DES ACÉTATES DE PLOMB
des propriétés extrémemeot délétères. C'est là ce qui explique ces accidents si fréquents dans nos ménages, par l'imprévoyance ou la négligence des domestiques. On peut bien faire bouillir 4u yinaigre dans des casseroles de cuivre, parce qu'à chaud cet acide ne dissout pas sensiblement le cuivre ; mais, pour peu qu'on l'y laisse refroidir, l'air pénètre jusqu'au métal, à travers le liquide, et l'oxyde formé se dissout.
il y a plusieurs de nos préparations alimentaires qui renferment presque toujours de l'acétate de cuivre, et qui, par cela même, produisent des accidents très-graves, dont la véritable cause reste le plus souvent ignorée. Tels sont les cornichons et les câpres confits dans le vinaigre, les prunes à l'eau-de-vie, la liqueur d'absinthe, l'oseille cuife, dont la belle couleur verte provient presque toujours des vases de cuivre dans lesquels on les prépare. Parfois aussi on les colore à dessein en y faisant séjourner des sous, ou en y ajoutant un peu de vert-de-gris. En i834, j'ai trouvé, dans de l'absinthe verte vendue à Rouen, une proporiion considérable d'acétate de cuivre : aussi^ une personne qui en avait bu avait éprouvé de violentes coliques 1 £n 1838, j'ai analysé de l'oseille qui produisait de très-fortes purgations chaque fois qu'on en mangeait; elle renfermait aussi une grande quantité de cuivre^ parce qu'on l'avait fait cuire dans une bassine de cuivre rouge.
On ne saurait donc apporter trop de soins dans le choix des substances alimentaires, et on ne devrait manger des cornichons et autres substances confites dans le vinaigre ou leau-de-vie qu'après s'être assuré préalablement de leur parfaite innocuité.
Acétates de plomb. — L'acétate de plomb n'est pas moins utile à connaître, puisqu'on en consomme des quantités immenses, tant pour la fabrication du blanc de céruse (i) que pour celle de l'acétate d'alumine ou mordant de rowje des indienneurs.
Ce sel est très-souvent désigné sous les noms de Sel de Satuime^ Svcrt de Saturne^ Sucre de plomb, dénominations créées par les alchimistes et employées par Basile Valentin. On le prépare en faisant chauffer de l'acide pyroligneux purifié sur de la litharge, jusqu'à saturation. Lorsque la liqueur marque 50<^ à l'aréomètre, on la met à cristalliser. On obtient, par une cristallisation rapide, de jolies petites aiguilles brillantes et satinées {fig. 1081), qui ont une saveur d abord sucrée, puis astringente. Elles sont un peu efflorescenles et très-solubles dans l'eau. Fig. im: — JJ^JJ^jJ^^J^
L'acétate neutre de plomb cristallisé a pour p*"^^*^ ^ ^ formule : PbO,C*HsO»,3HO.
(1) Voir la 36« leçon, t. II, p. 6C3. GlBARblK. — iV.
Si Ton faitchautrer so dissolution avec de la litharge, elle en dissout le tiers de son poids, et il en résulte un sous-acétate ou acétate tribasique, CWO',3 PbO, qui ne cristallise qu'avec beaucoup de peine. Ce nouveau sel est très-employé par les chirurgiens pour laver les plaies, sous les noms d'extrait de Goulard, de vinaigre de plomb de Goulardy parce que c'est Goulard, chirurgien de Montpellier, qui préconisa l'emploi de ce sel dans les cas d'inflammation.
C'est un réactif très-utile aux chimistes, surtout à l'égard des principes immédiats, qu'il précipite, pour la plupart, de leurs dissolutions en flocons abondants; tels sont la gomme, les matières colorantes, le tannin, les matières extractives, qui, comme vous l'avez déjà vu, donnent avec ce sel des précipités consistant en une combinaison de la matière organique employée et de prptoxyde de plomb.
Le papier et le bois, imprégnés de ce sel, acquièrent, quand ils sont secs, la propriété de prendre feu plus facilement et de continuer à brûler comme de l'amadou.
L'acide sulfurique et les suUates solublcs, l'acide carbonique et les carbonates alcalins troublent les deux acétates de plomb et déterminent dans leurs dissolutions un précipité blanc et lourd de sulfate ou de carbonate de plomb ; c'est pour cela que les eaux de puits, de sources, de rivières, qui contiennent toujours plus ou moins de sulfate et de carbonate de chaux en dissolution, ainsi que de l'acide carbonique, blanchissent par l'addition d'acétate ou de sous-acétate de plomb. Cette eau blanche est ce que les alchimistes nommaient jadis lait de vieroc.
On désigne dans le commerce, sous le nom de' pyroligniie de plomb^ un acétate neutre que l'on prépare avec l'acide pyroligneux, brut ou distillé, il retient plus ou moins de goudron, suivant l'acide dont on a fait usage. Tantôt il est en masses compactes, d'un jaune brunâtre, d'une consistance molle, ayant une forte odeur empyieumatique. D'autres fois, il est eu petites masses aiguillées, d'un blanc grisâtre, sèches et moins odorantes. Ce dernier est presque pur et doit être choisi de préférence.
Le pyrolignite de plomb peut remplacer le sel de Saturne dans presque tous ses emplois, et notamment pour la préparation du mordant de rouge des indienneurs, dont je vais actuellement vous parler.
Acétate d'alamlne.— L'acétate d'alumine, Al'0',3 C^H'O^n HO, ne Jone pas un rôle moins important que l'alun dans nos ateliers, puisque, comme Je vous l'apprendrai bientôt, c'est le mordant ordinaire pour llmpression des toiles. On l'obtient, par double décomposition, au moyen de l'alun et de l'acétate de plomb préalablement dissous dans l'eau froide.
En employant ces deux sels dans les proportions de 100 parties d'acétate de plomb et de 02 parties d'alun, il résulte de leur réaction mutuelle, du sulfate de plomb insoluble et des acétates d'alumine et de
DE l'acétate D alumine.
potasse qui restent en dissolution, comme le démontre la légende suivante :
Potasse
Alun =< Alumine-
\ Acide sulfuriqnc-
= Sulfate de plomb. =[
__ Acétate — \ d'alumine.
Oxyde de plomb
Acétate |
de .= plomb. )
f Acéute 'potasse.
l»* portion.
Acido acéti(iuc-
Acide )- \ acétique j
2* portion.
Acide acétique
Mais, dans les fabriques^ on n'emploie jamais assez d'acétate de plomb pour décomposer les deux sulfates de l'alun, en sorte que le mordant obtenu consiste en un mélange d'acétate acide d'alumine, d'un peu de sous-sulfate d'alumine, de sulfate de potasse ou de sulfate d'ammoniaque, suivant que l'alun est à base do potasse ou d'ammoniaque. Il y a, en plus, du sulfate de soude, parce qu'on neutralise ordinairement l'excès d'acide de l'aluif par des cristaux de soude.
Voici la composition des trois mordants dont on fait principalement usage pour les impressions :
VATliîRES EUPLOYl^ES.
Eau
Alun
Cristaux de soude....
Acétate de plomb....
MORDANTS N» i.
iro »"•
27kil.
On introduit dans un baquet l'alun pulvérisé ; on y verse la quantité d'eau chaude voulue pour en effectuer la dissolution ; puis on ajoute à la liqueur le carbonate de soude, et enfin l'acétate de plomb dissous dans le restant de l'eau. On a soin de remuer le tout sans interruption pendant une heure au moin», et, ensuite, de temps en temps seulement, mais en laissant le vase découvert, afin que le refroidissement soit aussi prompt que possible; car on a observé que quand il est lent, l'acétate se trouvant longtemps exposé au contact do l'air, il y a toujours une certaine quantité d'alumine mise en liberté qui ne se redissout plus. Lorsque le mordant est refroidi et que le dépôt de sulfate de plomb est formé, on décante la partie claire qu'on introduit et conserve dans des vases de verre ou de grès bien clos. Quant au précipité, on le met à égoutter sur une toile où on le lave, et l'on fait servir les eaux de lavage à la préparation de« mordants faibles, ou à une nouvelle opération des mêmes mordants.
Il est peu de cas où l'on ait besoin d'un mordant plus fort que le n"* I . Le mordant n* 3 est assez fort pour produire, avec presque toutes les substances tinctoriales, les nuances les plus intenses, par une saturation complète.
Il résulte donc, de tout ce qui précède, que le mordant de rouge des indien* neurs n'est point de l'acétate d'alumine pur, comme celui qu'on prépare dans les laboratoires soit en neutralisant l'acide acétique concentré par de l'alumine en gelée, soit en décomposant 100 parties d'acétate de plomb par 115 parties d'une solution de sulfate d'alumine pur à 33^ Mais les sels étrangers que le premier renferme ne présentent aucun inconvénient pour l'impression.
On prépare quelquefois le mordant de rouge avec le pyrolignite de chaux, à défaut de sel de Saturne ou de pyrolignite de plomb. Ce moyen, étant plus économique, est aussi celui dont font usage les fabricants de produits chimiques, qui livrent au commerce de l'acétate d'alumine liquide. Mais celui-ci retient toujours, dans ce cas, du sulfate de chaux, ce qui fait que les nuances qu'il produit sont ternes.
L'acétate do baryte serait bien préférable, attendu que le sulfate de baryte est absolument insoluble. On devrait même le substituer à l'acétate de plomb qui est beaucoup plus cher : 67,37 d'acétate de baryte anhydre peuvent remplacer 100 parties d'acétate de plomb cristallisé.
Une propriété particulière aux mordanls aes fabriques, c est que, chauffés à -h 70 ou 80<>, ils se troublent par la précipitation de soussulfate d'alumine, qui se redissout de nouveau parle refroidissement. Cette observation explique pourquoi il ne faut pas chauffer les mordants de rouge, ni s'en servir à chaud dans quelque circonstance que ce soit, et pourquoi aussi on obtient des couleurs plus nourries et plus vives dans l'impression que par les bains chauds.
Le mordant d'alumine préparé avec le pyrolignite de plomb fournit des nuances jaunes aussi vives que celui qui est fait avec le sel de Saturne. Les roses sont peut'-ôtre un peu moins beaux ; mais tout dépend de la préparation du pyrolignile de plomb, car celui qui est blond et en aiguilles agit comme le sel de Saturne.
Acétate de fer. — L'acétate de fer est aussi d'un usage général dans nos ateliers de teinture et d'indiennes, pour colorer les étoffes en jaune plus 014 moins foncé et servir de mordant de noir. On le prépare très-simplement en faisant digérer, pendant un mois ou deux, du vinaigre de vin ou de l'acide pyroligneux distillé sur des rognures de tôle ou de vieille ferraille. Le fer s'oxyde aux dépens de l'eau, et l'oxyde neutralise ensuite l'acide.
11 en résulte une liqueur d'un brun foncé, incristallisable et d'une odeur particulière. Elle tient en dissolution un mélange d'acétates de protoxyde et de peroxyde de fer. On l'appelle communément Liqueur de ferraille, Pyrolignite de fer, Bouillonnoir, et le tonneau dans lequel on la prépare est désigné, dans les ateliers, sous le nom de Tonne au noir.
Dans les premiers temps de la fabrication des toiles peintes en Europe, on préparait l'acétate de fer, d'après Shaw, en dissolvant le métal dans de la petite bière éventée.
Le pyrolignite de fer du commerce doit marquer de 14 à 16®, et ne pas contenir de sulfate de fer. L'expérience a démontré aux teinturiers