‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 28 sur 114 · DU CHANVRE · texte numérisé non relu

DU CHANVRE

ser en parties fines et déliées, afin do faire ces filaments qui sont tout formés dans le coton.

Les parties de la filasse qui restent dans les dents du peigne prennent lo nom ù*étonpe, qui sert à la fabrication des toiles grossières. La filasse bien préparée est filée à la main ou à la mécanique, et le fil est ensuite soumis au tissage pour être converti en denielie, en batiste, en toile de ménage. Je n'insiste pas sur toutes ces opérations, qui sortent du cadre de mon enseignement. Je dirai seulement que^ grâce aux perfectionnements apportés dans ces opérations, on a pu amener le fil de lin à un tel degré do finesse, que 32 gram. de filasse peuvent fournir jusqu'à 4753 mètres de fil (1).

Du ChABTre*

C'est une plante annuelle de 1",30 \ 2", 60 de haut, originaire des régions orientales de Tancien continent, notamment de la Perse et des Indes, mais qui, depuis des siècles, est répandue dans toute IKurope, où on la cultive en grande quantité î\ cause de ses fibres textiles et de ses graines. Celles-ci' s'appellent vulgairement chinevis.

Elle est diot'que, c'est-fi-dire que les fleures mAlcs sont sfl'parées des femelles sur des pieds dilîérents '^j/. 1098 à 1100). Les liges mâles sont généralement plus grêles, moins hautes et jaunissent pins tôt que les femelles; aussi les cultivateurs, par une erreur fondée sur la notion de la force des êtres du genre masculin, sont-ils dans l'usage de donner le nom de chanvre mâle à la tige femelle, qui est plus vigoureuse, quoiqu'elle porte les graines.

Les unes et les autres fournissent les filaments textiles dont on prépare la filasse. Lorsque la maturité est parfaite, on en fait la récolte comme pour le lin et on sépare les graines des tiges de la mOme manière.

Les tiges de chanvre, séchées à -f- 100°, contiennent 05,44 p. 100 de matières organiques et 4,o6 de substances minérales. Celles-ci consistent surtout en chaux et en potasse. Les graines contiennent beaucoup d'acide phosphoriquc;.

Séché à l'air, le chanvre mâle renferme moyennement 26 p. 100 de fibres textiles, et le chanvre femelle seulement IG à 22 p. 100. Dans le chanvre teille séché à l'air, il n'y a que 60 à 05 p. 100 de ces filaments, le reste se compose de matières étrangères, solubles dans les lessives alcalines; de sorte que 100 parties de chanvre vert ne donnent que 5 à 8 parties de filaments textiles. Ces derniers sont spécifique-

(1) L'industrie .linièrc a pris un développement considérable en moins d'une dizaine d'années, surtout en Flandre. En voici la preuve : à Texposition de 1844, M. Schlumberger comptait seulement 1*20000 broches dans les filatures mécaniques de la France; à l'exposition universelle do I85.S, M. Désiré Scrive portait le nombre des broches fonctionnant dans nos filatures à 500000, dont 295000 pour le seul département du Nord.

ment plus lourds, plus grossiers et plus résistants que ccuk du lin, et s'en distinguent, lorsqu'ils n'ont pas été blanchis, par leur teinte jaunMre.

■(•«■■■■(e, — Le rouissage du chanTra s'effectue comme celui du lin, mais le plus généralement c'est dans les eaux dormantes qu'on opère, malgré l'inreclion qu'elles répandent, parce qu'elles sont plus

fréquentes et que, d'ailleurs, les r^glemcnl8 de police s'opposent presque partout à ce que le rouissage soil pratiqué dans les cours d'eau qu'il rend insalubres, et dont il détruit le poisson. Il ne Taul pas plus desix à huit jours pour que lo rouissage soit complet dans les eaux dormunles; il demande plus de temps dans les riviôres. On peut l'opérer, (ans aucun dommage, en vingt-quatre heures, dans les eaux chaudes, «insî que Montaigne t'a vu en Italie, ei; t580, aux thermes de Vilerbe, et Mérat à celles de Bourbon-lancj, en t83i. On peul encore rouir dans le sable humide, ainsi qu'un le pratique au Itrésll.

DU CBANVRE.

TcUlaiT^. *- Le teiiiage à la maio, qui n'a lieu ordinairement que pendant les Yeillées et les mauvais temps d'hiver, s'effectue au moyen d'un plateau D Ifig* 110 1) de bois dur de 30 centimètres de large fiié^Yerticalement à Textrémité d'un autre plateau horizontal C. Le plateau B, haut de 1 mètre environ, offre à sa partie supérieure une entaille A présentant la forme d'un croissant et dont on a arrondi les angles.

Un ouvrier prend alors les javelles les unes après les autres, et, commençant à les présenter par le gros bout, il les appuie sur l'écliancrure du plateau et les y avance successivement, de manière qu'il y ait toujours 8 à 10 centimètres de tige non rompue en dehors du plateau. Pendant ce temps, deux ouvriers armés de bâtons durs et pesants, surtout h. leur extrémité inférieure (fig. 1102), frappent sur le bout de la javelle à mesure que le premier ouvrier l'avance. Un seul coup suffit pour rompre celle-ci. Aussitôt que chaque Javelle est ainsi battue, un autre ouvrier la reçoit et la secoue afin d'en détacher les chènevottes qui ne Fig. iioi. — Machine pour sont pas tombées devant le plateau. rompre les chcnevottei du

Après cette- première opération, on fait passer la chanvre filasse à la broyé. Cet instrument {fig, 1103) se compose de deux parties superposées. La mâchoire supérieure B est formée de doux pièces de bois réunie's à un bout par une forte cheville en fer qui traverse aussi la m&choire inférieure, de façon à former uni; charnière. Ces deux pièces de bois, terminées à l'extrémité opposée par un manche C, offrent une épaisseur de 26 centimètres et sont tailléos en couteaux noi) tranchants par-dessous. — La màchoiro inférieure A consiste en une pièce de bois creusée dans pros(iue toute sa longueur^ et cannelée, mais à mortaises arrondies dans le haut. Ces deux parties sont disposées /''ip. nui. — Dâtun pour de façon que les deux pièces de la mâchoire snpé- rompre lo» chèneirottc* du rieure entrent librement dans les murtaises de la ma- ch«"vre. choire inférieure.

C'est entre ces deux mâchoires qu'on place les poignées de chanvre et qu'on

Fig. if 01. — Broyé pour séparer laehèneTotte de la filasse.

les brise sur tonte leur lonarueur, en les retournant en tous sens pour qu'aucune partie n'échappe à cette action. On termine l'opération en tirant chaque poignée

GiaaaDni. — iV« 6

t ptaté duis U machine; on la débiirrRue aiiiti dei petits brins

in ifig. IlOtl. L'opâration dit broyage marche alors plus rapidement et plus

C'i^si ainsi qu'on opère poar la cbanrre k cordages, mais pour la cbanvro k tdiles, dont les liges sont plus courtes et aurlout moins grosses, on se contente de le bDtire psr poignées sur un billot, svec un maillet en bois dur et pesant ; on soumet ensuite la fllssae !i l'action da U broyé, puis k l'opération du peignage ou sérincage qu'on pratique comme pour le lin.

La cliÈnevotte sert dans certains pays à faire des allumettes soufrées; elle fournit aussi un cliarbon assez convenable pour la fabrication de la poudre k tirer; mais la préparation de ce cliarbon est difficile Ji cause de U rapidité avec laquelle il se réduit en cendres.

Les étoupes reçoivenl dans l'industrie et dans l'économie domestique diTcrsea applications utiles ; ainsi an en consomme de grandes quantités pour calfater les navires; on en rembourre les meubles, on en fait des boulins eu bourrelet* pour bouclier les interstices des portes et fenêtres, etc.

Le chanvre présente, dans le commerce, autant de variélés que le lin, mais une IrËs-grande partie est employée à d'autres usages que la rabricalion des toiles de corps, tels que fli à coudre, fli pour coi'doiiniers, ficelle, cordages pour la marine, toiles à voiles, à emballage et à torchons, filets de poche et autres objets qui exigent de la force. La corderie absorbe plus des 3/;i du chanvre consommé en France.

La confection des cordes de toute espèce, avec le chanvre remonle à la plus haute antiquité, mais l'appropriBlioa de ses fibres textiles à la fabrication dulingenedate, en Europe, que du commencement de l'ère chrélienne. Au temps d'Olivier de Serres, c'est-à-dire dans le milieu du seixiËmesîècle,on n'en faisait encore que des tissus tr(s-grossien, et l'on citait comihe objet d'un luxe extraordinaire, ainsi que comme un viaitour de force du fabricant, les deux chemises de toile de chaar

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