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Apprêt, séchage et cylindrage

Je n'ai pas à revenir sur ces opérations qu'on pratique comme pour le coton, si ce n'est sur deux, la macération et Vexposition sur le pré, qui sont pour ainsi dire spéciales au blanchiment du lin, car on y a à peu près renoncé partout pour celui du coton.

Macération. — La macération a pour but de détruire le parement dont les toiles sont imprégnées. Celles-ci sont disposées par lits dans do vastes cuviers, et recouvertes d'eau tiède, dans laquelle on ajoute une petite portion de son ou de farine de seigle, afin d'exciter plus promptement la fermentation. Celle-ci dure quatre à cinq jours. Le bain se fonce peu à peu en couleur et finit par devenir d'un brun rougeâtre ; des gaz (acide carbonique et hydrogène) soulèvent à sa surface une écume plus ou moins épaisse; il exhale une odeur infecte, très-acide, et il acquiert une grande viscosité. Lorsque les gaz cessent de se produire, que l'écume s'affaisse et que l'odeur acide disparait, l'opération est terminée. On décuve les toiles et on les dégurge avec le plus grand soin.

Si l'on prolongeait l'immersion après les signes indiqués, le tissu éprouverait une notable altération, et souvent, malgré toute la vigilance qu'on apporte à surveiller la marche de la fermentation putride, qui est nécessaire pour opérer la dissolution du gluten du parou, cette fermentation se propage jusqu'aux fibres textiles et les attendrit, comme l'on dit en termes d'atelier.

Mieux vaudrait remplacer la macération par un trempage et un débouillage à la chaux, suivis d'un passage en acide et d'un lessivage au sel de soude dans l'appareil américain, ainsi qu'on le fait pour les grosses toiles de coton. La destruction du gluten serait aussi parfaite, plus expéditive et moins dangereuse.

Exposition s«r le pré. — Vexposition sur le pré est, une opération toute manuelle qui ne présente rien de particulier; mais J'appellerai votre attention sur quelques détails accessoires.

Le terrain destiné à l'étendage doit être entouré de fossés et coupé

de canaux parallèles, distancés de 15 à 20 mètres. Ces canaux fournissent les moyens d*arroser les pièces au soleil.

Tonte espèce d'eau n'est pas propre à Tarrosage; il faut qu'elle soit parfaitement limpide et aussi pure que possible, autrement elle tacherait les toiles en déposant à leur surface les substances qu'elle tiendrait en suspension, tandis que les sols dissous se fixeraient sur les fibres par suite de l'évaporation de l'eau.

Les arrosages sont faits assez ordinairement par des ouvriers qui puisent l'eau dans des canaux à l'aide de longues pelles creuses, et la projettent de part et d'autre sur les toiles.

On tient le pré très-propre et on y détruit avec soin les taupinières. On veille à ce que les toiles ne posent jamais sur la terre mise à nu, et môme à ce que l'herbe qui la recouvre soit assez haute et assez forte pour supporter les toiles sans s'affaisser, afin que l'air puisse circuler librement au-dessous et agir efficacement sur leur face inférieure. Lorsque l'herbe ne remplit pas les conditions indiquées, on y supplée par des cordes que l'on tend; on en pose quelquefois une dessus pour empêcher les toiles de se rouler et de flotter au gré des vents.

Lorsque celles-ci touchent la terre de la prairie, elles ne tardent pas à se détériorer, de la même manière que les tiges de lin qui sont en contact avec la vase d'un étang ou d'une rivière. Cette action destructive de la terre végétale sur les substances ligneuses s'explique aisément. Les détritus organiques qui sont disséminés dans cette matière poreuse, éprouvent continuellement une combustion lente qui les change peu à peu en humus ou terreau.

Dans ce mélange assez complexe, il y a surtout des acides noirs azotés, peu solubles dans l'eau pure, mais tri's-solubles sous l'influence de petites quantités d'alcalis et notamment du carbonate d'ammoniaque. Or, ces acides humiques ou ulmiques sont de véritables matières colorantes qui tachent les toiles en brun, cl qui les font participer à cette décomposition spontanée qu'ils subissent incessamment, si bien que ces toiles elles-mêmes se brûlent lentement en donnant naissance à de l'eau et à de l'acide carbonique.

Dans l!exposition des toiles écrues sur le pré, tout semble démontrer que la destruction de la matière colorante propre à la fibre textile est due à l'action simultanée de l'air, de la lumière et de l'eau. Ce qui prouve la nécessité de l'intervention de ces trois agents, c'est, d'une part, que l'air seul n'a aucune action dans quelque circonstance que ce soit ; qu'humide il n'agit pas davantage dans un lieu obscur, tandis que, d'autre part, il produit la décoloration dans un lieu éclairé dès que celui-ci est suffisamment humide. Il y a longtemps qu'on a constaté que la rosée et la neige, qui contiennent en dissolution beaucoup d'air très-riche en oxygène, hAtent singulièrement cet effet. L'oxydation de la matière colorante la rapproche ainsi des substances acides, et la rend, par conséquent, plus apte à se dissoudre dans les alcalis.

D*un autre côté, les matières grasses, qui se trouvent aussi sur les toiles, absorbent également l'oxygène atmosphérique et passent à l'état d'acides gras, qui sont dès lors très- faciles à saponifier et à dissoudre. Cependant, lorsque l'exposition se prolonge, il arrive souvent que l'acide carbonique de l'air s'unit à ces matières grasses et les rend inattaquables par les alcalis caustiques.

Dans tous les cas, il ne faut soumettre les toiles à l'insolation que lorsqu'elles ont déjà subi l'action des lessives, attendu que la matière colorante ainsi débarrassée d'une partie des substances étrangères qui l'accompagnent est plus facile à modifier ou à détruire et il y a moins à craindre cette conversion des graisses en composés insolubles dans les alcalis.

Emploi des permanffanates alcalins. — MM. Tessié du Motay et Maréchal, de Metz, ont reproduit, en 1867, un procédé de blanchiment au moyen des permanganates alcalins qui avait déjà été expérimenté à diverses reprises, notamment par un blanchisseur du Nord, M. Pochez, mais à une époque où les permanganates étaient trop chers pour qu'on pût en faire usage en fabrique. Ce motif n'existant plus aujourd'hui, on a fait de nouveaux essais pour tirer parti de la facilité avec laquelle les sels en question fournissent de l'oxygène en abondance en présence des acides. Le procédé proposé consiste à plonger les fils ou tissus bien dégorgés et dégraissés dans un bain de permanganate de soude additionné de sulfate de magnésie, d'où, après un temps suffisant d'immersion, on les passe dans un bain d'acide sulfurique très-étendu En répétant ces manœuvres un certain nombre de fois, on obtient un blanchiment complet.

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