ALTÉRATIONS DES BOIS
il commence à s'altérer entre 150 et 200». Lorsque la combustion a lieu dans un foyer convenablement alimenté par Tair, les produits gazeux de la décomposition s'enflamment, tout se réduit en eau et en acide carbonique, et il ne reste que quelques centièmes de cendres. — Mais quand il y a insuffisance (l'air, le bois noircit, il apparaît de la fumée, c'est-à-dire un mélange d'eau, d'acide pyroligneux ou acétique, d'huiles volatiles empyreumatiques et d'une matière analogue au goudron. C'est aux huiles et à l'acide pyroligneux qu'il faut rapporter l'irritation que la fumée développe sur les yeux et sur les membranes du nez.
Aliératlons des bois. — Le boîs se consei*ve indéfiniment à Tabri de l'air humide, ainsi que les faits suivants le prouvenl. La plante qu'on extrait des tourbières, où elle gisait depuis des siècles, conserve encore sa tige, ses feuilles, son tissu, sans altération intime. Dans les cercueils des momies égyptiennes, on retrouve les planches avec leur première dureté et leur premier aspect, quand elles ont été recouvertes d'une couche de couleur protectrice ; les tissus de lin qui enveloppent la momie n'ont presque rien perdu de leur souplesse et de leur ténacité. Sous les bandelettes qui emmaillottent la momie, on rencontre parfois des paquets de plantes herbacées dans un parfait état de conservation ; et pourtant ces tombeaux remontent souvent à près de trois mille ans 1 (Raspail.)
Sous l'eau, et à une certaine profondeur, le bois se conserve encore indéfiniment, ainsi que le démontre la durée des pilotis ; mais il finit par noircir, et il acquiert une très-grande dureté. Voici des fragments de bois de chêne qui proviennent des débris de l'ancien pont de pierres construit à Rouen, vers l'an 1 1 50, par l'impératrice Mathilde. Ces débris ont été retirés en 1830, au moyen de la cloche à plongeur, des vieilles piles sur lesquelles s'élèvent actuellement les piliers centraux du pont suspendu. Ce bois ressemble, pour ainsi dire, à l'ébène, et peut être tourné et poh. L'analyse chimique m'a démontré, en 1834, que la couleur noire de ce boîs est due à du tannate de peroxyde de fer et à de l'acide ulmique.
Cependant parfois la conservation du bois, dans ces mômes circonstances, est plus apparente que réelle. Ainsi, M. Péligot, en examinant un pieu de bois résineux extrait des maçonneries qui formaient le quai de Carthage, fondée, comme on sait, vers l'an 860 avant l'ère chrétienne, et ayant par conséquent été en contact depuis vingt-six siècles avec les eaux de la mer, a constaté que ce bois, bien qu'il eût la couleur, la texture, la solidité dans le sens des fibres du bois ordinaire, était pénétré d'une grande quantité de substances minérales (70 p. 100), notanmient de carbonate de chaux (47 p. 100), et avait été transformé partiellement en cette variété de lîgnites qu'on désigne sous le nom de ligniks imparfaits. Il contenait, «n effet, de 58 à 60 p. 100 de
carbone, c'est-à-dire 8 à iO p. 100 de plus que le bois ordinaire, dans sa partie organique dépouillée presque complètement, au moyen de Tacide chlorhydrique, des substances minérales.
D'un autre côté, d'après M. Hervé-Mangon, un pieu provenant d'un pont construit il y a soixante-quinze ans environ, avait subi de la part de Teau presque stagnante une altération profonde ; la matière ligneuse se trouvait désagrégée ; elle s'était enrichie de substances minérales ; mais celles-ci étaient très-riches en silice ; elle présentait à peu près l'aspect et la composition de la tourbe, soit 8 à 10 p. 100 de carbone de moins que le bois ordinaire. L'altération avait marché, par conséquent, en sens inverse de celle que M. Péligota constatée dans le pieu provenant du quai de Carthage.
Pourriture humide. — Lorsque le bois est exposé tout à la fois à l'action de l'air et de la vapeur d'eau, il s'altère graduellement, se fonce en couleur, perd peu à peu sa cohérence, devient friable, phosphorescent dans Tair humide, change l'atmosphère environnante en acide carbonique et finit par se convertir en cette matière brunjaunâtre ou noire, que l'on appelle indifféremment humus ou terreau, humine ou ûlminey acide hùmique ou ulmique. Ces changements sont d'autant plus marqués que l'exposition du bois aux inQuences atmosphériques date de plus loin.
C'est pour obvier autant que possible à cette détérioration causée surtout par l'humidité, soit celle de l'atmosphère, soit celle qui est propre au bois lui-même, qu'on n'emploie les matériaux de constiiiction qu'après qu'ils ont subi une dessiccation assez avancée. Les constructeurs pensent généralement qu'il est convenable de ne faire usage des bois que trois ans après qu'ils ont été abattus.
Le résultat de l'altération du bois au contact de l'air humide comprend, indépendamment des matières minérales, deux principes organiques bien distincts, d'après Soubeiran : l^ l'un soluble dans les liqueurs alcalines, qu'il colore fortement en noir : c'est Vadde humique ou V humus par fait j dernier terme de l'altération du bois; 2° l'autre, que les liqueurs alcalines n'attaquent pas, mais qui, au contact de l'air, donne de l'acide carbonique et acquiert de la solubilité dans les alcalis, est le premier terme de l'altération du bois ou le bois en voie de com • bustion lente : 'c'est ce que Soubeiran a nommé le terreau charbonneiue.
Ces deux produits de la décomposition du bois contiennent plus de carbone et moins d'eau que le bois sain. C'est ce qu'on voit très-bien par les analyses suivantes :
Bois de chèoe Bois de chêne Bois de chêne
sain. altéré. conTerti en humus parfait
Carbone 52,6 54 56,4
Eau combinée ... . 47,5 46 43,6