FABRICATION DE L'ACIDE PYROLIGNEUX
Si| au lieu de carboniser le bois en meules, on le soumet à une distillalion sèche en vases clos, on obtient alors non-seulement une plus grande quantité de charbon, 28 à 30 p. 100, mais encore tous les produits gazeux et volatils qui caractérisent la décomposition par le feu des matières végétales neutres, à savoir : de l'eau, de Vacide acétique^ des huiles empyreumatiques et du goudron, des gaz combustibles môles d'acide carbonique.
Je vous ai déjà dit que c'est Tingénieur Philippe Lebon qui eut ridée, en 1785, de traiter ainsi le bois pour utiliser les gaz à l'éclairage des phares, et le goudron à la marine. Il ne réussit pas dans cette direction parce que ses gaz étaient trop peu éclairants et fétides; mais plus tard il songea à extraire des liquides de la distillation l'acide acétique qui s'y trouve en proportions notables, et il créa une nouvelle industrie chimique, qui a pris un très-grand développement tant en France qu'en Angleterre et en Allemagne.
Le procédé primitif de Lebon a été perfectionné par les frères Mollerat, puis par Kurtz et Lhomond. Voici comment on opère le plus généralement, au moyen de l'appareil simplifié de Restner, de Thann (fig. 1076).
Le bois, débité en bûchettes, est chargé dans un cylindre en fonte C, d'une capacité de 3 mètres cubes environ ; on l'y introduit par une ouverture pratiquée dans le couvercle. Le- cylindre est placé dans un fourneau à grille. La flamme du combustible s'élève en cii'culant tout Hutour, et arrive enfin dans une cheminée d'appel. Les produits de la distillation se rendent, par le tuyau en tôle t^ dans l'appareil de condensation qui se compose de quatre tuyaux horizontaux placés les uns au-dessus des autres, réunis par des coudes ^, tj t, et enveloppés de manchons en tôle m, m, m, m, dans lesquels circule continuellement un courant d'eau. Cet appareil est soutenu par une charpente en bois. L'eau froide arrive d'un réservoir R, passe par le tube ss dans le manchon inférieur, puis, successivement, dans les autres manchons par les tubes verticaux o^o, o, et s'échappe enfin bouillante par le tube recourbé oi. Les liquides condensés tombent, par le conduit p, dans le premier réservoir H, tandis que les gaz inflammables sont dirigés par le conduit A, muni d'une valve régulatiice, sous le foyer, de sorte qu'il n'est besoin de charger la grille de combustible qu'au commencement de l'opération, la chaleur produite par la combustion des gaz étant ensuite suffisante pour achever la distillation.
Cinq à six heures suffisent, en général, pour obtenir la décomposition complète de A stères. On laisse refroidir l'appareil jusqu'à ce qu'il n'y ait plus à craindre que le charbon prenne feu au défouraement qui s'efl'ectue nar une porte pratiquée au bas du cylindre G.
DB LACIDB PYHOLIGNeCX.
Dana plaiienn tnines de France, la cornue est raohile et te manœavre au moyen d'une grae , de sorle qu'après cli.-iqnc opération OD U remplace par une autre chargée de bois à l'avance, si bien que la dûlillalion est continue.
Dam les usines anglaises, les cornues sont entièrement semblables à
fiç. IDTt. — ippiKil de KetiDCr pour 1> dûllllilion du boit.
ccllesquiscrventiila production des acides azotique et cblorhfdrique, c'est-à-dire que ce sont de grands cylindres de tonte lioriïontaui, de 3 mëlres de long sur 80 centimètres de diamùlrc, accouplés de«\ par deux sur le même fojer.
Les produits de cette distillation en grand sonl â peu pràs dans le» rapporte suivante :
Cli»rbon SU i 30
E»u acide cl tolorëe 18 II ao
Goudron 7 i (0
Acide carbonique, oxyde du carbone, bjdrugine c»r- 1
boaé et cïu non condensée f 3^ » «0
Chaque stère de bois de sapin donne environ 5 hectolitres d'eau
36 soixantième: leçon.
acide, colorée, très-chargéc de goudron, marquant 5<^ à l'aréomètre, et 220 kil. de charbon. Celui-ci est léger et conserve un plus grand volume que le charbon produit dans les forêts. Or, comme ce combustible est vendu habituellement à la mesure, vousl comprenez que le premier est moins économique^ à prix égal, pour le consommateur que le charbon dur et compacte. Mais, d'un autre côté, il a certains avantages qui le font rechercher pour les usages domestiques. Il s'allume plus facilement, et n'exhale pas d'odeur désagréable dans les appartements, parce qu'il ne renfeime pas de fumerons ; il offre tous les avantages de la braise de boulanger qui est beaucoup plus chère.
Les gaz qui se produisent pendant l'opération précédente varient dans leurs proportions relatives au commencement et à la fin. D'abord, c'est l'acide carbonique et l'oxyde de carbone qui dominent; à la fin, c'est l'hydrogène.
Produits fl^azenz. — Eieur application à l'éclairage. — M. le
professeur Pettenkofer, de Munich, qui s'est occupé activement do l'éclairage par les gaz extraits du bois, assigne la composition suivante à ces gaz obtenus du pin débarrassé, autant que possible, de sa résine :
Gaz bruts. Gaz purifiés.
Hydrogène bicarboné 7,93 10,fitf
— protocarboné 25,32 33,76
Oxyde de carbone 28,21 37,61
Hydrogène 13,53 18,05
Acide carbonique 25,01 »
Densité des gaz 0,883 0,G67
Vous voyez, Messieurs, par ces analyses, que le gaz de bois, purifié, renferme beaucoup plus d'hydrogène bicarboné ou de gaz éclairant proprement dit que le gaz des compagnies d éclairage de Londres et de Manchester, qui, d'après les analyses de M. Frankland, n'en contient pas plus de 3,5 à 5,5 p. iOO.
Depuis près de vingt-cinq ans, l'éclairage au bois s'est considérable" ment répandu en Allemagne et en Suisse. En outre des établissements privés et des fabriques qui l'emploient, on le trouve établi dans les villes de Munich, Bayreuth, Cobourg, Wûrtzbourg, Darmstadt, Giessen, Zurich, Bâle, Heilbronn, Pforzheim, Gotha, Ratisbonne, Ulm, Erlangen, etc., etc.
Mais, pour cette application spéciale, la température de la carbonisation du bois n'est pas suffisante pour avoir un mélange gazeux propre à l'éclairage. Il faut chauffer les cornues un peu au delà de 360<> pour que les vapeurs dégagées du bois puissent éprouver les réactions et décompositions qui donnent naissance à l'hydrogène bicarboné. 11 faut encore une grande siccité dans le bois.