CARACTÈRES DES FIBRES TEXTILES VÉGÉTALES
nœndi on cibfiioiis sont dépourvus des petits filaments qu'on voit dans le chanvre, qu'ils sont plus fins, et que leur diamètre varie entre ^ et ^ de millimètre (Hg. il09) (l).
Cescaractères microscopiquesexcellents deviennent insuffisants^ pour distinguer les filaments les uns des autres et par suite leur mélange dans les tissus, quand ces filaments ont été amenés à l'état de fils fins etreCorSi tels que ceux qui servent à la fabrication des dentelles; en effet, le lin a perdu, dans ce cas, sa conformation droite, rigide, et se présente, comme le coton, aplati et légèrement contourné.
M. Vétillart, très-habile blanchisseur de Normandie, a fait connaître, en 1869, les deux moyens auxquels il a recours pour déterminer la nature spécifique ou l'origine des différentes fibres ligneuses : l'un est l'obserratîon microscopique de ces fibres envisagées dans le sens de leur longueur et sur d' s coupes faites perpendiculairement à leur axe; l'autre est la recherche du genre de coloration qu'elles éprouvent par l'action de l'iode en présence de l'acide sulfurique étendu d'eau ou de glycérine.
Pour faire ces observations et ces expériences, on prend des faisceaux de fibres de 6 à 8 centimètres de longueur, préalablement' décolorées si elles sont teintes, ou simplement lavées dans une eau légèrement alcaline si elles sont écrues, et on en tire quelques-unes. Si elles sont tordues parla filature, il faut les détordre et en disposer quelques-unes longitndinalement sur le porte-objet du microscope, en les imbibant de glycérine pour les rendre transparentes; puis on les recouvre avec un ▼erre mince carré.
Pour observer l'intérieur de la fibre, mis à découvert par une coupe perpendiculaire à son axe, on prend un faisceau des filaments de 3 cent. de longueur et de la grosseur d'une plume d'oie. On lie le faisceau au milieu avec un fil, puis on en plonge une extrémité dans une colle liquide à base de gélatine ; on fait pénétrer avec les doigts dans 1 intérieur, ppison répète la préparation sur l'autre extrémité du faisceau ; on tord et on détord légèrement les filaments afin de faire pénétrer le liquide également dans toutes les parties du faisceau ; il faut éviter de déranger le parallélisme de ces filaments. Après douze heures, quand le faisceau est sec, on le Vixe dans la cavité cylindrique d'un étau à main,
(1) Longtemps on a admis, et quelques personnes admettent en ccro, surl'autorité de Leuwenhoeck, que les fibrilles du coton sont triangulaires ot h angles trtRnchants ; voilà pourquoi, dit-on, les étoffes de coton les plus fines sont plus dures sur la peau que celles du lin, et pourquoi la charpie de coton (Miilamnie les plaies. Ces opinions n*ont aucun fondement. Les filaments rubanés du coton sont mille fois plus flexibles que les tubes du lin, et si la charpie du coton ne peot être substituée sans inconvénient à celle du lin, cela provient tout simplement de ce que les rubans fermés du coton, remplis d'une substance organisatrice qu'aucun Ufage ne peut enlever, n'aspirent point le sang ou le pus, ainsi que le font les tubes du lin qui sont ouverts et que le rouissage a vidés de tous les sacs qui pourraient les obstruer.
et, avec un rasoir, on fait des coupes perpendiculaires à Taxe aussi minces que possible. On les reçoit sur une lame de verre.
On peut alors observer au microscope la structure de chaque fibre dans sa longueur et dans sa coupe, puis la placer en contact du réactif liquide qui doit développer des colorations bleues, violettes ou jaunes. Ce réactif se prépare en dissolvant i partie d'iodure de potassium dans 100 p. d'eau distillée, avec addition d'un peu d'iode libre.
On laisse tomber une large goutte de cette liqueur sur une lame de verre, et on y met quelques filaments. Après plusieurs minutes d'imbibition,on enlève l'excès du liquide avec du papier buvard, on recouvre les filaments d'un verre mince carré, on approche d'un côté du verre quelques gouttes d'acide sulTurique étendu d'eau ou de glycérine pure, et on en absorbe l'excès qui passe du côté opposé, par du papier buvard.
Voici les résultats des recherches de M. Vétillart :
l«tii. — 1** Les fifaments du lin, qui à l'œil nu semblent simples, sont en réalité formés de fibres réunies en faisceau. On peut les isoler facilement au moyen d'une aiguille. — Elles sont longues de 1 à 6 centimètres et plus; d'un diamètre uniforme, pointues à leurs extrémités; elles ont un canal très-fin au centre. — Elles sont lisses; les plis du froissement produisent des stries ordinairement croisées, et les fibres du pied du lin sont plates et striées.
Elles se colorent en bleu par l'iode et l'acide sulfurique, quelquefois en lie de vin ; le canal se colore en jaune parce qu'il renferme des granules doués de cette propriété.
2"* Les coupes transversales présentent des polygones dont l'adhérence mutuelle est faible; elles se colorent en bleu et le centre en jaune. ^ C'est le peu d'adhérence des filaments^ leur égalité de diamètre et leur surface lisse qui permettent de filer la filasse du lin en numéros élevés.
Chancre. — P Les fihres du chanvre sont fortement agrégées, et chacune est enveloppée d'une matière mince qui, au lieu de se colorer en bleu par l'iode, se colore en jaune. — Elles ont à peu près la longueur des fibres du lin, mais leur diamètre varie; elles sont plus grosses et moins lisses que celles du lin. — Les extrémités sont grosses et courtes, en forme de spatule.
Elles se colorent en bleu ou en b.leu verdàtre par l'iode et l'acide sulfurique.
2** Les coupes transversales sont fort différentes de celles du lin. On dirait des fibres enchevêtrées les unes dans les autres ; leur adhérence mutuelle est considérable. Chaque fibre près du bord se colore en jaune et le reste en bleu. Pas de couleur jaune au centre.
C'est l'adhérence des fibres, l'inégalité de leur diamètre et leur raideur qui s'opposent à ce qu'on les file en numéros élevés.
Coton. — 10 Fibres toujours isolées, tortillées sur elles-mêmes, en rubans à bords longitudinaux roulés, plissés au milieu. — Extrémités larges, canal central. — Colorables en bleu par l'iode et l'acide sulfurique.
Le coton longue soie a de 25 à 40 millimètres, et le coton courte soie de 10 à ?0 millimètres.
V* Coupes transversales, toujours isolées, arrondies en forme de rognons. Colorables en bleu avec des taches jaunes à l'intérieur et à l'extérieur.
Il est donc toujours possible, grâce aux procédés de M. Vétillart. de distinguer les unes des autres les trois sortes de fibres textiles les plus employées. Je ne parle pas des caractères différentiels du Jute, du Chi-
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na-^rass et du Phormium ou Lin de la Nouvelle-Zélande, sur lesquels il a aussi expérimenté, parce que leur emploi est beaucoup plus restreint. Je Yous renvoie aux mémoires et rapports qui ont été récemment publiés sur cette importante question (i).
En définitive, sous l'influence de l'iode et de l'acide sulfurique, le ligneux pur se colore en bleu violet, tandis qu'un principe qui se présente dans les fibres textiles à Tétat de membrane ou de grain se colore en jaune par le môme réactir. Quelle est la nature de ce principe ? C'est ce que l'on ne sait pas encore.
' Avant M. Vétillart, plusieurs chimistes, notamment M. Boettger^ Kuhlmann, Schleidcn, Leykauf, Zimmermann, Elsner, Chevallier, avaient proposé divers moyens pour distinguer les unes des autres les principales fibres végétales et pour constater leur mélange dans le même tissu; mais comme ces moyens sont peu commodes ou peu exacts, je n'en parlerai pas.
Le coton, le chanvre et le lin sont très-hygrométriques, et à peu près au même degré. Le linge le plus sec en apparence retient encore près de 3 p. iOO d'eau, qui s'évapore à l'étuve fortement chauffée, mais que le linge réabsorbe lorsqu'il est replacé dans le milieu où on le tient d'ordinaire.
Le chanvre et le lin sont meilleurs conducteurs du calorique que le coton; c'est pourquoi ils sont plus froids que celui-ci sur la peau, si bien que les personnes qui ne portent pas de flanelle doivent préférer les chemises de calicot à celles de toile, surtout si elles sont affectées de rhumatismes.
Les trois sortes de fibres végétales dont je m'occupe spécialement étant débari*assées de toutes les substances organiques adhérentes (matières azotées, grasses, cireuses, résinoïdes, colorantes, pectiques) et des substances minérales qui les incrustent à l'état vivant, ont absolument la môme nature chimique ; c'est de la cellulose, C"H*W°, ainsi que je vous l'ai déjà dit. Par conséquent elles ont les mômes propriétés chimiques que celle-ci, ce qui me dispense d'y revenir ; seulement je les compléterai en quelques points.
La chaux exerce une action remarquable sur les tissus végétaux, lorsqu'ils ont tout à la fois le contact de cet alcali et de l'air ; ils sont immédiatement attaqués ou brûlés, probablement parce que l'oxygène
(1) Manuel ou Exposé de la méthode pratique à suivre dans V examen des matières textiles d'origine végétale, — Procédé Vétillart (broch. in-8, avec planches coloriées^ publié par ordre du ministère do la marine et des colonies. Paris, 1872, chez Germer Baillière.
Rapport de M. Chevreul sur le mémoire de M. Vétillart, intitulé : Études sur les filaments végétaux employés dans Vindustrie. (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXX, n<* 21, 23 mai 1870, p. 1116.)
Rapport de M. le docteur Roucher sur le même travail. {Annales d hygiène et de médecine légale, 2» série, 187 J, t. XL, 1" part., p. C4.)
est absorbé trop rapidement, tandis qu'ils n'éprouvent aucune altération de la pai*t de cet agent, môme en quantités considérables, lorsque Tair n'a aucun accès. Cette circonstance, signalée par M. Edouard Schwartz, mérite d'être connue des blanchisseurs.
Un effet du môme genre est produit par les protoxydes de fer et de manganèse qui se suroxydent en présence des tissus qu'ils recouvrent. Ceux-ci sont souvent brûlés, comme il est aisé de le corv^tater sur les calicots teints ou imprimés en rouille, chamois ou solitaire. D'après M. Kuhlmann, ce serait, dans ce cas, un phénomène de combustion lenle du môme ordre que celui qui apparaît dans l'altération du boiB par le contact immédiat des clous de fer.
M. Mercer, habile teinturier anglais, a tiré parti, dans ces dernières années, de la propriété qu'ont les alcalis caustiques et concentrés de contracter fortement les filaments végétaux, pour donner une plus grande densité aux tissus de coton, seul ou mélangé, et les rendre plus aptes à s'approprier les couleurs à la teinture et à l'impression.
Son procédé consiste à passer les tissus dans une lessive alcaline concentrée et froide, puis, sans les laisser sécher, à les laver à l'eau, à les plonger dans de l'acide sulfurique faible, et à les laver une seconde fois. Le tissu est alors contracté en tous sens, il est devenu plus épais et plus serré, et cela d'une manière permanente; dans cet état, il absorbe plus facilement les matières colorantes, ce qui fait que les couleui*s y sont plus saturées et plus brillantes que sur le coton à l'état normal* Les alcalis ont donc produit sur lui un effet qui a quelque analogie avec celui que le foulage opère dans les tissus de laine.
En Angleterre, on donne au coton ainsi modifié le nom de Coton merceiisé. Suivant M. Gladstone, ce colon n'a pas changé de composition : sa constitution physique est seule différente ; ses fibres ont pris une forme ronde, massive et solide, mais très-poreuse, ce qui explique pourquoi il absorbe une plus grande quantité de matière colorante.
Dès 1840, M. Bidard et moi avions constaté qu'on peut rendre les tissus imperméables à l'eau, en les trempant successivement, et à divei^ ses reprises, dans des solutions d'alun et de savon, parce qu'il se fait, dans ce cas, un savon d'alumine insoluble et très-divisé, qui bouche les pores des tissus, et empoche ensuite l'eau de s'y introduire. Ce procédé était passé depuis longtemps dans la pratique, lorsqu'en 1859, MM. Muzmann et Ki>akowiser l'ont modifié de la manière suivante :
Dans n litres d'eau bouillante, on fait dissoudre 500 grammes de gélatine et 500 grammes de savon de suif, puis 750 grammes d'alun qu'on ajoute par petites quantités; après un quart d'heure d'ébullition, on laisse le liquide redescendre à -+- 50« ; on y plonge alors le tissu, qu'on retire quand il est bien imprégné, et qu'on fait sécher rapidement sans le tendre. On le lave ensuite avec soin, on le sèche de nouveau et on le passe à la calandre.
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On réasait aussi très-bien en plongeant la toile dans une dissolution sayonneuse à 20 p. iOO de savon, et ensuite dans une dissolution de suUate de cuivre également à 20 p. 100; on retire et on lave. 11 s'est formé un savon de cuivre qui est insoluble et qui, interposé dans les pores du tissu, empoche désormais qu'il ne soit traversé par l'eau. Ce procédé est excellent pour faire des bâches destinées à mettre les denrées à l'abri de la pluie.
DES ORGANES EMPLOYÉS DANS L'INDUSTRIE (scite).
SoniAiBE. — Matières textiles animales. — Étude de la Laine^ ses diverses espèces, sa nature, ses propriétés. — Moyens de distinguer les fils de coton dans les étoffes de laine. — Do la Soie et de l'éducation du ver à soie. — Mode de formation, nature et propriétés de la soie. — Sa distinction d'avec la laine et les fibres végétales. — Blanchiment des fibres textiles : \° des fibres végétales : coton, lin, chanvre en fils et en toiles. — Appareils nombreux employés pour les diverses opérations du blanchiment.