COMPOSÉS MÉTALLIQUES DE LA PREMIÈRE SECTION
(suite).
SoMHAiiE. — Du Ml nsTHi OD sel de cuisine. — Sa manièrB à'toe dans la nature. — Eiploiiaiioa des mines de sel gepime, des sources salées et des eaux de la mer. — Composition des eaut de la mer. — Majen d'en obtenir l'eau douce pour les équipages des vaisseiiut. — Des maraia-salants. — Eaui mères de ces marais traitées par le pracédi^ Bslard. — Raffinage du sel gris. — Chlorure dt potassium. — De I'azotate ds potasse. — Nilrification ; fabrication et rafllaage du salpêtre.
Da chlvrare 4« ■odloni.
aia(orl<ae. — Le chlorure de sodium est un des composés qui ont reçu le plus d'applications. On en fait usage, en effet, dans l'économie domestique, la médecine, les arts induslrïels el l'agriculture.
Son emploi romme assaisonnement remonte aux premiers figes du monde; l'histoire a conservé te nom depiiidippus qui, le premier, en Grèce, eut l'idée de l'appliquer à la conservation des aliments. Tous les peuples de l'antiquité se sont formés sur cette précieuse substance les idées les plus superstitieuses : sa véritable nature a été méconnue presque jusqu'à nos jours; ce n'est guère que vers le milieu du dix -htii lien) e siècle qu'on a commencé à l'entrevoir. Marggraf, célèbre chimiste de Berlin, démontra le premier, par des expériences précises, qu'on peut retirer de ce sel de l'acide chlorhydrique et un véritable alcali, très-différent de la potasse, auquel il donna le nom A'aUali fixe mméraï; c'est la soude de notre époque,
Nommé pendant longtemps tel commun, hI de cuiitae, sel mtxrm, sel déroche, tel gemme, ^aii muriaie el hydroAlorate de soi'de, il n'a été désigné BOUS le nom de CsLoaiBB de sodiih que posté lie uremcnt i la découverte du chlore.
Com position. — 11 est formé, en nombres ronds, sur 100 par-
ties, de
Sodium • 40
Clilore : 60
lOU et il est représenté par le symbole NaCl.
État natarel. — Sel f^mme. — C'est certainement le corps le plus abondamment répandu dans la nature. Il s'y montre sous deux états : en couches plus ou moins considérables dans le sein de la terre, et en dissolution dans certaines eaux, telles que celles de la mer, des lacs et des fontaines salées.
n y a des mines de sel gemme dans presque toutes les contrées ; mais les plus considérables sont celles de l'Allemagne méridionale, de la Hongrie, de la Pologne, de l'Espagne, de l'Angleterre, de la France, de la Toscane, de l'Afrique, du Pérou et du Chili dans l'Amérique du Sud, de l'État de New-York et de New-lbcrias en Louisiane pour l'Amérique du Nord.
En Europe, celles de Wieliczka et de Bochnia, près de Cracovîe, sont les plus célèbres. Elles s'étendent jusqu'en Moldavie, au pied septentrional des monts Karpathes. Elles ont été découvertes, vers le milieu du treizième siècle, sous le règne de Boleslas Y, roi de Pologne. Casimir le Grand régla leur exploitation, et depuis cette époque, ces salines ont été une source inépuisable de richesse pour ce pays. Elles ont une longueur de plus de tOO myriamètres (203 lieues); leur largeur est quelquefois de 20 myriamètres (40 lieues); elles sont actuellement exploitées à une profondeur de plus de 400 mètres, et à 65 mètres environ au-dessous du niveau actuel des mers. C'est une succession de vastes souterrains, une ville immense, avec ses rues, ses places publiques, ses cabanes pour les mineurs et leurs familles, dont plusieurs centaines y sont nés et y finissent leurs jours. H y a des chapelles pour le service du culte, et plusieurs des galeries sont plus élevées et plus larges que des églises. Un grand nombre de lumières y sont toujours entretenues, et leur flamme, réfléchie de toutes parts sur les murs de sel, les fait paraître tantôt claii-s et étincelants conmie le cristal, tantôt brillants des plus belles couleurs, ce qui présente un admirable coup d'œil (i).
La quantité de sel que l'on a tirée de ces mines, depuis leur découverte, s'élève, d'après les archives, à plus de 600 millions de quintaux. La première couche de sel pur est à 300 mètres environ audessous de la surface du sol.
Une autre mine, non moins remarquable, est ce'le d'Iletskizaschita,
(1) On lira avec intt^rêt la relation d'une Excursion faite dans ces mines cl^ ièbresj en 1833, insérée dans \^Revue britannique^ t. XII| 3* série, 1834^ p. 160.
iiir rilever, à 60 kilomëtret d'Oreabourg (RiiMÏe d'Europe). Le sel y Toraie un banc de 10 kflomCtrei de lOagueur et de plus de 160 mètres d'épaisseur ; il n'est recouvert que de quelques décimètrei de sable qu'on enlève facilement à Is pelle; le sel, situé au dessous, est aussi beau que celui de Wleliczka.
En France, on ne connaît guère que 13 mines ou dépOls de sel gemme, sur lesquelles 0 seulement sont exploitées; elles sont situées dans les départements du Jura, de la Haute-SaOne, de la Heurtbe, de la Moselle, de l'Ariége et des Basses-P;rénées. Les plus importantes •ont celles de la vallée de la SeiUe (Meurihe), où se trourent les célèbres gîtes de Dicuxe et de Vie qui, dans une épaisseur de 68 mètres, otTrent Jusqu'A 13 couches superposées et distinctes de sel. Les dépôts de l'ArïSge sont inexploités.
Ezplallatloa i*» aslKeB 4* mI («MBie. — L'exploitation des mines de sel gemme se fait comme celle des carrières de pierres calcaires ; on en détacbe des masses plus ou moins considéraSiea, qu'on verse immédiatement dans le commerce . Quand le sel est impur, on le dissout et on le met à cristalliser. Souvent on fait séjourner de l'eau dans les galeries des mines, et quand elle est saturée de sel, on lu soutire à l'aide de pompes, puis on Is fait évaporer pour en obtenir le produit solide. Cesl ce qui se pratique dans les salines d'IIallein, au pays de Salibonrg, dans celles de Dex du canlun de Vaud (Suisse), dans celles de la Sonabe, de la Bavière, du Wurtemberg, el dans les exploitations plus petites de Salins dans le Jura, de Salins et de Brcscou. dans les Basses-Pyrénées.
Le plus habituellement, le sel gemme est coloré en jaune, en brun on en rouge, quelquefois en violet, en bleu ou en vert, soit par des argiles, soit par des oxydes de fer ou de manganèse, soit eniln par des matières d'origine organique, restes d'infusoires ou d'animalcules microscopiques. Il renferme presque toujours un peu de chlorure de potassium.
Certains sels gemmes conltenaent de l'iode. Dans lesminesde Wielicika, il y a des cristaux qui présentent un fait fort curieux, signalé par H. Dumas. Non-seulement ils décrépilenl quand on les chauffe, mais aussi quand on les met en contact avec l'eau ; dans cello dernière circoDslance, il en sort une infinité de bulles gazeuses. Il est évident que ce gai est emprisonné dans des cavités microscopiques à un étal de forte condensation. A mesure que le sel se dissout, ces cavités éprouvent peu à peu un alTaiblissement de leurs parois qui permet bienlât au gai de les rompre en s'échappant avec explosion. Beaucoup de ces cristaux contiennent la moitié de leur volume de gei, ce qui est énorme, surtout quand on songe qu'on n'aperçoit dans te sel aucune cavité appréciable à l'œil. Ce gaz, d'après H. Rose, offre à peu près la composition du gaz des mtirais (C'H*). Ce chimiste pense qu'il
est probablement condensé au point d'«^tre à l'état liquide on solide dans rintérieur de la masse, et <[u'il reprend l'état de fluide élastique à la pression ordinaire.
Ëjmcm baUb. — Les lacs salés sont extrômement nombreux, et on les rencontre principalement dans les grandes plaines de nos continents. Ils sont communs dans la Russie d'Europe et d'Asie, la Sibérie, la Perse, la Hongrie, TAfrique. Le sol môme des contrées où sont ces lacs est tout imprégné de sel, et l'on en cite des masses solides, qui se montrent çà et là à fleur de terre, dans les parties où la sécheresse habituelle du climat permet leur conservation. Les eaux des lacs salés ont une couleur rougeâtre, et dégagent une odeur bitumineuse. Elles renferment depuis i jusqu'à 24 p. iOO de leur poids en sel marin.
Soarces «alées.— I^ear traitement. — Il y a des sources salées dans presque tous les pays. Le sel marin y est toujours associé à d'au* très sels, et principalement aux sulfates de soude, de chaux et do magnésie, telles viennent manifestement de terrains salés qu'elles. cat lavés sur leur passage, et telle est 1% circulation des eaux dans l'inté» rieur du globe, que les plus salées peuvent souvent être let;'phii éloignées du lieu où elles dissolvent le sel gemme. .
Ces sources sont très répandues dans toute l'Allemagne. Eu Frtnce, on en connaît 27 réparties dans les départements de TAriége, du Doubs, de la Meurthe, de la Moselle, du Jura, des Basses^Alpes et des Basses-Pyrénées. Treize seulement sont exploitées, notamment celles de la Moselle, de la Meurthe, du Doubs et des Basses-PyrénéeSi aux environs de Bayonne.
Quand ces sources sont assez riches en sel marin, on les fait immédiatement évaporer dans de grandes chaudières en fer, carrées, peu profondes et (rès-larges. Lorsqu'elles ne renferment que quelques centièmes de sel, on les soumet d'abord d une évaporation spontanée, en les faisant tomber sur des masses de fagots d'épines, très-hautes et placées sous des hangars ouverts.
Voici la forme générale de ces appareils {fig. 463), qui sont connus sous le nom de Bâtiments de graduation.
Les eaux se divisent à l'infini, traversent les fagots en présentant une grande surface à Tévaporation, et se réunissent plus concentrées dans le bassin inférieur, d'où on les dirige une seconde, une troisième fois sur les fagots, jusqu'à ce qu'elles aient acquis une densité de 1,140 . ou qu'elles marquent environ 25<* au pèse-sels de Baume. On termine alors leur concentration dans des chaudières de. fer carrées, peu profondes et très-larges.
Pendant les premiers temps de l'ébullition, il se fait un dépôt de schht, qu'on enlève à mesure et qu'on accumule dans des augets en tôle, nommés augelotSj qui sont placés au-dessus des chaudières. Au
boiit de < 5 & 20 heuret de feu, le Khlotage est lenniné cl le lel marin commeiicc à se déposer.
On fait alors passer la liqueur dam d'aulres chaudières que l'on chauffe doucement; le SKjtfia^ s'opère, c'est-à-dire que le sel-sepré-
Pt3 tm
dpite en petits cristaux confus; on l'enltvc au fur et à mesure avec des écumoires ; on le met A égoutter dans des trémies, puis on lo porte au séchoir.
On continue le salinage Jusqu'à ce que le se) soit trop impur; on Tait fcouler les eaux-mères et on les remplace par de nouvelles eaux sortant des chaudières de schloiage. Ces eaux-mères sont ordinairement trts-riches en sulfale de magnésie, ainsi qu'en chlorure, iodure cl bromure de magnésium.
CtoaiposItUN <!•• CBMi 4* mer. — Les eaux de la mer diffèrent essentiellement des autres espèces d'eaux naturelles par leurs caractères physiques, qui sont dus à leur constitution chimique toute particulière. Elles ont une saveur ealée, un peu amère et nauséatrande, et sur les cAles une odeur désagréable ; elles possèdent, en outre, une certaine viscosité; elles tiennent en dissolution des sels dont la quantité TOtie depuis 3 Jusqu'à i p. ICN} du poids de l'eau et dont le chlorure de sodium lait la plus grande partie, quoiqu'il s'élève rare* meal à plus de 3 p. tOO.
•.-'II. Il
Voici loutes les matières salines qui ont été reconnues dans les eaux des différentes mers : chlorures de sodium, de potassium, de magné* sium, de lithium ; sulfates de chaux, de magnésie, de potasse, de soude ; bicarbonates de chaux, de magnésie, de fer, lie manganèse ; phosphates de magnésie, ammoniaco magnésien ; chlorhydrate d'ammoniaque, iodure de sodium, bromures de sodium et de magnésium, acide silicique, bitume, matières organiques.
Il faut ajouter à ces substances de l'oxyde de fer, d'après J. Davy, et d'après MM. Malaguti, Durocher et Sarzeau, des millioniènes d'ar^ gent, de plomb et de cuivre. Un mytiamètre cube d'eau du Grand- Océan contiendrait, d'après eux, iûOO kil. d'argent. Les fucus et autres plantes marines en renfermeraient 26 fois plus, par suite de leur puissance d'Assimilation, au moyen de laquelle ils concentrent aussi dans leurs tissus l'iode et le brome des eaux qui les baignent.
La présence des métaux dans ces eaux est facile à comprendre, lorsqu'on sait que les sulfures d'argent, de plomb et de cuivre sont trèsrépandus dans la nature et qu'ils font partie de tous les minerais métalliques : l'eau salée attaque ces sulfures et les transforme en chlorures qu'elle dissout.
M. Forchhammer a également trouvé dans les cendres «TA mêmes plantes marines du zinc, du cobalt, du nickel qu'elles avtfiètit évidemment empruntés à l'eau. — M. Wilson, de son côté/d recoimU) dans l'océan Atlantique, sur les côtes d'Ecosse, la présence du fluor; M. Daubrée, celle de l'arsenic; M. Grandeau, celle du cœsium et du rubidium, en quantités infinitésimales, bien entendu.
Enfin, pour compléter Ténuméralion de toutes les matières tenues en dissolution dans l'eau des mers, il faut ajouter de l'air atmosphérique, de l'acide carbonique et de l'acide sulfhydrique libres. MM. Dumas et Lewy ont constaté que ce dernier gaz est excrété par les mollusques univalves et bivalves qui peuplent les mers.
Toutes les mers ne sont pas également chargées de matières salines. Les oscillations qu'elles présentent dans leur constitution chimique portent plus particulièrement sur la proportion des chlorures et des sulfates.
I.e tableau suivant va vous démontrer la richesse comparative des eaux des principales mei-s :
DU CHLOKUHK DE SODIL'U.
NOMS
OtXfni
atnUu
loeoi-t.iiM.
UéiiUimnfo {h CeUe'. liMcli6(kFéc«rap)
MerduNord
1,0160 I.OÎB»
l,OÎ31 I.ni30 1.0('97 t,<>0à3 I.OOUI
Î9.t S6.I 15.1 Ï3.5 H.O 0.0 3.6 IIO.O
— C*tpienne
Vouile voypï, Messieurs, la sature des dilTérenlcs mersn'csl pas ablotument la rof^me. Les peliles mère sonl moins salées que les grandes, excepté la mer Morte el la Méditerranée, ce que l'on doit atlribucr a la forte évaporation qui a lieu à leur surface, rclaliveniGnl à la [iiible masse d'eau qu'elles renferment. Dans le Grand-Océan, la salure n'e«l pas plus forte tous l'équaleur que sous les pAlcs, mais, d'apri>s M. Darondeau, la densilâ et le degré de salure sont plus considérables au fond qu'à la surface.
Blallll>tl«H de l'caN de Mer po«r avalr de l'eau potabir. —
L'eau de mer est impropre à la boisson el aux autres usages de la *ie; elle ne peut, en effet, ni cuire les légumes et les viandes, ni dissoudre le savon qu'elle décompose. Aussi embarquc-I-on toujours dti l'eau fratche à bord des bâtiments. On a cherché les moyens de rendre l'eau de mer poliible. La distillation flit le premier procédé auquel on eut recours, et, aprcs bien des essai», c'est à lui qu'on a définiliTcment donné la préférence fi).
Le capitaine Preycinet, dans son voyage autour du monde, A bord de VUratae, s'est procuré de bonne eau pour Je service de son équipage, en distillant l'eau de mer dans un appareil construit par ses ordres, sous les yeux du chimiste Clémenl, Cet appareil [fi'j. iHi) ic compose d'une chaudière C el d'un réfrigérant B, dans lequel est logé un serpentin ts, où cfrcule la vapeur qu'ami ne le tube lib. L'eau de mer, avant d'arriver dans la chaudière, passe dans une boite A, formant filtre ; la flltration s'opèi-e à l'aide do loiUs métalliques U, t'i',
(I) Li mer Morte n'est pis t'cau miné aie la pluj ctiirg^o de substance; iialines. Le gmod L«c s>lé de njiïh, cetta mar intérieure des Mormons, l'emportu encora sur elle, d'aprèales analyses du général Frémonl, Un voyageur Tranïais, H. Rémy, y a marne Irouré Juaqu'k 330 p. lOCO de subsunces salines.
[îj C'est Jean-Baptiite Poru, né i Napics en 1637 et mort en 1615, qui employa le prtmier 1« distillsticm pour rendre l'eau de mer pouble. A»ec 3 litres d'einde awr, tt parvint fc obtenir 3 litre* d'eau doocâ.
Vl.fGT-QCATBltJfE LEÇD^Ï.
f^î m*.'.^tH I« tt.Tp» étrangen m (Ufpnnoa ; l'eut, aiori clariDée, «« i'aUeét par le (a<an M, dam le lobe a qui dAoncbe an Ibod du rifrif^naL fmm cdni-d, l'ean prend déjà de la chaleur, piàs elle est 'yjnd(iiUp«rIeIu*aa gj dam un réterroir n placé loos le cendrier, où M taa^nvsn aiigmenle encore. De U, elle inoote dan la cbaDdière
wttmfmfmmmf^mm^^fîfÊriiÊmmâ
par le ilplion aa, qui s'amorce de lui-mCme, pnrcc que la courbure a eti & un niveau plus bus que l'eau du réfrigérant. Le siphon descend au centre d'une cloison en spirale fixée au fond de la chaudière. On [lurge celle- ci de temps en temps du l'eau sursaturée de sel, au moven du tuyau f. Quant à l'eau douce condensée dans le serpentin, elle en sort par le mliinct r.
ilci appareil, bifn combiné dans son ensemble, procure par Jour 1000 litres d'eau distillée, au prix de I centime le litre. En ahandonnont cette eau pendant 15 à 20 Jours au contact de l'air, elle perd peu h peu sa saveur désagréable, et devient semblable à l'eau de rÎTière.
Ilocliunen IRIS, de Kcraudrenen I8in,lecapitaine danois de Konni^ i-n l8ïB, Wells et Davies en 1836, Pcjre et Rocher en 183», H. Noi^ tnamby ou 1891, ont pcifcctionué successivement les appareils distilla-
loires pour la marine, ea sorte qu'aujourd'hui les Davigateun u>nt à t'abri de tous les inconTénIeiits qu'eniratnail autrefois le manque d'eau douce k bord des t>fltimenls.
L'appareil de H. Rocher, adopté par un très-grand nombre d'armateurs, n'est autre chose qu'une cuisine de navire ea cuivre élamé, dans laquelle la chaleur est utilisée tout à la fois pour la cuisson des mets et l'évaporation de l'eau ; la caisse principale de cette cuisine, alimentée par l'eau de mer, Tait oFBce de bain-marïe pour chaufTer les comparliments où la cuisson des mets a lieu, et les vapeurs qu'elle Tournit, ë la température de + )08", s'élè- >ent dans un cbapileau dont le col est en communication avec un condensateur sous-marin, d'une disposition Tort ingénieuse {fig. 465).
C'est UD serpentin ordinaire I avec réfrigérant clos r, établi sous le pont du navire et au-dessous de la flodaison. Deux tuyaux métalliques sont placés horizontalement , l'un b la partie supérieure a, l'autre ë la partie inférieure b du réfrigérani, et tousdeui percent la coque mm du navire. Lorsque l'eau du réfrigérant s'est échauffée par la condensation de la vapeur qui circule dans le serpentin, les parties les plus élevées en température montent à la partie supérieure et sortent par le lujau a pour s'écouler à la mer, tandis qu'une quantité proportionnelle d'eau de mev froide entre par le lufau b; il se fait de la sorte une circulation gui entretient, pendant toute la durée de la distillation, l'eau du réfrigérant h une température ButAsamment basse pour la condensation, sans qu'il y ait besoin d'aucune surveillance. L'eau distillée s'écoule dans un réservoir c placé dans les parties basses du navire.
On a soin de mettre à part les premiers et les derniers produits de la distillation, qu'on utilise pour les savonnages et les lavages si nombreux dans un vaisseau. On réserve pour la boisson le produit intermédiaire qui est toujours plus pur.
Une cuisine de dimension convenable pour une corvette de 32canons, ayant TiS hommes d'équipage cl consommant 664 litres d'eau douce par Jour, peut donner en onze heures de chauffe 719 litres d'eau distillée, eu ae consommant que 72 liil. de bouille. C'est ce qui résulte
d'expériences laites en 1839 â Rocheibrt par la commission maritime de ce port.
L'eau douce, provenant de la dislillation de l'eau do mer, ne serait ni potable ni salubre, ri l'on n'y introduisait pas de l'air au moyen d'un vcnlilalcur, et si l'on n'7 ajoutait pas quelque peu de carbonate de chaux et de >el marin. -
Un dei grandg avantages de ces appareils dislillaioiret, c'est de pci^ meltre d'utiliser au moins les 4/5 de la place occupée Jadis par l'eau douce embarquée dans des caisses de iù\e.
Void maintenant comment on relire le sel marin des eauv delamer.
■clracll** ém Ml iIm eaux d* 1* mer. — Ces eaux sont soumises ft une évaporatioD spontanée à l'ait libre, pendant la saison chaude, daiis de vastes bassins ou réservoirs creusés sur les bords de la mer, «t qu'on nomme des marais salanti. En France, les marais, au nombre de 8!, occupant une surfiice lolale-de S42iB hectares, sont situés :
I sur les côtes de la Manche, dans le déparicmeni d'Ii!e-et-Vilaine <l hectare de surtacc) ;
3if sur les bords de l'Océan, dans les déparlemenis de [a CharcnteliilîËfienre, de la Loire-Inférieure, du Uorbihan et de la Vendée (t9320 hectares de surface) ;
Et 4S sur les cOles de la Méditerranée,' dans les départements de l'Aude, des Bouches-du-RbCnc, de la Corse, du Gard, de l'fléraull, des Pyrénées-Oiienlales et du Var {8018 hectares).
Les plus beaux sont ù Haremmes (Charente- Inférieure) et au Croisic (Loire-Inférieure).
Vous pourrei vous former une idée approchée de 1 importance de l'industrie dont Je vous entreliens, en apprenant que SOOOO personnes sont intéressées & l'exploitation de nos seuls marais salants de l'Ouest, en qualité d'ouvriers, cl 2000i) comme propriétaires, fermiers, caboteurs et expéditeurs.
La flgure 4G6 donne un aperçu des marais salants du bourg de Bali «n Bretagne.
Snr les bords de l'Océan, un marais salant comprend la sali'w et les ^tè^)endances ou accessoires. On appelle saline l'assemblage de toutes les ap/iartenan'es nécessaires pour l'évaporalion progressive de l'eau de mer et la cristallisalion du sel. Les Jépeniances sont, d'abord, un vaste réservoir d'une seule piJ^ce, d'environ 32 h 64 ccntimét. de profondeur, nommé v<aiére, et quelquefois un second réservoir, nommé eobier, qui est partagé en plusieurs carrés longs, divisés entre eti\ par de petits smliers unis de quelques cenlimèlrcs d'élévation. Des chaussées, hautes d'environ 1 mètre et nommées 6ossis, entourent la saline et !a séparent de ses dépendances. Ces bossis n'ont poiul une dimension déterminée, seulement les parties les plus larges s'appellent des trimeti. Des conduits
soulemini, nomméi cotfi, pratiqués daha l'épaisseur des bossii, servent à faire communiquer la saline avec le cobier et la vaiiére.
La uline elle-même se divise en un nombre plus ou moins considérable de compartiments nommés fàret, semblables à ceux des cobien, qui occupent babituellement le pourtour de la saline, et qui communiquent, pu de petites rigoles nommées défhirts, avec les bassins inférieurs appelés œilUU. Ceux-ci ne se dbtinguent des fiires que par les tadvres ou patits plateaux circulaires gui occupent le milieu de leurs cloisons; iU n'ont que 8 à tO centimètres de prorondeur.
Comme on le voil, l'eau de la mer une fois introduite dans la vatiére, oii elle dépose les matières qu'elle tient en suspension en même temps que M température s'élève, l'opération ne consiste plus qu'à U conduire, en la faisant passer sur le sol échauffé du cobier et des f)ires, dans les ttiUelt, où doit s'achever son évaporation. La vasièrc est alimentée ellemême par un canal principal et de nombreux étiers, qui parcourent en tous sens le maraisi l'exhaussement de son sol ne permet de la remplir ou de la renouveler que pendant les reverdifs, c'est-à-dire pendant les grandes marées de la nouvelle et de la pleine lune.
Quand le sel est fait, et généralement cette opération demande deux jours, il se trouve divisé en deux parts. A la surface de l'eau est le sel blanc ou menu, qui surnage en crème légère ; on se sert pour le recueillir d'une espèce de cuiller mi-plate, nommée imce; ce sel est la propriiîlé des ouvriers ou sauniers, i qui les paiudiert ou maîtres l' abandonnent pour salaire. Au fond de l'œillet se trouve le gros sel ou sel gris ; il est rire que ce dép4l ait beaucoup plus de S millimètres et demi d'épsisseur. Un rûteau de bois plein, nommé le lai, sert à le rassembler sur la ladure. Le lendemain, des femmes, courant pieds nus sur les cloisons glissantes de la saline, le transportent, au moyen de yédes posées sur leur tête, sur les trémels, oii il est mis en mutons. A la fin de la saison, les roulons sont recouverts d'une épaisse cojche de terre glaise qui, bien façonnée au battoir, pourrait le conserver pendan' nombre d'années sans aucune délérioralion. C'est pendant qu'il est ainsi en muions, que le sel s'égoutte et se dépouille des sels déliquescents, nolamroenl du chlorure de magnésium ; lorsqu'il est suffisamment tec, on le livre iD commerce. C'est le tel gris, dont la couleur est due à un peu d'argile provenant des parois des bassins et de la coucbe de glaise dont on l'a recouvert.
Dana les marais salants du Midi, la disposition générale et la manière même d'opérer sont fort dilTérenlea (fig. i67). L'eau de mer M, après avoir été introduite dans un vaste bassin peu profond B, s'écoule lentement dans une série de bassins rectangulaires C, C, C plus petits el moins profonds, oA elle se concentre, et passe de là dans de grands puits P, dits pttits des eaux vertes. Des machines hydrauliques plus ou moins perfectionnées prennent ensuite cette eau, el la déversent dans de nouveaux bassins d'évaporalion D, D, D, dits cAaujfotcs ùdérieurs.
d'où elle se rend dans un réservoir E appelé pièce maitresse, cl de là dans des puits F nommés puits de Veau en sef. Déjà l'eau commence à salincr ; el'e marque 21 à 24"* B.
Soutirée de nouveau à l'aide de pompes, elle entre dans des bassins G, G, G beaucoup plus petits que les premiers et qui sont désignés sous le nom de tables salantr:s. C'est dans ces derniers comparlinients, où la couche liquide n'a pas plus de 5 à 6 centimètres d'épaisseur, que le sel se dépose en masses compactes, formées de cristaux trèsblancs et très-volumineux. L'eau est renouvelée dans ces tables tous les jours ou tous les deux Jours. L'opération continue ainsi pendant toute la belle saison, c'est à-dire d'avril à septembre. Lorsque le dépôt de sel a une épaisseur de 4 à '5 ccntim., on procède à la récolte ou au levage; pour cela, on met les labks à sec et, au moyen de pelles, on enlève le sel et on en fait des tas allongés I, I, f, I connus sous le nom de cameltes. Cette récolte n'a lieu que deux ou trois fois, tout au plus, pendant les cinq ou six mois que dure la campagne.
Le sel du Midi est donc bien différent par son aspect et la grosseur de ses cristaux du sel de l'Ouest; il est aussi plus pur, ainsi qu'on peut le voir par le tableau que je place sous vos yeux :
ComposltloB des sels brvis da Midi ei de TOnest.
Sel ordinaire du Langûcdue Sel gris
et de la Provence. des eûtes de la Bretagne.
Chlorure de sodium U6,tl 87,U7
— do magnésium ... . 0,V3 1,58
Sulfate de magnésie 1 ,^0 0,S0
— de chaux 0,91 I,6i
Matières terreuses 0,10 0,80
Eau 2,3ô ?,Ô0
JUO,00 100,00
Le sel est produit ù si bon marché dans les marais salants que 100 kil. ne coûtent que t franc tout au plus; mais à sa sortie des marais, il est frappé d'un droit de 10 centimes par kilogramme.
DansTAvranchin, en basse Normandie, on suit un procédé tout dilTércnt des précédents. On récolle le sable salé des bords de la mer, au moyen d'un long rabot ferré conduit par un cheval; on le lessive dans des caisses avec de l'eau de mer, ce qui donne une liqueur très-concentrée, qu'on évapore ensuite à siccité dans de petits bassins en plomb chauffés avec du bois. La masse saline est mise dans des paniers qu'on tient suspendus au-dessus des bassins, pendant toute la durée de la concentration suivante. Humecté ainsi par la vapeur aqueuse, le sel abandonne la presque totalité de ses sels déliquescents. On le renferme en magasin pendant plusieurs mois avant de le livrera la consomma-
lion : il perd encore de 30 i S8 p. 100. 11 est ^'("^ lr6s-blanc, Irès-diviié cl cdmnie neigeux. On le cannait boui le nom de sel ignifére,
CcUe exploilalion avait lieu dès 1600 par le« mêmes procédés, et danalepajs k tradition en faisait ma me rcmonler l'inlroduclion au neuvième siècle. AÙIrerois, la majeure partie de la ba^se Normandie était approvisionnée par les salines de l'Avranchin, mais aujourd hui elles eont peu productives et presque abandonnées (l).
Il ne reste plus en France, du reste, que 13 laveries de sable, à savoir: 7 dans la Manche, 4 dans le Calvados et 2 dans les Côtes-du-Nord.
E>BX Mèr«l dei marala iBlkiits. — Procède Bklard. — Les
eaux mères qui ont donné le sel dans les marais salants, cl qui renforment en abondance du sulfulc de magnésie, ont été pendant longtemps uns aucun emploi. M. Balard, à qui l'on doil, vous ne l'avez pas oulilié, la découverte du brome, a reconnu, il y aune trentaine d'années, qu'il est possible d'c\traii'e avantageusement de ces eaux migres du sulfate de soude, bien que cj sel n'y préexiste pas. L'influence du froid donne lieu, en effet, à une réaction Irt'' s -curieuse entre le chlorure de sodiuna et le sulfutc de magnésie, ainsi que Scheele en 178S et Grcen en nOi l'avaicnl déjfi conslalé.
A quelques degrés au -dessous de 0\ ces deux sels se décomposent mutuellement et se transforment en chlorure de magnésium déliquesrcnl et en sulfate de soude cristalligablc : c'est ce qu'evprimc l'équation luivanlc :
NaCt + MgCSO' = MgCi + NaO,SO\
SI. Balard a vu que si l'on ajoute i ces eaux-rniVes un escis de sol m:irin, et qu'on les abandonne en couches minces au froid des nuits
(I) Cliei leî anciens, 1 '"traction du sel avait lieu par dos moyens sembtables an\ n6lre^. Dans l'Ite de CrHe et sur queli|ii€s point! do litioral de l'Iittie et de l'Afrique, il y avait de véritables marsis salanls; Pline en f^iit nieniioii. \fliiti Natur., mxi, 1 . Dans les Gaules, dans la Germanie, dans la t^apjiadure, iiiiii que dans beaucoup d'autres pays de l'empire romain, on eiiploitaii, commo on le fait encore, des feuiaines salées Enfin on extrayait la net gemme en C»ppadoce, à Agrigente, à Tragasée, !i Oromène.
Les mar*is salants étaient sutrefois bien plus nombreux qu'anjourd'liui. 1t y en kvait dins la tiaute Normandie. A l'entrée de la Seine, it existait des salines, aui oniième et douzième siècles, sur tout le plateau renfermé entre le cap do Il mie et la falaise d'Oi-clier, notamment â l'Heure, & Graville, à Ilarneur, et tatme i Ho nttvil tiers. Il y aeu des salines jusqu'au dii-huiliéme siècle, dans les marais du HsTre-do-Grice, là où étaient naguère les tossés et les fortiticalîons. Mais l'eiploiiaiion la plus importante dans celle région a été celle de Bouteilles, près de Dieppe. Il est mention des salines de cette localité dès le septièmo Mècle, dans une charte de Cliildéric, donnée à Saint-Laniberg, eu C79. C'est aux oniième et douzième siècles qu'elles acquiroiit une gran le imporiance. Il est constant quo Jusqu'au quatoriième siècle la mer allait Jusqu'à Bouteilles, puisque des nefs y remontaient cliarger le sel, (L'abbé Cochel, Anaeanes Industriel du dépaiUmenl de la Seine-lafirieure. — 183». )
de rhiver, elles laissent déposer^ à O^j du sulfate de soude très-pur en grande quantité. Dans une saline dont la surface d'évaporation est de 200 hectares, M. Balard a récolté annuellement 600000 kilogr. de sulfate de soude ; la théorie indique qu'on peut en obtenir 2500000 kilogrammes. Comme ce sel vaut à peu près quinze fois plus que le sel marin, tous comprenez, Messieurs, tout Fintérôt qui s'attache à cette opération, qui peut remplacer le sel marin par une proportion correspondante de sel de Glauber.
Dans les eaux qui ont abandonné le sulfate de soude se concentre toute la potasse que renferme l'eau de mer. L*évaporatîon de ces eaux aux rayons solaires laisse cristalliser du sulfate de potasse^ mêlé de sulfate de magnésie qu'il est facile de séparer. M. Balard a retiré de sa saline de 200 hectares, 90000 kilogr. de sulfate de potasse pur. Ce sulfate est très-précieux, puisqu'il peut servir à fabriquer du carbonate de potasse par le même procédé qui donne la soude artificielle.
Depuis quelques années, à la saline de Giraud, en Camargue, appartenant à la grande compagnie Merle, l'exploitation des eaux-mères des marais salants est devenue tout à fait pratique et lucrative, parce qu'on a rendu continues les opérations qui ne pouvaient jusqu'alon être elTectuées que. pendant les froids de l'hiver, toujours si rares dans le midi de la France. Voici, en peu de mots, la méthode suivie :
Dès que les eaux ont été amenées sur 4e sol à 28<>, elles sont emmagasinées dans d'immenses réservoirs bétonnés^ d'où des tuyaux souterrains les conduisent dans le congélateur d'une puissante machine réfrigérante de Carré; là on diminue leur concentration par un petit filet d'eau douce destiné à prévenir un dépôt de sel marin hydraté qui se produirait à — lO». Lorsqu'elles sont refroidies jusqu'à — 18% elles déposent la presque totalité du sulfate de soude en petits cristaux. Ce sel est enlevé^ purifié des eaux-mères par son passage dans une turbine semblable à celle qu'on emploie pour l'égouttage des sucres, et enfin desséché complètement dans un four analogue à ceux qui servent à recuire le verre. Dans cet état, il est d'une pureté presque absolue.
Les eaux privées de sulfate de soude passent du congélateur dans des chaudières où on les amène à l'ébullition ; elles laissent alors déposer du sel marin très-pur, qu'on nomme fi'i-fin dans les ateliers. Lorsqu'elles ont atteint Zi^ à l'ébullition, on les fait écouler dans des cristallisoirs où, en se refroidissant, elles abandonnent sous la forme d'un chlorure double de potassium et de magnésium (KCl + 2MgCl 4- 12 HO) la totalité de la potasse contenue primitivement dans les eaux à 28**. L'eau-mère chargée do chlorure de magnésium, et marquant de 34 à 35* à froid, n'en contient plus du tout. En la concentrant jusqu'à 38% elle dépose par son refroidissement des quantités considérables de chlorure de magnésium cristallisé, blanc et pur. Enfin le liquide qui surnage ce-dernicr produit contient la plus grande partie du brome que renferment les eaux de la mer: on l'isole par le procédé que j'ai antérieurement décrit.
Quant au chlorure double de potassium et de magnésium dont il a été parlé plus haut, si on l'agite pendant une heure dans la moitié de son poids d'eau froide, presque tout le chlorure de potassium s'isole dans un grand état de pureté, tandis que le chlorure de magnésium reste dans la liqueur.
Ainsi, comme vous le voyez, par cette série d'opérations méthodl-
ques, on relire de> esux-mërcs de» marais salants des quanliléi prodigieuses de sulfale de soude, de chlorure de potassium, de cblorure de magnéaium et de brome dont l'industrie profite aujourd'hui. C'est li une vérilahle conquCte de la science dont l'IiODueur revient à H. Balard, qui en a entrevu toute la portée pour l'avenir industriel det uliaes du Hidi.
•elfriB. — SoMraMMKe. — Comme je t'ai dit précédemment, le 5e( ffhi pravenaRt des marais salants de l'Ouest, outre les matières terreuses qui le colorent, renferme toujours des sels étrangers. Les sels de magnésie lui communiquent une saveur amère, et le chlorure de magnésium lui donne la propriété de s'humecter au contact de l'iiir. Une grande partie de ce sel n'est livrée h la consommation qu'âpre» avoir subi dans des raffineries soit un simple lavage, soit une épuration complète.
Le lavage consiste seulement à t^ter le sel dans de l'eau déjà saturée du même corps; on entraîne ainsi une pallie des sels magnésiens et des matières insolubles qui restent en suspension dans l'«au de la- *age ; celle-ci peut servir un grand nombre de fois. On égoulle le sel, puis on le chaufTc très-fortement dans des étuves en maçonnerie. On lui fait perdre par ce moyen 7 p. 100 d'eau qu'il retrouve plus tard ches les débitants.
Le raffinage proprement dit consiste à précipiter la magnésie, en ijontant un lait de chaut à la dissolution du sel marin dans l'eau ordinaire. On fait ensuite passer la liqueur, pour la BUrer, à travers des iases dont les fonds percés de trous sont recouverts de ces nattes dans lesquelles on apporte le sucre des colonies. 11 ne reste plus qu'i l'évajiorer, ce qui se Tait au moyen de deux énormes chaudières i fond plat ettrès-peuprofondes.La première est exposée à l'nclion directe du feu; l'évaporation j est rapide, et on obtient du sel très-blanc en petits cristaux confus pour l'usage de la table. La deuxième chaudière n'est échauffée que par le passage des produits de la combustion. .Sa température De dépaiM pas 50 & 60°. Le sel s'y dépose lentement en cristaux cubiques disposés en trémies assez volumineuses, très -recherchées pour la salaison des morues. Ce sel n'est pas chimiquement pur, mais les sels étrangers qu'il renferme encore sont en trop petite quantité pour nuire dans les applications diverses qu'on en sait faire.
Depuis quelques années, on falsifie fréquemment le sel brut, soit en le mouillant pour en augmenter le poids, soit en y mélaiit du sablon, de l'albaire, du plâtre cru, qui ont le Iriple effet d'accroître son poids, te lui donner un aspect plus blanc, et de le faire paraître moins humide, le mouillage du sel s'apprécie par la dessiccation à une température de 4- tOO'. On doit regarder comme ajoutée toute quantité d'eau ^ui dépasse 9 p. 100. On reconnaît par la solution et la filtration la présence des matières iusulubles. Les sels blancs doivent se dissoudre sans
résidu ; les sels gris, non falsifié?, ne fournissent pas plus dei à3 p. 100 de substances insolubles.
11 ^^gne dans le monde un préjugé assez bizarre relativement au sel blanc. On est persuadé qu'il sale moins, que le sel gris. Cette erreur, qu'il importe de détruire, \ient sans doute de ce que le dernier, en raison des sels de magnésie qu'il contient, a une saveur amère qui se fait plus fortement sentir dans les dissolutions que la saveur salée. En faisant abstraction de cette saveur étrangère, le sel blanc, pris sous le môme poids et dans le môme état de sécheresse, donne aux mets une saveur franche et salée plus prononcée que le sel gris, puisque celui-ci renferme des matières terreuses qui occupent la place d'une quantité semblable de sel pur.
Il en est do môme de la cassonade comparée au sucre raffiné. Vous entendez dire partout que la première sucre plus que le second, Comme si les matières étrangères qu'elle contient ne devaient pas produire un efi'et tout contraire. Le simple bon sens fait concevoir qu'une substaQce, dans son état de pureté, doit présenter les propriétés qui la caractérisent à un plus bout degré que loi^squ'elle est étendue et altérée par des matières inertes.
Caractère* diatinciifc da chlorare de sodlmn.— Ce composé, amené à son état de pureté, a une saveur salée, un peu piquante, mais franche, et sans arrière-goût désagréable; aussi est-il recherché par l'homme pour relever la saveur de ses mets, et par les animaux qui s'en montrent Irès-friands. Il est inodore. Il cristallise en cubes (Jig. 468) incolores, translucides, dont le
volume n'est jamais très-considérable. Ce n'est que dans les grandes chaudières de concentration des salines qu'il se montre à la surface du liquide sous la forme d'entonnoirs
/ly. 4b8. — Cube de lel marin.
Fig. 469. — Trémie de sel marin.
carrés ou de trémies d'assez grande dimension (fig. 469). Ce sont des pyramides creuses formées par la juxtaposition des cubes le long dé leurs bords.
Dans tous les cas, ces cristaux ne contiennent que de l'eau interposée ; aussi décrépiteiit-ils quand on les ptfcjeite sur des charbons ardents.
L'eau froide dinoui pretque autant de sel m&rin que l'eau chaude, de 35 à 40 p. 100. Sa solution Mturée ne bout qu'entre -|- lOS et 100*, et ne se congèle que bien au-dessous de G°, ainsi que Bofle l'a reconnu le premier. Cette circonilance, due i la grande affinité du sel pour l'eau, explique pourquoi l'eau de la mer conserve sa liquidité, tandis que l'eau det rivières se congèle.
11 éprouve la lùsion ignée à la chaleur rouge, el se volatilise en fuméei Uanchei dans un courant d'air. Ces propriélés ont élé mites à profit dès 1690 par les frères Ellers, pour vernir certaines poteries de grés el de faïence. Vert la fia de la cuisson de ces poteries, on jette dans te four du sel marin, qui se volatilise aussitôt et vient s'attacher, en poudre fine, aux parois des différents vases. Là, il se décompose ■OUI l'influence de l'argile; l'eau en vapeur, répandue dans le four, en se portant sur le sel, le transforme eu acide cborhjdrique qui te dégage, et eu soude qui produit, avec la silice el l'alumine des poteries, un enduit vitreux, mince et très-adhérent. Cette réaction se traduit ainsi :
Silice. Alumine. Sel niriii. Eau. Silicate de mude.
SiO* -I- A1»0' + ÎNïCI -I- 2 HO = NiO,SO»
AluniuUe de tonde. Aelde eblurhydriqae.
-t- NiO.A1»0» + ÎHCI.
Prodaetlv» «1 conaomMkUoB ém ■«! Maria c« Fraaee. — Je n'indiquerai pas les diverses circonstances dans Icsquellca le sel marin est employé. Ses applications sont si nombreuses, qu'il faudrait consacrer un volume A leur l'numération. Je préfère mettre sous vos yeux quelques chilTres concernant sa production et sa consommation en France.
La production française était évaluée, il y ii cinq à six ans, à 650 millions de kilogrammes se répaitissanl ainsi :
Salines du Midi 300 millions.
— de l'Ou«st Î50 —
— de l'Est et des Pyréutu» ICO —
b'uQ autre celé, la consommation annuelle en absorbait Si7 millions de kilogrammes, à savoir :
Pour rilimenUtion 3T0 millions.
Poar les difertes induttriei chimiques &0 —
- Pour U gnnde et I* petite ptclie GO ~
Pour lei ttltisons de poissons toas la aurvitil- -
laDLe det dODanei 7 —
Pour l'eiponation , 6j -~
Restes en tDagatin 103 —
Total égilàla production GJ3
Chlorure de potaeslaiii.
tfat natarel. — Vous avez vu précédemment que le chlorure de potassium, KCl, isomorphe avec le chlorure de sodium qu'il accompagne presque toujours^se rencontre dans les plantes, dans les eaux des mers, et qu'on l'extrait actuellement des cendres des varechs, du salin de betteraves et des eaux mères des salines du Midi. Des gisements de ce composé important ont été découverts, en 1859 en Prusse, en 1869 à Kalutz en Galicie, et ont été exploités immédiatement. Je dois vous dire quelques mots de ce fait considérable pour l'industrie chimique.
Dans la Prusse septentrionale, à Stassfurt près de Magdebourg, et dans le petit duché limitrophe d'Anhalt-Bernbourg, il y a, à une profondeur de 200 à 300 mètres, une masse puissante de sel gemme qui offre cette particularité remarquable d'ôtre recouverte d'une couche de 70 mètres environ d'épaisseur de différents sels de potasse, de soude et de magnésie, solubles et môme déliquescents. Ce mélange comprend : sel marin imprégné de chlorure de magnésium et de traces de brome, sulfate de magnésie hydraté (kieserite), chlorure double de calcium et de magnésium {taehydrité), chlorure de potassium {sylvine)^ sulfotc triple de chaux, de potasse et de magnésie {polyhalite), borate de magnésie uni à du chlorure de magnésium {stcissfùriité), enfin chlorure double de potassium et de magnésium hydraté {carnallité).
Ce dernier composé, découvert et analysé par H. Rose, de Berlin, KCl,2MgCl-f-!2HO, n'est autre que le double chlorure qui, depuis quelques années, était déjà, dans quelques salines du Midi de la France, la foi-me sous laquelle on concentrait la potasse contenue dans l'eau de la mer. 11 est devenu, depuis 1860, l'objet -d'une exploitation considérable, dont la production était évaluée en 1867 à 1500 tonnes par mois ; c'est actuellement la principale richesse de ce petit bassin salifère, autour duquel de nombreuses usines sont venues apporter le mouvement et la vie dans cette localité jusqu'alors fort peu connue.
Depuis de longues années, on retirait le sel marin des mines de Kalutz, lorsqu'il y a deux à trois ans, on y a découvert du chlorure de potassium ayant les mômes qualités que celui de Stassfurt. La production de ce sel dépasse déjà 1000 quintaux au trichiens, c'est-à-dire 81 100 kilogr. par jour. V
Exiraccion en Prai ee. — Le mélange qui renferme la carnalliié et qui est désigné d'une manière générique sous le nom de kalisalz^ est broyé, dissous dans l'eau à l'aide d'un jet de vapeur à haute pression dans des cuves fermées. La liqueur, dirigée dans des cristallisoirs en tôle, y dépose par le refroidissement des cristaux de chlorure de potassium qu'on soumet à des lavages et à une nouvelle cristallisation pour l'amener à ne plus contenir que 10 à 15 p. 100 de sels étrangers. Celui
DE l'azotate de potasse. 209
qu'on livre au coDunerce titre, en moyenne, 82 p. 100, el il se vend i Paris 22 rr. les <00 ktlogr. 11 est éminemment propre A Is fabrication du Balpétre, »on principal emploi.
Ou opère de même en Galicie, et le sel qui en provient est expédié en saci dans les grands établissements de produits chimiques de Keana, de Vienne, de Seniring. La plus grande partie sert à la fabrication du salpêtre ; les fabriques de toiles peintes en consomment aussi beaucoup.
!!«■ >KDt«leB de polaaaa al de eoNdc.
Des cinq azotates naturels, que Je voue ai déjà signalé! \ propot di! l'acide azotique, les deux qu'il importe surtout de connaître, en raiton de leurs usagée divers comme agents oxydants, soni ceux de potasse el de soude.
A«»tatc d« potaaar. — Connu dans l'Orient dès l'anliquilé la plu! reculée, nommé nitron ou nitriim par les Grèce cl par les Romains, d'où est venu le mot français nitre, I'szotate de potaske pril, dans le hui" litae siècle, la désignalion de sel de pierre ou salpêtre, et acquit, quelques siècles plus tard, une baulc îinporlance par l'emploi devenu général de la poudre à canon. Sa nslure a été longtemps ignorée, Boyie, su dix-septième dècle, démontra synthéliquemcnl qu'il est composé de potasse et d'eau-forte ; mais il faut arriver à l'époque de Lavoisier pour trouver des renseignements exacts sur sa véritable composition.
CouFoelil»*. — On sait aujourd'hui que dans lOO parties de sel desséché et pur il y a : .
son symbole est KOjAzO*.
Dans le langage vulgaire, il est presque loujoui-s appelé nilie, set de K&n et talpélre. Son nom scicnlillquc était naguère nitrate dépotasse.
fe>« sialBrel. — On le rencontre dans beaucoup de localiiés différenles, comme à la surface des plaines ou des roches calcaires, sous la Ibrme d'effloresccnce; blanches, d'une saveur piquante el un peu ■mère (1). Il se produit à chaque instant dans les lieux exposés aux
(I) Aa milieu des déserta de l'Afrique, le major Gardon Lalng obMm, en ISIS. Qn phénomène qui se remarque sur tous ces immenses espaces dépouillés de vëgéution. A l'époque du plus grand froid de la Journée, c'est-k-dire au lever du loteil, la terre se couvre d'une couclie de uitro.
fimAKDiN. — n. ' *
210 VINGT-QUATIUÈMK LEÇON.
émanations des animaux, et où il y a en môme temps dés bases saliOables, comme la chaux, la soude, la potasse, l'ammoniaque ou la magnésie. Ainsi, on le trouve dans tous les lieux habités, bas, sombres et humides, dans les écuries, les élables, les caves, sur les murs des habitations, mais seulement jusqu'à la hauteur où ces murs peuvent Cire encore humides, car l'humidité est une des conditions de sa formation ; on n'en trouve pas, en effet, dans les maisons, au-dessus du premier (ftage {\), Le sol des celliers, des caves, des bergeries, en contient beaucoup. Il y a des azotates dans tous les endroits cultivés ; ce sont les engrais qui les produisent, et toutes les plantes qui croissent près des murailles ou dans les lieux pierreux, telles que la pariétaire, la mercuriale, l'ortie, la bourrache, la buglosse, la cigui!, le grand soleil, la morelle, le tabac, l'orge, le pastel, le raifort, le cochléaria, etc., en renferment abondammenL
Les eaux des sources et des rivières contiennent toujours de l'azotate de potasse; la proportion en varie beaucoup suivant la constitution géologique des terrains qu'elles traversent. Ainsi, les eaux des lacs creusés dans les roches granitiques n'offrent que des traces de salpêtre, celles qui sorlent du grès rouge ou quarlzeux des Vosges n'en contiennent pas plus de 5 décigr. par mètre cube,tandis que, dans les terrains calcaires de toutes les époques, elles en renferment de 0 à GO gram. par mètre cube.
Si, sous le rapport de la potabililé, ces différences n'ont aucune importance, elles en ont une très-grande, au contraire, sous le rapport agricole, car la présence des azotates communique aux eaux des propriétés fertilisantes très-prononcées ; plus elles en sont chargées, plus elles conviennent, par conséquent, pour les irrigations. ,
L'azotate de potasse est presque constamment accompagné, dans ces diverses circonstances naturelles, d'azotates de chaux, de magnésie et d'ammoniaque.
Théorie de la ulCrlflcaKon. — La formation de ces divers nitrates est encore enveloppée de quelque obscurité. De toutes les hypothèses émises à cet égard, la plus vraissemblable est celle qui a été formulée par M. Kuhlmann. L'expérience a démontré que, dans les pays tempérés et froids, les matières animales sont pour ainsi dire indispensables à la nitrification. Or, ces m^atières, en se décomposant spontanément, produisent de l'ammoniaque ; celle-ci rencontre, à l'état naissant, et au
(I) Le nitre qui se formo à la surface des murs, et qui se montre en petite) cfflorescences blanches et brillantes, d'une saveur piquante et fraîche, est une cause sans cesse agissante de destruction. Il ronge, carie et détruit les plus fortes assises, les constructions les plus épaisses ot les plus solides, et rien ne peut arrêter les progrès de cette altération; aussi faut-il en extraire les pierres attaquées et les remplacer. Le peuple attribue cette détérioration des murs à l'influence des rayons de la lune : c'est un préjugé de tous les pays, qui n'a pris naissance que par suite de cette disposition générale des personnes peu instruites à tout expliquer par des causes apparentes ou surnaturelles.
milieu de corps poreux comme le sont les matériaux de consiruclion, l'oxygène de l'aif, qui la brûle et la convertit en eau et en acide azotique dont les bases alcalines s'emparent; c'est ce que. l'équation suivante vous fera mieux comprendre :
AzH> + 0' = AiO»,3HO.
Vous vous rappelez sans doute qu'eu faisant passer de l'oxygène Mluré d'ammoniaque sur de l'éponge de platine légi^remenl chauds (/ij. 470), des vapeurs épaisses d'acide azotique se produisent.
Toulefob, Je me hSte de le dire, l'inlervcnlion des matières animales n'est pas toujours nécessaire pour que les phénomènes de la niirilicalion s'accomplissent, puisque dans les cavernes nalurelles, k la surfsce des plaines sablonneuses, au milieu des déserts, où l'on ne voit aucun vestige de ces matières, le salp^lre prend aussi bien naissance que dans l'intérieur de nos habitations. Dans !c9 pays cbauda, U fréquence des orages, le nombre et la violence des détonations électriques peuvent seules donner l'explication du phénomène de la nitrifkalion des lerus ; car l'on sait que la foudre, en traversant l'air, détermiae la formation d'une grande quantité d'acide azotique. Celui-ci, rencontrant l'ammoniaque de l'air, produit de l'azotate que les pluies amènent sur le sol ; alon, réagissant sur les carbonales alcalins qu'il rencontre, ce sel donne lieu k de doubles décompositions, d'où résullent des azotates de potasse, de chaux et de magnésie, et du carbonate d'ammoniaque. C'est ce que montre l'équation suivante :
Azotate d'ammoniaque. Carbonate de chaux. Azotate de chaux. Carbonate d'amrooniaqae A2lIMIO,AzO^ + CaO.CO» = CaO,AzO» + AzH5,H0,C0>.
A son tour, le carbonate d'ammoniaque, se réduisant en vapeurs, est brûlé par l'oxygène de l'air, et fournit ainsi une nouvelle quantité d'acide azotique :
AzHMlO,CO« + 08 = C0« -h 3 110 Az05,H0.
qui attaque directement les carbonates alcalins du sol et les change encore en matériaux salpùtrés.
Extractloo. — Dans les pays chauds, où les- terres sont naturellement salpétrées et renferment beaucoup d'azotate de potasse, comme dans les grandes plaines de la Chine, de l'Inde, de la mer Caspienne, de la Perse, de l'Arabie, de l'Egypte, de l'île de Ceylan, de la Basse- Hongrie, de l'Ukraine, de la Podolie, de l'Espagne, etc., les effets combinés de la capillarité terrestre et de la sécheresse atmosphérique amènent le salpêtre de l'intérieur du sous-sol à la superficie des plaines. Ils le font croître à la manière d'abondantes eHlorescences semblables au givre qui, au milieu des ardeurs caniculaires, donnent à ces espaces l'aspect d'un pays froid dont un brouillard congelé a mis le tapis végétal sous l'abri de son duvet blanc et scintillant.
On ramasse le sel avec des balais; c'est ce qu'on appelle le salpêtre de houssage. Mais comme on a ramassé avec lui de la poussière, on le purifie par une dissolution suivie d'une concentration par évaporation. Il sort ainsi annuellement de la Chine, de l'Inde et de l'Egypte des quantités énormes de salpêtre obtenu sans aucune autre préparation.
Le salpéhede Vlnd^ nous arrive en petits cristaux aiguillés d'un blanc grisâtre ; sa pureté varie singulièrement. Les bonnes qualités ne renferment que 3 à 4 pour iOO de matières étrangères; mais il en est qui en contiennent jusqu'à io et 20 pour 100, notamment du sel marin et des substances terreuses.
Ancien procédé des salpêCrier*. — En Europe, on l'obtenait Jadis par un procédé long et compliqué, en exploitant les plâtras de démolition toujours chargés d'azotates de chaux et de magnésie. Ces matériaux, après avoir été concassés grossièrement, étaient soumis à dos lavages méthodiques, qui fournissaient des lessives concentrées; on décomposait les sels terreux qui s y trouvaient au moyen de potasse brute du commerce, ce qui donnait naissance & di' l'azotate de potasse soluble et à un dépôt boueux de carbonates de chaux et du magnésie ; on isolait, autant que possible, les sels étrangers, principalemcnt les chlorures, par l'évaporation, ces dcrni?rs, bien moins solubles que l'azotate^ se déposant au fur et à mesure de la concentration ; enfin on amenait les liqueurs jusqu'à 45* et on les mettait à cristalliser. On obtenait alors ce qu'on nommait le salpêtre brut ou de première cuite, qui était livré aux ateliers du gouvernement.
IViirièrea arClflcIellef. — Dans plusieurs contrées du Nord, notamment en Su{;de et en Prusse, on provoquait la formation du salpêtre en constnii* sant, à l'abri des courants d'air et dans un milieu humide, de petits murs p<iu épais avec de la terre calcaire poreuse gâchée avec des charréos et de la
paille i on les couvrait d'un loilet on les irrosiit de u>mps h autre ivec an urines. Au bout de l'inntïe, les murs étaient couveris d'efllorescencea i|u'on enleTsit par un gratlage. Uais oq a généralement renoncé aux nitnèitr arlificiellet, fc cause de leur peu de rendement et surtout parce que le bas prix du salpêtre
g permet plus d'aï
'S II des procédés semblables de Tabrin*
tion.
Dans les eiploitations rurales, on fait de véritables nitrlèreaon accumulant dans on lieu de décharge les balayures des cours, des greniers, les boues ramassées sur let cbemins, les mauialses herbes arrachées autour des habitations, h% realUes mortes, ta tetre relevée des Tossés, les gazons provenuit du déopaite dns prés, les gravois de démoUtion, les cendres de toute nature, les fanes da colia, de topinambour, le marc des pommes et dns raisins, etc., et de terirps h autre y lersant, pour y entretenir une humidité cunrenable, des oaui ménagères, des urines, du purin. Au bout d'un an ou deux, on a un teirenu d'un brua loneé qui constitue un engrais trÈs-énergique, car il contient, d'après M. fiousaiuganlt. Jusqu'il C"',(iO de aalpfitre par mètre cube pesant 1300 kil. C'est presque autant qu'en contiennent les terres sslpitrées les plus riches exploitées parlesaalpétriers.
NaHTcaa pracfdi dea •alpfllrlera. — Depuis 1837, en France et dans les autTM parties de l'Europe, on produit le salpêtre >u moyen d'une réaction simple qui n'est qu'une application industrielle dcta/oi'f/e Brethollei sur les doubles décompositions des sels par la voie humide. On tire parti de l'azotate de tonde on talpétre du Chili [|ue le commerci! apporte en grande; quantités, et on le change en nitre, ainsi que (^riier l'a indiqué le premier, au moyen du cblorare de potassium qui est maintenant k des prix peu élevés, depuis surtout qu'on en a découvert des gisements considérables en Prusse et en Galicie, ainsi que )e (OiiB l'ai appris précédemment. Voici comment on agit :
On Tait distendre dans la plus petite quantité possible d'eau bouillante 100 kilogr. d'aiotate de soude et S7 "', ïO de chlorure de potassium ; on concmlre snauite la liqueur par l'ébullition. La double décomposition suivante s'établit entre lec deoi sels :
NaO,AlD» + KCI = KO,AzO' + NaCI.
De sorte qne, s'il n'y avait pas de pertes, on obtiendrait par la cristalli'iatïoii t llg>^,G d'aiotate de potasse et tlB"',T de ciilorure de sodium.
Comme ce dernier n'est guère plus solubie ï chaud qu'k Troid, il se dépose [tendant l'évaporation ; on l'enlève \ mesuru au moyen d'éciimoires, et quand il Dfl s'en sépare plus, que la liqueur marque, d'ailleurs, 1â° fiaumé, on la fait
écouler dani de grands bassinï(;!y. 471) où elle cristallise-, mais pour n'avoir que dei crisuui sableux, raciies à purifier, on l'agite avec des rlteaux do boia pendant wn refroidissement.
VINGT-QUATIUÈME LEÇON.
Lo résulut de eclte opérstioti eM livre au gouvernement pur les salpAtriers sous le nom de salpélre hruf. Il contienl eénértiemeni de g k 10 pour 100 de subsunces éIrsiigÈrea : eau, carbonates, suiriies, et surtout dilorures de Mdiuin et clc potassium. Un sel aussi impur ne pourrait servir b la fabrication de la poudre ti tirer, susii le soumet-on ï une purification, dits raffinage, dans des îtaUlisscmcnts spéciaux qu'on appelle raffineries nalionak» de salpttre.
Hafflamice '■ lalpétre brot à Mlle. — Je vais tous indiquer comment on opËre dans la ralUncrio de Lille, la plus considérable de France, construite il y aune dizaine d'année; sur les plans de son garant direclt^ur, H. H. Violette, <|ui en a Tait un établissement modèle. On j raffine annuellement plus de 2 millions do kilogrammes de salpêtre.
La première opéi-ation qu'on pratiijue consiste K laror le salpêtre brut, dans de grands bassins pareils !i ceun de la figure précédente, avec de l'eau Mturée de nitre pur, et provenant d'opérations antérieures. Cette eao dissout toutes lus sub- ■tancea étrangères par suite de co fait curieux que l'i-au saturée d'un set ne dî^ août plus de ce sel, mais conserve la propriété de dissoudra les autres.
Sur GSO') kil. de salpêtre brui, on verse 1b hectolitres d'esui salpétrées marquant on moyenne 10" i l'aréomètre. Le ael ainsi immergé est laissé en repos pendant deux heures, après lesquelles il est agité fortement avec des pelles H des râteaui^, puis relevé sur trois cûlés ot abandonné Jusqu'au lendemain matiit. Ainsi égoutié, il retient encore 3 1 fi pour loo d'eau. On procède alors au raffinage proprement dit, qui consiste dans la dissolution à chaud dn salpêtre livé et dam la séparation des impuretés au mofco delà colle de Flandre,
Les cliaudières de ralDnege aonttrèsgrandes 'fig. VU); elles .ont une capacité de S3 hectolitres et elles sont montées chacune sur un fourneau dont l'air chaud, en s'échappent, passe sous un long bassin rempli d'eau de pluie, qui sert )i l'alimentation des chaudières.
Vingt iiectolitrcs de celte eau, qui a déji une température de 35 à 40», sunt introduits dans chaque chaudière, et chaulTés vivement pendant qu'on y fait tomber, par lots de 40 kil. fc I» fois, (>5<i0 kilogr. de salpêtre lavi^. A chaque addition, on brasse fortement pour favori&er la disMlntion.
Celle-ci étant complète, ce qui demande une partie de la journée, on procède an collage, qui doit séparer Ip^ impuretés. A cet effet, dans la liqueur . F g. *'i. ^Chaudière de ramniEt du bouillante, on verse une solution chaudo
ulp^ln:. de colle de Flandre, faite avec } ï 3
kiiogr. de cette substance pour ï hectolitres d'eau ; on brasse énergiquemcnt avec une écumoire ï long manche t on donne un coup do feu pour remonter le liquide à l'ébuUition ; les écumes qui surnagent en abondance sont successivement enlevées li l'écamoire et mises i pari pour être traitées ultérieurement.
La dissolution salpètrée est biunlAt clarifiée et no montre plus ï sa surface que quelques écumes hlanchca, qui ne sont que du salpêtre ; cite marque 66* à l'aréomètre, et sa température varie entre lll- et 1IS-. Lo feu est alors entretenu moins activement, et on ne maintient pendant toute la nuit qu'une faible
Ébullitionjuiqu'au moment du souiir«ge, uniqueraeni pour qu'une liqueur aussi Miurée doseInolïissepBsdépoMrdescriauui volumineui, qu'il seiaii difllcilfl d'enlever des chaudières.
Dès iB lendemain msiin, ilBids de la pompe i demeure a placée sur cli«r|ua chaudière et d'ori chenal ou conduit en cuIïto, on fait passer U liqueur claire dam les bassins de cristallisation {fig. t73). Là, des ouvriers armés de Iftiges
Fig. 173.
râbles, l'agitent et la bra&senl sans cesse pour h&tcr son rcrroi disse ment -, d'aliondantes vapeurs d'eau se dùgagcjit ; la liqueur se trouble et laisse djpo!^e^ en abondance le Mlp6tre sous foroiD de neige, en cristaux microscopiques. Ceui-ci sont ninenés, au Tur et à mesure, li l'aide de rlteaui, sur la partie la plus élevùu Bsent s'égoutter. Lorsque la ïolulion est revenue e dépose plus aensibivinenl de nitre, on la ruil 'rain. Quant au sel qu'on laisse s'égoutter pciiavec des pelles percées en écumoire et on k tpe lavé.
des plans inclinés, afin qu'ils pi i la température ambiante ei (couler dans un réservoir sou dant toute une nuit, on l'enlève ave distribue dans des caisses pour y (1
timenU par une cloison qui règne dans toute leur longueur; elles reposent sur
des dalle» en pierre. On les remplit de salpÈlru qu'on y tasse de manière qu'il
s'clève un peu Rn-dcssus de leurs bords supérieurs. On vone d'abord sur le sel 9 bcctolitrcs d'eau saturée de nilrc. L'arrosage
n'est plus fait, comme autrefois, avec des arrosoirs !t main, « qui était une opération pénible, mais à l'aide d'un récipient gradué {fig. 47S), monté sur wjgon qui laiitae échapper le liquide en pluie Une par un lube porcé de trous ; on promène lentement cet arrosoir mobile, sur des rails, le long de» caisses, alieniativement d'une extrémité à l'autre et de chaque cûlé ; vingt minutes lufflsent i cet arrosage. Le liquide traverse la masse de sel, de haut en bas, eu entraînant et chaasftnt les eaui impures qui imprègnent les cristaui, et prend leur place. I.ei eaiii tombent dans ies rigoles placées en avant des caisses et qui les conduisent dans une cuve st
216 VlNGT-QUATinfeME LEÇON.
Après tii heure* d'égoutuge, on procède h un second Itrage HmbUble vite de l'eau pure. Le ulpâtre ainsi lavé est sbtndonné k un long égouttage, et ce n'est guère qu'après un délai de trois k quatre temaines qu'on songe à le sécber. Dans cet état, il renferme en moyenne k pour ■on d'eau dont il s'agit de le dépouiller.
Le séchoir (fïj. ^^e) est un grand bassin en cuivre rouge da I S mètres do longueur sur t métrés de largeur, ce qui permet la chaleur produite par le foyer placé en det- «oui. Les blocs de salpêtre Tesont d'abord brisés grossièrement arec des maillets de bois t leurs débris sont étalés sur la Ubie do aé-
le lit raboteux de salpêtre. On
rig. 4T«.-
^ÏDirpourle ulpttn ntrmé.
active la pulrérisation en remuant la coucbe mince du sel arec uns pelle plate et un ritcau, et en roulant de nouveau avec le cylindre écraseur. Lorsque le salpêtre ne contieut plus que O.Stpour 100 d'eau environ, on le tamise, on retend de nouveau sur la table du sérlioir où on le remue successivement avec la pelle, le rouleau et le riteau, ju^qu'ï complète dessiccation. On rembarille
Dans cet état, it no renferme plus pureté presque absolue est plus que tion dca poudres à tirer.
Les eaux qui ont seri i II laver le salpôtro brut contiennent, outre le sel marin et le aalpfltre, une certaine quantité de carbonate de soude qui provient de )a décomposition, par le salpitrîer, du nitrate de soude par la pulasse brute on salin de betterave. Pouren tirer parti, on commence parles neutraliser au moyt<R de l'acide chlor hydrique, puis on les soumet à l'évaporation dans de grandes chauditrps !/ig. ^^>^) au contre desquelles est suspendu un chaudron qu'on peut soulever avec une moufle et un contre-poids.
Lorsque cm uui, nommées cuilet dan* le* atelier*, < le Kl mtrin, moins solubte t chaud qn'k froid et bien moins soluble quo le ulpMre, commence ï te pr^ipiter et ce rassembla dans te cluudron.
Celni-cl D*k d'autre objet que d'emliftchcr, autant qae possible, le dépdt et radbéraoee do lel marin, soas forma de CToflte, sur le fond des chaudières. Loraqoe ce chaudron est plein de sel, on la soulire Jusqu'à la surface du liquide, on. le ride arec réeumoire et on entasse le sel dans un magasin spécial.
Lorsque U cuite marque S&° h l'aréunttre, on Is fait passer dans un graïul bassin ou cristal li soir, et on la traite, comme on l'a fait puur le rarona^, de manière 11 obtenir par refroi-
t acquit sa» à riréomètre.
on le mélange au «alpdlre brut.
Qoant au tel marin prorenant des euitps, spriann an de séjour en magasin, on en retire le talptlre qui rimprèftne.en i'immergeuit dans une clisudière remplie d'eau bouillante, on le brasse et on l'enlËve. La liqueur se salure de plus en plus de salpfitre et finit par, représenter uiie ciiile ordinaire, que l'on traite comme il a été dit précédemmi
COMPOSÉS MÉTALLIQUES DE LA PREMIÈRE SECTION (suite.)
ijONHUBE. — Caractères del'tiotatede potasse. — Des feui d'anifici;. —DeFaiO' laie de toude. — Ses emplois. — De la poudre ï canon. — Époque de sa décourerte. — Sa fabrication. — Son essai. — Du chlarate de potasse. — Des poudres fulminâmes. — Des allumettes chimiques.
C>r»cltrca dlstlMelifa de l'axolale de potUMe. — On Irouve l'azotate de potasse raffiné soua deu\ Torincs dons le commerce :
1* En muses bUochûlres saccharoïdcs, c'est-d-dire l'ormëes, comme la sucre en paîn, par l'aggloméra lion departiculcs grenues, cristallines et avant beaucoup d'adhérence entre elles; i;" en poudre sablcuao, parca qu'on a écrasé cei masses el qu'on les a criblées à travers un tainîs de lailon.
VlKCT-CISQtlÈME LEÇON.
Mais on peut avoir ce sel tous Tonne de cristaux réguliers. Ceuxci sont des aiguilles demi-lransparcnles l/lg, 47B) ou de longs prismes à six pans terminés par des pyramides à six faces (fig. (79), souvenl cauneléa et prëscnlant des caviléa longitudinales dans li^ur inléricur. Ils sont anhydres, avec des traces seulement d'eau interposée ; ils sont inaltérables à l'air, trôs-friables , inodores et pourvus d'une saveur Tralclic et piquanle
Fig. «B. — CritUUiMlioB de l'iioUtc de fif. 47». — Fonu r«giili*n ampliliéf
poUiM fn |Ktlle( liKUille). de ruoUls de pgluic.
qui provoque la salivation; ils deviennent poison A la dose de 60 à 100 grammes.
C'est'un des sels dont la solubilitë dans l'eau augmenle le plus rapidement avec la température, ainsi qu'on le voit parles cbiDïes sui' vants :
ik 0' en ditsolïcni 13 à -H !0° 31 It 8^:;::::::;:::;.. ..:::.:::: m fi+ l"»" Ï46 It -t- I15",9 33S
C'est à ce dcriiicr degré de température qu'a lieu l'ébullition de la solulion saturée de ce sel, d'après M. Lepage, de Gisors.
fa facilité avec laquelle l'aziilalc de potasse se décompose et cède l'oxygène de son acide, en fait un agent 1res ulile pour oxygéner la plupart des corps combualîblts. C'est un v<^rilablc magasin d'oxygène à l'élut solide, où l'iiidtislrie puise largement et commodément pour ses besoins. Ce n'est donc pas à tort que sa vivacité a fait dire d'un homme sujet à des mouvemenls de colère : « Il est pétri dt saipilre. »
Projeté sur des charbons arilcnts, il scinlille, fuse ou déflagre, en activant singulièrement la combustion. C'est qu'alors l'oxrgène de l'acide azotique se porte sur les charbons et donne lieu à une formation instantanée d'acide carbonique.
Un mélange de 3 parties de niire el de t partie de charbon en poudre étant projeté dans une cuiller de fer rouge de feu, déllagrc Tjolemment, el raécae détone quand on agit eur une masse un peu coniidérable. Le résidu est du carbonate de potasse, auquel tea alctiîmiites ont donné le nom bien impropre de niire fixé par les charbons. Deni parties de nitre et une partie de soufre brillent btcc une lumière si éclatante, que l'œil peut à- peine la soutenir pendent quclqaea instants. Le résidu psI du sulfate de potasse, qu'on appelait Jadis mI polychresle de G/aser, du nom du chimiste qui l'a découvert (<}. Voici la formule de celle réaction :
KO.AiO> + 2 S = KO,SO> + S0> + Aï.
VélangË avec les métaux en poudre, il les Iransfonne en oxydes par la calcination dans descreuscts rouges. Il convertit les sulfures mélalli' Ques eu sulfates, les phosphurcs en phosphates, etc.
Kd pulvérisant le nitre avec un tiers de soufre et deux tiers de potaue du commerce, on forme un mélange qui donne lieu à une violeole explosion lorsqu'on le chaulTe légèrement. Ce résultat est dû & la production instantanée d'une grande quantité de gaz, qui prennent tout à coup une tr^s-forte expansion. On donne à ce mélange le nom de }iûudre fulminante par la chaleur.
La poudre à canon est un mélange de salpêtre bien raffiné, de soufre distillé et de charbon léger peu calciné, comme vous le verrez bientôt en particulier.
Sous le nom de poudre de fusion, on désigne un mélange de nitre, de soufre et de sciure de bois, qui est employé pour détruire les grosses pièces métalliques en bronze. Il est formé dans les proportions suivantes ;
Aïoiat? de potaasc 3 parties.
Sciure de bois I —
Lorsqu'on entoure une pièce métallique do celte poudre et qu'on enflamme cetle-d, le métal ne larde pas à Tondre; cel etfel est dû a ta rapidité de la combustion el à ta transformation du métal en sulfure plus fusible encore. Si l'on place dans une coquille de noix une petite pièce d'argent el de la poudre de fusion, la pièce sera fondue
■ (1) C'est ce GlMcr qui fut le premier maître de Lémerj' et le successeur de NicolM le FèTre i \a ctinire de cliimie du Jsrdiii des plantes de Paris. Il Iravullùt dans le mjslÈre st faisait un grand secret de ses découvertes auxquelles, k llnaUr des alchimistes, il attribuait sauvent des propriétés merveilleuses. C'était d'ailleurs un liomme peu sociable. En 1«7G, il fut impliqué dans l'alTaira d» la fameuse marquise do Brinvilliers, & laquelle il avait vendu des poisons; on le mit fc la Bastille ; mais, cumme il ne fut pas souptonné d'avoir coopéré à ses crimM, il fut reliclii plus tard, et fliiit par mourir de chagrin, en 1678.
ayant que la coquille de noix soit brûlée. La poudre de fusion était très employée par les chimistes du dernier siècle. On l'a nommée longtemps fondant de Baume,
Feos d artiflee. — Le nitre fait encore partie de tous les feux d'artifice et de toutes les compositions incendiaires. C'est en associant à ce sel ou à la poudre à canon des limailles de fer, d'acier, de cuivre et de zinc, de la résine, du camphi*e, du lycopode, du noir de fumée et autres matières aussi combustibles, qu'on obtient des feux de diverses couleurs et des effets pyrotechniques très-variés.
La limaille de fer donne de brillantes étincelles rouges et blanches, plas vives et plus nombreuses encore avec les limailles d'acier et de fonte.
La limaille de cuivre procure une flamme verte ; celle de zinc, une belle couleur bleu verdâtre ; le sulfure d'antimoine, une flamme plus blcuo.
Le succin, la colophane et le sel marin produisent un feu jaune;
Le noir de fumée, une couleur rouge de diverses nuances ;
Le vert de gris, un vert léger ;
Le sulfate de cuivre associé au sel ammoniac, un vert olive;
L'azotate de strontiane, un rouge pourpre magnifique;
L'oxalate de soude, un très-beau jaune;
Le sulfure d'arsenic, un blanc très-éclatant ;
Le camphre, une flamme très-blanche et aromatique ;
Le mica jaune, de très-belles étincelles jaunes, ce qui sert à faire les pluies d'or;
Le lycopode, une couleur rose et une flamme étendue : c'est cette dernière substance qu'on emploie sur les théâtres, à cause de sa grande inflammabilité, pour simuler les éclairs et les torches des Furies.
Voici, au reste, quelques exemples de compositions pour les feux d'artifice.