DES GRAINS JAUNES
Généralement tontes les graineB jaunes sont cueillies avant lear maturité ; Toilà pourquoi elles ont une teinte yerdfltre. Elles ne donnent de bons résultats qu'autant qu'elles sont récemment récoltées; après une année de conservationi elles fournissent déjà des couleurs moins vives : aussi ne doit-on les acheter que lorsqu'elles ont une teinte vertjauDfttre ; lorsqu'elles sont plus foncées et, à plus forte raison, noires, il faut les rejeter ; c*est un signe qu'elles ont plusieurs années de récolte, ou qu'elles ont séché trop lentement et souffert par l'humidité.
C'est surtout dans l'Asie Mineure que le Rhamnu$ infectorhu ou plutôt le Rh. ioxatUiSy est le plus commun. On le trouve dans presque tontes les localités volcaniques. Cet arbuste est connu dans tout FOrient sous le nom de Djéhri. Il est particulièrement cultivé à Konia, Angora et Kaîsaria. On le propage par boutures ; celles-ci portent fruit la troisième année ; la plante produit pendant trois ans^ après quoi elle s'épuise et devient improductive si l'on n'a pas soin de la greffer. Kaîsariai avec sa banlieue, récolte annuellement 400000 kil. de graines, dont la majeure partie est expédiée à Smyme et à Samsun, d'où on les exporte en Europe, soit par la voie de Marseille, soit par celle de l'Angleterre. Ces graines servent aux mômes usages que les autres, mais elles sont plus spécialement réservées pour la fabrication des laques et du stU de grain, pour les impressions des étoffes conmiunes et pour la coloration des papiers de tenture.
ComposltioB. — Depuis M. Chevreul, qui s'est occupé le premier de la composition chimique des graines Jaunes, un certain nombre de chimistes, tels que MM. R. Kane, Gellaty, Bolley et Hlasiwetz^ Ortlieb, Schûtzenberger et Berlhèche, ont cherché à isoler et à caractériser les principes colorants qui s'y trouvent; mais les résultats obtenus par eux sont si contradictoires qu'il est difficile de se faire une idée nette de la véritable composition de ces graines.
Le travail publié en 1800 par M. H. Lefort sur cette question offre plus de précision et de garantie. En voici les principales conclusions.
n y a, dans toutes les variétés de graines jaunes, outre du sucre, une résine verte, un principe amer et quelques autres matières peu intéressantes, deux principes colorants distincts d'un beau jaune citron, cristallisables, que M. Lefort a nommés rhamnigine et rhamnine pour rappeler leur origine et les rapports intimes qui les lient l'un à l'autre.
Ces principes ont, en effet, ceci de particulier qu'ils sont isomères, étant représentés par la môme formule = C"H«0»,2H0, et l'un d'eux, la rhamnine, paraît résulter de la transfoimation de la rhamnigine pendant la maturité de la graine, transformation qu'on opère aussi artificiellement au moyen des acides faibles aidés de la chaleur.
La rhamnigine est la principale, sinon l'unique matière colorante soluble dans l'eau, caractère qui la différencie nettement de la rham^ nine qui est, au contraire, à peine soluble dans ce véhicule. Ton'
leurs autres propriétés physiques et chimiques sont identiques. Ainsi, à peine soluhlesdans Talcool froid, Télher, le sulfure de carbone, elles se dissolvent très-bien dans les liqueurs alcalines en donnant des solutions Jaunes-rougeâtres très-vives qui brunissent rapidement à Tair; elles colorent les carbonates alcalins et l'alun dissous en jaune vif; elles deviennent d'un rouge vif par Tacide azotique concentré et racide sulfurique à 66<^ ; ce dernier les dissout sans les altérer, à la manière de l'alizarine.
- Dans les bains de teinture, c'est la rhamnigine dont la teinte est avivée ou exaltée par le mordant qqi se fixe sur les tissus, et non la rhamnine.
Caractères dlatlncilfa de la décoction. — La décoction des graines Jaunes, colorée en brun verdâtre, odorante, d'une saveur trèsamère, ne se trouble pas par le refroidissement ; elle se comporte ainsi qu'il suit avec les réactifs :
Alcalis •••• Virent h l'orang'.
Acides La troublent un peu.
Acide azoLiiiu<>. Éclaircit la liqueur.
Eau de chaux Vire au jaune verdâtre ; léger précipité .
Alun En affaiblit la couleur sans la précipiter.
Acétate de plomb Ne la trouble qu'après 1 /2 heure.
— de cuivre. Léger précipité d'un jaune-roux verdâtre.
Sulfate ferrique La fait passer au jaune*vert olive sans la troubler.
— de cuivre — —
Chlorure d'étain Vire au jaune verdâtre ; léger précipité .
Gélatine Trouble léger ; flocons au bout de 1/4 d'heure.
Chlore Fonce au rouge, puis fait passer au jaune.
Cette décoction, abandonnée à elle-mOme, à l'abri du contact de Tair, perd sa nuance foncée et passe au jaune, en déposant de la rhamnine en petites paillettes nacrées d'un beau jaune d'or. Cette rbamnine s'est produite aux dépens de la rhamnigine à la faveur d'un acide végétal qui prend naissance dans la décoction; en effet, celle-ci, qui est neutre au papier de tournesol quand elle est récente^ rougit fortement ce papier quand elle est ancienne.
Usai^es. — Les graines jaunes donnent, en teinture, une couleur jaune intense, très-belle, mais peu solide avec les mordants d'alumine et les sels d'étain. On les emploie dans les mômes circonstances que la gaude, mais surtout dans les fabriques d'indiennes, pour obtenir des jaunes, des verts et des olives d'application. Dans ces fabriqucs,pour avoir les beaux Jaunes foncés, supérieurs à ceux du quercitron pour la vivacité, mais non pour la solidité, on se sert toujours de la graine de Perse moulue, et on n'utilise que la première décoction, réservant les autres pour faire les verts.
Dans tous les cas, ces décoctions ne donnent des nuances fraicbes et
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vives qu'autant qu'elles sont récentes. En vieillissant, elles deviennent filantes, surtout lorsqu'elles sont concentrées ; on évite cet inconvénient en ajoutant aux graines, avant de les faire cuire, quelques noix de galle; le tannin que celles-ci fournissent empoche les décoctions de tourner au gras, comme l'on dit en termes d'atelier.
D'après les expériences de M. Lefort, la rhamnigine étant le principe colorant essentiel des graines Jaunes et le traitement de ces dernières par l'eau bouillante pour en former les bains de teinture ayant pour effet de transformer une grande partie de la rhamnigine en rham» nine, ce qui constitue une perte réelle pour le teinturier, ce chimiste propose de traiter la poudre de graines de Perse ou d'Avignon par de l'alcool à 50^ à chaud ; on obtient ainsi une dissolution d'un brun jaunâtre qui par la concentration donne une matière brune, trèssoluble dans l'eau, qui ne se convertit pas en rhamnine par son ébullition avec ce dernier véhicule, et qui, dissoute dans de l'eau bouillante alunée, fournit un bain de teinture d'un dosage facile et comparable aux décoctions les mieux préparées.
Cet extrait hydro-alcoolique de rhamnigine brute représente plus du quart de la graine employée. Les fabricants d'extraits tinctoriaux devraient se livrer à sa préparation.
On consommé encore beaucoup de graines jaunes pour la coloration des papiers de tenture et pour la fabrication de la laque spécialement désignée sous le nom de Stil de grain. Les Hollandais ont eu longtemps le privilège de fournir cette laque au commerce, et ils en font encore aujourd'hui une exportation considérable.
Sill de ittaIb. — On obtient le stil de grain en introduisant, dans une décoction alunée de graines d'Avignon, de la craie très-blanche et très-fine, en suspension dans l'eau, jusqu'à ce que toute la couleur jaune soit précipitée. La pâte, bien égouttée, est moulée en trochisques qu'on fait sécher à l'ombre. Sa belle teinte jaune franche est due au mélange, sinon à la combinaison du carbonate de chaux avec la rhamnigine avivée par l'alun.
Mais le plus souvent, la décoction alunée est faite avec des proportions variables de gaude, de quercitron, de carthame, de curcuma, de bois jaune^ de graines d'Avignon.
Le stil de grain possède une teinte jaune plus ou moins intense ; on l'emploie pour peindre les parquets, les décors de théâtre les cuirs, etc.; mais il ne jouit pas d'une grande solidité.
ITeri de vessie. — Le vert de vessie du commerce, qui sert comme couleur verte, dans la peinture à l'eau, pour teindre les papiers et les cuirs, et aussi pour faire du stil de grain, est préparé dans les environs de Nuremberg et dans le midi de la France, avec les baies mûr^ du nerprun purgatif {Rh&mnus catharticus, fig. il92).
Les baies de cet arbrisseau sont de la grosseur des gi*
elles donnenlune couleur jaune quand elles sont encore ver les, une, couleur verte quand elles sont mûres, el une couleur rouge-pourpre l'oncé quand elles sont flétries. Le suc de ces aernîÈrea doyienl rouge-
virparles acides, vert par les alcalis, et offre ainsi un bon réactif pour l'econnaitre la plus petite quanlilC do ces corps ù l'ctat de liberté.
Pour la préparation du vert.de. ressif, on récolle les baies k l'époque de leur maturité, on les concasse, on les abandonne dans une cuve pendant une liuilainc de jours pour qu'elles éprouvent une fermentation alcoolique, puis on les soumet h la presse pour en extraire le jus. Dans celui-ci, on ajoute un peu de potasse et d'alun, ou de l'eau de chaux et de la gomme [*bO gr. d'eau de chaux et 96 gr. de gomme par 3 litres), et on le concentre sur un feu doux jusqu'en consistance de sirop Épais. Ou le renferme alors dans des vessies de porc, qu'on suspend à l'air pour achever la dessiccation.
Les baies fraiclicsou sèches du nerprun catharlique contiennent une grande quanlilë de rhamuine, qu'on peut facilement extraire du marc do ces Truils, par l'eau bouillanle. Par le refroidissement, cette matière jaune se dépose en pelils cristaux.
DU ROCOIT.
HOCOD OD BODCOU.
£t*t BatHrel. — On déiigoe wub ces noms une msUëre linctoriale qui, wui U forme d'une pulpe gluante, d'un rouge de termillon, entoure lei graines du rocoujer, Bixa orellana dei bolaaiites (^. KU3), arbriueau des contrées méridionalesde l'Amérique.
Longue lei ttailt sont mùn, on isole les graines des capsules épineuses qui les renferment, on les broie grossièrement, on les met tremper daos l'eau, pendant plusieurs semaines, pour en détacher la ûaatiëre colorante, on filtre Jli travers un tamis, et, par le repos, la couleur, qui était en suspension dans le liquide, se dépose. On l'épaissit au moyen '''ti^"^ ~ù^i^""4^ du feu et on l'enferme dans des caisses
q'uon expose & l'air, mais à l'abri du soledl, Jusqu'à ce que le rocon soit coDTenablemeDt séché.
Celte matière arrive en Europe, du Mexique, du Brésil, des Autilles, et surtout de Cajenne, sous la forme d'une pSte ordinairement façonnée en pains ou gSteaux de S à 8 kilogr., enveloppés de feuUIei de balisier, de bananier ou de roseau.
Elle Tient aussi en masses plus voluntineusee dépouillées dé l&uillés, et dans des fOts d'origine ou dans des barriques à fin de Bordeaux ou de la Rochelle, les uns et les autres du poids d& SOO k 250 kitogr. Les pains sont entassés et forlement comprimés, dans ces fOls, dont Us occupent toute la largeur.
La fabrication du rocou & Cayenne est Tideuse et fournît un produit plus on moins altéré par la fermentation et une mauvaise cuisson, mate dans tous les cas, surchargé d'une grande quantité de matières iaertet. En effet, une buriquede rocou, du poids nel de 218 kllogr., coAtienl:
Eaa 1&7»,S
FeoUles g ,t
FâcDle, nroeilage, fibre Ugneasa..'. 39 ,9
MMitre coloruila 13,3
Ainsi, lonqu'un manufacturier, un teinturier, un fabricant de couleurs, acbètent une barrique de rocou, pour laquelle, quand le cours de cette paie est il I tt.W le kilogr., ils déboursent environ 300 fr.. Ils n'ont, en réalité, que 12^>,20O de matière tinctoriale ; et cette matière leur revient à 24 &-. 60 le Ulogr., sans compter la dépense à (aire pour en séparer les parties étruigèrek
Quoi qu'il en soit, le rocou est une pâte homogène, d'une consistance butyreuse et d'un toucher gras et onctueux ; sa couleur habituelle est un rouge terne, mais la teinte est toujours plus vive au dedans qu*à l'extérieur des pains. Il y a quelquefois des rocous bruns, que certains consommateurs préfèrent. Il exhale une odeur désagréable, ^ui rappelle celle de l'urine en putréfaction ; mais cette odeur lui est communiquée, dans les magasins, par l'urine qu'on y incorpore de temps en temps pour l'entretenir humide, augmenter son poids et rehausser sa couleur.
Composition. — Le rocou renferme deux principes colorants distincts, ainsi que M. Chevreul l'a constaté le premier.
i ^ Un principe jaune, soluble dans l'eau et l'alcool, presque insolubls dans l'éther. Il se fixe bien sur la soie et la laine alunée qu'il colore en jaune ;
2^ Un principe rouge à l'état sec, très-peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éthe;: qu'il colore en rouge orangé, et encore plus soluble dans les liqueurs alcalines auxquelles il donne la môme nuance, mais plus foncée . Ce principe participe de la nature des résines et se rapproche singulièrement de la matière colorante rouge du carthame* Mais ce qui le distingue surtout des principes Jaunes et rouges précédemment étudiés, c'est sa propriété de devenir d'un très-beau bleu d'indigo par le contact de l'acide sulfurique concentré ; on retrouve ce caractère dans le rocou du commerce ; mais cette couleur n'est pas permanente, du moins quand elle a le contact de l'air; elle passe au vert, puis au brun violet.
Le principe rouge du rocou a reçu le nom de lixine. On peut l'obtenir en traitant le rocou commercial par une dissolution étendue de soude caustique ou carbonatée, et sursaturant la liqueur claire par l'acide acétique. La bixine se précipite en flocons de couleur orangée. Après des lavages répétés, on la sèche.
M. Kerndt lui assigne la formule C'^IP'O*.
Quant au principe jaune, nommé orelline, il devient d'un rouge foncé, sous l'influence de l'air et de l'ammoniaque. Suivant M. Kerndt, la bixine, maintenue dans un air humide, s'altère et se convertit en partie en orelline.
Caractères de la dlMolatlon aleallne du rocou. -^ Cette dissolution, d'un rouge-orangé foncé, se comporte de la manière suivante avec les réactifs :
^çjjj^g J Précipité orange qui est soluble dans un excès d'al-
' cali. La liquQur devient jaune pâle.
Alun Précipité orange.
Sulfate de fer —
— de cuivre Précipité jaune- brun.
Chlorure d'étain — jauDe-citron,