‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 54 sur 114 · DU KERMÈS ANIMAL · texte numérisé non relu

DU KERMÈS ANIMAL

que jamais et puisse élre considérée comme la vraie richesse des populations montagnardes. Les Amazirgans et les Skilôgs vont le vendre dans les villes. Les teinturiers marocains savent en extraire une couleur ronge d*une qualité à l'épreuve des ans. Les Arabes dfis provinces d'Alger et d'Oran récoltent annuellement 5000 kilogr. environ de kermès. Le chône coccifère est fort répandu dans ces provinces (i).

Tmrlétés commerciales. ~ Le kermès vient en barils et caisses de tous poids. On en distingue surtout deux variétés : celui de Provence et celui d'Espagne.

Le kermès de Provence donne, en l'écrasant, une poussière rouge qui est contenue dans son intérieur. Il fait pâte dans le mortier lorsqu'on le pile, et il est presque impossible de le tamiser.

Le kermès d'Es/.agne est en grains secs et plats : il ne contient dans son intérieur qu'une très-petite quantité de poussière de couleur terreuse, souvent même blanchâtre, et on le pulvérise bien plus facilement.

Il se pourrait que ces différences fussent principalement dues à la manière dont on le prépare en Espagne. On assure qu'au lieu de le soumettre à l'action du vinaigre, on le fait périr dans des fours. Ce qu'il y a de certain, c'est que celui de Provence donne plus de couleur, et qu'il coûte toujours 4 à 6 fr. de plus par kilogr.; aussi les marchands font très- souvent un mélange des deux qualités, qu'ils vendent sous le nom de kermès de ProveMce,

En i850, la France a importé 22130 kilogr. de kermès, qui, à raison de 7 francs le kilogr., représentent une valeur de 154910 francs. L'Espagne seule en a fourni 20235 kilogr. ; l'Algérie, 733 kilogr.

Composition et usai^es. — D'après Lassaigne, la composition chi-

(\\ Le kermès était déjîi connu dans le Levant du temps do Moïse, qui l'appelait/o/^, d'après le professeur Tychsen ; on s'en servait pour donner le premier bain (ou ce qu'on appelle un pied dans nos ateliers) aux laines destinées à être teintes en pourpre ; dans l'Inde, on l'employait pour teindre la soie. Pline en parle sous le nom de coccigrdnwu, et dit qu'on teignait en pourpre avec cette matière, que les Espagnols apportaient pour payer la moitié de leur tribut au peuple romain. Lorsque l'art de teindre avec la pourpre des Tyriens fut perdu, on fit usage du kermès pour obtenir la même couleur; aussi devint-il, pour plusieurs pays méridionaux, un objet important d'exportation. On le désignait alors sous le nom de venniculu'i, petit ver; le mot kermès^ qui est arabe, et celui de vermillon, qui est français, ne sont que la traduction du premier. C'est encore de là que dérive le mot vermeil, créé pour désigner une espèce particulière de rouge. Au moyen âge, c'était la seule substance employée pour la teinture d'un rouge vif. En Allemagne, les paysans serfs devaient livrer aux couvents et aux chefs, parmi les autres tributs agricoles, une certaine quantité de kermès. On le recueillait à la Saint-Jean, entre onze heures et midi, avec des cérémonies religieuses, et on le désignait, à cause de cela, sous le nom de sang de Saint-Jean, A Venise, on en consommait beaucoup pour la fabrication de la couleur sur laine, qui portait le nom d'ccarlate de Venise ou de France, et qui ne doit pas être confondue avec Vécarlale par la cochenille^ qui a été appelée

écarlate des Gobelins ou de Hollande, et qui n'a été préparée que beaucoup plaa tard.

mique de cette substance est absolument la mâme que celle de la cochenille des cacliers ; aussi se comporte-t-elle généralement comme cette dernière dans les opérations de teinture. Toutefois, il faut em* ployer bien plus de kermès que de cochenille pour avoir le même ton de couleur.

La couleur du kermès, fixée par l'alun et le tartre, est d'un rouge brun qui n'a pas ce feu qui caractérise l'écarlale de cochenille ; mais la première a cet avantage, sur la seconde, qu'elle est plus solide et qu'elle n'est tachée ni par la boue ni par les eaux alcalines ou savonneuses.

Le kermès, depuis l'introduction de la cochenille en Europe, est beaucoup moins usité en teinture. Cependant il est certaines couleurs pour lesquelles on ne peut pas encore s'en passer : telle est celle que les Orientaux préfèrent pour leurs calottes ou bonnets nommés Fe% ou Tarbouches, Ce n'est qu'avec le kermès qu'on peut obtenir ce reflet d'un rouge pourpre que possèdent les bonnets fabriqués à Fez et à Tunis (i). On en confectionne de très grandes quantités à Constanlinople, en ^^TP^^y en Angleterre, en Allemagne (Lintz en Autriche, Bautzen, en Saxe), et en France (Orléans, Paris, Rueil, Chatou, Condom).

La couleur rouge de sang, très-solide, qu'on obtient, dans les ateliers d'Orléans, avec moitié kermès el moitié garance, était connue autrefois sous le nom d'écarlate demi-graine, et le rouge pur, sans garance, s'appelait écarlate de graine, parce que Ton prenait alors le kermès pour une graine. On retrouve cette couleur de sang dans certaines parties des anciennes tapisseries.

A Montpellier, on fait un sirop avec le suc rouge qu'on extrait par expression du kermès récent. A Milan, à Naples, t'i Rome el surtout ;i Florence, on prépare, avec ce suc, une espèce d'élixir ou de liqueur de table, d'une saveur délicate et fort agréable, qui est très en vogue en Italie, sous le nom à'alhermés.

III. Kermès de Polo|rne. — En Pologne, en Ukraine, on récolte depuis un temps immémorial un kermès, le Coccus polonicus, sur les racines des Sf'leranihes perennis et annum sur lesquelles il vit. 11 alesmOmes propriétés que le précédent, mais il est bien inférieur à la cochenille.

En Pologne, on le fait bouillir avec de la bière aigrie, et on teint la laine alunée dans cette décoction. LesTurcs, les Arméniens, les Cosaques, teignent avec ce kermès les maroquins, le drap; la soie, la crinière et la queue des chevaux. Les femmes turques en extraient la couleur avec

(1) Un autre motif qui oblige encore à s'en servir pour la teinture dos tarbouches^ c'est l'odeur qui lui est propre et que les Orientaux veulent retrouver dans les bonnets qu'on leur vend, parce qu'ils ont grande confiance dans les propriétés médicales du kermès ; ils le regardent comme pouvant les préserver des maux d'yeux, des douleurs de tète et d'une foule d'autres maladies.

DE LA GOMUB OU RËSIMK L^QUL:. 273

duvio, oudu suc de citron et de grenade, et le terveal de celte liqneurpour se teindre les ongles.

IV. CloHM* •■ rfalB* !•«■•. — C'eit encore une cochenille, 1o coccui iaixa, qui fournit celle matière. Cet iniecle vit sur plusieun arbres des Indes orienlales, nolamnaent sur des figuiers (Fkus nligiota et T. mdica, flg.(l80)jdeBnerprun»(fiftamnus jujuba), le maduga {Butea frondosa), des crolons {Croton iucciferum et C. auianeifoiium), des acacias ou mimoses (Mimosa curinda et M.

tinerea), pIc.

Les femelles, de mOme que celles du kermès et de la cochenille propremenl dile, se fixent seules sur les Jeunes brancbes , où elles s'accumulent on si grand .

nombre qu'elles ne laissent aucun vide entre elles. Là,

elles se soudent au mofen d'une matière résineuse qui provient mus aucun doute de l'arbre, et s'enfennenl chacune dans une cellule dislincte où bientôt après elles pondent et meurcnl. Les œufs, au nombre de vingt et plus, nagent au milieu d'un liquide rouge ; aprts leur éclosion, les lanes se nourrisse ni du liquide environnant el sortent ensuite A l'élal d'insectes parfaits laissant leur dépouille dans la cellule qui les contenait.

Comme tes cellules contiennent beaucoup moins de mslière colorante quand les jeunes insectes sont sortit, on casse les branches avant celle époque et on les fait sécher au soleil. Dans les Indes, celle opération se fait deux fois par an; la premiÈre eu mare, la seconde en octobre.

La matière colorante de celle résine appartient à la cochenille, et non au végétal qui la nourrit. Kllese trouve en-partie dans les débris animaui restés dans l'intérieur des cellules, et en partie dans la résine mCme, qu'elle colore en rouge cliir. Quand celle résine eu est dépouillée, elle est Jaune comme le succin.

Rarkcea c«BiHcrcl>lea. — On connaît dans le commerce trois sortes de laque :

I. Laque en bdlon ou laque lur bois {Slict-ltc).— C'en celle qui est encore au

ucbée k l'extrémité des bnncbe* de r«rl>reO!^. IISO, ^). EUe y foroie une crolUe

(imasDiN. — IV. IS

plus ou moins épaisse, d'un rouge brun foncë^ transparente sur les bords, d'une cassure brillante, colorant la salive pendant la mastication, répandant, quand on la brûle^ une odeur forte , non désagréable. Quand on Ta détachée de la branche, on voit dans sa partie intérieure un grand nombre de cellules^ dans les- Quelles on trouve souvent emprisonné l'insecte qui Ta produite. ^ 2. Laque en grains (Seed-lac). — Elle a été détachée du bois et brisée en fragments. Elle se présente souvent en petits grains ronds ou allongés. On voit sur Tune de ses faces une cavité creusée par la branche à laquelle elle adhérait.

Il paraît que la majeure partie de cette la']ue a subi dans les procédés de ma- * nipulation une altération qui eu rend l'emploi en teinture peu avantageux. On pense qu'aux lieux d'origine on en a extrait^ en la frottant dans l'eau, autant de parties colorantes que possible.

31. Laque en feuilles ou en écaillei (Shcll-lac). — Cette sorte est en feuilles minces, unies, transparentes, fragiles, variant de couleur depuis le Jl)lond clair )aaqu'au rouge cerise, et même. au rouge brun.

Quelquefois elle est en tablettes plus épaisses^ en gâteaux ou en pains.

Ces diverses variétés ne sont pas autre chose que de In laque en graim qui a été fondue dans une toile de coton placée au-dessus d'un feu de charbon, puis filtrée au travers au moyen de la torsion de la toile, et reçue sur le tronc uni d'un bananier, sur lequel elle se réduit en lames ou plaques de diverses épaisseurs.

BnabAUaire. — Toutes ces laques arrivent en caisses de divers poids.

Ckimposlilon immédiate. — Voici, d'après Hatchett, la composition chimique des laques commerciales :

Laque en bâtons. Laque en grains. Laque en écailles.

Résine 68 88,S 90,9

Matièru colorante... 10 2,5 0,5

Cire 6 4,5 4,0

Gluten 5,5 2,0 2,8

Corps étrang<irs 6,5 w »

Perte 4,0 2.5 1,8

La Inque m bâtons est la seule qu'on doive employer en teinture, puisque les autres sortes ont été privées de presque toute leur matière colorante. Ces dernières ne peuvent ôtre utilisées que comme substance résineuse pour la fabrication de la cire à cacheter et des vernis; les Indiens et les Levantins en font de plus des bracelets, des perles et des colliers.

Caractères chimiques. — L'eau a peu d'action sur la laque, en raison de la grande quantité de résine qu'elle contient; toutefois, l'eau froide dissout plus de matière colorante que l'eau chaude, par la raison que celle-ci ramollit la résine, qui retient alors plus fortement la couleur.

L'alcool en contact avec cette matière produit une liqueur d'un fort

Page 1