé par 2 à 3 centièmes de carbonate de soude, ce qui l'amène, au môme état que l'alun cubique. Tout ceci a lieu pour la teinture du coton, car, pour celle de la laine et de la soie, on emploie l'alun ordinaire tel quel.

MvrdaB^age, — L'application des mordants ne se fait pas toujours de la môme manière.

Tantôt on fait digérer le tissu, à une température var'able, dans la solution du sel ou du mordant; puis, lorsque l'éloffe en est bien imprégnée, on la débarrasse par des lavagfs de la portion qui n'est pas combinée, et on teint ensuite. C'est presque toujours ainsi que l'on opère pour la teinture du coton et autres tissus ligneux.

Tantôt on môle le mordant à la dissolution de la matière colorante, lorsque, toutefois, ils ne sont pas de nature à se précipiter mutuellement et instantanément, et dans ce mélange on plonge les étoffes qui enlèvent au bain des proportions déterminées du mordant et du principe colorant. On agit ainsi, le plus habituellement, pour la teinture des tissus animaux et surtout de la laine.

* Tantôt enfin, pour ces mômes tissus, on plonge dans un bain mixte de mordant et de couleur le tissu déjà mordancé.

La quantité de mordant dont un tissu se charge est en raison directe de la concentration de la solution du premier; et, par une conséquence naturelle, la quantité de matière colorante fixée sur ce tissu est d'autant plus grande que le mordant aura été plus concentré. Les teinturiers tirent parti de ce fait pour obtenir des nuances plus ou moins foncées avec la mOme substance tinctoriale. Ainsi, au moyen de l'alun ou de l'acétate d'alumine plus ou moins concentré et de garance, ils produisent toutes les nuances, depuis le rouge le plus foncé jusqu'au rouge le plus faible; avec les mordants ferrugineux et la môme racine, ils teignent depuis le noir jusqu'au lilas.

Lemordançage des laines s'effectue à la température de Tébullition. Voilà pourquoi les teinturiers appellent bouillon le fil ou l'étoffe qui a reçu le mordant, et aussi l'opération qui le lui donne.

On mordancé les soies à la température ordinaire, tandis que pour le coton, le chanvre et le lin, on opère à une température comprise entre + 35 et 40«.

Les appareils employés pour procéder au mordançage varient sui-

TElHTUnE PAR IMMERSION. 443

Tant qu'on travaille iuf dei flocans, des tils ou des [iuu>, et auui en i-aiion de la oatare propre de* flbre* lexliles.

A. Sordançage da fil*. — Ou agit de la manière Buivante pour les Dbrcs ligneuiei : dans un atelier ffig. IS33) W IrouTeut eoculrécs dans

Jïy. liJÎ. — Alulier de oionljDîtgf .

une maçonnerie à hauteur d'appui dea jarret de lerre A, A, A, dans lesquelles on met le mordant, el des terrines B, B, tl', dans lesquelles on passe tes échev eaux oumateaux. Six A sept lilres de mordant Étant introduits dans les terrines, l'ouvrier j plonge avec les mains C un ou plusieurs écheveaux abreuvés d'eau, c'est-à-dire également imprégnés de ce liquide, les roule au sein du mordant D,en les pressant à plusieurs reprises contre le Tond et les parois du vase et les loume entre les mains. Jusqu'à ce qu'il Juge que le mordant les a bien pénâtrés ; il les enlève alors, el les exprime fortement E en les tordant sur une che- TÎtleren Tonna dacornedebixurO,0,0, fixée dans un poteau au-dessus de la terrine dans laquelle retombe l'excès du liquide. II répèle plusieurs fois l'immersion dam le. bain el l'eipression à la cbcville, Jufqu'd ce que le mordançage soit terminé ', des femmes éventent, ouvrent ou fHtent les écheveaux sur une table [M, H) ; on tes porte ensuite & sécher.

Chei H. Uvelllé, de Ronen, on «e sert, depali IMS, soit pour pisser les fils dins les ba|DB de mordant, soit pour dégurger iprès la mordançage, d'une machine de l'inveDlioii ds H. Préiiniire, de Harleoi, et qn'on appelle machim àpouer ou à dégorger. On l'établit au-dessus da petite bassins lorsqu'on veut passer les psntes dans des bains gras, des bsins de galle ou les dissolutions de mordants ; on la monte sur le bord postérieur d'un pont au'deasus d'un cours d'OBu, dsns le cas oi. il s'agit simplement de dégorger les pantes la sortir des

Elle consiste eHaniiellemeDt {fig. 1134} en deax paires d« eyliaditi h»

(aui en boia a, b, d« O^iSn ds longueur lur Oo.IS de dUmèlre ; an biti d« ronts reçoit celte double paire de cylindres et laors acceitoirei, ce qui fonne dem macliincB aymétriques ou jumelle». L«i cylindres inKrieara ont une de l«Drs extrémités entièrement libre, peur pouToir piscer sur eux les putes da

Fig. 1!I(. — Xictaiiw k pMMar aa k d^gargtr.

coton e; Us Miiit porté* par de« OOÔutneti at pounuidg pignons qui engrineul dini coui qoe portent les cylindres' supérieur* mobiles. Ceut-ci peuTeat Ëtra abaissés sur les cylindres iurérieurs, au moyen d'un dâclanchement dd qu'on fait Jouer ft la main pour lu machùii à dégorger, avec le pied pour la machine à

La simple poids de^ cylindrea supérieurs sumt, dans la premiÈre, pour eipulser le liquide contenu dans les pantes, et commo les cylindres inrérlean sont placés h peu de diatsiice de la surrace de l'eau, de telle manière que les pantei miaea sur ces cylindres ircnipent d.ins h riviiTc d'un ticrj de leur liauteur, il en résulte que le dégsireeagc s'opire trts- rapidement et d'une maniire complète.

Dana la machine à paiter, on diminua !i volonté la pression, au moyen d'an levier h poids qui eiûrcu son action sur les cylindres aujK'riours. Lorsque le baia doit èlre cliaud pend^un le monJaiitagc, un fait circuler de la vapeur dans un serpentin de plomb placé au Tund des bassins m, m. L'n luyau !i robinot, disposé sur l'un des cfliés ci au-dessous des cylindres prcsscurs, permet du renotiveler le mordant sans que l'ouvrier ait besoin do le déranger.

Un seul ouvrier siifat pour ronduire une macliitic Jumelle à dégorger qui Iftve avec une rare perfection ISO kil. de coton dans l'espace deSS & CO minutes; c'est le travail ordinaire de 6 liommcs pendant une heure et demie. Chaque dégorgeuse coûte !Î5 fr. — Deux hommes manipulent, avec la machine à passer, en moins de deux lieures, 300 kil. dans les bains gnta ou iea autres mordants ; elle coftte GOO francs avec tousses accessoires. Indépendamment de l'accélération qu'elle procure dans le travail, elle permet d'économiser 10 & 2b p. lOD d'/iuile tournanle dans les apprêts du coton pour le roiigo des Indes ; celte économie provient do la régularité avec laquelle le bain est présenté au coton, et de l'uniformité de combinaison do l'huile avec toutes les parties du fll. Il est certain, en outre, que les nuances sont beaucoup plus nourries, plus vives, plus unies, depuis l'emploi de cette machine pour tous les apprêts qui précèdent lo gnran- CBge. Elle a, toutefois, l'inconvénient de retirer la rondeur au Ql, en l'aplatis-

Pour le mordançage des soies, on met le mordant dans un vase rectangulaire en bois, nomma barque {fig. liZ'i], el on ; plonge les éche-

Teaus cordas les um sur lei autres, en ayant soio que les maleaux soient bien étendus. Après dix à douze heures d'immersion, on les lève, (» les tord à la main ou à la cbetîlle. Le mordancasé des tits de laine s'effectue dans une chaudière ren-

Hg, lias. ~ Btrqat pour It mordln;»^ df

fermant toute la quantité de mordant nécessaire. On passe au centre des oaaleaux de longs bSlons nommés lisoirs {fig. 1336), qui peuvent

Fig. ItlS. — UardiDçage de 1> laioc en richaieiix.

s'appuyer par les deux extrémités sur les bords do la chaudière. On porte peu & peu le mordant à l'ébullition ; avec la main on tourne les fils snr les Usoirs, de manière b Immerger lUCcessiTemont toutes les parties des échsTeaux, et, après plusieurs /ttes, le liquide étant toujours au bouOIoD, m enlèT* lit Utoln M dq laine tomber dans la

44fj SOIZANTE-OKZIËUE LEÇON,

chaudière lous lei écbeveaus réunli préalablement par une corde. AprÈB deux heure* de bouillon, on cetse le feu, et dix ou douze heures plut lard on les retire de la chaudière ; on laiue égoutter, puU on dépoïc lei fils dant un endroit fireii-Avantla mise en couleur, on lave; quelquefoii cependant on se dispense de ce dernier smn.

B. Storiançage des tisiot. — Lei toiles de coton, de chanvre et de lin soat mordancéei au mo^en d'un foulard identique h celui qui sert pour l'apprâtdes toilet {fig. 1937).

Il est donc inutile d'en donner de nouveau l.-i description. La nuuiœu* vre est absolument la mâme. L'opération est connue dans les ateliers sous lenom de foulardage.

Pour les tissus de laine, on fait usage d'un four, trinquet ou toumelte (fig. I!38), dont les deux exirëmitës reposent sur des pieds de Ter fix4!s

F-g. IIJT. — Foulard pi

le mordanfigs Aa li

Fig. lias. — Xorduçigc dci U

sur les bords de la cuve carrée à mordant. On enroule sur 1c tour ua bout de la pièce, et on le reieani mouvoir rapidement, il se charge du reste du tissu qui plonge dans le baio. A sa sortie du liquide, un

ouvrier, armé d'un bâton, l'élend sur le tour dam toute b& largeur. Par un mouvement de rotalion coatroire, 1& partie de la pièce qui a d'abord él6 plougée la première, l'est la dernière é la seconde immeraion, en «orle que, par celte manœuvre, le mordaucage est auisi égal que poinble. On continue cet mampulalioni pendant un temps

Flg. 113*. — 3*D(oirOD lUgorgtBU.

suffisaul. On porte ensuite à la rivlËre, et, pour bien enlever le.mordaot non combiné, on passe les pièces à la dégorgmse [fig. 123S) ou dans le dask-wheel {/Ig. 1240). C. Mordançage de la laine en toison. — Aprè« l'avoir bien abreuvée

d eau, on la Jette en vrague dans une chaudière contenant le mordant déjà chaud. Des ouvriers, munisdelongscrochets, l'agitent de manii^re à ramener i la surface celle qui le trouvait au fond du bain ; cette manœuvre dure de 30 ù 43 minutes ; on l'appelle une renverse ; il en faut souvent quatre, pour que la laine soit unifonnément imprégnée démordant. On ne la retire du bain qu'après 12 à In heures. On la fait égouller sur un bord au-dessus de la chaudière, puis on la lave à la rivière, en la mettant dans des paniers métalliques & largM maiU

dont le fond est gardi de trous. Deux ouvriers la remuent avec des bâtons, tantôt de droite à gauche, tantôt de gauche à droite. Chaque fois qu'ils changent le sens du mouvement qu'ils impriment à leurs bâtons, on dit qu'ils donnent au bouillon un demi-tour.

J'abandonne les mordants ; dans la prochaine leçon, Je vous parlerai des bains de teinture.

DES MATIÈRES TINCTORIALES (suite).

Sommaire. — Des bains de teinture. — Chauffage h la vapeur. — Nettoyage des tissus teints. — Classification des couleurs. — Moyens pratiques de produire les couleurs. — Exemples de la teinture en bleu. — Des cuves d'indigo. — Exemples de la teinture en rouge, en jaune^ en noir et en vert.

2. Batnfl de teinture. — On dontie ce nom aux dissolutions de matières colorantes dans lesquelles on plonge les objets à teindre. La manière de les préparer dépend de la nature des substances tinctoriales.

Quand celles-ci cèdent facilement leurs principes à Teau, on fait agir sur elles ce liquide froid, et le plus souvent bouillant. Toutes choses égales d'ailleurs, Teau se charge d'autant plus rapidement des matières solubles, que les substances à épuiser sont plus divisées; aussi les emploie-t-on toujours en brins, en copeaux, en poudre plus ou moins fine.

Habituellement les bois réduits en copeaux sont renfermés dans des sacs de toile d'un tissu lâche, et après une heure et demie à deux heures d'ébullition, on les retire de la chaudière.

C'est surtout lorsque les matières colorantes sont peu solubles qu'on fait usage des poudres, et, dans ce cas, on les laisse dans le bain avec l'étofTe pendant toute la durée de l'opération, afin que le liquide en dissolve de nouveau à mesure' qu'il en cède aux fibres textiles. On agit ainsi avec la garance, le santal, etc.

L'emploi des poudres s'est généralisé^ car elles ont introduit dans les opérations de teinture une grande économie de temps, de matière, de combustible et de main-d'œuvre. Les poudres sont toujours préférables aux copeaux ou aux effilures, parce qu'en raison de la forme de leurs particules, elles peuvent se détacher facilement, par le lavage, de la laine et autres tissus sur lesquels elles se déposent : c'est là un très-grand avantage, puisqu'il devient possible alors de teindre directement dans le bain môme où se trouve la substance tinctoriale ; on ne le pourrait pas avec les bois triturés ou effilochés, leurs fibres

s'enchevêtrant daos la laine ou s'engageant dans les tissus de manière à résister aux lavages les plus prolongés.

Quand il faut opérer avec des bains Irès-cbargés de principes colo* rants, ou, comme on le dit, trésHiùnceniréSj on se sert avec avantage, tant sous le rapport de Téconomie que sous celui de la promptitude et de la commodité, des décoctions sirupeuses et des extraits secs que des fabriques spéciales, ainsi que je vous l'ai dit à l'occasion des bois tinctoriaux, livrent actuellement au commerce en grandes quantités. '

Pour les matières oolorantes insolubles, on a recours à l'emploi d'agents intermédiaires, appropriés à la nature de la substance qu'il s'agit de traiter. Ainsi, on se sert d'alcool pour dissoudre le principe colorant de Torcanette, de l'esprit de bois pour dissoudre les diverses couleurs dérivées de l'aniline, d'alcalis faibles pour préparer les bains de carthame et de rocou, d'alcalis et de corps désoxygéuants pour monter les cuves d'indigo, ou d'acide sulfurique concentré pour dissoudre la môme matière colorante, aussi bien que celle de la laque et de la lac-dye.

La température à laquelle on teint les tissus varie, non-seulement suivant leur nature, mais encore suivant celle du principe colorant. On teint à froid quand les couleurs sont aisément altérées par la chaleur, comme lé' rouge de carthame, ou lorsqu'elles ont une grande arfinilé pour les tissus: tel est le cas de l'indigo, de l'acide picrique' des matières colorantes artificielles, etc. Mais plus généralement on teint à chaud : pour les laines à + 100<>, pour les autres étoffés à -{- 75% et môme, plus habitucllemenr, entre 4- 35<> et 40<». Ajine température plus élevée, une partie des mordants pourrait abandonner les fibres textiles pour se dissoudre dans le baiu, ce qui rendrait la nuance moins unie et moins belle. Pour les couleurs bon teint, on monte souvent Jusqu'à l'ébullition, vers la fin des opérations, afin d'utiliser toute la matière colorante*

On chauffe les bains de teinture, soit direcement avec un fourneau ordinaire sur lequelrepose lachaudière de cuivre, soit au moyen de la vapeur d'eau qu'on ISût arriver dans des cuves en bois nu ou recouvert d'une feuille mince d'étain. Le plus ordinairement, dans ce dernier cas, la vapeur est amenée, au fond de la cuve A (flg. 1241) par un tube vertical EF, ouvert par le bas, et communiquant, par sa partie supérieure, gar. GisAnDiN. — IV. 29

Fig» 1241. — Bain de teinture ebtttffé par la vapeur.

450 SOIXÂNTE-DOUZIÈMB LBÇON.

nie d'un robinet a, avec le tube B d'un générateur. Mais pour éviter le bruit que les condensations subites de la vapeur occasionnent, on place au fond de la cuve un tube de cuivre GGE (fig. 1242),

contourné suivant la forme des appa^ reils, et dont les parties latérales sont percées d'un grand nombre de petits trotts par lesquels s'échappe la vapeur, n y a toujours avantage à faire usage de ce dernier mode de chauffage, loi-squ'on a un certain nombre de bains à faire marcher ensemble et pendant un temps déterminé, comme, par exemple,

Ftg. i24î. - serpentia méuiiique P^"' ^^ garançage des toilcs. Il est im- . receTant la Tapeur. portant, dans ce cas, quo la vapeur soit

également répartie dans toute la masse du bain, afin que la substance tinctoriale soit toujours en présence de nouvelles couches de liquide, et qu'elle abandonne ainsi toutes ses parties solubles.

Si la proportion d'eau dans le bain de teinture peut être augmentée sans inconvénients, le chauffage à la vapeur directe est plus simple et plus économique. Mais si le bain doit rester à un degré de concen-i tration donné, on a recours au chauffage par double fond ou par serpentin, ainsi qu'on le fait pour la cuisson du sucre.

Dans tout atelier un peu important, le chauffage à la vapeur procure une économie de combustible, et, dans tous les cas, le travail devient plus facile ; car si le bain peut être promptement porté à la température nécessaire, il n'est pas moins aisé de l'y maintenir et de suspendre complètement l'action de la chaleur.

L'introduction du chauffage à la vapeur dans les ateliers de teinture et d'indiennes de France remonte à 1811, et a élé importé d'Angleterre à Dornach, près de Mulhouse, dans la maison Velter, Thierry et Grosmann, d'après M. Dollfus-Ausset. Mais c'est surtout à partir de 1820 que ce mode de chauffage se généralisa, grâce aux efforts de l'habile industriel que Je viens de nommer.

En général, les matières textiles en fils ou en flocons se teignent plus facilement et prennent plus de couleur dans les bains de teinture que lorsqu'elles sont conveities en toile ou en étoffe au moyen du tissage. Ainsi, la laine en flocons se teint mieux que la laine filée ; celle qui est filée, mieux que celle qui est tissée. On admet que la première prend i /4 en sus, et la seconde 1/5 de plus de matière colorante que la laine en pièces ou en drap. 11 en est à peu près de môme pour la soie, le coton, le chanvre et le lin. Vous concevez facilement, .Messieurs, qu'en raison de la cohésion des fibres des matières tissées, la couleur ne se fixe que sur leurs surfaces, ne pénètre pas ou presque pas dans l'intérieur, et qu'il est d'ailleurs plus difficile d'obtenir des nuances

égales. Ck>upes an drap avec des ciseaux, et vous verrez que Tinlérieur est blanc ou d'une nuance beaucoup plus faible. On dit alors que le drap iranchef ^i c'est une preuve incontestable qu'il a été teint en pièces.

11 est donc préférable de teindre en fils ou en flocons. Toutefois, la teinture, dans ce cas, est plus cbère, et il n'est pas toujours possible de l'employer^ parce que certaines couleurs sont altérées par les manipulations de la filature et du tissage, et surtout, quand il s'agit de la laine, par l'action du foulon.

11 est indispensable, pour obtenir des nuances unies, de renouveler souvent les surfaces de contact, et de tenir plongées pendant le môme temps^ dans les bains de teinture, les différentes parties des matières à teindre. Vous avez vu, à propos du mordançage, quels appareils sont mis en usage et quelles manipulations, minutieuses souvent, doivent être mises en pratique. Pour le travail dans lès bains de teinture, on redouble de soins et de précautions, autrement les couleurs s'appliquent inégalement, etil en résulte des nuances bringée$^ comme l'on dit en termes techniques.

A-t-on aflSûre à de la laine en flocons, on la remue au crochet longtemps et à diverses reprises ; on répète les renverses cinq ou six fois. Les fils sont lUé$ Jusqu'à ce que la nuance paraisse unie ; enfin, les tissus de coton et de laine, c'est-à-dire le calicot et le drap, sont travaillés sur le tour avec la pi*écaution de changer continuellement le sens du mouvement rotatoire, afin de faire rentrer tout de suite dans le bain l'extrémité de la pièce qui, au premier tour, était entrée la dernière. On donne le nom de passe à chaque passage successif de la môme pièce ou du môme écheveau dans le bain.

Je crois devoir vous faire connaître un appareil fort ingénieux, qui a été imaginé par un teinturier de la Corneille (Orne), M. F. Desliayes, pour opérer mécaniquemcntlateintureenéchevcaux.Voicienquoi il consiste:

Une caisse rectangulaire, en bois, en briqacs ou en métal contient le liquide colorant ; il peut être chauffé directement ou par une circulation de vapeur placée dans le fond de la caisse. Dans cette caisse descend k volonté^ par le moyen d'un système de crémaillères^ un châssis qui reçoit dans une position transversale les bâtons sur lesquels on passe les écheveaux. Une chaîne de Vaucanson rencontrant les roues dentées que ces bâtons portent à leur extrémité les entraîne dans un mouvement de rotation continue circulaire, qui remplace le lisage à la main.

Deux bâtons voisins reçoivent un mouvement en sens inverse pour éviter que les écheveaux ne s'arrêtent et ne se mêlent pendant le travail. Lorsque les écheveaux sont mis en place et les lisoirs fixés sur les tourillons réservés sur le châssis, on abat au moyen des crémaillères, et on mène plus ou moins vivement suivant la nature de la nuance que l'on veut avoir, au moyen d'une manivelle qui commande les deux chaînes de Vaucanson.

Quand l'immersion est suffisante, on relève le châssis, on la'sse égoutter, puis on procède à l'essorage.

A cet effet, la partie postérieure de l'appareil porte un bâti dans lequel sont engagés deux cylindres, l'un en bois, l'autre en caoutchouc, qui frottent l'un sur l'autre en vertu d'une pression qu'on règle Si volonté. Le cylindre inféH*""

^M porte une eontncnirc dani laquelle oii engige «ucceïBivement cliacun des biions

^1 cli*rg<! (le iea éclievuam; par la rotitiaii de» deux cylindres les flls sont com

^1 primés, et l'excédant du liquide le rend dans une rigole qni le ninènc au bnin

H de tcinliire uns aucune perte. Après s'être dégagés des cylindres, las éciia-

^B veiui restent disposés pour receroir une noavelto passe. On répète les opéra-

^B lions de l'immersion, du lisage et de IVsiortge sans remaaiement, autant as |

^Ê fols qu'on le Juge nénflssairo pour airiver ï l'éclisntillùnuage défliùtif. ^B La figure I3i3 représente ci?i appareil, DB, clilasis mobile qui descend d,

a. — ifiplRll d( Det

Pure A ; les tlsoirs C, C supportent les ectioveaui; ils portent l'un une rosettv, l'autre nue tige unlei D, D, créai ai llËres qui, au moyen de la roue E, font monter le cLlssis ; F, cylindre de l'essoreuse; G, levier, qui. aiec le poida, règlA la pression pour clia«ser le liquide des Bis dans le réservoir 11, en agissant sur le cylindre supérieur I ; K. maaivelio qui met en mouvement les crémaillères; 1 , ressort qui soulève les cliquets H, M quand ou veut, en mcllaDt le pied suri* bras de levier 0, faire descendre le cfaissïs par son propre poids. N, arnuluFe de Ter sur laquelle glisse le lisoire, après qu'il se.dégage du cylindre, lorsque 1m éclieveaui qu'il porte ont été easoréï suFtlsiiiiiniËiit.

La Boullaye-Mariilar, anden directeur des Gobelins, a indiqué un moyen pour teindre les pièces jusqu'au centre. C'est de les faire p&sser cuire deux cylindres placés au Tond de la cbauditTe el qtiV*D peut rapprocher & volonté. Le drap, rortctuenl comprimé paf eux, se dè- IrarrAsse du liquide qui l'imprfgoe, se saltire du bain coloré et arriva plus promptemeni au Ion de nuance désirée, en même lemps que couleur pénétre plus prorondémeui.

va^

Le ton de couleur d'une étoffé ou de fils mouillés parait plus foncé qu'il ne Test réellement ; ausd^ lors^'on doit amener ces objets à un ton déterminé, on commettrait une grande erreur si Ton se contentait de comparer l'objet mouillé avec le modèle. Pour rapprocher autant que possible les objets à comparer, on tord avec force une partie de l'échantillon mouillé, qui offre alors, à très-peu près, le ton réel.

Quand on ajoute dans un bain une nouvelle quantité d'ingrédients pour remplacer ceux qui ont été enlevés par les premières passes, on dit qu'on lui donne un brevet ou une regreffe. On le paUie^ lorsqu'on le remue avec un rdôfepour le rendre homogène ou pour mettre en suspension les parties solides qu-'il renferme.

Souvent on donne une première couleur à un tissu qui doit en recevoir une seconde par-dessus ; c'est ce qu'on appelle donner un pied. Ainsi, dans la teinture en noir bon teint sur laine, on donne un pied de bleu de ciive ; il en est de môme pour les nuances de bronze, d'olive bon teint, pour celles qui portent les noms de bleu national ou bleu Nemours, de bleu turc, ou de bleu avivé. On donne souvent encore un pied de rocou, de campêche, de santal ou de garance à certaines nuances de bleu de cuve.

Quelquefois, après la teinture, on passe le tissu teint dans un bain de matière colorante tout autre, qui a pour effet de rehausser la première couleur. On agit ainsi dans l'intention d'économiser sur la première teinture en employant pour second bain des matières bien moins chères et qui montent ainsi, avec économie pour le teintmiefi la nuance au ton voulu. C'est alors ce qu'on appelle des coukun remoniéee. Ainsi on remonte :

Le rouge d'Andrinople, le rouge de garance avec le rocou et le bois de Brésil ; le bleu d'indigo, avec le campéche et le santal ; les paliacats ou violets de garance, avec le campéche et l'alun.

3. RTetioyair^dMtlMVfl tetnU. — Après la teinture^ on débarrasse par des lavages à l'eau firoide les étoffes qui retiennent toujours du liquide du bain ou des matières ligneuses. Cette opération s'effectue à la main, dans un courant d'eau ou à l'aide des appareils dont on fidt usage pour le dégorgeage des fils et tissus blanchis ou mordancée. H est iuperfla de vous en parler de nouveau.

Mais Je vous signalerai deux machines fort intéressantes, employées chei M. Léveillé, de Rouen, pour le nettoyage des filés sortant dç la teinture.

L'une nommée dégorgeuse à excentrique^ est de l'invention de M. Prévinairs, de Harlem. Elle est représentée par la figure 12 U.

Elle consiste en un cylindre horixontal, en bois, à claire-voie, d'environ 0n,85 de longueur et 0*,25 de diamètre, dont l'axe de mouvement (arbre de fer) est pandlèle, mais ne se confond pas avec l'axe de figure ; il en résulte que ce cylindre sautille au Ueu de tourner sur lui-même. Les pantes de fils placées dessus* et qiii trempent en même temps dans le cours d'eau sur lequel est montée la

TEINTDRE PAR IMMERSION, 4S5

traMTentle DD. Due bielle E, mue k bras d'homme on pu no motear bydna* liquB, on pir li TipBor, imprime h l'enMmble def rouleam an moavement da va-tt-vitnl. Des tigei F, F soutiennent la mécanisme principal DD, BB, et contribuent, avec 1h tige iaclinée II, retenus i, cbicune de lat eitrémitéi ptr ane charnière, à régler lo moaTement de va-et-vitnt et k en limiter J'étendae,

n Tétalte da ces deux moavement» combinés de ri^ation et de «a-et-vitnt, qualea Jcbareani, plongeant k moitié dana l'eau, lont IsTés avec régularité. Chaque roalean peut reeeTolr |ueqo1i t kU. de coton (poids sec). Doe machine b ^i ronleani, serfie par deai bommes, lava 40iXI kll. de coton par joar, on Mt le trarail de douzfl k qnatone ouvriers.

La laveuse de Rickly oiTre donc une grande économie de maia-d'cenTre et ane plDS grande perfection dans le nelto^ge, aartout poar les cotons mordsncés, et les garances en rouge d'AndrînopIe, qui ont besoin de lavages énergiques. Elle est en tisage dans tous les établissements de la Suisse.

4. litekace 4M thwna telata. — Le séchage des objets teints t'eîfeclueordinaîrement à l'air libre, plus raremenl dans des étnves ouiécboirs ; mais il est utile auparavant d'en extraire le plus d'eau poHibla, afin de hfller la dessiccation; c'est ce qu'on appelle enorer, Od se sert pour cela des diverses machines dont ]e tous ai parlé b propos du blanchiment, et on termine la dessiccation le plus ordinairement à l'air libre, Boit, quand il s'agit des cotons et des laines en ëcheveaux sur les barres d'uoélendage {fig. 12t6), établi dans une cour bien aérée, îoit,

quand ce sont des piices, dans l'élendoir ci-contre Ifig. 12i7). Dans tous les cas, c'est à l'ombre qu'où sèche les tissus teints en Quances délicates. On a souvent aussi recours aux étuvesou séchoirs àair chaud ou à vapeur.

Dans les grandes teintureries, telles que celles de UH. Gninon, Harnac et Bonnet de Lvon, on ne cheville pas les soies teintes à la main ; on *e sert de l'ingénieuse machine inventée par HM. Lyonnet et Prenat, de Saint-Etienne. KUe se compose d'un pilier Bxe, garni de chevilles d'acier surmontant des crochets mobiles sur pivot ; on passe les mateaux de soie par l'extrémité supérieure autour de la cheville, par l'extrémité inféiieure autour du crochet ; un mouvement de va-el-vienl, faisant tourner celui-ci, tord la soie (antot dans un sens, tantôt dans

l'autre ; au moment dii changement de direction, la cheville lupérieure rail une demi-râvolution qui déplacé altemativemeal cha^e portion des flU et égaliia l'effet de la tonion.

C'est toujours i couvert qu'on sèche lei loiet dans une chambra bien aërée, qu'on peut transformer, k volonté, en étuve en hiver et dans les temps humides {fig. 1248). Pour y suspendre les écheveaux, oo bit usage d'un chftssis rectangulaire, nommé branloire, sur lequel on établit des perches qui trarersent les pantei. Ce cadre est soutenu en l'air par des crampons de fer mobiles de manière ft pouvoir prendra le mouvemenl d'une balançoire. On l'élève à l'aide de cordes Jouant sur poulie Jusque près du plafond; el» pour accélérer la dessiccation, unouvrier l'agite continuellement au moyen d'une corde suffisamment longue.

Le séchage des soies doit élrc aussi rapide que possible, caria moindre humidité qui séjourne plus longtemps dans une partie d'un écbeveau que dans une autre le lache sdns remède. Le bleu de cuve est la

Fis. 1*"- — ÉlïiJ'

couleur la plus sujette ùcel ioconvénienl; une goutte d'eau qui tombe sur une pante de soie teinte en indigo y fait une tache irréparable.

Une fois le léchage opéré, les élotfes en pièces, de quelque nature qu'elles soient, sont soumises au calandragc, puis à l'action de Tories presses. C'est ordinairement dans des ateliers spéciaux qu'on donne l'apprèl destiné à faire valoir les couleurs el â en rehausser l'éclal.

TEINTUHE PAR IMMERSION.

Après ces gfinéralilés, il me resleraîl à vous e\poser, Messieurs, les procédés parliculicra à l'aîdc desquels on Fommunique au\ fibres lextiles les dirrërenles nuances et les yariélËs de chaque nuance qu'il est possible Ae créer par l'emploi raisonné des substances lincloriales et des mordants. Hais le nombre des couleurs tant simples que composées qu'on peut ainsi produire étant inflni, il me serait impossible de tous Ins indiquer dans le court espace de temps dont je puis disposer.

Au reste, ca serait une énumération trop fastidieuse, puisque tout se réduirait à \ous présenter des recet les qu'on ne pourrait exécuter sous vos jeux, car il esl très-dirficile de bien opérer en petil, pendant la durée d'une leçon. Un cours raisonné de teinture doit se bornera faire comprendre les principes, à rattacher l'immensilé des détails ii quelques règles générales, et i montrer le rôle et l'influence de la science de manière à donner le désii* de l'acquérir. C'est ensuite dans

itoEiv pûiu i^Lcr

les ateliers qu'on peut apprendre la connaissance parraitc des manipulations et devenir un bon opérateur. Je me bornerai donc à décrire quelques opérations de teinture, afin de tous donner une idée de b manière dont on arrive & revêtir le cotnn, la laine ou la soie de couleur BoUdee au, au moins, vives et brillantes.

nMiiacBtlon de* coulenra. — Mais, tout d'abord, je vous dirai que dans l'art du teinturier on distinguo deux classes principales de couleurs: les simpte ou /■rimiïites, et. le» cowpoifes. Les premières sont ; le bleu, le rouge, \e jaune, ]a fauve cl le noir. Les secondes résultent des couleurs simplet, que l'on associe une ik une, ou une à deux, etc. Ainsi i

À. Le mélange du rouge et du bleu donne le pourpre, le violet, lo filas, la pensée, Ynmnranle, la pTune-de-lUonstctcr, le paliacat, la gorge-4^ pigeon, tel maaivts et peui-s-iît-péchcr , la gifollôe, el un grand nombre d'antres nuances qui df^pendenl de la proportion des ingrédients, des différentes sortes de bleu et de rouge que l'on combine, dû la prédominance du bleu sur le rouge, ou du rouge sur le bleu ;

B. Par le mélange du rouge et du jaune, on obtient : l'aurore, VorangÉ, le souci, le carmélite, la brigtte, la capucine, le coquelicot, les couleurs de bicke, de /"eu, de grmode, de cassie, etc. ;

C. Le mélange du jaune et du bleu produit les veris Aa toutes les nuances, depuis le plus tendre jusqu'au plus ioncê. Le nombre en est considérable ; voici les principaux ; Vert naissant, vert-gai, nerf d^htrbe, vert-priiit^mps, vert de laurier, vert malequin, vert de mer, vert céladon, vert de perroquet, vert de eliou, verl-pomme, veit-pistacke, verlbouteilte, vert-cawird, etc. ;

D. Enfin le Jaune et le grie, qui n'csl qu'un dérivé du noir, procurent les olives de toutes nuances.

On distingue encore les couleurs en framthes et en rabattues.

LespremifïresEûnIlo bleu, le rouge et Je jaune, ainsi que leurs mélanges binaires, tels que le violet, le vert et l'orangé.

Les secondes, dilea niisei couleurs rompues, grises ou ternes, et plus simplement bnmitures, ne sont autre chose que les couleurs franche* dont on a diminué l'éclat par te mélange du noir, depuis le ton le plas clair jusqu'au Ion lo plus foncé. On obtient de la sorte les nuances connues sous les noms de café, pruneau, marron, couleur de Roi, cannelle, mordoré, puce, broni', savoyard, tète de nègre, etc.

On fait ordinairement les hrunitures en passant, après la teinture, dans un bain Tormé de couperose, de campéche, de noix de galle et de sumac. Mais ces couleurs ne sont pas solides, et l'on arrive à de meilleurs résultais en rabattant :

Le i-ouge a

ïCC au j.iiinc el

, du bleu (

)u avec du vie

L'orangé ai

Lo jaune a'

tec du rouge ei

t du bleu 0

u du violet,

La vert avi

îcilu rouge,

Le bleu av<

Jumigeoi

j de l'orangé,

Le violet a>

'ec du jaune.

en ajoutant, d'ailleurs, d'autant plus delà couleur destinée â produire la bruniture que l'on veut rabattre davantage la couleur simple ou la couleur franche.

HOYENS PRATIOrES DE PROOUlItE LES COULBOBS.

i'indiquerai mainlenani, d'une manière succincte, comment l'oik produit les principales couleurs Trancbes dans les oleliers.

TËlNTUnii: PAR IMMERSION. 459

I. Tetntare en bleu. — On obtient le 6/ett avec l'indigo, le bleu de Prusse/le campôcbe uni à Toxyde de cuivre, les dérivés colorés de la rosaniline et de la toluidine. Mai» de ces diverses substances, la première est la seule qui fournisse des bleus solides.

1<* L'indigo ne peut se dissoudre que dans deux véhicules : les alcalis, en perdant sa couleur, et, suivant l'opinion la plus générale, en se désoxygénant ; Tacide sulfurique concentré, en la conservant.

La teinture obtenue par le premier moyen est connue sous le nom de bleu de cuve; l'autre s'appelle bleu de Saxe ou bleu chimique. Celle-ci est peut-être plus vive, mais bien moins durable que l'autre, car l'indigo ne supporte pas impunément l'action d'un agent aussi énergique que l'acide sulfurique.

La teinture en bleu de cuve étant plus généralement employée et d'une haute importance, tant sous le rapport technique qu'au point de vue scientifique, j'entrerai dans quelques détails à cet égard.

A. Bleu de cuve. — Sous le nom de cuves d'indigo^ on désigne, vous le savez déjà, Messieurs, les bains dans lesquels on produit la transformation de l'indigotine bleue en indigotine blanche ou soluble. L'atelier où sont placées les cuves porte le nom de guesdre ou guéJrej et l'ouvrier qui les dirige s'appelle guédron.

Il y a plusieurs manières de monter les cuves d'indigo, autrement dit il y a plusieurs espèces de cuves qui sont appliquées chacune en particulier à tel ou tel genre de fabrication. Le teinturier fait usage des cuves au pastel^ à l' urine y à la potasse, des cuves allemandes et des cuves à la couperose.

10 La cuve au pastel est principalement en usage pour la teinture des laines en poil destinées à la confection des draps et des tissus légers pour rubans. On la monte avec 200 kilogr. de pastel en coques, 10 kilogr. de garance, tO kilogr. de potasse, 6 kilogr. de chaux, pour 8000 litres d'eau à + 80". On y ajoute quelquefois un peu de son et d'indigo. Dans cette cuve, l'indigotine bleue est réduite par les principes immédiats du pastel^ do la garance et du son ; l'indigotine blanche est dissoute par la potasse et la chaux, et, peut-être aussi, par un peu d'ammoniaque provenant de la fermentation du pastel.

2^ La cuve à Vurine n'est plus employée que dans de petits ateliers et quelques pays^ à Verviers, par exemple, pour la teinture de la laine qu'on destine & la confection des draps d'un bleu clair, des draps noirs et de couleur bronze bon teint. On la monte tantôt à froid, tantôt à chaud. C'est l'urine pourrie qui fournit tout à la fois et les principes organiques qui réduisent l'indigotine bleue, et rammonlaqae nécessaire pour dissoudre l'indigotine désoxygénée.

3* La cuoe à la potasse, dite aussi cuve d*lnde^ est spécialement destinée à teindre la laine et la soie. On la monte avec 8 kilogr. d'indigo, 12 kilogr. de potaaie, 8^,5M de too et autant de garance pour 2000 litres d'eau . On fait ehaolfer gndMOsMK^^ l'eau dans laquelle on a introduit la po-

tasse, ^.'^^^Ê^^^BÊUjÈÈj^^^k '^Hidigo broyé ; on achève do remplir la eafé'MMH^^^^^I^Ba >«H de son bord ; on pallie bien pen-

dant 1IM '' ^ fiût suffisamment de feu pour

entlNtêi** "^ après on pallie de nouveau,

et iiml t la cuve soit venue à bien,

460 SOIXANTE-DOUZIÈMG LEÇON.

c'est-à-dire qne le bain soit d'an jaune verditre et qu'il offre sa sorfaoe à des plaques cuiyi^es, des veines bleues et une écume ou fleurie d'un beau bien, ce qui arri?e ordinairement au bout de quarante-huit heures.

Dans cette sorte de cuve, les matières qui désoxygènent l'indigo sont la garance et le son ; l'indigotine blanche est tenue en dissolution par la polaaae

Gtoéralement, après vingt-cinq jours de travail et après qu'on a iatroénil dans la cuve de nouvelles quantités d'alcali et d'indigo pour faire ce qa'oe nomme des regreffes^ on est obligé de remonter complètement et à neuf celts sorte de cuve, par l'impossibilité de continuer un travail avanUgenx. Cela provient de ce que la potasse est^ pour ainsi dire, saturée par la matière grasse qui existait dans la laine et par celle qui provient de sa décomposition. Il en résulte une espèce de savon qui rend la potasse inhabile à dissoudre de noofel indigo réduit. Dans le bain qu'on jette, il y a une grande quantité de potasse d'un prix très-élevé, ce qui cause une perte considérable en argent, puisque la remontage a lieu au moins une fois par mois.

4* Aujourd'hui, dans les villes d'Elbeuf^ de Louviers^ de Sedan, on emploie une espèce de cuve, dite cwoe allemande^ qui présente les avantages de la précédente^ en faisant éviter presque toute perte de substances. Voici comment oa la monte :

Dans une chaudière placée sur son fourneau, on introduit 8500 litres d'eau, qu'on chauffe à -f- 55* : on y fait dissoudre 1 kilogr. de cristaux de soude et on y délaye 10 litres de son et 5 kilogr. d'indigo broyé ; on remue bien avec un r&ble. Douze heures plus tard la fermentation commente, de nombreuses buUet de gaz apparaissent quand on pallie^ le liquide est d'un bleu verditre, d'une odeur douce*de son aigri. On y ajoute I kilogr. de chaux éteinte; on pallie avec soin, on réchauffe un peu le bain, et on couvre la cuve. Douze heure après on ajoute une même dose de matières avec un peu de chaux, on pallie de nouveau, et ordinairement on peut, dès le lendemain, travailler sur la cuve, mais avec ménagement. Ce n'est que le troisième ou le quatrième jour qu'on ajoute 3 kilogr. de mélasse de betterave. Une fermentation trop vive est corrigée par une addition de chaux ; dans le cas contraire, on ajoute du son et de la mélasse. Chaque fois, après le travail de la journée, on introduit dans la cuve les mêmes substances dans les doses indiquées.

La cuve allemande peut servir deux années, sans perdre sa propriété de donner des couleurs vives et d'une grande solidité. C'est le son et la mélasse qui transforment l'indigo; l'indigotine blanche est tenue en dissolution par la soude. Un seul homme suffit pour chaque cuve.

Voici comment on opère, dans les cuves précédentes, la teinture des laines:

Le matin, on pallie bien la cuve ; deux heures plus tard^ on enlève l'écumo bleue ou fleurée qui est à la surface ; on y enfonce un panier formé d'un cadre ou cercle en bois garni d'un filet de cordes, mais de manière qu'il ne touche jamais le dépôt ou pâlée; il s'appuie par ses rebords sur ceux de la cuve. l.a laine en fil y est travaillée sur des lisoirs assez longs pour porter leurs extrémités sur les bords de la cuve. L'ouvrier prend un lisoir chargé ; il introduit les pantes dans le bain et les promène horizontalement pendant quelques minutes, en faisant tremper successivement toutes les parties des mateaux. Lorsque ceux-ci sont montés également en couleur, l'ouvrier les tord à la cheville et les immerge de nouveau, soit dans la môme cuve, soit dans des cuves de plus en plus fortes jusqu'à la nuance désirée.

La laine en flocons est jetée en vrac dans le panier, par mises de 30 kilogr. On l'y laisse séjourner pendant vingt minutes, en l'agitant sans cesse avec de longs b&tons; puis on la retire en fixant au panier une corde qui enroule sur un treuil placé perpendiculairement au-dessus des cuves. La figure 1249 montre une cuvi allemande avec son panier et ses agrès.

A, cuve en maçonnerie, enterrée aux deux tiers dans le sol ; elle a 2"*,4C diamètre et 3"|,^0 de hauteur; B, panier de i^^ZO de haut : il est attaché t

TEINTDRB PAR IMMERSION.

cordes qui B'anroutent lur la treuil C. quo 1« roae U met en mouvement. A c6lé de cette roue se troare une petite roae à engrenage munie d'un cnui de a&reté qui psrmet Kui Iiammn qui font monter le panier en tiruit lur lei corde* o, o, lie reprendre haleine. — Pour renveraer le pinier, on m wrt d'un cran de fer ■ppuyésur l'un dea cAtit.

Après régouttage, on renversa la laine sur le soi da guèdre ; on l'éventé bien en la secouant dtns l'air avec 1» nain. L'immer«ioo dut* le bain s'appelle palUemtnl. On répète celui-ci Jusqu'à ce que la nuança aoit asseï roocèe, le pins ordinairement sur la mtme cure, queîqueroia »ur une cuve qui a moins travaillé. Il 7 a toojoun dans le guèdre une cufs plus faible que les autres ; ello sert pour les nuances de bleu trèi-clair destinées à rester telles, ou à recevoir en cliaudière d*autreB cooleura.

Les drap* se teignent en les Taisant entrer ï la main dans le panier, puis en les maniant à l'aide de crochets émoussés et renouvelant ainsi les surTaeeR. Le palllement dure vingt-cinq minutes environ. On place sur la cuve un twrd, sur lequel on étend la pièce i mesure qu'elle sort du bain ; i l'aide d'un fort crochet

BU centre des plis et d'une cheville placée à l'autre eiirémité de la pièce, on tord fortement, on déroule, on évente et on recommence snr la même cuve autant de fois que le besoin s'en fait sentir.

Les matières, quand elles sortent de la cuve, sont d'un Jaune verdllre qui, ■a contact de l'air, diverdil 1res- rapidement, c'est-à-dire passe au bleu. Quand elles ont pris tout l'indigo qu'on veut leur donner, on les dégorge avec soin : leallls en lea lavant h la main, le* flocons en les lavant au panier avec des bUons, les dnpt en les faisant passer entre doux rouleaux sur lesquels tombe an fllet d'ean conUnn. Lea Oogom et les AI* destinés i. rester en bleu sont pIoDgéi duu da Itaa scUnlie knot la démmage k grande eau.

&■ L» cmbA fltUHtMtÊlÊÊÊÊÊà ""laa eiclusivement pour la tein

ton da*JHj<|ll^Hjj||^HJ|| lans les fabriques d'indien-

■•. Of •— ™"*"^^^^^^^^™ 4b lacbaut éteinte, dans

dei pn ou'on Veut nraduire,

Mtir

Cuve pour gros bleu : Eau, COO seaux; chaux vive, 40 kilogr. ; eoapeiMe, 35 kilogr.; indigo broyé, 15 kilogr.

Cuve pour^bleu motfen: Eau, 600 seaux; chaux vive^ 15 kilogr. ; coaperoM, 10 kilogr. ; Indigo broyé, 5 kilogr.

Cuve pour bleu clair: Eau^ 6C0 seaux; chaux vive, 6 kilogr.; ecapeme, 2^,500 gr. ; sel de sonde, 1 kilogr. ; indigo broyé, 1 kilogr.

Dans la cuve à moitié remplie d'eau froide, on délaye l'indigo, puis la cbaox, et on ajoute en dernier la couperose en poudre ou en dissolution ; on pallie pendant un quart 'd'heure et on laisse reposer. Après deux ou trois heures, c'est-à-dire lorsque le bain est devenu d'un vert jaunâtre et qu'il se Tnmnffwrti» à la surface des veines bleues, des plaques cuivrées et une belle fleurée, oo achève de remplir la cuve d'eau, on la pallie, et, après plusieurs heures de repos, on peut s'en servir.

Vous savez sous quelles influences, dans cette sorte de cuye, l'indigotiiie bleue est rendue soluble; inutile de revenir sur ce point; mais, comme dans l'indigo du commerce il y a autre chose que de l'indigotine, il est conveosble de connaître le rôle que peuvent jouer dans la teinture en bleu sur coton le glu- (en, la matière brune et la résine rouge qui accompagnent i'indigotine^ et d'apprendre à quels états ils se trouvent dans la cuve montée et prête à fonctionner.

M. Schwarzenberg, de Cassel^ a fait de ces questions l'objet d'études sérieuses, en 1837^ et voici ce qu'il nous a appris :

A. Le liquide de la cuve contient : de Vindigotine blanche unie à la chaux, un peu de résine rouge ^ presque tout le gluten de l'indigo, et des traces seulement de la matière brune,

B. Le dépôt, ou pied de ta cuve, renferme presque tout le bt^n d'indigo uni à la chaux, une quantité notable ÙQ résine rovge, une faible quantité de g'juten^ un composé insoluble d'indigotine et de chaux, du sulfate de chaux, du peroxyde et du protoxyde de fer, de la chaux en excès.

C. L'influence du gluten^ du 6ruM, de la résine rouge, est nulle en teinture. La quantité de cette dernière substance qui se dissout dans la cuve et se précipite ensuite avec le bleu sur la toile, est si petite qu'elle ne joue aucun rôle appréciable; et cela est si vrai, que l'indigotine pure ne produit pas de plus belles ni de plus solides nuances que l'indigo du commerce.

Dans le montage des cuves à froid, il y a une précaution importante à prendre, c'est de ne jamais dépasser la proportion de chaux nécessaire pour obtenir le maximum d'indigotine dissoute ; autrement une partie de cette dernière se précipite en combinaison avec l'excès de chaux et se trouve ainsi perdue pour le teinturier. Cet inconvénient n'est pas à craindre avec les cuves dans lesquelles l'indigotine incolore est dissoute par les alcalis solubles^ potasse, soude ou ammoniaque. Ces sortes de cuves sont donc bien plus faciles à gouverner.

La teinture des fils, dans la cuve à froid, s'exécute comme pour la laine en écheveaux, en ayant la précaution de n'entrer les pantes dans le bain qu'après les avoir abreuvées d'eau, afin que le liquide tinctorial les pénètre plus également et qu'elles fournissent alors des nuances plus unies. On termine par un bain légèrement acidulé qui enlève la chaux et avive sensiblement la nuance ; on lave en eau courante, on tord et on fait sécher & l'ombre. On évite la trop grande chaleur, qui ternit toujours les bleus.

Dans beaucoup d'ateliers, la cuve à froid n'est autre chose qu'un simple tonneau défoncé par un bout et posé sur chantier. On dispose un certain nombre de ces tonneaux à la suite les uns des autres, sur plusieurs rangées parallèles, en laissant entre elles assez d'espace pour que l'on puisse circuler aisément à l'entour. Ces cuves se suivent dans l'ordre de leur richesse respective en indigo, en commençant par les plus faibles qui servent pour les bleus clairj et finissant par les plus fortes. Les fils passent successivement des unes, aux autres suivant les gradations de nuance qu'on veut obtenir.

En opérant ainsi les teintes sont plus unies, plus solides que si l'on ne faisai)

TEINTURE PAR IHHERSION.

nstge, pourchaque nuknee ditarmiDée, qn^d'ane seule cuve, pkrcsqae.dw» le I«nmier eu, llDdigodne péuëtre plu* complélemant Jiuqa'au ceatra dei fibres teitilea.Pour 1m blenilet plnsfoncisqaiptrusient presque noirs, et que dans les itellers on appelle de* bltia violt, ou termine les Immaniims sur une cuyc neuve trbs-iiche en indigo.

Pour]* teintore des eslicots, on se sert de cuva* plue- grandes, de 2 mètres du

lisltresur des cadras nommé» eliomptigntt <fig. KSO) garnis do clous ^crocliett, en con)nien$ant par un bout et finissant par l'autre. Les barres du liaut de ces cadres sont mobiles dans leurs coulisses, afln do pouvoir itro fixées et tendues

ftuiTant a largeur des toiles. Les plis sont séparés entre eux par une ditance d'environ 27 millimètres. On attache la Champagne à une corde ayec laquelle, à l'aide d'une potence mobile sur son axe et de la poulie qu'elle porte» on la lève de terre et on la fait descendre dans la cuve, Jusqu'à ce qu'elle soit totalement immergée. L'immersion dure de sept à huit minutes ; on soulève la cbaspagne hors du bain^ on laisse déverdir pendant quelques instants ; pôle on plonge dans une cuve plus forte, Jusqu'à ce qu'on soit arrivé au ton voulu. On détache la toile, on la passe aussitôt dans un bain acidulé ou dans un bain très-faible de chlorure de chaux, et on lave à grande eau.

On remplace souvent la Champagne par la cuoe carrée à roulettes (flg. I351}« surtout pour les toiles* meubles; on évite ainsi la marque des picota. Cette cuve A. qui vient d'Angleterre, a 2".92 de long, lB,46.de large et 2^,60 de profondeur. Un cadre à roulettes abcd est placé dans son intérieur et peut en être enlevé. La pièce passe alternativement sur les rouleaux inférieurs et sur les supérieurs. En e sont deux rouleaux d'appel, entre lesquels passe la pièce au sortir de la cuve. Elle vient ensuite dans la cuve B, qui contient de Teau acidulée ou une solution de chlorure de chaux excessivement faible. Elle entra dans cette cuve, glisse sur un rouleau placé au fond, et en sort entre les rouleaux d'appel /, pour tomber dans l'eau. Suivant l'intensité du bleu qu'on vent obtenir, on manœuvre plus ou moins de fois la pièce dans la cuve, et pour ne plus arrêter l'opération, quand on en a plusieurs, on les épingle à la suite les unes des autres.

Pour la soie, on recourt souvent à la cuve d'Inde ; mais, par ce moyen, on n'a jamais de bleu intense ; il faut, presque toujours, faire intervenir un pied d'orscille ou de cochenille. Quelquefois aussi on associe le bleu de cuivre, Toraeille et l'indigo. Ces sortes de bleus sont ternes, alors même qu'on emploie une cuve d'indigo à l'oxyde d'étain, marchant à froid d'après le procédé de Philippe, de Rouen ; aussi préfère-t-on teindre la soie au bleu de Prusse, en la mordançaiit préalablement en sel de fer et la passant ensuite en prussiate, et mieux encore a-t-on renoncé, dans ces derniers temps, à tous ces procédés pour faire uniquement usage des bleus magnifiques dérivés de l'aniline.

Le moiliagc et le travail des cuves d'indigo exigent une longue habitude. Celui qui n'a pas vu et suivi le travail d'un guèdre ne peut se faire une idée des difficultés que le guédron est appelé à surmonter à chaque instant. Les cuves à chaud sont sujettes à des accidents ou maladies, connues sous le nom de coulage^ qui entraînent parfois en quelques heures la perte complète de l'indigo qu'elles contiennent. D'un autre côté, la cuve à la couperose et à la chaux a le grave inconvénient de donner lieu à un volumineux précipité qu'il faut laisser déposer avant de teindre dans le liquide surnageant, ce qui nécessite remploi de récipients très-profonds, et de plus, quoi qu'on fasse, on perd toujours une proportion assez notable d'indigotine oui reste dans le pied ou dépôt (1 ).

(1) Le professeur Calvert, de Manchester, un de mes anciens élèves, m'a fait connaître le procédé qu'il a fait adopter dans quatre grandes fabriques d'impressions d'Angleterre pour retirer l'indigo des pieds de cuves épuisées. Void son procédé.

Après avoir laissé reposer pendant vingt-quatre heures les cuves que le guédron regarde comme épuisées, on fait écouler dans un résv-^rvoir, au moyen de siphons ou de robinets placés à 27 centimètres du fond des cuves, toute la

IVouTelles cayes à Pyhdrosvlflte de sovde. — Tout récemment, MM. Schutzenberger et de Lalande ont eu l'idée de tirer parti des propriétés énergiquement réductrices de Thydrosulfite de soude pour opérer instantanément et à Iroid la conversion de l'indigo en indigo blanc, et pour monter ainsi de nouvelles cuves exemptes des inconvénients signalés plus haut et pouvant servir à toutes les espèces de fibres textiles.

Voici les renseignements publiés par MM. Schutzenberger et de Lalande sur le montage de leur nouvelle cuve à Thydrosulfite alcalin.

On prend du bisulfite de soude marquant de 30 à 35° Baume et on le met en contact^ dans un vase fermé, avec des lames de zinc tordues ou de la grenaille de zinc remplissant toute la capacité du vasç, sans en occuper plus du quart du volume réel. Cette disposition a pour but d'augmenter les surfaces de contact entre le bisulfite et le zinc.

Au bout d'une heure environ, le liquide est versé sur un lait de chaux employé en excès qui précipite les sels de zinc. On agite et on sépare le liquide clair isoit par filtralion et expression, soit en décantant après addition préalable d'eau. Les opérations doivent se faire autant que possible à l'abri de l'air.

En mélangeant l'hydrosulfite de soude ainsi obtenu avec l'indigo broyé et les doses de chaux ou de soude nécessaires pour dissoudre l'indigo réduit, on obtient immédiatement une dissolution jaune qui ne contient, comme parties insolubles, que les matières terreuses que ^ renferme l'indigo.

On peut de la sorte réduire 1 kilogr. d'indigo de manière à obtenir une cuve très-concentrée d'un volume de ^0 à 15 litres seulement.

Pour teindre, on verse dans la cuve de teinture remplie d'eau une certaine proportion d'indigo réduit. La teinture se fait à froid pour le coton, ou à une douce température pour la laine.

liqueur et le dépôt vert qui s'y trouve. Le résidu solide qui demeure au fond est presque entièrement composé de chaux en excès, de sulfate de chaux, de peroxyde de foret de matières terreuses. — On ajoute alors dans le réservoir pour le contenu de chaque cuve écoulée et dont la quantité est d'euviron 2700 litres, IOj kilogr. d'acide chlorhydrique. Le tout est parfaitement remué pendant une heure. La chaux en excèà^ le carbonate de chaux, la majeure partie du sulfate sont dissous. — Après un repos de vingt-quatre heures, on décante en laissant écouler à la rue le liquide qui surnage un dépôt vert assez épais composé d'indigo et de protoxydo de fer, complètement insoluble et non sus(i?p- Uble d'être décomposé par la chaux et la couperose. On verse sur ce dépôt 80 kilogr. d'acide clilorhydrique, on agite pendant une heure; au oout de ce temps le dépôt est devenu d'un bleu magnifique par suite de la puriQcation de l'indigo. Après trois ou quatre lavages & grande eau dans le réservoir, l'indigo ainsi régénéré peut servir & ta teinture.

Ce procédé donne commercialement les résultats suivants : pour le traitement des pieds de quatre cuves épuisées, l'acide et la main-d'œuvre coûtent 50 fr. ; on retire lOkll. d'indigo à 12 fr., qui représentent ainsi une valeur de 120 fr. C*est donc un bénéfice net de 70 fr. pour les quatre cuves.

GlflARDlIf. — IV. 10

La cuve élap.*. claire dans toute la hauteur, on peut teindre sans perte de temps. L'excès d'hydrosulfite réduit constamment la fleurée qui se forme à la surface du bain; celui-ci s'alimente pendant le travail par des additions successives de la dissolution concentrée d'indigo. Grâce à cette facilité de maintenir la cuve à un degré de concentration aussi élevé qu'on le désire, on peut arriver à toutes les nuances voulues, avec le moindre nombre de trempes.

Cette cuve, employée pour la teinture du coton, se distingue par la facilité et la rapidité du travail ; elle présente, en outre, dans la teinture de la laine, l'avantage d'éviter tout risque de coulage ; elle donne des nuances plus solides et plus fraîches que les anciennes cuves, et permet d'obtenir facilement sur laine des pieds de bleu très-clairs, qu'on réalise ordinairement avec le carmin d'indigo, beaucoup moins solide.

B. Bleu de Saxe, — C'est en i740 que le conseiller Barth de Grossenhayn, en Saxe, imagina d'employer à la teinture des laines la dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique. Cette liqueur, dont la préparation fut d'abord tenue secrète, fut désignée sous le nom de bleu de Saxe^ qu'elle porte encore, ainsi que sous celui de œmposition.,

Pour faire celte dissolution, l'indigo doit être en poudre aussi sèche et aussi fine que possible; i'&cide sulfurique doit être dans son plus grand état de concentration, et s'il a été conservé dans des vases mal bouchés, il faut le faire bouillir pour le dessécher, sans quoi il ne dissout pas l'indigo ou ne le dissout qu'incomplètement, en sorte que la liqueur étendue et filtrée est peu colorée, la majeure partie de l'indigo restant sur le filtre.

On ajoute l'indigo par petites portions dans l'acide, afin d'éviter que la masse ne s'échaulle et qu'il ne se dégage du gaz sulfureux. Lorsque le mélange est bien opéré, on ferme le vase qui le renferme, et on laisse réagir à la température de -\- 30 A 40°, pendant vingt-quatre à quarante-huit heures. La liqueur qu'on obtient ainsi est d'un bleu opaque et noir avec l'acide ordinaire, d'un blcu^pourpre intense avec l'acide de Saxe. On emploie du premier 8 à 12, du second 4 à 5 fois le poids de l'indigo (1).

Les dissolutions anciennement faites sont préférables à l'emploi. Lorsqu'on doit s'en servir, on les verse dans de l'eau, dont la proportion varie et s'élève à 20 fois le volume de la liqueur et plus. On filtre ensuite.

Cette préparation donne à la laine une teinte verdâtre désagréable,

(1) L'acide sulfurique ordinaire du commerce est souvent altéré par des composés nitreux; dans ce cas, il y a perte d'indigo, et la dissolution est plus ou moins verdâtre. C'est ce qui a lait donner, depuis longtemps, la préférence [i l'acide sulfurique de Saxe, toujours exempt de composés nitreux.

On ajoutait autrefois à l'acide sulfurique de l'antimoine ou du bismuth, qui ne servaient à rien; quelques teinturiers ont encore l'habitude d'y associer du se marin^ quelques autres de la craie, mieux vaut n'y faire aucune addition.

parce que l'acide sulfo-indlgotique, en se précipitant bur le tissu, entraîne avec lui du r<mge^ du brun et du glvien de Tindigo. On ne reut obtenir, d'ailleurs, que des nuances faibles, car une immersion prolongée fini{idt par altérer les fibres textiles; les couleurs ne sont pas non plus très-solides.

n 7 a deux manières de produire des couleurs plus belles et plus ▼ives avec le sulfate d'indigo.

L'une d'elles consiste à étendre la solution sulfurique dans 80 parties d'eau à + 9Û<», et à y teindre 1 partie I /2 à 2 parties de laine blanche. On lave celle-ci à l'eau froide, puis à l'eau tiède, Jusqu'à ce que l'eau de lavage commence à bleuir; enfin, on la traite à chaud par une solution de carbonate de soude contenant au plus I /2 pour 100 de sel. La liqueur se colore en bleu foncé, parce qu'il se fait un sulfo-indîgotatô de soude soluble, et la laine ainsi épuisée est d'un rouge brun sale. Cette couleur provient du rouge d'indigo qui s'était fixé sur la laine et qui ne se dissout pas dans le bain alcalin.

La liqueur bleue obtenue par ce moyen constitue ce qu'on appelle fort improprement le bleu distillé. En y teignant la soie et la laine, on obtient des nuances bien autrement belles que par le procédé ordinaire. Gela est dû à ce que la laine blanche prend plus d'acide sulfoindigotique que des matières étrangères qui l'accompagnent dans le bleu de can^sition.

L'autre méthode, bien préférable sous tous les rapports, consiste à faire usage du carmin d'indigOj qui jouit, vous vous le rappelez, d'une certaine solubilité dans l'eau pure. On délaye ce carmin dans de l'eau  10^ environ, additionnée d'alun et de crème de tartre, et on y manœuvre la laine qui se colore en un bleu très-pur et très-vif, mais lui n'a jamais la solidité du bleu de cuve.

Pour la soie, après l'avoir passée au bain d'alun tiède, on la lave et on la teint ensuite dans le bain d'alun dans lequel on a versé la quantité convenable de carmin.

Lorsqu'on veut avoir un ton tirant sur le rouge, ou ce qu'on appelle dans les ateliers le bleu Louise^ on ajoute au carmin de la cochenille ammoniacale.

2» Bleus-prussiates. — Le bleu de Prusse, avec lequel on colore en bleu la laine, la soie et le coton, est produit directement par voie chimique sur ces substances, au moyen de dififérents procédés que je vous indiquerai plus tard, lorsque vous connaîtrez la nature et les proprîétés de» composés désignés sous le nom vulgaire de fyrussiates.

3<» Bleus au campéche. — Ces bleus, qu'on produit au moyen d'une décoction de bois d'Inde et du sulfate ou de l'acétate de cuivre, ont de l'éclat, mais nulle solidité. Ils pénètrent plus profondément le drap en pièces que ne le fait le bleu de cuve, qui laisse toujours l'intérieur du tissu sans le teindre.

468 SOrXANTE-DOUZIÈME LEÇON.

Pour bleu sur coton, on emploie des dissolutions de camp(^che à 1/2, 1 ou 2<^, suivant l'intensité de nuance qu'on veut avoir; on ajoute i /32' de litre d'acétate de cuivre, et on entre l'étoffe à Troid ; on monte à + 50* en une heure, en ayant soin de manœuvrer continuellement pour éviter les inégalités. — Quelquefois aussi on commence par passer le coton dans le bain de mordant et on le maintient ensuite pendant trois quarts d'heure dans le bain de campôche. On rince, pour repasser encore une fois dans chaque bain.

En agissant ainsi, avec des bains de càmpéchè à 2 ou 3<>, on obtient des bleus très-foncés, qui imitent assez bien les gros bleus de cuve remontés.

En passant le coton dans un bain tiède monté avec :

Extrait liquide de campôche k 2" 50 litr.

Bichromate de potasse 150 gram.

Acide chlorhydrique à 22" 350 —

et élevant graduellement la température Jusqu'à l'ébuUition, on obtient un bleu indigo très- foncé qui a un aspect cuivré.

Si Ton continue à teindre dans le bain de nouvelles pantes, en étendant d'un peu d'eau, on a des bleus plus ou moins foncés, qui ont une légère nuance de violet. — Avec les proportions indiquées ci-dessus, on peut teindre en une bonne nuance bleue 100 à 120 kilogr. de coton.

Pour les bleus sur laine, on mordance d'abord en alun et tartre ; on introduit ensuite dans le bain bouillant l'extrait ou les copeaux de campéche, en môme temps que du sulfate de cuivre, et on teint au bouillon pendant plus ou moins de temps, en renforçant le bain avec de nouveau campôche, jusqu'à ce qu'on soit monté à la nuance voulue. On avive en passant la laine dans un léger bain bouillant de vitriol bleu.

Pour le bleu de roi, dit aussi bleu d'enfer, on emploie, pour 100 kilog. de laine :

Alun 10 kil.

Tartre 2

Sulfate de cuivre J

Campôche efûJé q. s.

Les bleus au campôche sont facilement reconnaissables ; ils rougissent de suite par le contact des acides et sont décolorés par le chlore et les hypochlorites.

4** Biens et violets de rosaniline et de toluidine, — Les renseignements que je vous ai donnés sur les matières colorantes artificielles dérivées de la rosaniline, de la toluidine, de l'acide phénique, de la naphtaline, me dispensent de revenir sur leur emploi en teinture. Toutes ces nouvelles substances tinctoriales se trouvant maintenant dans le commerce dans un très-grand état de pureté, les opérations du teinturier ou de l'imprimeur sur tissus se trouvent singulièrement simplifiées, puisqu'il ne s'agit plus que de dissoudre ces substances dans

un véhicule convenable, alcool, esprit de bois, acide acétique, et d'y ajouter plus ou moins d'eau pour monter les bains de teinture ou préparer les couleurs d'impression.

En raison de la grande afOnité de toutes ces couleurs artificielles pour les fibres textiles de nature animale, Tintervention des mordants pour la coloration de la laine et de la soie est complètement inutile; il n'y a que pour le coton et le lin qu'il est indispensable de recourir à l'emploi de l'albumine ou du tannin dont on imprègne d'abord les fibres végétales, puis qu'on y fixe par le raporisage,pour donner à ces fibres la propriété de se teindre dans le bain colorant à la manière de la laine ou de la soie.

La teinture de la soie s'opère à la température ordinaire, celle de la laine, ainsi que celle du coton albuminé ou tannaté, à 60^ ou même à l'ébullition.

Malheureusement toutes ces belles nuances obtenues avec les ma-* tières colorantes artificielles sont loin d'avoir la solidité de celles que fournissent la plupart des matières tinctoriales très-anciennement employées. C'est surtout sur coton qu'elles ont peu de stabilité.

IL Teininre en roagr^* — La garance, la cochenille, la lac-dye, le kermès, l'orseille, le carlhame, la murexide, les bois de Brésil et de santal, les matières colorantes artificielles provenant du goudron de houille {fuchsine y rouge de toluène^ safranine^ coralline, etc.), donnent des couleurs rouges qui diffèrent entre elles par leurs nuances et sont loin d'avoir la môme solidité. 11 n'y a véritablement que la première de ces matières tinctoriales qui fournisse des couleurs de grand teint.

1® Rouges de garance* — De tous ces rouges qui s'appliquent sur les diiîérents tissus, le plus important, à cause de sa beauté et de sa fixité, c'est assurément le rouge des Indes ou d^AndrinopîCj dit encore rouge turc, noms qui rappellent son origine asiatique. Cette magnifique couleur était connue dans les Indes dès le temps d'Alexandre, et, jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, elle resta la propriété exclusive des teinturiers du Levant; c'est entre 1750 et 1760 que sa préparation fut importée à Rouen. C'est une des opérations les plus longues de nos ateliers ; Je ne pourrai vous en exposer qu'à grands traits les difl'érenles phases.

La teinture du coton en écheveaux se fait généralement de la manière suivante dans les établissements de la Normandie:

Le coton décreusé, soit au savon, soit dans un liquide alcalin, est d'abord travaillé dans un bain de fiente de mouton monté avec 25 kil. de cette matière pour 100 kil. de coton; la fiente est délayée dans une lessive de soude à 8 ou I0<» à l'aréomètre, à laquelle on ajoute 5 à 6 kil. à'huile tournante. On tord le coton, on le sèche, et on recommence deux ou trois fois la môme opération.

On môle 6 kil. d'huile tournante à 50 litres d'eau de soude àvl% elf

SOIXAHTE-DOCZIÈHB LEÇON.

quandTémuMon na te sépare plus au bout de cinq & six heures, on j passe le coton, on tord, pu sèche, et on réiUre deux ou trois Tois les immersions. Co sont là les buwii blanet on huileux (1).

On ajoute aux liqueurs restantes ou (onorctt 200 litres d'eau de soude i 3 ou 3", et OD j passe deux fois le coton, en le sécbant à -]- <I0* à chaque passage. Le reste du bain, dit Sikiou, sert pour l'avlvage. On débarrasse te coton de l'buile non combinée par un trempage en eau de soude & <■>, tiède ; on Utc, on tord et on sècbe.

On donne ensuite un ou deux engallages dans uu bain fait arec 20O litres d'eau et 20 à S5 kil. de noix de galle. On alune arec 25 kil. d'alun pur; on lave, on tord, et enfin on teint dans un bain de garance par 25 kil. de cotoQ et souvent moins â la fois. Le bain se prépare dans une longue chaudière carrée en cuivre, avec 200 litres d'eau, SO kil. de lang de bœuf et GO kil. de garance. On y lise les maleaux pendant nne heure au moins. On laisse égoutter, on tord et on lave. Dans beaucoup de cas, on teint en deux fois.

Le coton oiTre alors un rouge-brun terne; on l'avive au moyen d'une ébullition dans un bain composé de 6 kil. de savon, 4 à 5 d'huile tournante et 1200 litres d'eau de soudai 2«. EnQn, pour donner de la vivacité et de l'éclal,on rose au moyen d'un bain bouillant formé de 4 200 litres d'eau et de 16 à 18 kil. de savon blauc, dans lequel on gjoute, après l'ëbullilion, 1 kil. et demi de sel d'élaio dissous dans 2 litres d'eau additionnés de 25 grammes d'acide azotique. On lave à grande eau et on sèche.

Des nombreuses opérations qui précâdeni, l'huilage est, saiiB contredil, l'une des plu» iraporlarites, el pour la rendre aiisai efficace que possible on a grand soin d'entretenir l'homogénéilé des bains blancs pendant tout le temps qu'on y passe les colaini ^°'*'- ^^ meilleur moyen d'obtenir ce résultat, c'est de faire usage du petit apu fonctionner chei M. Léveillé, da

Flg. I!J.'. ~ Agililiur n«uiiiqiu pour Ici

pareil ci-contre Ifig. 1252), que j'ai Rouen.

(I) Uuis IsB ateliers de teinlure en rouge des Indes, voici l'essai auquel on soumet toujours l'/iuite tournante avant d'en feire usage, parce qu'elle est souvent allongée avec des liuiles de graines :

On bal I partie de l'iiiiile k essayer avec 36 H 40 parties de lessive de soud«

Dans chaque tonne où Ton opère le mélange de Thuile tournante avec la lessive de soude, il y a un agitateur muni & sa partie inrérieure d'un plateau cylindrique de 0'^,20 de diamètre. Cet agitateur est mis en mouvement par un excentrique. La combinaison entre l'huile et l'alcali s'effectue rapidement, et l'èmulsion qui en résulte demeure constamment liée, ce qui a rarement lieu dans les conditions ordinaires, car, presque toujours, l'huile remonte à la surface du bain en repos.

La teinture des toiles en rouge des Indes^ telle qu'on la pratique dans les grandes indienneries, diffère notablement du procédé décrit plus haut et offre d'ailleurs des modiOcations d'un établissement à un autre. Voici, par exemple, couraient on opère dans certaines fabriques :

Pour iOOD kil. de toile on emploie 585 à 650 kilogr. d'huile tournante et 1500 kilogr. d*eau tenant en dissolution 9 à 10 kilogr. de carbonate de potasse. Après le foulardage des pièces dans ce bain blanc, on les met en tas dans un endroit frais pendant dix à douze heures, puis on les sèche à Tétcndage à la température de 60^.

Le nombre des bains blancs, toujours pratiqués de la môme manière, c'est-à-dire suivis d'un repos et d'une dessiccation, est le plus ordinairement de sept ou huit^ après lesquels on procède au dégraissage en faisant macérer les pièces à. deux reprises et pendant vingtquatre heures dans une solution de carbonate de potasse à 2^ Baume. Le liquide qu'on en retire par expression constitue le bain blanc vieux qui rentre dans les opérations de Vhuilage. Les pièces rincées avec soin sont prêtes à recevoir Vengallage ou mordançage.

Celte opération se donne ici en deux fois ; la première, avant le premier garançage ou retirage ; la seconde, après ce retirage ou avant le dernier garançage.

On épuise par l'eau, en les faisant bouillir à plusieurs reprises, 10 kil. de noix de galle en sortéf et concassée; on ajoute au produit de cette décoction la quantité d'eau nécessaire pour former du tout environ 300 litres dans lesquels on dissout à chaud 16 kilogr. d'alun, et l'on introduit cette liqueur chaude dans le foulard, en la maintenant à la température d'environ 70<^ pendant tout le temps qu'on fait passer les

à 1* l/4« 1° 1/2, t* 3/4 de l'aréomètre. L'huile, en s'unissant à la soade, forme à l'instant un bain savonneux d'un très beau blanc et bien mousseux. On transvase ce bain k diverses reprises, pour que la combinaison s'opère complètement; on laisse ensuite reposer le bain, et si, dans l'espace de cinq à six heures, il reste bien homogène et sans flocons, si l'huile ne se sépare pas de la lessive, vpour monter à la surface, on en conclut que l'huile est pure et bonne pour là préparation des bains huileux dans lesquels on passe les cotons à teindre. Dans le cas contraire, il est certain que l'huile d'olive est mêlée d'une certaine proportion'^d'huiles de graines qui ne se combinent pas aussi facilement à la lessive. Ce procédé n'est pas d'une exactitude rigoureuse, et ne peut dispenser de l'essai par l'oléomètre et les réactifs que j'ai indiqués à l'article des Corps groM.

pièces dans ce bain. Cette quantité de mordant suffit pour la moitié de réloffe en traitement, c'est-à-dire pour 500 kilogr. de coton. Au sortir du foulard,- les pièces sont suspendues pendant deux jours dans un étendage chauffé à 45 <^, puis passées dans un bain de craie concentré et chauffé entre 60 à 73® pour achever la fixation du piordant. Après un lavage, on procède à la teinture.

On teint 10 pièces à la fois, avec des proportions de garance qui varient, suivant la largeur et la longueur de ces pièces, depuis 3 jusqu'à 4 kilogr. et demi pour chacune. La garance est délayée dans 15 à 1800 litres d'eau ; on entre à tiède et on monte le bain en deux heures trois quarts à rébullition, qu'on ne doit pas prolonger plus d'un quart d'heure. On lave et on nettoie complètement les pièces qu'on fait ensuite sécher.

On leur donne un second engallage ou alunagc et une seconde teinture. Les avivagesse font en chaudière close remplie aux deux tiers d'eau dans laquelle on a fait dissoudre :

Pour le !•' avîvage. Pour le 2» avivage.

Savon... Gkil. [ Savon 6"S500

Carbonate de potasse. . . l^",50 | Sel d'étain 0 ,37S

On maintient à l'ébullition pendant huit heures.

Pour les rouges corsés et vifs, on donne un troisième avivage semblable au second ; le rouge est alors plus dépouillé et sa nuance vire plus à la teinte feu.

On termine les opérations en exposant pendant quelque temps les pièces à l'air, et on leur donne même, avant cette exposition, un passage en son qui contribue à dépouiller la couleur et à en rehausser l'éclat.

Dans certaines fabriques, en Suisse, par exemple, chez MM. Jenny et Blumer, on ajoute aux bains blancs de la bouse de vacbe fermentée, on associe à la noix de galle une quantité presque égale de sumac pour le premier engallage, tandis qu'on le retranche pour le second en le remplaçant par de l'alun saturé par du carbonate de potasse ; enfin on teint en une seule fois en prenant pour 20 kilogr . de tissu :

Garance palus de 20 h 30 kilogr.

Sumac 2*",75f).

Sang de bœuf 1 7 litres. (I)

2» Couleurs au santal, — Le santal joue maintenant un grand rôle dans la teinture des draps et du coton, pour procurer des rouges

(l) Voir pour plus de détails : Persoz, Traité de IHmpression des tissui, t. III, 191 à 214. — Jenny, Mémoire sur la fabrication dû rouge d'Andrinople, traduit de l'allemand par M. Rosenstieht (Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, septembre et octobre 1868; t. X'XXVIII, p. 747).

corsés et des nuances dérivées plus ou moins brunies par un passage en bichromate de potasse.

Mais c'est surtout pour avoir la belle nuance connue sous le nom de Bleu Nemours ou Bleu National pour uniformes, qu'on en consomme à Elbeuf, à SedaUietc^de grandes quantités. Voici comment on opère:

La laioe, qui a reçu un fort pied de bleu de cuve, est passée en chaudière avec 30 kilog. de santal, ^■'"ySOO de campéche, 2^*',o00 d'orseille et 1^^500 de noix de galle pour iOO kilog. de laine. Après une heure de bouillon et deux heures de repos, on ajoute 2^*^,500 de couperose dissoute. On lave ensuite au panier avec beaucoup de soin.

Il n'est pas possible, d'après M. Wimmer, de produire de belles nuances vives avec le santal, si l'on n'en a pas éliminé complètement la matière extractive brune et la matière colorante résineuse brune ou tantalidine^ et si Ton ne s'est pas opposé à la formation ultérieure de celle-ci. Voici le moyen que propose M. Wimmer pour atteindre ce but:

On épuise le santal en poudre par de l'eau bouillante, et on le traite par une solution filtrée de chlorure de chaux tant que celle-ci se colore. On lave ensuite le bois avec de l'eau froide et pure. -— On dissout alors dans de Teau chaude une quantité de soude correspondante à celle du bois^ et on y plonge le santal renfermé dans un nouet de linge ; on couvre la cuve ; on évite toute espèce d'agitation, et on entretient le feu sous la cuve de manière que le bain reste chaud, mais n'atteigne jamais le point d'ébullition.

Aussitôt que ce bain a acquis la couleur roug^e saturée virant au violet, il est prêt pour la teinture des objets en laine, soie et coton qu'on a d'abord traités par les mordants acides. Lorsque les nuances sont obtenues, on passe en mordants acides ; on a le soin, toutefois, que ces diverses opérations se succèdent les unes aux autres sans interruption.

On réussit à produire de cette manière de belles et vives couleurs, très-solides et qui soutiennent sous tous les rapports la comparaison avec celles de la garance. On obtient surtout ainsi un beau rouge écarlate sur laine en traitant alternativement cette fibre textile par un mordant de bichlorure d'étain et par le bain de teinture ci-dessus indiqué. Lorsque la matière colorante est fixée sur le tissu, on n'a plus à craindre qu'elle éprouve de changement de la part de l'air.

3<> Rouges à la cochenille. — La cochenille, la laque, la lac-dye, le kermès servent seulement pour la laine et la soie ; on en obtient ces rouges si éclatants, désignés sous les noms d'écarlatê et de cramoitif par le moyen des mordants d'étain. La composition emplojée dans 6e cas est préparée ainsi qu'il suit :

Dans 8 kilog. d'acide azotique à 38 ou 4(H| a

on y fait dissoudre 1 kilog. de sel ammoniac et 1 kilog. d'élain grenaille; on n'introduit celui-ci que peu à peu, de manière que la réaction ne soit pas trop tumultueuse.

Voici comment on agit pour avoir Vécarlate à la cochenille :

Dans 2500 litres d'eau chauffée à + OO», on verse d'abord pour la clarifier, 1 kil. de dissolution d'élain; on enlève avec un tamis l'écume blanche qui vient surnager; lorsqu'il ne s'en produit plus, on y fait dissoudre 5 kil. de crème de tartre, et on y délaye 20 kil. de composition d'éiain, puis on y abat 100 kil. de laine. On porte peu à peu au bouillon en maniant au crochet, afin que le mordant pénètre également ; après une heure d'ébullition, on laisse reposer autant de temps, et on lève sur le bord.

Dans le mém3 bain, on jette 14 à lo kil. de cochenille pulvériséa; on fait bouillir vingt à vingt-cinq minutes; on rafraîchit la décoction; on y ajoute 6 à 7 kil; de composition d'étain, on pallie bien, et^ sans plus tarder, on rabat la laine sans la laver ; on porte peu à peu à l'ébullition qu'on maintient pendant une heure; on laisse le bain en repos autant de temps ; on donne une renverse pendant trente minutes; nouvelle pose de trente minutes, suivie d'une renverse qui dure le môme temps; dernière pose de quatre à cinq heures au moins, après laquelle on lève la laine qu'on lave avant ou après refroidissement.

En remplaçant i/4de la composition d'étain par un môme poids d'alun épuré, on obtient un cramoisi très-nourri et très-vif.

Le premier bain avec mordant se nomme bouillon; le second avec cochenille, rougie.

Si, sans rien changçr au houilloiiy on ajoute à la rougie S*'", 50 de fustet lavé à l'eau froide, ou bien i^'^^^o de curcuma, la laine prend une nuance écarlate-jaune très-belle.

Pour la soie, on opère ainsi qu'il suit :

On commence par la laisser séjourner pendant cinq à six heures dans une dissolution faite avec 3 kil. d'alun pour 100 litres d'eau. On la lave ensuite, et on l'exprime. On prépare le bain de teinture avec 10 litres d'eau, 8 grammes de noix de galle et 90 grammes de cochenille ; dans la décoction, on ajoute 45 grammes de crème de tartre et environ iO grammes de composilion d'élain par demi kil, de soie. On entre les écheveaux dans le bain tiède, on fait tourner sur les lisoirs, on porte le bain à l'ébullition, on retire les lisoirs, et la soie, nageant entre deux eaux, est maintenue pendant cinq à six heures. Après cette pose, on lève, on lave et on exprime.

Si, après avoir teint en rouge intense de santal, par le procédé de Wimmer, les fils ou tissus, on les passe pendant quelque temps dans un bain composé de sel d'élain et d'une Irès-faible quantité de cochenîUe, on peut produire ainsi, avec une très-grande économie de cette dernière matière tinctoriale, des cramoisis et des écartâtes pleins de feu.

Quand on se sert de lac^ye, on opère de la manière suivante: sur 4 kil. de cette matière sèche, broyée avec de Teau, on verse 3 kil. d'acide sulfuiique à 66<^. On laisse macérer vingt-quatre heures en été, quarante-huit heures en hiver. On ajoute alors 32 litres d'eau bouillante ; on décante après vingt-quatre heures. On épuise le résidu par de nouvelle eau bouillante Jusqu'à ce qu'elle ne se colore plus.

On a ainsi un bain très-acide chargé de toute la matière colorante. On en sépare la majeure partie de l'acide qui altérerait les tissus, en ajoutant à la liqueur par 5 kil. d'acide 2 kil. de chaux éteinte. On précipite ainsi, à l'état de sulfate de chaux, à peu près les 4/5 de l'acide. Il reste dans le bain 1 /5 d'acide, suffisant pour retenir la totalité de la couleur en dissolution, et trop faible pour nuire aux tissus. Oti se sert sans nul inconvénient de cette préparation comme d'une décoction de cochenille, en tenant compte de ce fait pratique que 2 à 3 kil. de lac-lake et un peu moins de lan-dye produisent l'efTct d'un kilogramme de cochenille; mais il est nécessaire, pour obtenir la môme vivacité, d'employer ^ /6 ou 1 /8 de plus de dissolution d'étain, afin de s'opposer au ton cramoisi donné par l'alumine contenue dans ces laques, et qui se trouve entraînée par l'acide dans les bains.

Bien que les manipulations précédentes soient simples et peu dispendieuses, elles ofifrent encore assez d'embarras pour qu'on ait cherché à les éviter en se bornant tout bonnement à mélanger à la lac-dye la quantité d'acide nécessaire pour rendre la matière colorante soluble et altérer assez la résine pour détruire sa combinaison avec cette dernière. C'est ce qu'on pratique généralement maintenanl. On trouve dans le commerce de la lac-dye pulvérisée et mélangée d'avance avec la proportion d'acide convenable, en sorte qu'il n'y a plus qu'à la mettre dans le bain de teinture pour s'en servir. On n'emploie plus, dans ce cas, que 1/2 partie d'acide pour la lac-lake, et 2/3 pour la la>c-d§e,

4<> Bose au saftanum. — 11 y a plusieurs précautions à prendre pour obtenir cette couleur délicate.

La première, c'est de bien dépouiller le carthame de sa matière colorante jaune. On n'y parvient que par de nombreux lavages à l'eau froide. Ordinairement on l'enferme dans des sacs de toile que l'on piétiiie sous l'eau qu'on renouvelle fréquemment. Cette manipulation est extrêmement longue et occasionne beaucoup de perte. J'ai constaté et enseigné dans mes cours, dès 4830, qu'on arrive très-rapidement au résultat cherché en faisant subir au carthame deux macérations dans de l'eau à 30 ou 40<^ légèrement acidulée par l'acide sulfurique. Chaque macération dure douze à quinze heures. On lave ensuite la fleur à grande eau afin de lui enlever l'acide qu'elle pourrait retenir. Au lieu de la mettre dans des sacs, on la place dans un envier garni d'une chantepleure. - ;

Une seconde précaution, c'est de faire macérer la fleur ainsi lavée et renfermée dans un nouet de linge, pendant une heure ou deux, dans de Teau contenant 15 p. 100 de cristatix de sotide, et non de sel de soude^ parce que celui-ci peut contenir du sulfite qui altère beaucoup la couleur. Il ne faut jamais remplacer le csLrbonate de soude par la soude caustique, parce que celle-ci attaque la couleur et la jaunit.

C'est dans ce bain clair qu'on plonge les écheveaux qu les étofles et qu'on les y manœuvre pendant qu'on précipite la matière colorante au moyen de l'acide citrique ou du jus de citron^ qu'onijoute peu à peu jusqu'à ce qu'il y en ait un léger excès. On ne retire les étoffes du bain que loi^squ'elles cessent de monter en couleur ; alors on les tord d'abord à la main, puis à la cheville, et on les passe dans un second bain si la hauteur de ton qu'on veut avoir n'a pas été acquise dans le premier bain ; enfin on avive la couleur en lisant sept à huit fois dans un bain d'eau chaude acidulée par du jus de citron.

Une troisième précaution, c'est d'employer les bains de carthame sur-le-champ et à froid, parce que la matière colorante rouge s'altère très-promptement à l'air et que, quelquefois, les bains s'échaufient et répandent une odeur infecte, due à la production d'acide valérianique.

Une dernière précaution, c'est de sécher à l'ombre les tissus teints, après les avoir bien lavés.

Quelquefois, par économie^ on mêle au premier et au second bain à peu près 1/5 de bain d'orseille, pour les nuances fortes.

Pour donner plus de feu et de solidité à la nuance safranum^ on donne un léger pied de rocou, surtout pour les ponceaux.

Pour les nacarals et les cerises, on ne donne pas de pied de rocou.

Pour la couleur de chair extrêmement tendre, on ajoute dans le bain un peu de savon qui l'afTaiblit et empoche que la couleur ne soit mal unie. On lave ensuite et on avive sur le bain qui a donné des couleurs plus foncées.

Le rouge de carthame en pâte qu'on trouve dans le commerce est trèscommode pour monter les bains de teinture, puisqu'il suffit de le délayer dans de l'eau légèrement alcaline et d'y liser les soies ou cotons pendant qu'on y ajoute du jus de citron.

5® Couleurs à la pourpre française, — La belle laque calcaire préparée par M. Marnas avec les lichens de l'orseille est d'abord traitée par l'eau bouillante, additionnée d'une quantité d'acide oxalique égale au poids de la pourpre employée. On fait bouillir pendant dix à quinze minutes, puis on filtre sur des chausses de laine. Le bain est alors chauffé à 30 ou 40<^, additionné d'ammoniaque, et on y passe les soies et laines sans aucune préparation, ou le coton après qu'il a subi les mêmes opérations que pour le rouge d'Andrinople, ou après qu'il a été préalablement foulardé dans une solution d'albumine, puis soumis à l'action delà vapeur d'eau pour coaguler celle-ci. Un quart d'heure suffit pour que le tissu ait épuisé le bain colorant.

Quand on opère avec la laine ou le coton, on monte le bain Jusqu'à 60*^. Après le lavage des fils ou tissus, on bleuit, si l'on veut, les nuances obtenues, avec un peu de carmin d'indigo, ou on leur donne un ton groseille avec le safran um.

Déjà, en 1857, M. Helaine, chimiste à Lyon, était parvenu, avec l'orseille pure et universelle de M. Frezon, à obtenir sur soie, au moyen du ïtannate d'ammoniaque et des acides convenablement employés, des couleurs plus solides que celles qui sont fournies par l'orseille en pâte et les recettes ordinaires des ateliers.

III. Teintarê en Jaune. — Les nuances /a i/nes s'obtiennent sur laine avec la gaude, le bois jaune, le curcuma, le fustet, en employant pour mordants l'alun et le tartre, quelquefois la composition d'étain qui sert pour l'écarlate. Pour le curcuma, toutefois, les mordants ne sont pas nécessaires; on ajoute seulement un peu de potasse à l'eau dans laquelle on fait la décoction de la racine; on obtient ainsi un jaune tirant un peu au brun, mais on le fait repasser au jaune clair par un bain de vinaigre, de jus de citron, de tartre ou d'alun.

Pour la soie, on utilise à peu prcs les mômes jaunes, mais de plus le rocou. Dans ce cas, on ne mordance pas les écheveaux; on les passe simplement dans un bain chaud fuit avec parties égales de rocou et de cristaux de soude. La soie acquiert ainsi une belle nuance aurore plus ou moins foncée, qu'on vire immédiatement à Vorangé en plongeant dans du jus de citron ou dans une solution d'acide tartrique.

On obtient aussi toutes les nuances jaunes faibles avec l'acide picrique, en immergeant les écheveaux dans la solution de cet acide, maintenue à la température de-|-^0 à 40°. A la sortie du bain, on met au séchoir sans aucune opération ou lavage.

On obtient desjaunes d'une pureté et d'un éclal admirables, en débarrassant préalablement les soies, au moyen de l'alcool, des dernières portions de corps gras qu'elles retiennent toujours après leur blanchiment par les procédés ordinaires. Cette méthode, préconisée parGuinon aîné pour toutesles autres couleurs délicates et tendres, notamment pour les roses, les bleus, les verts, fournit des nuances plus intenses et plus fraîches que partout autre moyen.

Pour le coton on utilise principalement le quercitron, la gaude, le rocou, les graines jaunes et le chromate de plomb. On doit toujours ajouter un peu de gélatine dans la décoction de quercitron, afin de précipiter le tannin et d'obtenir ainsi un jaune plus tendre et plus brillant avec les mordants d'alumine.

Pour obtenir de plus belles nuances avec la gaude, il faut la faire cuire, non à la température de l'ébullition, mais entre + '70 et 80®. J'ajouterai que, comme les acides affaiblissent la couleur de cette matière tinctoriale, il est nécessaire d'employer des eaox calcaires pour faire les bains, ou d'ajouter A ceux-ci un ped ^

rehausser la nuance, il est bon de passer le coton, après la teinture, dans une eau de savon ou dans une lessive faible de potasse ou de soude.

On fait ordinairement subir à la gaude une seconde cuite dans laquelle on passe & nouveau les soies ou les cotons, et on les y manœuvre entre 50 et 60^ jusqu'à l'épuisement du bain.

Règle générale : il ne faut pas teindre ^ bouillon les cotons alunés, parce qu'ils abandonnent dans le bain une partie de leur, mordant. Avec l'acétate d'alumine, on obtient par la gaude des couleurs plus riches qu'avec l'alun. Pour le beau jaune sur coton, un kilogramme de gaude par kilogramme de'coton suffit; mais il en faut davantage pour la laine et la soie. Pour les nuances olives, on ajoute au mordant des sels de fer; pour le jaune d'or, un peu de garance ; pour les jaunes roux» un peu de rocou ; pour la couleur de tan, un peu de suie.

Les mordants d'alumine unis aux mordants d'étain, ou môme ces derniers employés seuls, produisent sur la soie des jaunes-paille trèssolides; on procède à la teinture de la môme manière que pour les tissus alunés. Les nuances obtenues sont d'autant plus belles et plus transparentes que l'étofTe a été mieux blanchie.

Pour les jaunes au chromale de plomb, on produit directement ce sel sur l'étoffe, en mordançant dans une solution, fortement acidulée, d'acétate de plomb et en passant ensuite dans un bain de bichromate de potasse. Il se fait ainsi sur le coton ce qu'on appelle le jaune de chrome ou le jaune Aîadin,

Si maintenant on passe les écheveaux, ainsi teints, dans un bain alcalin chaud, pendant quelques minutes, on vire la nuance à l'orange ou à l'orange presque rouge, par suile de la conversion du chromate neutre de plomb en sous-chrômate.

IV. Teinture en noir. — Les no/rs et les gris sont toujours constitués chimiquement par du tannate de fer, associé ou non à du gallate. On produit ces sels colorants par des immersions successives des fibres textiles dans des solutions de sels de fer et dans des bains de substances astringentes, en tête desquelles se trouve la noix de galle. — On mélange souvent des sels de cuivre aux sels de fer; fort souvent aussi .on remplace tout ou partie de la noix de galle par le sumac, le cam poche, les écorces d'aune et de châtaignier, etc.

a. Le noir sur laine s'obtient sans difficulté, tant cette matière textile est apte à s'emparer des principes qui produisent cette couleur. — Il y en a un très-grand nombre dô nuances; mais il en est deux surtout qui sont très-recherchées dans le commerce des draps : le noir façon de Sedan^ le noir façon d'Elheuf, Pour ces deux Ions, on donne un pied de bleu de cuve, plus fort pour le premier que pour le second ; puis on passe en chaudière avec les ingrédients suivants, calculés pour 100 mètres de drap :

Pour le noir de Sedan : 25 kil. de sumac et 25 kîl. de campéche, ef, après la teinture, 25 kllog. de couperose verte;

Pour le noir d'Elbmf : 15 kil. de sumac, 30 de campéche, 5 de bois'Jauoe, 12 kil. de couperose verte et autant de couperose bleue.

6. Pour les min petit teint^ on ne donne pas de pied de bleu, mais, en échange^ on a recours à un bouillon avec 6 kil. d'alun et 2 kil. de tartre.

Pour la laine en flocons destinée à Tarticlc nimvecaUé, on emploie par 100 ki). de laine : 40 kil. de campéche efûlé, 2 de bois Jaune, 3 d'orseille, i 1/2 d'alun, I 1/2 de tartre et 4 de couperose.

Mais ces nom déchargent et salissent les couleurs auxquelles on les associe. On évite cet inconvénient en remplaçant la couperose par le bichromate de potasse. On opère ainsi qu'il suit : . On donne un bouillon d'une heure à la laine dégraissée dans un bain fait avec 2500 litres d'eau, 2 kil. 1/2 de bichromate de potasse et i 1/4 de tartre blanc. On lave ensuite la laine au panier, après une heure de pose sur la chaudière. On teint ensuite dans un bain monté avec 40 kil. de campéche, 3 d'orseille et 1 1/2 d*alun.

c. La laine mordancée en bichromate et tartre peut recevoir des couleurs bronze^ qui n'ont rien de comparable pour l'éclat et la beauté.

Voici une dose de drogues qui fournit un bronze assez beau : 20 kil. de bois jaune, 3 de campéche, 3 de santal, 6 de garance, 2 de curcuma et 1 i/2 d'alun.

d. La couleur noire sur soie est une des plus difficiles à fixer d'une manière solide et belle. On procède toujours par une combinaison préalable de la soie avec le tannin (noix de galle ou extrait de châtaignier), dont elle s'empare avec une grande facilité et en abondance. Après l'engallage,^ on passe le tissu dans un bain de pyrolignile de fer à 4 ou 5<*. On répète les mêmes manipulations dans les deux sortes de bains de plus en plus faibles, et on termine par une eau de savon chaude (1).

(1) Afin de diminuer considérablement le prix des étoffes de soie, on a pris la fâcheuse habitude de charger les noirs, c'est-à-dire d'augmenter le poids des soies, et par conséquent le volume des brins, ce qui fait natureUement qu'il y an a un moins grand nombre pour une surface donnée de tissu. On arrive à ce résultat en donnant à la soie un fond de prussiate, la passant ensuite trois fois dans un bain concentré de pyrolignite à 3 Op. 100, avec des intervalles de lavage et de savonnage bouiÙant, repassant en prussiate, donnant un bain de cachou à 250 p. 100, savonnant dans un bain à 50 p. 100, et enfin avivant dans de Teau aiguisée d'acide chlorhydrique.

En opérant ainsi,tOO grammes de soie, qui perdent habituellement 25 grammes

la cuisson, se trouvent, après teinture, peser 120 grammes, et parfois même

150^ lorsqu'on a complété la surcharge par un bain de sucre (sucre de canne

pour les couleurs claires, glucose.pour les couleurs foncées) additionné d'un

peu de coloquinte pour rendre cette surcharge méconnaissable au goût.

Ce sont là de véritables fraudes, qui malheureusement sont devenues générales, surtout pour les couleurs modes à bas prix.

480 SOIXANTE-DOUZIËMB LEÇON.

e. Pour le CotoD, on peut indifféremment commencer par le mordan;age en sel de fer pour finir par lu bain astringent (galle, campOcbe et sumac mélangâs}^ ou exécuter l'opératian inTcrse, c'est-à-dire, engaller d'abord el brunir ensuite avec le pjralignils de Ter i 2 ou 3'. — Pour donner aus nuances plus de brillant et de EOlidilé, an passe en bain blanc Tait arec 40 kil. d'eau de soude ô 1° et I kil. d'Iiuilo tournante.

Aucun noir n'est comparable pour la besulé cl la solidité au noir d'aniline tel que H. Karl Stalars, de Lille, le prépare pour le lin el le colon, soit en fil, soîl en toile. Ce nuir, que sou inventeur a désigné sous le nom de noir /Vannais, résiste aux lessivages réitérés, au foulon et au chlore. Les Icinluriers de Roubaix, de Rouen, de HoaDDe, de Cambrai, de Cholel, de Valenciennes, de l'Alsace, etc., l'ont adopté pour créer de nouveaux genres de tissus qui soal actuellement trèsrépandus sous les noms de noirs tnallérabtes, noirs indestructibles. Dès ISsff, H. K. Stalars obtenait pour sa découverte une médaille d'argent à l'exposition régionale de Itouen.

V, TclnlBrcen T«rl. — Pendant longtemps lesverfsont été obtenus dans les ateliers avec le lilcu de cuve ou le bleu de Saxe et un Jaune approprié àla nature de l'élolTc ainsi qu'au bleu qui sert de pied.

Les verts de cuve eont solides ; les verts de Saxe sont plus brillants, mais ils n'ont pas la fixité des premiers.

Dans te Midi, lagaudeesl employée, àl'excluslon de toutes les antres matières tinctoriales, pour la teinture des draps tins en veti-drajon et vert-douane. On applique le jaune sur l'étofTc leinle en imligo et bien dépouillée par des lavages de l'alcali qu'elle a pris dans les cuves.

A Eibcuf, Louviers el SoJan, on se sert de la gaudc el du bois Jaune pour les verts solides, dont on varie les nuances en changeant la force des pieds de bleu de cuve.

Pour les verti de Saxe, on teint le plus souvent en curcuma, qui s'applique plus rucilcmenl.

Mais depuis une tierilainc d'unnées, on fait des verts-prinlemps et des verts-nouveauté au moyen du carmin d'indigo, qu'on fixe par l'alun et le tartre, et d'un bain de guude, ou préférablemcnt d'acide picrique ou de picrale de soude,

C'eet surtout pour les colons filés, pour les étolTes en laine A bas prix, les tartans, les llanelles, qu'on utilise le carmin d'indigo.

Pendant quelque temps, à partir de )8Sj, M. Cuinon oblint de magnifiques nuances au mejen du Lo-Kao ou indigo verl de Chine, sur velours et sur soie. Ces nouvelles nuances, désignées sous les noms de vert-Vénus et vert-Azof firent sensation parce qu'elles paraissent plus belles à la lumière artificielle qu'à la lumière du Jour ; mais elles ont été délrOnées par les différents verls d'aniiim dont je vous ai parlé précédemment.

C'est surtout le vert Hofmann, dit vert de nuitj fabriqué par MM. Girard et de Laire, qui a la préférence dans les ateliers. On l'utilise principalement pour la soie et la laine. On le trouve dans le commerce à l'état de pâte^ qui se dissout facilement dans l'eau. Les nuances qu'il fournit sont fort belles, notamment à la lumière artiBcielle.

On obtient aussi des verts brillants sur laine en teignant d'abord en bleu avec le bleu Nicholson additionné de borax et passant ensuite les fils ou les tissus dans un bain d'acide picrique fortement chargé d'acide sulfurique. — Pour les étoffes chalne-coton, on donne en premier lieu un fond de bois jaune ou de quercilron mélangé d'une égale quantité de sumac; on teint ensuite dans le bain de bleu Nicholson, auquel on a ajouté du savon en diminuant la proportion de borax, et on avive dans une décoction decurcuma mélangée de carmin d'indigo et d'acide sulfurique. De celte manière, les fils de laine et de coton sont teints en une nuance égale et ne présentent pas ces alternatives de tons qui ont l'apparence de teintures en double nuance.

L'exposé précédent, tout incomplet qu'il soit, suffit pour vous donner une idée convenable de la théorie et de la pratique de ce bel art de la teinture, qui s'enrichit chaque Jour des découvertes de la chimie moderne. A ceux d'entre vous. Messieurs, qui voudraient en acquérir une connaissance plus profonde. Je conseillerai la lecture attentive des ouvrages suivants :

Éléments de teinture^ par Berthollet.

Art de la teinture du coton en rouge^ par Ckaptal.

Cours élémentaire de teinture^ par Viialîs.

Chimie appliquée aux arts, VIIP volume, par M. Dumas.

Traité de la théorie générale delà teinture^ par M. Chevreol; et les remarquables articles du môme savant, insérés dans le Dictionnaire technologique (t. XXI), la Revue scientifique^ et les Comptes rendus de l'Institut.

Traité théorique et pratique de l'impression des tissus^ !«' volume, par Persoz.

Art de la teinture des laines^ par GonfreviUe.

Traité sur la constitution des fibres t-xtUes et base microscopique de la teinture, par M. Oschatz.

Recherches et itiques et expérimentales sur la théorie de la teinture , par Bolley.

Traité des matières colorantes^ par M. P. Schutzenberger.

Traité pratique du hlanckiment, de la teinture et de l'impression sur étoffes^ par M. Michel de Vinant.

. Le Teinturier au iix* siècle, par M. Théophile Grison.

Le Teinturier universel et la Coloration industrielle^ Journaux spéciaux publiés sous la direction de M. Jacob.

Le Moniteur àe la teinture et de timpression des tissui, Joamal bimensuel publié sous la direction de M. Félix GooiUon, chimisle-ingénienr.

Plusieurs Mémoires de M. D. KisppoUn sur la te|ntar6, insérés dans les Annales du génie civil et dans les Archives d$ l'inimitriè\pt **^ w^if.'

Enfin les Bulletins de ta Société dtenkùHfa§9mm* ' trielle de Mulhouse et de la Société indÊUirkHi^ ^ Moniteur scientifique de M. Qa6iiievillt« ^ .; .-i

GnuBDiR. — IV.

DES MATIÈRES TINCTORIALES (surrB).

SoMMAiRB. — Principes généraux de la TEtNTnaB par impression. — De# rents modes de fixer les matières colorantes aux tissus. — Méthodes pour le coloriage des étoffes. — Des moyens mécaniques d'impreMion. — Mordançage des toiles. — Épaississage des mordants et des conleiirs. — Oxydation et dégommage des pièces mordancées. — Da garançage et des autres modes de teinture. — Traitements d'avivage. — Couleurs d'application ; couleurs fixées par vaporisage ; couleurs à ralbumine, etc. — Étude de différents genres de fabrication.

§ 8. — Teinture par Impreielon.

En teinture, on donne aux étoff'es une couleur uniforme ;^ mais, pour la fabrication des tissus imprimés, on ne colore que certaines parties de Tune de leurs faces, au moyen d'une ou de plusieurs couleurs, de manière à y figurer des dessins. Le prix de' ces tissus ainsi coloriés croit avec le nombre des couleurs et surtout avec leur pureté et leur solidité.

C'est donc une véritable peinture qu'on exécute, et comme dans le» Indes et en Perse^ où naquit cet art, on se servait du pinceau pour appliquer les couleurs, le nom de toiles petjiies remplaça à juste litre ceux à*indiennes et de perses qu'on avait donnés d'abord aux tissus ornés de couleurs venant de l'Asie.

Il y a plusieurs manières de fixer les matières colorantes aux tissus :

l^Par application simple. — Tels sont les procédés analogues à la peinture à l'huile ou à l'eau. — La matière colorante est appliquée le plus souvent toute formée, par simple évaporation du dissolvant, ou bien la couleur acquiert son développement complet par l'action oxydante de l'air, mais elle ne contracte guère de combinaison intime avec la fiibre textile ;

2<^ Par application solide. — On produit sur le tissu môme, et de manière à faire corps a\ec la fibre, des matières pourvues de couleurs, qui ne peuvent être détachées que par l'intervention d'agents chimiques : le peroxyde de fer, le chromatc de plomb, le bleu d'indigo, le noir d'aniline sont dans ce cas ;

3* Par vaporisage, — Au moyen de la vapeur d'eau, agissant par sa chaleur et par sa présence qui facilite un grand nombre de réactions, on parvient à fixer sur les fibres poreuses des tissus une infinité de matières colorantes: telles sont, par exemple, celles qui forment des laques avec les mordants, le bleu de Prusse (provenant des prussiates décomposés à chaud par les acides), les couleurs d'aniline.

Très-usitée sur co.toD, cette méthode sert encore plus généralement pour la laine et la soie ;

4« Par fixation mécanique. -^ La matière colorante est appliquée toute formée et à l'état de poudre insoluble retenue dans des vernisy ou, comme on le fait sur une grande échelle depuis un certain nooh hre d'années, elle est incorporée dans une dissolution d'albumine, de caséine on de gluten.Ges derniers corps sont fixés mécaniquement par le moyen du vaporisage; aussi ce mode n'est-il le plus souvent qu'une Tarîante du précédent ;

8<^ Par mùrdançage et teinture. — C'est le procédé fondamental de l'industrie dont je m'occupe en ce mQment. On imprime des mordants convenables sur des points déterminés de la surface des toiles, c'est-àdire des solutions salines, incolores, d'oxydes métalliques, puis on passe les tissus dans un bain colorant, comme pour la teinture ordinaire. La matière colorante s'attache et se combine fortement sur les parties imprégnées de mordants, de sorte qu'il en résulte, dans ces seuls endroits, des couleurs vives et inaltérables; tandis que la même matière, ne tenant que faiblement sur les autres parties non imprégnées de mordants, on la fait disparaîtra par un simple lavage à Teau courante et l'exposition pendant quelques jours sur le pré ou, mieux encore, par des passages dans des bains de son^ de savon ou d'hypochlorites alcalins.

C'est là le mode le plus général pour les tissus de coton; il tend cependant à être remplacé peu à peu par le mélange des matières colorantes, obtenues actuellement dans un grand état de pureté, et de sels faisant fonction de mordants, mélange que l'on soumet après l'impression au vaporisage. Ce nouveau mode peut s'appeler une teinture à la vapeur;

6<> Par conversion. — Une couleur étant fixée sur un (issu, on peut souvent la convertir en une nuance plus claire ou plus foncée, ou même en une autre nuance au moyen d*agents chimiques qu'on foit intervenir sur elle après coup. C'est là ce qu'on appelle des couleurs de conversion.

Le bichromate de potasse et les autres chromâtes solubles sont souvent utilisés pour rehausser par conversion le ton d'un grand nombre ûe matières colorantes végétales.

L'emploi de ces sels et de semblables agents d'oxydation s'allie aussi avec les couleurs par application solide ou par vaporisage et en rend la fixation plus complète.

Evidemment, Messieurs, ces différents moyens ne sont pas également bons pour toutes les couleurs, et les uns ou les autres sont choisis suivant la nature des matières colorantes ou les genres de &brication*.

Envisageons maintenant les principales ïûéibfi^ pour le coloriage des tissus, c'es^-à-dire pour*

484 SOIXANTE-TREIZIÈMB LEÇON.

chaque couleur d'après l'un des modes de fixation, qui Tiennent d'ôtre indiqués.

1<» On peut appliquer les couleurs aux étoffes par impression directe^ en produisant à volonté une forme sur un fond blanc, ou un fond avec une forme blanche réservée dans la gravure.

%^ On peut aussi fixer uniformément ces couleurs, sauf aux places où une préparation convenable, dite réserve ou résiste (1 ), a été imprimée préalablement.

3<^ Ou bien sur le fond uni, une fois obtenu, on réalise des impressions enlevages ou par rongeantSy au moyen d'agenis chimiques qui font réapparaître le blanc primitif du tissu, et qui parfois le remplacent par une couleur différente de celle du fond.

Les diverses matières colorantes peuvent souvent, elles-mêmes, être employées comme couleurs réserves sur un fond quelconque, ou comme couleurs enlevages sur d'autres fonds unis.

Moyens mécaMlqaes d'impressioB. — L'application des couleurs ou des mordants, des réserves ou des rongeants, se fait par divers moyens mécaniques. Il y a plusieurs procédés d'impression : au bloc ou à la planche; à la planche plate; au rouleau; à la perrotlne; au jmétier à surface. Ils reposent sur l'emploi de gravures en relief ou en creux, et ils sont intermiUentSf c'est-à-dire rappellent l'impression à la ' main, ou continus, c'est-à-dire obtenus mécaniquement.

Je vais les passer rapidement en revue en suivant l'ordre chronologique des inventions.

Le bloc ou la planche est une pièce de bois de poirier, de buis^ ou de sycomore, portant en relief le dessin qu'on veut imprimer sur les

étoffes (p.g. 1253). Lorsque le dessin est trop compliqué, et que les traits doivent être très-fins, on les obtient au moyen de petites lames de cuivre qu'on fixe dans le bois F.g.im. -r rianche d impression pour g^ jont OU remplit quelquefois.

le travail a la main. , . *

suivant les exigences du dessin, les intervalles avec du feutre ou du drap; mais le plus souvent on se sert de clichés métalliques obtenus par la méthode du polyiypage. Ce dernier mode permet d'avoir, avec une seule matrice, un grand nombre de cachets, ce qui diminue singulièrement les frais de la gravure (2).

(1) Les substances qui servent ainsi à empêcher les couleurs de s'appliquer sur certaines parties des toilesi portent dans les ateliers le nom de réserves quand la couleur générale de la pièce est du bleu d'indigo à la cuve, et celai de résistes pour toutes les autres couleurs.

(2) L'alliage qui sert à cet usage était d'abord fait avec un mélange de bismuth, de plomb et d'étain, mais depuis la cherté excessive du premier de ces

La planche gravée se cl^arge de mordant ou de couleur^ lorsqu'on Tappuie légèrement sur la surface d'un châssis en drap recouvert uniformément, au moyen d'une brosse, de la préparation à imprimer; ce châssis repose sur une toUe cirée qui couvre une dissolution gommeuse très-épaisse ; c'est ce que l'on appelle dans les ateliers baquet de favise couleur, .

On applique ensuite la planche sur le tissu de manière qu'elle dépose la couleur sur ce dernier, qu'on a eu soin de disposer et de tendre bien également sur des tables plus longues que larges, dont la surface est dressée au rabot et recouverte de deux tapis en drap ou en serge flzés par leurs extrémités aux deux bouts de ces tables.

Voici un plan et une coupe verticale TT ifig. 1254] d'uoe de ces tables

Fig» 1SS4. — Table d'imprewion.

d'impression avec ses accessoires. A l'un de ses bouts D se trouve une bobine A sur laquelle est enroulé le tissu qui doit recevoir l'impression; & Vautre, mais à une certaine élévation, sont des roalettesH, qui servent à la suspension du tissu pour en assurée la prompte dessiccation avant qu'il se dépose sur le chevalet G. On voit en S le châssis sur lequel on étend la couleur & imprimer; la petite gamelle m en contient la provision nécessaire au travail de la journée.

On porte alternativement la planche sur le châssis et sur le tissu jusqu'à ce que toute la pièce soit imprimée, et, à chaque coup de planche, l'ouvrier frappe sur le dos de celle-ci, soit avec le poing, soit avec un petit maillet, pour mieux faire pénétrer la couleur ou le mordant dans le tissu.

métaux, on le compose de la manière suivante: 1 kilogr. d'étain, 1 kilogr* de plomb et 60 grammes d'antimoine. Ce dernier métal sert de régulateur pour augmenler ou diminuer la ténacité de l'alliage.

A quelle époque ce mode d'appliquer lea couleurs à la surface des toiles remplaça-t-il la peinture au pinceau des Indiens et autres Orientaux? C'est ce qu'il est bien difficile d'établir; mais comme les Grées, au dire de Persoz, imprimaient, déj& ayant la prise de Gonstantinople, des images à l'aide de plancher gravées en relief, et que de temps immémorial les Indiens appliquaient, au moyen de tubes appropriés, des réserves à la cire sur les toiles qu'ils teignaient ensuite à l'indigo, il est naturel de penser que c'est à la connaissance de ces opérations qu'on doit l'usage des blocs dont on se sert encore aujourd'hui.

Vers 1770, un Écossais du nom de Bell emprunta à l'impression en taille-douce des graveurs la seconde méthode de déposer les couleurs ou les mordants sur les toiles, qui prit le nom d*imi>r€ssion à la pUifiche plate. Cette planche plate est une feuille de cuivre d'un n^ètre carré de surface environ, gravée en creux au moyen du poinçon ou de l'eau* forte. On étend la couleur ou le mordant sur cette planche, qui s'avance sous un rouleau fournisseur et se retire ensuite; dans ce mouvement, elle est essuyée par une lame d'acier élastique et bien dressée, dite racle ou docteur, qui enlève toute la couleur, à l'exception de celle qui remplit les creux de la gravure. La planche est ensuite pressée contre l'étoffe qui passe au-dessus d'elle, et elle y imprime la couleur dont elle est chargée.

Ce procédé fut surtout employé pour les impressions des mouchoirs et des cravates et il permit d'obtenir des dessins d'une délicatesse et d'un fini que l'usage d'une planche chargée de reliefs ne pourrait donner.

Mais aucun des deux systèmes ne produisait beaucoup de travail; il en résultait que les tissus imprimés se maintenaient à dos prix trèsélevés. On chercha donc les moyens de rendre l'impression continue,

et on y parvint en employant des cylindres gravés, soit en relief, soit en creux, et déposant régulièrement la couleur sur toute la largeur des pièces dont la longueur pouvait être indéfinie.

C'est un nommé Ebinger, de Saint-Denis près Paris, qui employa le premier des cylindres gravés en relief à la manière des planches à la main; son brevet d'invention est du 16 juillet 1800. La figure 1255 donne une idée suffisante de sa machine, qui reçut Fig. IÎ55.— Machiiie d'Ebinjçer le uom de plombine et qui fut immédiate-

^J^vé^L^'^eUf.''" """ ''"'''" «lent adoptée dans la fabrique de Jouy et

dans celle de Beauvais.

On voit en F le cylindre en bois qui est gravé en relief sur sou pourtour ; il est placé sur deux montants au-dessus d'un rouleau four-

VJ IJI.Wl JJIJJJJ

nîsseur A, qui plonge dans un baquei à moitié rempli de la couleur qui doit être déposée sur la toile ; une brosse h est destinée à étendre uniformément cette couleur sur le rouleau. La toile, qui se déroule d'une bobine H, passe au-dessus du cylindre gravé chargé de couleur, et elle reçoit en même temps, d'un rouleau supérieur C, une pression convenable qui détermine son impression.

Celle machine d'Ebinger avait trop de défauts pour ne pas être abandonnée en France, lorsqu'en 1801 Oberkampr,de Jouy (t), importa

(1) La vie d'Oberkampf peat offrir d'utiles enseignements, en montrant comment, avec de Tinstruction, do la persévérance et une bonne conduite, il est possible à tout homme de s'élever de la situation la plus humble à la position la plus brillante. Né à Wissembach, dans le marquisat d'Anspach, le 11 juin 1738, Oberkampf apprit sous son père, habile teinturier tixé à Âarau, en Suisse, la pratique d'un art qui était alors nouveau pour l'Europe : la fabrication des toiles peintes. Poussé par les inspirations de son génie et soutenu par le sentiment de sa force, il quitte la maison paternelle à dix neuf ans, pour venir tenter la fortune en France, où l'impression des toiles commençait à s'introduire. Pauvre et inconnu, il débute comme dessinateur, coloriste et imprimeur, chez un nommé Cabannes, qui venait de créer une fabrique d'indiennes au Clos-de- TArsenal, à Paris. Deux ans après, avec vingt-cinq louis pour toute fortune, il s'établit dans la vallée de Jouy, et là, dans une chaumière, avec quelques ares de prairie pour étendage, il jette les fondements d'une fabrique qui devait plus tard occuper mille ouvriers.'

Malgré les obstacles de toute nature contre lesquels il faut qu'il lutte dès son début, Oberkampf ne tarde pas à voir son activité et son savoir couronnés du plus heureux succès. Une dame de la cour déchire une magnifique robe de Perse. Oberkampf lui en fournit une aussi belle, et bientôt il n'est bruit que de ce prodige. L'indienne de Jouy devient à la mode. La reine, les enfants de France, toute la cour de Versailles, veulent connaître l'habile ouvrier. Ses toiles meublent les demeures royales; sa réputation et son crédit s'étendent à l'étranger ; et, en peu d'années, il voit la Normandie, Lyon et le Beaujolais adopter une industrie qu'il a mise en honneur. Le roi Louis XVI reconnaît l'établissement de Jouy comme manufacture royale, et, par acte de 1787, il donne des lettres de noblesse à l'artisan luthérien d'Aarau.

La révolution aiTèta momentanément la prospérité croissante de la fabrique de Jouy, mais, après le 9 thermidor, une ère nouvelle se leva pour elle. Un des neveux d'Oberkampf, Samuel Widmer, rendit d'immenses services à son bienfaiteur, par les connaissances chimiques qu'il avait acquises sous Chaptal et BerthoUet. Oberkampf fonda, plusieurs années apr^, une filature de coton h Essonnes, de manière qu'il recevait le coton en balles, le filait, le tissait dans ses propres ateliers, et ne le rendait qu'en toiles peintes. Napoléon avait une haute estime pour cet homme, qui, ainsi que lui, avait fondé sa fortune de ses propres mains, et qui, dans la crainte de perdre sa liberté, avait repoussé les honneurs dont il voulait le combler. L'Empereur attacha un jour à son habit la croix d'or de la Légion d'honneur qu'il portait, en lui disant que personne n'en était plus digne. « Vous et moi, ajoutait le grand homme, nous faisons- une a bonne guerre aux Anglais : vous par votre industrie, et moi par mes armes; « mais c'est encore vous qui faites la meilleure. » L'invasion de 1815, en portant l'inaction et la terreur dans les ateliers d'Oberkampf, abrégea les Jours du noble vieillard, qui répétait souvent : a Ce spectacle me tue. » Il monrvit dana ^m, bras de ses enfants, le 4 octobre 1815, âgé de soixante-dis-MB' sa patrie adoptive un nom glorieux, dont elle est fière.

dans sa belle manufaciurc, longtemps sans rivale, les cylindres de. cuivre gravés en creu^ que l'Écossais Rell avait le premier subslilués à , SB planche plaie el avccloâguclsla maison Livessy, llargrave, tiall et C", de Manchester, oblenaii de trés-bclles impressions depuis I78S. Cenouveau mode d'op(>rer causa une révolution dont les elTets sur la. prospérité de l'art Turent incalculables. Ces cylindres ou rouleaux (fig. 125f);ont environ I mètre de long sur

iE3ESS3SSE7r-a!aEEi

12 à 20 cenlimÈtros de diamëlre, el parfois mCmc davantage ; ils portent en creux, sur toute leur Burface, les dessins à imprimer. Ils sont disposés dans un bâti en fonle iPa. 1257), demanii^re à tourner el à ûlra

pressés contre l'étoire, en emportant avec eux les mordants ou loi'^ couleurs à fi\er sur celle-ci. lisse chnrgeul de couleur en tournant daoi I une boite qui contient la malit-rc Eunisammcnt épaissie, et, avaot J

d'ôtre pressés conire la loile, ane lame ou docteur^ en effleurant leur surrace, la nettoie de l'excédant qui brouillerait le dessin.

Pour obtenir des impressions plus riches, Adam Parkinson,de Manchester, a imaginé de disposer sur le môme bAti deux, trois et môme un plus grand nombre de cylindres qui, en agissant successivement sur la toile qui passe au-dessus de chacun d'eux, donnent la facilité d'imprimer à la fois, sur cette toile, deux, trois et môme un plus grand nombre de couleurs ou de mordants différents.

Les machines à rouleaux permettent ainsi, non-seulement de fabriquer, en fort peu de temps et avec une grande économie, des masses de toiles peintes, mais elles apportent dans la fabrication une précision et une correction inconnues avant leur emploi.

Grâce à l'heureupc rivalité qui n'a cessé de régner entre les constructeurs mécaniciens de l'Angleterre, de la France et de l'Allemagne^ nos fabriques possèdent aujourd'hui des machines à 8, à 12 et mOme à 16 rouleaux fonctionnant simultanément dans le môme bâti. Les maisons A. Kœchlin et C'^, Huguenin-Ducommun, de Mulhouse, luttent avec succès contre les constructeurs anglais pour la confection des machines à imprimer.

Depuis 1834, M. Perrot, de Rouen, a doté les ateliers d'impression d'une nouvelle machine que la reconnaissance publique a nommée Perrotine, non moins précieuse que la machine à rouleaux, et qui remplace parfois dans les fabriques le travail à la plancbe, toujours si lent et si coûteux.

La perroline se compose de 3, 4 et môme 6 planches de bois gravées en relief, à la manière des planches ordinaires, ou de planches de fonte revêtues de clichés métalliques, d'une longueur égale à la largeur du tissu à imprimer, et larges de 5 à i5 centimètres environ. Elles sont mobiles, mais placées, comme les rouleaux, sur un bâti en fonte; Par un mécanisme très-ingénieux, elles sont chargées de couleur, puis pressées successivement contre la pièce qu'il s'agit d'imprimer, et qui passe d'elle-même, conmie dans les machines à rouleaux, devant chacune de ces planches.

Deux hommes, avec cette perrotine, sufBsent pour imprimer en trois couleurs 25 pièces environ de calicot par jour. Ils font donc le travail de 25 imprimeurs et de 25 tireurs, puisque le travail d'un imprimeur aidé d'un tù'eur (i) ne dépasse guère, terme moyen, une pièce à 3 couleurs ou à 3 mains.

La perrotine est une excellente machine qui a été promptement adoptée dans les établissements. Son introduction dans les atelien

(1) On appelle tireur^ dans les fabriques^ Tenfint chti brosse, sur les châssis, les couleurs que l'ouvrier inf les tissus avec les planches gravées.

490 SOIXANTE-!-TRElZIÈM£ LEÇON.

d'impression sur coton et sur laine doit êlre considérée, à juste litre, comme ayant fait époque, puisqu'elle exécute avec une merveilleuse précision et une économie inespérée le genre de travail que l'on ne pouvait accomplir auparavant que par les mains des plus habiles ouvriers. De 1834 à 1844, plus de 350 perrotines ont été livrées à l'industrie. Son inventeur a été Justement récompensé par la décoration de la Légion d'honneur et la médaille d'or d l'exposition des produits de l'industrie en 4839.

Un autre mode d'imprimer est celui qui consiste dans l'emploi du métier à surface. Cette machine, connue seulement Jusqu'ici en Irlande et en Angleterre, remplace, comme la perrotinc, le travail à la main, et sert surtout pour appliquer les couleurs qui présentent quelques difficultés dans l'impression au rouleau.

Elle se compose d'un cylindre ou rouleau de bois, sur lequel sont appliqués des clichés métalliques offrant en relief les dessins qu'il s'agit de reproduire sur les toiles. Ce cylindre peut aussi être gravé à la manière des planches ordinaires. Il est disposé sur un bâti en bois ou en fonte> mais la couleur lui est fournie par un drap sans fin qui passe dans une auge remplie de la malière convenablement épaissie. Avant de déposer cette dernière sur le cylindre de bois gravé, le drap est essuyé par un docteur qui enlève l'excès de la couleur et sert en outre à régler la fourniture. Le drap, en tournant, dépose sa couleur sur le cylindre, et celui-ci, à son tour, l'applique sur la toile, qui marche en sens contraire du drap. Aujourd'hui on n'a plus recours au drap sans fin ; des fournisseurs élastiques en colle et glucose, recouverts d'une mince couche de caoutchouc et se réglant au moyen de vis et de leviers, simplifient le travail de cette machine.

A vrai dire, le métier à surface n'est autre chose que l'ancienne pUmbine de Jouy^ mais singulièrement perfectionnée dans les ateliers de M. Duffey, de Dublin. Burlon, puis M. Howston, de Manchester, ont construit des machines dites Mule-Machine, qui ne sont que la réunion, dans un môme système, de cylindres en cuivre gravés en creux et de cylindres en bois gravés en relief. Elles participent donc de la machine à rouleaux de Bell et du métier à surface. Leur emploi permet d'obtenir une grande perfection et des effets qu'il serait impossible de produire avec le seul rouleau sans le concours de la planche.

Je ne vous parle pas^ Messieurs, de plusieurs autres machines qui ont été inventées pour faciliter et simplifier l'impression, telles que celles de Geers, d'Hémet, de Miller, d'Héruville, d'Unsworth, de Dubosq, etc., parce que ces machines, dérivant plus ou moins des précédentes, n'ont pas été adoptées généralement (I).

(1) Pour plus de détails» tant sur les machines \ imprimer que pour toutes les autres part'es de rai*t de l'imprimeur sur tissus, je renvoie à rexccllent et classique ouvrage de mon ancien ami Persoz : Traité théorique et pratique de rim-

Tout récemment, M. Bossi, en Autriche^ M. Wulveryck, en France, ont imaginé des machines qui permettent de réaliser une économie assez considérable dans l'impression des chûles cachemires imitation de rinde, qu'on faisait Jusqu'alors à la main.

On n'emploie généralement, dans les ateliers d'indiennes, que des mordants trùs-solubles, incristallisables et dont l'acide, susceptible d'ailleurs de se volatiliser, n'adhère que faiblement à sa base. Les chlorures d'étain, l'acétate de cuivre, mais surtout les acétates d'alumine et de fer, remplissent très-bien ces conditions ; aussi sont-ils préférés.

Quand les toiles doivent être entièrement imprégnées de ces mordants, on n'épaissit pas ceux-ci, mais on y passe une ou deux fois les toiles au foulard. C'est là ce qu'on appelle foularder ou plaquer en mordant.

La teinture unie des étoffes par foulardage ou placage se fait souvent aussi au moyen d'un rouleau ordinaire d'impression recouvert uniformément de ciselures obliques ou de picots très-rapprochés ; c'est ce que l'on appelle imprimer un fond par maitage.

Après le placage, on laisse presque toujours les pièces enroulées pendant quelques heures, pour qu'elles s'imprègnent bien du mordant dans toutes leurs parties^ puis, pour que ce dernier reste également réparti dans toute leur étendue, ce qui est indispensable pour obtenir dans l'opération ultérieure de la teinture des fonds parfaitement unis, on soumet les pièces à une dessiccation brusque en les faisant circuler dans des étuves ou chambres chauffées à 35 ou 40^ par des calorifères (c'est ce qu'on appelle Eoti-flae), ou mieux en les faisant passer un peu au-dessus de cylindres ou de plaques reliées entre elles, de la largeur de l'étoffe, dans lesquels circule de la vapeur.

Quel que soit le mode d'impression employé, le traitement des étoffés est à peu près le môme. Dans ce qui va suivre, Je vous parlerai principalement des toiles de coton et des genres par teinture de mordants.

É^ftlMlMAire des mordamU. — Lorsque les mordants doivent être seulement appliqués en des points déterminés^ c'est-à-dire imprimés au moyen des planches, des rouleaux ou de la perrotine, on leur donne une certaine consistance avec de la gomme du Sénégal, de l'amidon cru ou torréfié, du léiocome, de k dextJ^iaei de la gommeline, de la

preision des ii$$m{h vol. iii-# Mson). ~ On trouven aussi des détaiift inlA ^ las Grandes Usines de M. Targ»o, >• »• — Consulter également ï'jlm M* Kœppelin {Annalee et Arthi 87' fascicnles, t. Vm, n JàÉfkr

492 SOKUNTE-^TREIZIÈME LEÇON.

fleur de farine, ou on mélange de gomme et de terre de pipe, suivant le genre d'ouvrage. On emploie encore parfois la gomme adragaote, le salep, la gélatine.

Afin d'apercevoir plus facilement les dessins sur les toiles, on co lore habituellement les mordants avec une légère dose d'une décoction de la matière colorante qui doit servir à la teinture définitive, ou, comme on le fait aujourd'hui dans beaucoup d'établissements, avec les nouvelles couleurs artificielles (rouge, violet ou bleu d'aniline).

L'art d'épaissir les mordants, selon la nature de l'impression, est one des opérations les plus importantes de la fabrication des indiennes; fl exige une longue pratique, et de lui dépend souvent tout le succès. En général, on a égard aux quatre conditions suivantes :

i^ Pendant l'impression, l'épaississant ne doit pas être un obstacle à la combinaison des mordants avec le tissu.

2<» L'épaississant doit pouvoir être séparé facilement de l'étoffé par des lavages ou dégorgeages.

30 Pour certaines teintures, pour celle en garance surtout, il est important que l'épaississant puisse s'enlever sans retenir les parties du mordant qui ne sont pas combinées au tissu, car dans beaucoup de cas ces parties ainsi détachées précipiteraient de la matière colo rante, appauvriraient le bain et occasionneraient une mauvaise teinture.

4® Enfin, l'épaississant ne doit pas réagir sur le mordant de manière fl le décomposer. On n'emploie donc jamais la gomme pour épaissir les mordants à base de peroxyde de fer à un certain degré de concentralion, de prolochlorure d'élain, de sous-acélate de plomb, etc., parce qu'elle est coagulée par ces sels.

L'amidon cru donne une plus grande consistance que tous les autres épaississants ; la gomme du Sénégal épaissit plus que le léïocome, et celui-ci plus que la dextrine. Les deux dernières substances conviennent particulièrement pour les solutions alcalines et acides ; quant à la gomme, elle sert surtout pour les impressions délicates au rouleau cl à la planche plate.

Deux mordants de môme densité, mais épaissis avec des matières différentes, donnent des teintes dont l'éclat et l'intensité varient suivant la nature de l'épaississant : on remarque, par exemple, qu'un mordant à l'amidon se combine plus facilement avec l'étofTe et fournit des teintes plus foncées que le même mordant à la gomme : cette variation tient, en général, d'abord, à une action spéciale'des mordants sur les épaississants, ensuite à ce que ceux-ci étendent plus ou moins les couleurs; ainsi, il est évident que iOO grammes d'amidon blanc étendent bien moins que 300 grammes de gomme du Sénégal, ce qui donne cependant à peu près le ihôme degré de consistance.

Pour certaines couleurs, la gomme est préférable, parce qu'elle communique aux nuances pli Tue, mal-

gré les lavages, il reste toujoars un peu d'épaississant avec le mordant.

Les doses de chaque matière épaississante varient avec la nature des mordants, avec les modes d'impression, avec la profondeur de la gravure et même avec la saison ; la qualité de l'épaississant est encore une cause considérable de variation dans le dosage ; ainsi un amidon grillé pAle s'emploie en quantité beaucoup moindre qu'un amidon grillé foncé ; il en est de même pour le lélocome et la dextrine.

Toutes ces considérations m'empêchent de vous donner des indications plu» précises sur le dosage des épaississants.

L'épaississage des mordants ou des couleurs d'application se foit à froid, avec la gomme adragante,la caséine et l'albumine. On l'effectue à chaud avec la gomme, la gommeline, la dextrine, le léîocome et les amidons grillés, en allant jusqu'à l'ébullition. Lorsqu'on fait usage d'amidon cru ou de farine, on opère la cuisson du mélange dans des chaudières à double fond chauffées par la vapeur. Jusqu'à ce que l'empois soit çrrivé à la conûstance convenable.

Voici la figure de l'appareil à cuire les mordants ou les couleurs généralement adopté dans les fabriques^ depuis que mon ancien élève Claudius Amaudtizon l'a importé d'Angleterre îfig. 1258).

Ftg. iJU(8. — AppAreil pour la cuisson des mordants et des eoaleors.

Les chaudières E,E, E sont mobiles sar des tourillons creax qui tournent dans les coussinets des colonnes en fonte B, B. Ces tourillons s'articulent à l'aide de tubes qui se meuvent eux-mêmes dans des boites à étoupe. Les colonnes sont munies de lunettes C, C, auxquelles' s'adaptent des tubiBS à robinets pour la prise de vapeur. Le double-fond des chaudières est pourra du robinet F pour l'écoulement de l'eau de condensation, et sur le rebord de chacune d'elles se trouve une poignée en fer G qui donne à l'ouYrier la fiicllité de la faioe basculer pour en déverser le contenu dans des baquets placés au-dessous. — Pour empêcher la déperdition de la chaleur et garantir l'ouvrier, chaque chaudière est revêtue d'une seconde enYoloppe ou chemise qui est remplie de poussier de charbon.

Dans la figure 1259, qui représente une des chaudières de l'appareil perfectionné de MM. Tulpin frères, on voit un agitateur mécanique à triple effet qui favorise la bonne réussite des opérations et procure

494 SOlXANTE-TIUCIZlfcME LEÇON.

uns économie notable datis la main-d'œuvre, (.liaque irhaudière ■ une prise spéciale de vapeur pour cuire la couleur et une prise d'eau froide quand il s'agit de U rurraicliir.

Après la cuisson ou l'épaississage des mordants ou des couleurs, on les passe toujours à Iraters un lamls de crin, de soie ou de toile méfalliqueplus ou moins serrée, afin qu ils soient en pâte bien homogèao.

Pour tamiser de grandes quantités de couleurs, les ateliers d'impi'esilon ont recours il une machine, inventée par M. ScWumbei^er de Muiliouse, qui consiste esseDlicllemenl en un corps de pompe en cuivre (de 2& à 100 litres de capacilÉ) dont la partie inTérieuie, pourvue d'une toile métallique en laiton, peut s'enlever k volonté. La couleur, une fois mise dans le cylindre, est pressée au moyen d'un pïsioii garni d'un cuir à son pourtour ; ce piston est mis eu action par une crémaillère communiquant aune manivelle qu'un homme fait tourner.

Un nouvel appareil A lamiserles couleurs épaisses, au moyen du vide.

imaginé récemment parr M. Rosenstiehl, fonctionne à Mulhouse dans la maison Tbierry-Mieg et O^; il est appelé à rendre de grands services par la promptitude de son action. Dans cet engin, la couleur est poussée à travers les mailles du tamis, non par un piston ou par un pinceau mû à bras d'homme, mais par la pression atmosphérique, attendu que sous le tamis est adapté hermétiquement un vase cylindrique en tôle, dit aspirateur, dans lequel on fait le vide au mayen de sa communication avec la chambre à air du condenseur d'une machine à vapeur. De cette manière le vide est. produit aussi économiquement que possible et le tamisage des couleurs les plus épaisses à Tamidonou à la farine, qui demande de si pénibles efforts, s'effectue instantanément, sans nécessiter aucun travail de la part des ouvriers attachés à la cuisine aux couleurs.

Un bon épaississant doit être assez hygrométrique pour que l'acide acétique du mordant puisse se dégager librement à travers la masse qui recouvre le tissu.Suivant la nature des mordants, on ajoute parfois ail moment de Tépaississage, pour remplir le but en question, un peu d'azotate ou de chlorure de zinc, d'huile tournante, d'essence de térébenthine, de glycérine, etc.

Une température. d|$ 4- ^^ ^ 2^^> combinée avec une humidité modérée, constitue les conditions d'un milieu favorable pour l'impression des mordants.

Séehai^e et ozydatloM des mordasts. — Après l'impression, quel qu'en soit le mode, on dessèche immédiatement les toiles, pour éviter que les couleurs ne s'étendent et ne tachent les autres parties du tissu; puis on les aère, pour vaporîser les acides des mordants, et pour que leurs bases se fixent solidement aux fibres textiles; mais il ne faut pas que ces effets se produisent trop brusquement. On arrive à de bons résultats en suspendant, les toiles, pendant plusieurs jours, dans des étendages ou des chambres chaudes, dites chambres d'aérage ou d'oxy^ dation (fig. 1260), où elles sont exposées à un courant ascendant d'air chaud et humide qui se renouvelle continuellement. C'est dans ces conditions que l'acétate d'alumine, par exemple, en perdant son acide acétique, abandonne au tissu le sous-sulfate d'alumine qu'il tenait en dissolution.

Dès 1833, MM. Kœclilin frères, de Mulhouse, eurent l'idée, pour faciliter l'incorporation et la fixation des mordants dans les fibres du tissu, d'injecter de la vapeur d'eau dans leurs ateliers d'aérage. Ce système a été généralement adopté; on a soin de maintenir les cham- Imi à une température de 25 à 20^, et à un état d'humidité convenable.

>l4i durée 4u séjour des pièces dans ces chambres varie avec la naj|Bf 4if nuduits, leur état hygrométrique, l'épaisseur de l'impres-

«t de I à 6 joui*s.

496 SOIXANTK-TREIZIËME LEÇON.

Muiieun TabricaDli ont sugmeuté le degré de cbaleor etcabil Ohmidilé au point d'obte&ir ea quelques heure* dei rAralUti ntMI- MDt>. Lei AngUb, en couunl lei pîëcei bouta bout et 1m fatauitf» HT d'une manière continue «ur un grand nombre de rouleaux pbdi &u hftut et su b(u d'une chambre chaude dan* laquelle de la v^M l'échappe conitamment, lont arrivés à dégager, en quelques mlnâl^ l'acide- acétique des mordanli; mais celle grande rapidité n'oot |n très-rationnelle, car c'esl dans celte opération que le» «ela de piolotjli de Ter pasient k l'état de sels de peroxrde, en absorbant l'oxygtea it l'air; que l'alumioale de potasse absorbe l'acide carbonique et cède sa base au tissu dans un grand état de diviiioD, etc.

Vous vofcz par 11, Messieurs, combien e>t imporlaole cet te partie de la fabrication qu'on désigne sous le nom général, mais auex impropre toutefois, â'oxydalion. Il vaudrait n)icu<i l'appeler, A l'exemple des Anglais, aérage [ageinn).

I »a ûégomm^K*. — L'opéralion qui succède à l'aérage n'est pas moins utile et délicate. Comme il y a toujours sur les toiles mordancées et sèches une partie du mordant qui n'est pas combiaée et, de plus, l'épaississant et Ici matières colorantes qui ont servi à colorer le mordant, matières dont le rOlc est terminé, on soumet ces toiles, au

soTlir des étendagoa, à l-o qu'on appelle le boasage ou dfgommage. C'est un passage en bains cliuuds.dcnt la nature varie avec celle des genres d'impression; le plus habituellement c'est la bouse de vache qu'on emploie : de là le nom de bousage adopté dans les ateliers depuis 1790.

Le bousage a pour but :

I* De délerminer l'entit^rc combinaison de l'alumine avec l'étofTe, en séparant presque loul l'acide ocâlique qui ne s'était i>oinl volatilisé pendant la dessiccation du mordant;

2° De faire disparallre k plus grande partie de l'épaississant;

3' De délacbcr la partie du mordant non combinée, qui e'esl que mécaniquement appliquée sur les fibres du tissu, et qui, lors de la leinturc, coulerai! sur les autres parties et donnerait lieu â des taches;

4° D'cmpflcber, par la nature des matières, et nolammenl par les phosphate et carbonate de chaux contenus dans la bouse, que le mordant non Bxé, ainsi que l'acide acétique dont le bain Unit par être chargé, ne ee portent sur les parties non mordancées de lu toile et ne euieat préjudiciables au mordant Rué.

Le bain de bouse est renfermé dans une cuve plus longue que large AA[/iy. l2b1),Bufond de laquelle sont établis des rouleaux sur lesquels

rig, lui. — Ci»e i bowr.

les toiles passent en serpentant, d'abord sur un rouleau, pub sous le suivanl,elaiDaidesuite;àreKlrémil6de la cuve, il j a deux rouleau» dépression, a, qui débarrassent les toiles du bain de bouse; A l'entrëmilé opposée se trouve une caisse munie d'un couvercle, c, où l'on renferme les pièces qui doivent être bonsées, attendu qu'il est iiidis' pensable de les préserver des gouttes d'eau qui pourraient tomber sur elles et ; causuratcut autant de taches.

^ D est ditBcile de déterminer la quactité de pièces que l'on peut passer dans le rnSme bain ; ordinairement celui-ci est composé de 30 k 80 kilcg. de bouse et de 30 kilog. de craie pour 12 à 1500 lilrea d'eau ; le nombre de pièces qu'il peut bouser dépend entièrement de la nature des mordants et des dessins plus ou moins chargés, La durée du bousage varie d'après les mêmes causes : elle esl de GiiitsuiN, — IV. 33

SOIXANTE-TîtEIZlËME LEÇON.

1 à I minute 1/2 dans la cuve conijnuc, et de 13 à 20 minutes dans lu cuve en seforul, ansiogue aux cuves de leînlure. On rtigle également la température du bain d'après la nature des mordants, ainsi que d'àprËs celle des ëpaissUsanlg qui ont servi. Lee mordants épaissis à l'oinj' don ou à la farine e\igenl une lempéralure plus OleTée que ceux A la gomme, au léïocome ou à la devlrine; pour ceux-ci, on ne dépasse jamais iîO à ûs". On rafraîchit «1 on altmenle constamment le bsîn, en y ajoutant eu mOmc temps un peu de craie pour l'empCcber de devenir acide, ,

On remplace quelquefois la bouse parle son, notamment pour les nuances jaunes et roses, qui seraient altérées par la couleur rerdâlre que la première de ces substances communique toujours aux toiles.

Depuis 1840, on est arrivé progressivement ù remplacer la bouse par certains sele, tels, entre autres, que le plioephale double de soude et de cliaux, l'areéniale double de potasse el de chaux, le silicate de soude, etc. On les désigne d'une œanifire collective sous te nom de sels à bvuseï: Ils paraissent surtout préférables pourlafiialion des mordants de fer. On les emploie à la dose de 50 h HO grammes par cliaque liecloliire d'eau. Parfois, on y associe un peu de bouse ou de gélatine pour préserver les parties blanches des pitices.

De tous les sels à bouscr, c'est le silicate de soude qui est géaéralemenl préféré, parce qu'associé à un peu de craie il remplace parfaitcmcnl la bouse dont le défaut est do colorer et d'affaiblir sensiblement les mordants, et parce qu'il est moins cher que les phosphates el les arsénialea, d'un emploi d'ailleurs dangereux.

Après le bousage, on dégorge les toiles A plusieurs reprises à Veau Iroide, soit dans des roues à lavçr, soit dans des machines ou clapota, produisant un lavage énergique et expéditif, soit simplement dans l'eau courante, pour séparer les dernières parties de l'épaissis&aDt ei les matiùi'es étrangères provenant du bain de bouse. Celle deriii<>re opéralion, dite rinçage, devient surtout essentielle lorsqu'on veut teicdre en garance; alors le mordant ne saurait être trop neutralisé el dépouillé de toutes les substances qui pourraient intercepter son contact immédiat avec les parties colorantes.

fiarsnfnge. — Lorsque les toiles sont ainsi préparées, on les leîut,

& la manii^re ordinaire, dans des bains de garance ou d'autres matières tinctoriales. La couleur se fixe solidement sur les parties mordancâis. Le garaiiçage ou la teinture des pièces mordancëes s'elTeclue muintenant presque partout dans des caisises de bois ou de tùle qu'un chaulfe à la vapeur, et qui sont surmonlées d'un tourniquet sur lequel les pièces passent continuellement Jusqu'fi ce que la lempéralure du bain suit suffisamment élevée el que la couleur aoil montée au convenable ; k leinlure exige un temps variable, suivant la nalurâ jj la force des mordants qu'il s'agit de teindra

TEINTURK l'Ail IMPIttlSSIO.N. 499

LcsGguresl2G'2et 1363 voutdonnei'onluiieïdéesalisraisanle des rut'cs i teindre eu à garancer, A, A. (Jn grand tU7ai) qui pnrt du géni^raleiir

fournit de -la Tapem- au lubt- à roliinct iitiv qui descend Cl sVlale ou fond de chaque cuve, ci qui esl percâ d'une rangée de petite Irous

assez rapprochés, par lesquels s'échappo la vapeur. Le lourniquet B eslmiscn mouvement par un mécanisme simple C; déporte que la muind'tEuiTc, le combustible et le temps sont économisés d'une manière remarquable, L'Q mCme temps que l'o-

péralion de la teinture en elle-mi3me P ' .pi* /

s'etTeclue aveu une r^gularilC et une précision inconnues avant l'adoption de ce s^liïmo. Le tuyau de, qui est en communication avec un réservoir, sert à introduire dnns les cuves la quantité d'eau nécessaire i\ lopfTalion, Les i

panneaux D, E sont mobiles et on les ouvre et ferme à volonté.

t.os cuves précédentes sont ot'U nairement placées les unes à cOlé il. ''i.,',c"r"^'* ''""^

autres, en plus ou moins grand noiii-

brc,danïun atelier qui porte le nom de \iiminrvrip,h\en qu'on j teigne avec toute autre matière tinctoriale que la garance.

Uuand les mordaals sont suflisamment talitrés, les pièces passent im-

SOIXATÎTE-TREIZIËME LEÇON.

iDédialemenl des cuves de rcinlure dans la nviire ou dans les Iftvoïn ponr ;£trcrjacëe8,puis dans les EDachioesà dégorger pour jétre Deiloféei auîsi complètement que pu»iblc. La ligure tWi représente l'iolârieur d'ua atelier modenic où tout est disposé pour rendre le IrvTsU à rapide et auïsi parlait que p«Siible.

BlsachlMafe et «tI*»^ d«B k>'»c^- — " est â remarquer

que les parlies des pièces qui n'i^laieat pus couvertes de mordanl, oDt pria, pendant la teinture, par suite des matières colorées ou des impurelés accideotetles qui etULent dans la géoÉralilë des maliéres tinctoriales, uae teÏDle plus ou moins prononcée, qu'il faut faire disparaître ; cl, d'un autre cùlé, les couleurs Siées par les mordants

ne possèdent pas encore loul l'éclat et toute la solidilë qu'elles peuvent acquérir. De là l'utilité des savonnages et de l'opération nommée avitia^e, qui suit immédiatement le garani;age, et qui a ]e double effet de ramener au blanc les parties non mardancées et de rendre plus vives et plus stables les laques colorées qui se sont formées sur les parties imprégnées de mordants.

Pour ce blanchiment et cet avivage, on a recours, suivant les circonstances, à des bains de savon plus ou moins chauds, répétés ua certain nombre de rois,â des passages en acides ^lendus, eu sel d'étain ou en bJchlorure d'élain, à des bains de son, ou enfin, comme on le faisait anciennement, à l'exposition i la lumière et h la rosée sur la pré. Souvent aussi on fait intervenir l'action de dissolutions lëgén d'hypocbloriles de potasse, de soude ou de chaux, ou d'autres subslau cesquioul la propriété de dissoudre ou de détruire la matière coloranH

TEINTURE PAU non combinée ou moriinnt, lotit

StPRESSION. SOI

cnutraut la couleur des dessins.

On lermîne enfin par de iiouveauv lavages.

ii«<!hmK« lie* K»""«^*- — It "C '^^'^ plu^ 1^'^ procéder au lechage des étolTcs, soit h l'air, Boit à la chambre chaude, soit â l'aidft du séchoir à vi^peur {Dg. I20S), nit enGo au mofcn de machines Ingé-

nieuses qui, tout en aéchaiil lui lissus, les étendent,ou les ëlargissenl "n redressant les Dis de U (rame, que les manipulations antéririires

La Dtîurc t26n représente une de ces machiim à dans Ips alclier» deHM. Tulpin friîrt's. Lllo se C forme de douze plaques creuses, en tOle mi

parliculitre, permeiliinl remploi de lo lapeur à 3 almospliÎTos ; il . 12 mélrea de circonfc-rence et uoe largeur en rapport avec celle di IJBSU. Lfl vapeur esl amenée par des loyaux parlant île l'un des bouts de l'axe, qui esl creux et diviaé en deux parlies, l'une dislribuant vapeur, l'autre servant à évacuer l'eau de tondensalion.

Sur ledit lambour son! appliquées deux chaînes sans fin munie» pointes ou picols, sur lesquels on accrodic les lisitrea du iissu i rn' mer; l'une de ces chaînes est ù posUion fisc, l'aulrc iftt mobile «up une largeur de «"iSO, suivant les laizes à obtenir. Trois venlîlaleurs aident au sËcbagi!. Tout le syslùme esl renfermé dans une enveloppe en bois, pour éviler la déperdilion de la chaleur. Deux jeunes ouvriers sutHsent pour le service de celle machine, qui n'exige que peu de forcfti el procure une économie très graude dans la dépense de la vapei

Avant le «écbnge, toutefois, on débarrasse mécaniquement les éloITt d'une grande partie de 1 eau qu'elles relienneut au mofeu des ses ou liyAro-i'xtracleurs dont il a été plusicui-s Tois question. On douai

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FJg. liS7 — EiiQreuH i ccirniindc ii 1 :> • L n m 1

aujourd'hui la préférence aux eisureuseï, « commandts tu dessous im l'invcnlion de MM. Tulpin frères. Pour lus essoreuses d une certaina dimension, les poulies et courroies de commande sont remplacées par un moteur spi^cial accolé à iinepelitemachineàvapeur.commedanslB figuie lîli7,ccquifucililelamiseenrouleet1erËglugc de lamarclie(t).

(I) Les essoreuses de MM. Tulplu mirchont nvcc moitié moins de YltBRf que la plupart de» appareils àa rafime genre, ce qui procura une notftbl* i , iiooiio de force matrico. Ce résultat esl dti 1 rc que le panier, formé d'à fil de cuivra conloiirn^, comme dans les pnnïnrs à aaladc dos ménages, présBOÏi des vides couiiniis au liuu de trous esjmcÉs, ce qui fournit une socmim f vides plus considérable. Ce panier se démoiito Taciiement en cas de ri^U tiens. La commande on dessous donne plus de stabilité k l'uiisembU, le service plus commode et supprime les ticlios d'hulls provenaut du K

Apr^s CC3 géoëralilËs qu'il ne m'ett pas possible de rendre plus GompUtea, taule de Icmps, passons en revue lea genres principaux * d'impression, afio de vous donner une idée sommaire des ingénieuses pratiques qui servent à embellir les tissus.

Conlenra d'applIcKlIon. — On réserve le nom de coukwrs d'uppUtution il cultes qui ne sont fixées ni par la letnlure, ni par la vapeur, mais qui sunl lout simplemeDl déposées sur le lissu.

Ce sont souvent des laques colorées qu'on forme dans l'épaississant el qu'on laisse s'oxjder sur le tissu par une simple exposition â l'air.

I/épaississanl qu'on emploie doit donner peu de raideur au lissu et se laver Tacilement. Le plus habituellement, c'est l'amidon pour leB couleurs foncées, et la gomme adragan le pour les couleurs claires.

Les laques colorées se font en ajoutant des sels d'alumine, de fer ou du bîchlorure d'étain, en plus forte proportion que pour les couleurs vapeur, dans les décoctions conceolrëes des matières linctorinles.il n'est pas nécessaire que ces sels ou mordants soient k acides volatils.

Les couleurs rouges el roses se font avec les décoctions de cochenille, di: bois de Brésil, de Sainte-Marthe; les jaunes de toutes nuances, avec les graines de l'erse ou d'Avignon, le quercilron.lo curcumit; Vorangi ou saumon, avec le rocou en solulion alcaline; les noirs et Itturû, avec la noix de galle, le bois de campéche, le sumac, etc.; les violets, avec la décoction de caropéche additionnée d'une pelilo quantité de sel da cuivre, indépendamment des mordants habituels d'alumine et d'étoin.

Lorsque les couleurs, épaissies et additionnées d'un sel hygrométrique, ont été imprimées sur le lissu, on expose celui-ci dans un air cliuud el humide pour que la matière colorante s'oxyde el se fonce. I tirsque la nuance est arrivée au point désiré, on met tremper ù l'eau courante, on lave légèrement el l'on fait sécher le plus rapidement possible. Des lavages trop répétés appauvrissent les tons.

Les couleurs d'application sont les moins solides de toutes ; elles passent viteâ l'air. On en faisait beaucoup autrefois; mais les bas prix des genres bon teint ont fait délaisser cette fabrication; on De s'en sert plus guiire aujourd'hui que comme couleurs d'enluminage dans certains cas.

CoBlcnrB d*KFplf ealion aolldeB. — Sous ce nom, je comprends les couleurs qui se fixent parvoic humide sur le lissu, en y déposant un corps insoluble produit soit par l'action oxydante de l'air, foit à la suite de doubles décompositions, telles que celles que vous avez vues se produire dans les réactions des sels les uns sur tes autres. Les composés de cet ordre doivent i?lre imprimés à rêlal solublc. Ainsi, qu'il s'agisse d'appliquer la couleur jiitinc-rDui''c, qui est propre

Bige dans ht commandes en dessus. Grâce à leur vitesse soreuses font peu de lirult et offrent plus de sécucitâ cor Avec l'emple) du mateur i. vupeur spt^cial adliârent i la mi 3 en umrclia progressive qui économise la Turcs motr

à l'hjdrnle de peroxyde de Ter, — on prépare de l'acélale de protoxydi defereD mâlant des dissolulions de coupeiose el d'acélale de plomb (ou même tout nuire acétate solubli; : de chaux, de soude, cic,]- Le liquide tiré à clair et plus ou moios étendu d'eau suivant la nuance que l'on veut obtenir, est épaissi avec de la gomme ; pour les nuances J pilles, on peut agir économiquement en remplaçant la gomme par de I la dexlrine.

Les couleurs étant imprimées et abandonnées pendant quelques jour» ' sur le tissu, l'acélate de prolosyde de fer se transforme par oxydation ii l'air; on achève sa transformation en hydrate de peroxyde, en faisant passer les pièces dans un baquet contenant une lessive de soude caustique, puis en les laissant tremper, étendues au large, dans une eau i courante. L'oxydation se termine dans un bain léger d'hypochloritS'l ilcalin qui donne au rouille et au ehamois leur dernier degré do pureté. J

protoxyds ^^^1

- Rouille

S'agit-il de fixer la nuance foncée bistre du peroxyde de manganèseJ connue anciennement sous le nom de solitaire, — on prépare une dîsu lulion assez forte d'un sel neutre de protoxyde de manganèse [chlorure^ ou sulfate, et mieux encore acétate four éviter tout alTaibli sec ment d tissu lors de la dessiccation). La gomme ou l'amidon grillé sont employés comme épaississants.

L'exposition i l'air n'amènerait pas de fixation par oxydation; recourt encore à la soude caustique, mais bien exempte de carlwnatâ, afin d'éviter la formation de carbonate de proloxjde de mangaoésf dont la couleur blanchûire afTaiblirait la teinte qu'on veut obleQlr.jl On complète la peroxydalion du mangatièse dans un bain d'hypocbiorile de chaux.

Si sur ces tissus teints en fonds unis au moven des peroxydes métalliques précédents, on imprime une solution épaissie et acide de sd d'élatn, on ronge la couleur, parce que le protochlorure d'élain ramène le peroxyde de fer ou de manganèse à l'état de proloclilorupe Boluble, en sorte que la toile, soumise au lavage, redevient blanche U ~

OÙ le rongiont a porté son action. On obtient donc de celle manière des dessins blanca sur un fond rouille, chamois ou bronze. En voici la

preuve par l'échantillon que je place sous vos yeux.

Si je veux, sur les Tonds au inanganiise, que les dessins, au lieu de rester blancs, aient une couleur dtlTérente, alors je miMe au rongeant, avant de l'appliquer, la couleur que je veux produire, parce qu'ausdlût que la nuance du Tond est détruite, la couleur se fixe aux endroits que le rongeant a ramenés au blanc. Soient des dessins jaunes sur fond carmélite; J'imprime un rongeant jaune compose de sel d'ëlain et de chromate de plomb épaissis, ou bien un mélange de sel d'ëlain, d'alun el de décoction de quercitron concentrée.

On produisait à Rouen, il y a une trentaine d'années, des so(i(aJret eiittaninés & nombre de couleurs, en ajoutant au rongeant : du bleu de Prusse délayé dans l'acide chlorhydrîque pour avoir des dessins bleus, un mélange de ce bleu et du jaune ci-dessus indiqué pour avoir des verts, du sous-chromalc de plomb pour la teinte orunpe, des laques de bois de Brésil ou decochenille, pour avoir dcsroujesel des rofrs, etc. Ce genre fortjolieut une vogue immense et Ht la Tortune de son inventeur.

Les /aunes elles oranges de chrome s'obtiennent, en impresaiou comme en teinture, en fixant d'abord sur les ëlofTes un sel soluble de plomb en solution concentrée et épaissie, du sous-acétate ou du pyrolignile, ou préférablement un mélange d'acetato et d'azotate de plomb, qu'on passe en carbonate de soude, en ammoniaque ou en acide sulfurique à 10° Baume. En teignant ensuite dans un bain lifde de bichromate dépotasse, la formation du jaune est réalisée; puis, pour le changer ea orange, il suEBt d'un passage très-rapide en eau de chaux bouillante.

Aprf s ces quelques exemples de couleurs minérales, examinons ceux dans lesquels la matière colorante est d'origine organique.

Le bleu provenant do l'indigo est le plus important; il doit son ancienne renommée & la solidité relative des nuances qu'il produit lorsqu'on l'applique par teinture. Celle-ci, comme je vous r»*'

précâdcmmcnl, a pour base la IrBDsrormation de l'indigolinc blei insoluble cd une dissolution incolore et alcaline, obleaue par réductîl eo présence de la couperose et de la chaux.

L'air agit sur les libres imprégnée» de ce bain de teinture el j &^ intimement l'indigo bleu régénéré. Oa donne des trempes successives jusqu'à ce que la nuance des couches superposées ail atteint assez d'intensilé. Le bleu est puritié ensuite par un passage dans un bain acide léger qui dissout la cbaux el Toxyde de fer. Mais l'on n'obtient ainsi que des toiles leinles en fond uni (I).

Pour obtenir des dessins blancs ou colorés sur un fond bleu, on imprime â l'avance, sur les endroits qui doivent présenter ces dessins, des compositions qui portent le nom de réserves, et qui ont pour objet, eu fournissant de j'oxygéneà l'indigo dissous dans les cures, de le rendre insoluble el impropre, dés lors, k %e flxcr sur la toile aux places oii ces préparations ont été imprimées. Les sels de cuivre {suirate, aietate, acétate) jouissant de la propriété de réoxjgéner instantanément l'indigo Bolublc sont surtout les substances qui Tout la base des réserves. On y associe Tréquemmenl des sels de zinc ou de l'alun, qui donnent lieu à des dépOls d'hydrate d'oxyde de zinc ou d'alumine servant à Former avec l'indigotine bleue régénérée un enduit plus ou moins imperméable ù la sui'tace de la toile. On épaissit la dissoluliou de ces différents sels, mêlés en proportions convenables, avec de la gomme, de l'amidon ou de la terre de pipe, qui contribue elle-même à former obstacle mécanique.

Voici, comme exemples de la manière dont on compose ces réGervc deux recettes généralement adoptées dans les ateliers, l'une pour g bleu, l'autre pour bleu moyen ;

ittartt 1»icrvif

SuIfïtB de cuivre I'",Î50 0"i,5O0

Acéuie de cuivre 0 600 0 !50

AioUla de cuivre 0 S^b u SOO

Atun 0 !40 n ï*0

TorredEpipe : î 135 ! o

Amidon grillé l HO i »

Eau A litres. 4 lilrei

On imprime les réserves comme les mordants; vingt-quatre beul apris, on passe la toile k froid dans une cuve de bleu suftisa forte. L'indigo teint en fond uni louica les portions non réservAc Apri^s la teinture, on passe la pièce dans de l'acide sulfurique f&ib)«,

(J) Quelquefois on i soin d'imprégner préalnblentent le lissu que l'on vwU teindre en bleu d'une solulion de cLloruru de mangunâss & 4 ou 6° T ■fin de faciliter la combinaison de l'indigo avec la Hbre, et plus encor éviter des trempes répétées. En vue d'éconamie pour atteindre le cafims bn^^ a sauvent recours à ud (onlardage des pièces en aulutiun do aulTite de o tria-faible et tégérement épaissie.

TElNTUitE PAR IMPRESSION. 507

pour enlever l'oxyde de cuivre qui s'est précipité dessus. Au sortir de ce bain acide, les toiles Gonl portées de suite A la riviëre, où oa les laisse Iremper Jusqu'à ce que la réserve ail disparu ea totalité. Les dessins blancs apparaissent alors sur le Tond bleu. Ces indiennes sont connues BOUS le nom de bleus eii rcsen'fs. En voici un échantillon :

DIaii

d'iiiilLeo.

Quelquefois, aussi, on introduit dans la réserve des sels qui, devant se trouver plus tard eu présence de certains autres, produiront sur le fond bleu des dessins colorés, dus aux précipités résultant de la double décompnsilion amenée par le contact des sels dilTérenls. C'e^t ainsi que, si l'on ajoute à la réser\e des sols de plomb, et qu'on passe ensuite la toile, au sorlir de la ctive au bleu, dans un bain de bichromate de potasse, on aura dea dessins jaunes. Ils seraient oran^s, si le faain de chromate était additionné d'une certaine quantité de cbaux <;l maintenu à la température de l'ébullilion. Voici un échantiliun de ce genre d'indienne :

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