‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 19 sur 114 · DES ACÉTATES DE CUIVRE · texte numérisé non relu

DES ACÉTATES DE CUIVRE

De sorte que, maintenant, les chimistes connaissent deux classes de métaux : les métaux simp/es de nature minérale, elles métaux composés de nature organique ; de môme qu'ils connaissent deux classes de métalloïdes : les métalloides simples (chlore, iode, soufre, phosphore, etc.)» et les mélaUoides composés (éthyle, amyle, méthyle, cyanogène, etc.)-

Je nlnsiste pas davantage sur ces considérations philosophiques, parce qu'elles me feraient sortir du cadre de mon enseignement, et je me hâte de vous parler des acétates dont l'industrie a su faire des applications.

Aeétatea de c«lvre. — Il y a deux acétates de cuivre qu'oh emploie comme couleurs vertes dans la peinture A 1 huile, dans la teinture en noir sur laine, pour composer certains mordants et faire des liqueurs nommées Vert d*eaUy Vert préparé, qui servent au lavis des plans.

L'un, qui se présente en gros cristaux d'un vert foncé {fig. 1080), très-solubles dans l'eau et légèrement eftlorescents, est un acétate neutre, qu'on appelle vulgairement Vei^t distillé, Vert cristallisé^ Cristaux de Vénus.

L'autre, qui est en poussière grenue, d'un bleu verdâtre, presque insoluble dans l'eau, mais très-soluble dans le vinaigre et les autres acides, est un sous-acétate, plus connu sous les noms de Verdet et de Vert-de-gris (I).

Tous deux sont préparés dans le midi de la France, surtout à Grenoble et à Montpellier, de la manière suivante :

F. g. 1080.— Forme cristalline de l'acétate de cuitre.

On Stratifié des lames minces de cuivre avec du marc de raisin qu'on a laissé aigrir. Le métal est oxydé par l'air, et l'oxyde formé s'unit à l'acide acétique que renferme le marc de raisin, d'où résulte du vert-degris qui s'attache à la surface des lames métalliques. Au bout do dix-huit à vingt jours, on retire les lames et on en détache la couche de vert-do- gris, qu'on pétrit avec un peu de vinasse, et qu'on renferme dans des sacs de cuir ou dans des peaux de mouton, pour l'expédier au loin.

Cette opération, fort simple, est pratiquée, dans la plupart des maisons de Montpellier, par les femmes^ dans un coin de la cave, parce que l'humidité, l'obscurité et une température modérée sont des conditions nécessaires. C'est ordinairement dans de grands vases d'argile, non vernis, nommés oulas^ qu'on stratifié les lames de cuivre avec le marc de raisin.

Il y a bien longtemps que ce genre de fabrication est pratiqué, puisque Dioscoride^ Pline et Vitruve en font mention. Les Grecs et les Romains connals-

(1) n ne faut pas confondre ce sous-acétate de cuivre avec le veri-de-gris qui se forme à la surface des ustensiles de cuivre, des statues de bronze, des pièces de monnaie, par la seule action de l'air humide, puisque, comme je l'ai dit ailleurs (34* leçon, t. II, p. 523), ce vert-de-gris est ua hydrocarbonate de cuivre.

Baient, en effet, le vert-de-gris, et l'employaient comme couleur et comme mé- '

dicament.

On transforme aisément le vert-de-gris en acétate neutre de cuivre, en faisant chauffer le premier avec du vinaigre distillé qui le dissout complètement. On concentre la liqueur, puis on la met & cristalliser. On suspend dans les cristallisoirs des bâtons fendus en quatre, et dont les branches sont tenues écartées au moyen de fiches de bois. Le sel cristallise de préférence sur ces bâtons^ et forme ainsi ces belles grappes pyramidales qu'on vend, dans le commence, BOUS le nom de vert en grappe.

L'acétate neutre de cuivre a pour formule : CuO,C*H'0',HO.

Le K»us-acétate est ordinairement un acétate bibasique, de la formule suivante : (CuO)SC*H«0»,6HO.

Voici la composition en poids de plusieurs verts-de-gris du commerce :

VERT-DE-GRIS VERT-DE-GRIS ANGLàlS

français. — '^^' ^ ■ ^^

cristallité. comprimé.

Acide acétique anhydre .... 29,3 28,30 29,62

Bioxyde de cuivre 43,5 43,25 44,25

Eau . 25,2 28,45 25,51

., Impuretés 2,0 » 0,62

Les alchimistes obtenaient un acide très-concentré en distillant, dans une cornue en grès, de Vacélate de cuivre. Ce sel, en se décomposant, abandonne tout son acide dont une partie se convertit en eau, acide carbonique et acétone, tandis que le reste prend la forme de vapeurs qui se condensent, dans le récipient, en un liquide légèrement verdâtre. Cette couleur, due à un peu de cuivre entraîné par l'acide, disparait par une seconde distillation. On le distinguait autrefois par les noms de Vinaigre radical et de Vinaigre de Vénus, dénominations encore usitées dans le commerce. 11 retient toujours plus ou moins -d'acétone qui change un peu son odeur (1).

Les deux sels de cuivre dont je parle ont une forte saveur cuivreuse et une légère odeur de vinaigre. Ce sont de violents poisons aux plus petites doses, puisque quelques centigrammes seulement suffisent pour tuer un chien.

Toutes les fois que des liqueurs ou des mets additionnés de vinaigre se refroidissent et séjournent dans des vases de cuivre, ils se chargent d'une certaine quantité d'acétate de cuivre et acquièrent à l'instant

(1) Après' la calcination du verdet, il reste dans la cornue du cuivre métallique mélangé d'un peu de charbon. Comme ce cuivre est dans un grand état de division et de porosité, il s'oxyde avec incandescence dès qu'on le projette dans un tôt presque rouge de feu, et il brûle à la manière de l'amadou par le contact d'un charbon allumé . Ce fait vient s'ajouter & ceux dont je vous ai parlé dans la dix-huitième leçon (t. H, p. 33) et la dix-neuvième leçon (i6., p. 52), pour confirmer la grande oxydabilité des métaux réduits en particules ténues ou en masses poreuses.

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