‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 15 sur 114 · DE L ACIDE PYROLIGNEUX · texte numérisé non relu

DE L ACIDE PYROLIGNEUX

Dans des cylindres de fonte ayant une charge de 60 kil. de bois, la distillation est terminée en une heure et demie, et Ton réalise, abstraction faite de l'acide carbonique, i6 mètres cubes de gaz éclairant, ce qui correspond à une production de 26'°<^,66 pour 100 kil. de bois.

L'épuration du gaz de bois se fait au moyen de chaux éteinte sèche; les appareils employés en grand ont un tel degré de perfection que, lorsqu'on prend quelque soin, il ne reste dans le gaz que tout au plus i/2 p. 100 d'acide carbonique.

Comme le gaz de bois est plus lourd que celui de houille, il faut, pour qu'il donne une belle clarté, que les becs aient des orifices beaucoup plus larges que pour ce dernier gaz. Dans ces conditions, les pouvoirs éclairants des gaz au bois et à la houille sont dans le rapport de 6 : 5, d'après MM. Liebig et Steinheil.

Sans tenir compte du prix de revient, qui varie selon les localités, le gaz au bois a cet avantage sur celui de houille, qu'il est toujours exempt de toute combinaison de soufre ou d'ammoniaque, et que, par conséquent, sa combustion ne produit jamais ni acide sulfureux, ni acide azotique, comme il arrive quelquefois d'une manière sensible avec le gaz de houille. 11 n'exerce aucune influence nuisible sur les couleurs délicates et les métaux, ce qui, à Râle et à Pforzheim, l'a fait préférer à ce dernier. A Zurich, on a reconnu que, brûlé ou non brûlé, il ne fait subir aucune altération aux couleurs les plus délicates de la soie. Enfin, quoique très-pénétrante et très-sensible, l'odeur qu'il répand est, en général^ trouvée moins désagréable que celle du gaz de houille.

Vous voyez par tout ce que je viens de vous apprendre que l'idée première de Lebon est enfin reprise et industrialisée.

Produits liquides. — Les produits liquides de la distillation du bois qui se réunissent dans les réservoirs sont nombreux ; ils se composent de :

Beaucoup d'eau,

— d'acide pyroligneux ou acide acétique; Très-minimes quantités d'acides plus ou moins volatils et odorants, tels que :

acides formiquCf propionique (C«H'0*), butyrique, valérianique (C*®H>oO^),

caproique (C"H«H)*), oxyphénique (C>«H«6*) (1);

(1) Ce dernier acide a été pris pendant quelque temps pour de l'acide pyrogalliquc; c'est Buchner qui en a fait la distinction. C'est à cet acide que le vinaigre de bois non rectifié doit la propriété de se colorer en violet foncé, quand il est additionné de quelques gouttes d'ammoniaque et de perchlorure de fer. Veau de Binelli^ produit de la distillation du goudron végétal avec un grand nombre de plantes aromatiques, se colore de môme et par la mOme cause. On retrouve ce môme acide dans les produits de la distillation sèche du cachou et du tannin du bois-jaune. Voilà pourquoi on lui a aussi donné les noms A* Acide pyrocatéchuci:fite, à Acide pyromoi intannique. C'est également lui que Gerhardt a nommé Bioxyde de phényle.

que l'acide acétique surnage. On le soutire, et on le soumet à une distillation ménagée dans un alambic en cuivre chauffé par la vapeur au moyen d'un double fond, mais dont le chapiteau et le serpentin sont en grès ou en argent (t).

Les 4/5 de l'acide qui distillent ont une odeur agréable et la transparence de Veau. Les derniers produits ont besoin d'être rectifiés une seconde fois sur un peu de charbon animal purifié.

C'est dans cet état qu'il est livré au commerce; il marque 7 à 8<> à Taréomètre de Baume, correspondant à 40<» acidimétriqueSj ce qui veut dire qu'au lieu de saturer 100 volumes de dissolution alcaline titrée, il n'en sature que 40.

Étendu d'eau et aromatisé convenablement, cet acide pyroîigneux pur forme un vinaigre de table très-agréable, qu'on a longtemps appelé vinaigre de AfoUerat^ du nom des frères Mollerat qui, les premiers^ l'ont fabriqué en France et mis en vogue. Aujourd'hui, la plupart des vinaigres de table sont préparés de cette manière, ou au moins sont renforcés avec l'acide pyroligneux, ce qui, en réalité, n'oft're aucun inconvénient.

Lorsqu'on veut l'avoir à son maximum de concentration, on le rectifie une seconde fois, en mettant à part le premier tiers du produit distillé; les deux autres tiers, qui forment l'acide le plus concentré, ont entraîné un peu d'acide sulfurique ; on les en débarrasse en distillant de nouveau le produit sur de l'acétate de soude anhydre. L'acide recueilli est exposé dans un flacon bouché à un froid de — 4 à -— 5®. 11 se fait un départ de l'acide le plus concentré qui se prend en masse blanche cristalline, et de l'acide plus aqueux qui reste à l'état liquide ; on le sépare par la décantation. Si l'on fond à part les cristaux et si on les expose de nouveau au froid, en ne laissant congeler que la moitié du produit et décantant le reste, on obtient un acide aussi concentré que possible, qui est distingué par le nom d* Acide acétique cristalHsable.

C'est dans cet état que je vais en faire l'étude. Je dirai, toutefois, auparavant, que les 5 hectolitres d'acide brut fournis par la calciuatîon d'un stère de bois de sapin, étant purifiés par plusieurs distillations successives, donnent 44 kilogrammes de goudron, et 375 litres d'acide pyroligneux propre à être livré au commerce et contenant 7 p. 100 d'acide acétique anhydre.

(1) M. Kuhlmann a proposé de simplifier singulièrement ce mode opératoire qui est fort long, en saturant l'acide pyroligneux brut par le carbonate de baryte naturel ou par le sulfure de baryum, grillant l'acétate de baryte dans dos conditions convenables pour que sa dissolution laisse précipiter los matières goudronneuses, et décomposant ensuite l'acétate par un équivalent d'acide sulfurique étendu.

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