II. — BLANCHIMENT DES FIBRES ANIMALES
i^ Blavclilmeni de la laine. — Les laines brutes sont soumises à deux séries d'opérations. Les unes, en quelque soiie préliminaires, ont pour but de les débarrasser des corps gras qui les imprègnent ; les autres ont pour effet de les blanchir complètement.
Les deux opérations préliminaires auxquelles on les soumet sont le lavage ou désuiniage et le dégraissage.
ÊJttyimge à dos. — Le lavage se fait avant ou après la tonle. Le lavage à dos s'opère dans les fermes, au mois de juin, en plongeant les moulons chargés de leur toison dans l'eau d'une mare, d'un étang ou d'une rivière, où on les frotte avec soin jusqu'à ce que la laine paraisse blanche et dépouillée de suint. Les rayons du soleil ont bientôt séché les moutons, qu'on ne tond qu'après quelques jours, pour leur donner le temps de remplacer le suint perdu, si nécessaire à la conservation de la laine.
En Angleterre, où cette opération préliminaire se fait avec plus de-
Kriiisqii'ean«nce,oa opère {fig.i ti2) dan* de» ruisseaun profonda de 6S à 80 ceDiimêlres, avec trais laveurs qui ta repatwnt le même anima] en MDi contraire du courant. On lave ainsi de 40 à 60 mouioni par heare, luiTant la taille et ta Torce des animaux. Le lavage à doi ne riui^t bien que lur lei moutooi indig6neB dont
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la laine peu eerréc permet k l'eau de s'infiltrer dans la toison. Il a moins de succès eur les moulons mérino$, dont les toisons sont tellement tassées, que l'eau aurait de la peine H y pénétrer ; elles sécheraient d'ailleurs diffidlemcnt, ce qui incommoderait les animaux, surtout ceux qui sont sujets à la cachexie.
Les acquéreurs habiles rejettent, en général, tout lavage k dos, parce que rien n'est plus variable el plus trompeur que la laine lorsqu'elle a été lavée sur le corps de l'anima),
DfaalBt>c«. — Le lavage après ta tonte se fait à froid, mais bien plus généralement à chaud ; c'est ce qu'on appelle particulièrement détuintage. Avant d'y procéder, on fait d'atmrd le triage des laines, en tes assorlissanl par qualités, puis on étend chaque sorte sur des claies de bois, où on tes bat avec des baguettes pour en faire sortir la poussière et les ordures; on 6te h la. main les mèches feutrées, les pailles, le crottin, et au moyen d'une fourchette do fer à pointes courtes, écai> tées et recourbées, on éparpille et l'on ouvre tout le reste.
On place ensuite les laines dans des cuviers d'une capacité convenable, qu'on emplit d'eau chauffée à i5°, et on les ; laisse tremper.
144 SOIXANTE-TaOISIÈME LEÇON.
sans les remuer, pendant dix-huit à vingt heures. (Jne partie de leur suint s'y dissout, et cette première eau devient le principal agent du dégraissage. C'est, en effet, dans cette eau, échauffée à 70» ou 75% qu'on plonge la laine par petites portions et pendant quelques minutes, en la soulevant continuellement à l'aide d'un bâton lisse. On la retire du bain avec une petite fourche pour la placer dans des paniers suspendus au-dessus des chaudières, afin de perdre le moins possible du liquide saturé de suint. Lorsque la laine est bien égouttée, on la lave à l'eau courante,' toujours dans des paniers, jusqu'à ce que l'eau qui en sort ne soit ni colorée ni trouble, puis on la met au pressoir pour accélérer sa dessiccation, qu'on achève sur des claies et à l'ombre. Sept hommes et trois femmes lavent et rendent 750 kilogrammes de laine par jour. Celle-ci perd, par les opérations précédentes, de 35 à 4o p. iOO de son poids primitif. On a calculé que le suint, provenant du lavage de toutes les laines récoltées en France, pourrait servir d'engrais à 150 000 hectares de terre.. .. ,
DéfpralM«ir«* — Ainsi préparées, les laines n'étant pas encore entièrement dépouillées de suint et d'ordures, les fabricants, avant de les mettre en œuvre, leur font subir l'opération du dégraissage. Voici comment pn opérait jadis et comment opèrent encore certains fabricants d'Elbe^f, ulle renommée, à juste litre, pour le travail du lainage. <
On agit, à la température de -h 50 à 65", dans des chaudières d'environ ÎOOO litres, de façon qu'un dégraisseur uniquement occupé h la chaudière, et quatre ouvriers laveurs à la rivière, puissent rendre par jour la quantité voulue pour quatre draps, c'est-à-dire environ 160 kil. de laine supposée sèche.
Le bain de dégrais varie suivant l'état sous lequel se trouve la laine que l'on doit traiter.
Les laines lavées à froid sont dégraissées avec de l'urine putréfiée et des cristaux de soude, par mises successives pouvant rendre chacune 10 kil. de laine blanche et sèche. Les mises restent chacune une demi- heure dans la chaudière. La première est placée à part et rabattue plus tard dans la chaudière, autrement elle ne serait pas assez dégraissée, le bain n'agissant convenablement qu'après avoir pris une quantité suffisante de suint.
Pour la mise en train des opérations, on verse dans la chaudière contenant la quantité d'eau nécessaire 70 à 80 litres d'urine et 30 kil. de cristaux de soude. — Quand on a dégraissé quatre mises, on ajoute 20 litres d'urine et 5 kil. de cristaux, et l'on répète ces additions de quatre mises en quatre mises pendant la durée du travail. — A la fin de la journée on jette la moitié du bain, et le lendemain, avant le travail, on remplit la chaudière avec de l'eau, 35 litres d'urine et 10 kil. de cristaux. — Le bain se remonte de la même manière pour le travail du troisième jour, et il est jeté à la fin de cette troisième journée.
Les laines dégraissées sont ensuite lavées à grande eau dans des paniers de formes appropriées, pour les bien nettoyer.
Aujourd'hui, à Eibeuf, dans les bons établissements^ le dégraissage est en progrès, et au lieu des deux opérations qu'on faisait jadis, désuiniage et dégraissage^ on n'en fait plus qu'une. Toutes les laines arrivent en suint des pays d'origine, & peu d'exceptions près.