DD CARBONATE DE CHAUX
autrement dit composée d'une quantilë infinie de dépouilles d'anîmatix microscopiques è coquilles appartenant â deux ramilles disliactes, les polj/lhalamies et les nautilila.
g. Calcaire l«ern«tmBt. — Quoique le carbonate de chaux loît tout à Tait insoluble dans l'eau, il est cependant peu de «ources, de ronlaines dont les eaux n'en renferment une certaine quantité. Mai» c'est qu'alon il est dissous à la Tavcur d'un exciïs d'acide carbonique ; aussi, dès qu'on vient à Taire chaufTer ces eaux, l'acide se dégage et la tel se précipite en puudre blanche; si on les additionne de quelques gouttes d'ammoniaque, elles ne se troublent pas immédiatement, mais elles laissent déposer, au bout de quelques heures, de pelils grains cristallins qui se ûxent aux parois du verie; ces grains consistent en carbonate de chaux, devenu insoluble par suite de la saturation par l'ammoniaque de l'excès d'acide carbonique gui tenait d'abord le sel calcaire en dissolution dans l'eau. 11 y a des sources qui en sont tellement saturées, qu'elles le laissent déposer dés qu'cllei ont le contact de l'air. C'est ce qui donne lieu à ces amas plus ou moins considérables de calcaire qu'on désigne sous les noms de tuf et de travtrtin.
Lorsqueces sources coulent sur des bois, des coquilles, des végétaux, elles les reconvrent d'une incrustation terreuse qui se moule parfaitement sur eux, de manière à reproduire leurs formes extérieures, et en très-peu de temps ces objets ont tout à fait l'apparence de la pierre. C'est ce qui arrive aux bains de Saint-Philippe, prés de Radicofani, en Toscane, i la fontaine de Sainl-Aljre, à CIcrmont-Ferrand, aux sources de Saint-Nectaire, à Gimeaux, dans le Puj-de-Uûme, à la fontaine d'Orcher, près du Havre (< ), à la source du Sprudel à Carlsbad, etc.
(1) La tiintaine d'Orrher, qui descend du milieu de 1& falaise et tombe en cascade sur les rooliers q'ii sont au pied, incruste d'un sédiment calcaire les pierres, les mousses et les lierbcs qui croissent entre leurs Tentes, s La singularité de ces pélriHcalioiis, la ùluaiion de cette source, qui descend d'asseï liaut entre lei rochers, parmi les gi'ands blocs arides de craie et de grès, la belle végétation dea arbrisseaux, du gazon et des mousses sur une plage aride,
On a tiré parti de la propriété incrustante de ces eaux pour mouler des bas-reliefs et imiter des pétrifications. Voici un bas-relief en incrus* tation de Saint-Nectaire ; voici des grappes de raisin, des nids d'oiseaux, une corbeille de plantes, qui ont été incrustés parles eaux de Saint-Alyre; voici enfin des mousses pétrifiées, recueillies à la fontaine d'Orcher (i).
La célèbre fontaine de Saint-Alyre a laissé déposer depuis des siècles une si grande masse- de travertin, qu'il en est résulté une muraille énorme de 78 mètres de longueur sur une hauteur de 6 mètres à 6 mètres et demi, et un pont d'un admirable effet, qui semblent avoir été construits par la main des hommes (2).
Souvent les tuyaux qui conduisent les eaux d'un endroit à un autre s'engorgent très-promptement par des dépôts calcaires, lorsipie l6i sources, comme celle d'Arcueil près Paris, contiennent beaucoap de carbonate de chaux. Dans ce cas, ainsi que d'Arcet l'a démontré par dei expériences en grand, on peut facilement, et à peu de frais, nettoyer l€i tuyaux en y faisant couler de l'acide chlorhydrique faible, qui dissopt . les incrustations en transformant le carbonate de chaux en chlorure de ^ calcium très-soluble. On peut recourir au môme moyen pour nettojjei^ ^ sans nuire à leur solidité, les cuves, les soupapes et les serpentins diÉl appareils à l'aide desquels on chauffe directement l'eau par la T^enë^
Formation des atalaciltea et ilca itolaipiiiltca. — Albâtr»*^
Lorsque des eaux saturées de carbonate de chaux s'infiltrent danvtili/ fissures des pierres situées à la voûte des cavités souterraines, et ilèil^^
nent à suinter à travers le tissu loche et poreux de cette voûte. elÏM'.
rendent cette fontaine un des points les plus pittoresques des environs éàL Havre. » {Description géologique du dép, de la Seine-Inférieure, par M. PassjTyp. T1;}
(1) Les anciens connaissaient le phénomène des eaux incrustantes, pôisque Sénèque, philosophe romain^ né Tan 2 uu 3 de J.-C, parle de plusieurs fou» taines dans lesquelles on faisait pétrifier des branches d'arbres qu'on vendait comme objets de curiosité.
On nommait ostéocoUe, dans l'ancienne pharmacologie, des concrétions calcaires formées par des eaux incrustantes aux dépens des tiges ou des riciosa ds ' végétaux, parce qu'on leur attribuait la vertu d'agglutiner en peu de temps lés os fracturés. Ces calcaires imitent la texture des os, et se trouvent dans la terre à pisé de plusieurs points des environs de Lyon, où l'on peut supposer qu'il y a tu des racines d'arbres ; ctUes-ci sont alors complètement pétrillésa par le carbonate de chaux, qui a pris la forme de leurs fibres.
(2) Les cascades de Pambouk-Calessi, l'ancienne Iliérapolis ou ville sainte en Asie Mineure, présentent, d'après M. le comte Jaubert, les mômes phéno* . mènes d'incrustation, mais sur des dimensions bien plus colossales. Dans la suite des siècles, ces eaux thermales, qui tombent d'une hauteur de 65 mètres et qui ressemblent & des ruisseaux de lait, ont formé, par leurs dépôts, toute une montagne avec de nombreuses ramifications qui s'étendent dans la plaine comme autant de coulées de lave. C'est un des spectacles les plus singuliers qu'on puisse voir. Strabon a décrit les cascades d'Hiérapolis telles qu'elles se présentent de nos Jouis ; mais on ne trouve plus de traces de l'antro (Plutonium), qui dégageait do l'acide carbonique comme la grotte du Chieu de Poxxuolo ; les concrétions l'auront sans doute comblé.
Dtl CAHOONATE DE ClIAfX. Z')7
Iniaaentipor leur évaporalinn, les mulL'cules de calcaire n bcp. Cplles-ci H' recou> rcnl inccssammenl de nouvelles moléculci, et il fL^sulle bienlôt dcceltea^lomiSralionconlinuclk des tibe',dc8 cylindres qui pendent
ù la ïottlc des cavernes, et qui souvent dtscendeni josqu'i lerre. C'est iioM que se Tonnent ces gnicieuses colonnades qu'on admire dona ccrlaiues grolleE naturelles {/g. 603). Mais une partie du liquide, en loui-
banl de la voûle sur le sol, y produit d'autres dépôts composés de couches ordinairement ondées, ou des protubérances, des extensions, dont les figures varient à l'infini. On appelle stalactites les concrétions qui pendent ainsi à la voûte des cavernes, et stalagmites celles dont la formation est due à la chute du liquide sur le sol. Lorsque les stalagmites sont en grandes masses susceptibles d*étre taillées et polies, elles constituent ce qu'on appelle V Albâtre dans les arts.
On ne trouve guère les stalactites et les albâtres que dans les terrains calcaires, parce que c'est seulement dans ces terrains qu'on rencontre des cavernes d'une grande dimension-. Ces cavernes ont quelquefois plusieurs centaines de mètres d'étendue. Les'stalactites qui les garnissent et dont les formes sont très-variées et l'aspect fort brillant, présentent un spectacle curieux et même imposant qui a rendu plusieurs de ces grottes célèbres : telles sont celles de Tacahuamilpa au Mexique, d'Antlparos dans l'Archipel grec, de Verlitza, de Saint-Jacques de Bossoglina et de Méléda en Dalmatie, de Pool's-Hose en Derbyshire, d'Adels- *berg en Carniole, d'Auxelles en Franche-Comté, de Caumont aux portes de Rouen, du Ilan dans les Ardennes Belges, à quelques kilomètres de Givet, de Saint-Maurice dans le canton de Vaud, etc. Celte dernière caverne est à 422 mètres sous terre ; elle est de la plus grande beauté, et ce qui ajoute encore à son effet magique, c'est que l'on y arrive en bateau sur un lac souterrain.
L'albAtre calcaire est en couches parallèles, mais ondoyantes, d'un tissu grenu, fibreux ou lamellaire. Ses couleurs varient entre le jaunâtre et le rouge-brun ; elles sont très-souvent distribuées par bandes ondulées, par couches concentriques ou par taches. Celte belle pierre, remarquable par sa 'demi-transparence, le beau et doux poli qu'elle peut acquérir, est précieuse pour la décoration des édifices. On la taille en coupes, en vases élégants, en châsses de pendules. Les anciens en faisaient des statues, des colonnes,. des tables, et surtout des vases à conserver les parfums (i).
11 y a de belles carrières d'albâtre dans les provinces de Grenade et de Malaga en Espagne, à l'île de Malte, à Trapani en Sicile, etc.
Etifil dei pierres calcalrei. — Telles sont les principales espèces de carbonate de chaux qu'il était important de vous faire connaître, en raison de leui^s nombreuses applications. Vous distinguerez toujours une pierre calcaire à ce qu'elle se dissoudra presque sans résidu dans la plupart des acides les plus faibles, en produisant une vive effervescence, et à ce que sa solution donnera un précipité blanc très-abondant avec les lessives caustiques ou carbonatées et l'acide sulfurique.
(I) Le nom (i'albâtre est (K-rivé du mot grec alnbastron, qui veut dire insaisissahle. Les anciens donnaient ce nom aux vases faits de cette matière, parce qu'étant ordinairement sans anses et très polis, on avait quelque peine à les prendre.
FABRia\TIOK DE LA CHAUX. 269
Fabrlr*UoN <i« l« eb»». — Toutes les variétés de pierres calcaires, même les coquilles el les madrépores vivants, sont susceptible* de fournir de la chaux vive par une calcinatîon au rouge. Toulefais, dans les arts, on applique habituellement à cet usage le calcaire grossier ou la pierre à chaux.
a. Cmaon aa bois. — Les /ours à chaux les plus simples el les moins coûteux à établir sont des trous, de forme ovoïde ou légèrement conique, creusés dans le sol ou le flanc d'une colline, et revêtus en briques, si la terre n'est pas assez compacle. La partie supérieure de ces foun est ouveiie pour laisser exhaler la vapeur el la fumée. La pierre calcaire est disposée par lits, doni les premiers et les plus rapprochés du foyer ont une forme cînti'ée ; on les monte avec de gros fragmenli de pierresquilaissent entre eux beaucoup d'interstices; les lils suivanls tout faita avec des pierres concassées de plus en plus meuues {fi;/. S06}.
Lorsque le four est entièrement rempli de celle manii>rc, on allume un feu de bourrées ou de petit bois sous la voflte^oncouduilce feu modérément pendant plusieurs Heures, et on le porte ensuite, peu à peu, au rouge vif, qu'on entretienl alors d'une manière Irès-égale. Dès quo la flamme sorl au haut du fuur sans Un accompagnée de fumée, on
VINGT-SIXIÈMB LEÇON.
diminue progressivemenl le (eu, on laitw un peu rcftoidir, puiioD lire la chaux, afin de recommencer une aulre calcinalion, taat allcndre que les pavois du four loient trop refroidies. La chaux cuile est introduite dans des (onaes qu'on recouTre aussitùt.
En place de bois ou de fagots, loujoui-s chers, on peut employer dct bolles de bruyèi-es, de Joncs marins ou des bourrées de brindilles de bois e( menus dôbrïs des coupes dans les foi-fls ; mais ces combustibles légers exigent des soins continuels, et le foyer doit élre d'uoe grande dimension pour les conlenir.
6. Cuisson d la Iwmlle — On calcine plus économiquement aiec la houille. Dans ce cas on construit un four en hnques rélïaclajrei iP^. S07}, ajant la forme d un cOne tronqué et renversé et dont les
murs ont l^gSO A l*,60 d'épaisseur. On introduit dans ce four un lit de matii^res combustibles, houille sèche ou mélange de coke el de houille, puis un Ht de pierre à chau\, et on alterne ainsi jusqu'à ce que le four soit rempli complëtemenl. On allume la partie inférieure ù l'aide de bourrées s&ehes, el le charbon prend successivement feu dans toute la hauteur de la masse.
c. Cuisson à la toiirhe. — Quand on cuit à la tourbe, on ne peut pas mélanger le combustible avec la pierre. Voici le four Ifig. SOS) qui est le plus convenable dans ce cas. Au-dessous de la voûte calcaire, il y a