MÉTAUX DE LA QUATRIÈME SECTION
SoMMAiBE. — De l'ALDMUiiuM et de VAiumine. — Corindon et Ëmeri. — De I'Alcn. — Procédés divers à l'aide desquels on l'obtient pour les besoins de rindustrie. Ses propriétés < t ses applications. — Des argiles. — Art du potier ou céramique. — Classification des poteries : briques, poteries communes ▼ernissées, faïence commune, faïence fine^ grès, porcelaines.
Sur les dix métaux de la quatrième section, il n'y en a que trois, TAlu- ]iiMUif,rËTAiN, I'Antj MOINE, dont il soit vraiment nécessaire de vous parler, car les autres, sans applications jusqu'ici en raison de leur rareté, n'ont d'intérêt que pour les savants.
De PAlamlnlaiii.
11 n'est aucun de vous. Messieurs, qui ne connaisse, au moins de nom, le sel qui, sous la dénomination vulgaire d'Alun, rend des serlices si importants à nos teintureries et à nos fabriques d'indiennes, •t qui ne sache que les poteries de toutes sortes sont confectionnées •?cc ces terres argileuses dont nos terrains recèlent tant de dépôts. Eh bien ! la base essentielle de ces diverses substances, si curieuses à étudier, est TOxyde d'aluminium ou Alumine, dont je dois d'abord vous dire quelques mots.
*^ AlnmlBe. — lÊtat natnrel. — Cet oxyde, isomorphe avec les ^ lesquioxydes de fer, de manganèse, de chrome, comme le montre sa • formule, Al'O', est assez rare dans la nature à l'état de pureté. Anhy- * .dre et cristallisé, on le trouve dans les Indes Orientales, le Thibet, ■ nie de Ceylan, etc. n est connu des lapidaires sous le nom de corin" ^ don (fg. 577), et il constitue alors la pierre précieuse la plus dure et la *■ plus recherchée après le diamant.
^ Cette pierre s'appelle t*u6t5, quand elle est colorée en rouge de feu ;
topaze orientale, quànà elle est d'Un beau Jaune de citi*on;«aî!>^«r onenfc/, lorsqu'elle a une couleur bleue; améthyste orientale, «i sa telnfe est
pourpre ou violette*
Ces diverses variétés de corindon doivent leurs belles nuances à des quantités pour ainsi dire infinitési* maies d'oxydes métalliques. Une fois taillées, elles acquièrent des prix excessifs dans le commerce- de la joaillerie. En 486 J, on a trouvé, dans la commune de Saint-Eble, canton de Langeac (tiau te- Loire); un magnifique saphir du poids de 34 grammes, dont la valeur a été estimée par les connaisseurs à I million 1/2.
/fy. 577. — Forme cnstaliine du coriudun des lapidaires.
Émeri. —VÉmeri ou ÉmerU àoni on fait tant usage dans les arts, en raison de sa dureté, pour user, aplanir ou disposer au poli les glaces, les cristaux, les métaux, les marbres et les aciers, n'est autre chose que du corindon en grains irréguliers, mêlé à beaucoup d'oxyde de fer. 11 est surtout très-abondant, sous cette forme, dans l'île de Naxos, au cap Emeri, dans les îles de Jersey et de Guernesey, à Ochsenkopf près de Schwartzcnberg, en Saxe, à Gumuch-Dagh, près d'Éphèse, en Asie-Mineure, dans les environs de Chester en Massachusetts (Amérique du Nord). Aujourd'hui la plus grande partie de l'émeri est apportée des Indes.
Avant de l'employer à l'usure et au polissage des corps durs, on réduit l'émeri en poudre fino sous des meules d'acier, et on délaye ensuite cette poudre dans l'eau, que l'on décante à plusieurs reprises, afin d'avoir des dépôts do plus en plus ténus.
Dans les flacons que l'on dit bouchés à Vémeriy on a usé le bouchon de verre dans le col même du vase, à l'aide de cet'« substance; aussi le contact des deux surfaces est-il parfait, qualité très-importante pour conservera l'abri deTair les liquides volatils ou facilement altérables.
Le papier de verre, si employé et si commode pour faire disparaître la rouille delà surface des ustensiles en fer, est préparé de la manière suivante : on imprègne d'une forle dissolution de colle forte une feuille de papier, puis on la saupoudre avec de l'émeri fin ou du grès pulvérisé. Le verre ou la ponce piles produisent le même efîet. On recouvre ensuite la feuille saupoudrée d'une autre feuille sur laquelle on passe un roult^au en appuyant fortement, afin que toutes les parties pulvérulentes adhèrent au papier. On secoue celui-ci lorsqu'il est sec, pour faire tomber ce qui n'(îst pas solidement fixé. On varie la finesse des matières dures qui recouvrent ce papier, suivant qu'on veut donner au fer un poli plus ou moins beau.
DE LALUUINE. 405
■■bU aplMclle. — On Irouve l'alumine combinée à la magnésie, KgOjAl'O*, dans le rubit spinelle ou ruiù balait, pierre précieuse de Cejlan, auet etlimée des lapidaires & cause de bb belle tcinle ruuge qui paraît due à des traces d'acide chromique.
KIlIealM d'klaoilN». — F«I4apatk*. — Un Irès^and nombre de àlicaki d'alamine, simples, double?, triples, quadruples, existent dans la aolure et constituent des espèces minOraleH plus ou moins communes, dont l'étude app&ilient au minéralogiste. Parmi ces minérnux, les plus intéressants pour nous sont ceuv que l'on désigne sous le nom géuérique de feld-fath, silicates doubles chez lesquels une des fleux bases est toujours l'alumine, tandis que l'autre base, qui est va< fiable, est tantôt alcaline (potasse, soude, lilhine), tantôt alcalinoterreuse (chaux, magnésie}.
Le caractère le plus remarquable des fetdspaths, c'est d'éprouver, sons l'influence des agents extérieurs, une altération telle que les deu\ bases se séparent en se partageant l'acide silicique d'après des lois particuliéree, d'où il résulte que le silicate primilir se dédouble en deux ulicates indépendants l'un de l'autre. Le silicate alcalin ou akalinolerreux est dissous ou entraîné par les eaux, tandis que le silicate d'alumine, qui est toujours le plus abondant et complètement insoluble, reste babituellcment sur place et Tonne des couches de matiiïres d'apparence terreuse qu'on désigne sous le nom spécial d'Argiks.
AIbbIbc pare de* UborBlolrea. — C'est une poudre légère, blanche, insipide, inodore, que la chaleur de nos plus \iolenls Teux de forge ne peut faire entrer en fusion. C'est sur cette dernière propriélé qu'est fondé l'usage général que l'on (M des terres alumioouses pour la coDstruclion des fourneaux, des creusuts et autres ustensiles en poterie, qui doivent aller au feu. Mais l'alumine devient fusible, dOs qu'elle est mêlée à quelque oxjde alcalin, i. la chaux, par exemple ; aussi les argiles sont-elles d'autant plus estimées qu'elles contiennent moins de chaux et plus d'ulumine.
Cet oxyde terreux est tout A Tait insoluble dans l'eau, malgré la grande affinité qu'il manifeste pour elle. Il l'absorbe avec promplitude, s'y délaye aisément et forme avec une suffisante quantité de liquide, une p&te liante, propriété qu'il communique A toutes les matières avec lesquelles il se trouve mOlé naturellement ou à dessein. Cette pâte, exposée i l'action du feu, se dessèche, durcit et acquiert une telle cohésion, qu'elle ne peut plus se délayer dans l'eau et qu'elle résiste pendant longtemps à l'action des liquides les plus énergiques. C'est ce changement de propriétés par la cuisson, qui rend l'alumine M précieuse pour la confection des poteries cl des ustensiles analogue;.
Kécemment précipitée d'une de ses combinaisons solubles, l'alumine est sous forme de gelée blanche ou d'hydrate, qui se dissout très-bien dans les acides, ainsi que dans la potasse et la soude. Avec les pre-
miers, l'alumine joue le rôle de base; avec les alcalis, celui d'acide: dans ce dernier cas, les composés qu'elle forme sont des aluminateSy qui ont ordinairement pour formule : 3 M0,2 APO*. L'alumine est le type des oxydes indifférents.
Parmi les acides, il en est un qui ne se combine pas avec elle; c'est l'acide carbonique. C'est là un caractère commun à presque tous les sesquioxydes, et qui explique pourquoi on peut les précipiter de leurs dissolutions par cet acide libre, ou combiné aux bases alcalines.
A l'état de gelée ou d'hydrate, l'alumine a une affinité prononcée pour les matières colorantes, qu'elle enlève à l'eau et aux autres substances qui leur sont unies. C'est ce que vous allez voir par l'expérience suivante ; je délaye une certaine quantité d'alumine en bouillie claire dans cette décoction de cochenille, je chauffe légèrement et je jelte le tout sur un filtre (/îg. 578). Voilà la liqueur décolorée, et l'alumine se trouve actuellement imprégnée de la belle couleur rouge de la cochenille.
C'est à ces composés insolubles d'alumine et de matière colorante qu'on donne, dans les arts, le nom.
de iaques. On en fait un grand usage pour la peinture et l'impressioTi des papiers de tenture.
A cause de cette propriété remarquable, l'alumine mérite surtout l'attention de ceux qui s'occupent de la coloration des tissus.
Libre ou combinée, elle constitue un des mordants les plus précieux et les plus fréquemment employés, et c'est à elle que I'Alcn doit toutes les qualités qui le font rechercher pour la teinture. 11 est nécessaire d'étudier ce sel avec quelques détails.
De» Aluns. — Sous le nom univoque û'AIun, on désigne, dans le langage vulgaire de la chimie, tantôt un sulfate double d'alumine et de potasse, tantôt un sulfate double d alumine et d'ammoniaque, tantôt enfin un mélange des deux précédents, le premier est appelé alun à base de potasse, le deuxième alun à base d'ammoniaque, le troisième alun ammoniacal ,
Voici la composition des deux premiers sels doubles :
Fi'g. 57.^. — Déculoration d'une liqueur colorée par l'alumine.
DES ALUNS.
ALCH 1 HtSE
Eiutombinée
100,00 I Ils (ODt repréicntés par les formules suivantes :
L'slnn à base de polBEee est bien plus anciennement connu que le second (i).
U exble toul formé aux enviions de plusieurs volcans, mais la quantité en est si faible qu'il Taut recourir Ji différents procédés pour fournir aa commerce les 5 ou 6 millions de kilogrammes qui lui sonl inuuellemcnl nécessaires. Je vais vous les indiquer succinclemenl.
FabrlcMlIon ■■daitrlelle. — 1' Procéflé ilalen. — Ce procédé, le plus sncienneoient pratiqué, repose sur l'cxploUilion de Valunilr, si abondante en Italie, en Syrie et en Hongrie. Cette roclie est, d'après Cordier, une combinaison de &T d'aluD de potasse anhydre et de 43 d'hydraie d'alumine sur 100' On brise cette roche et on en calcine les fragments dans des fours peu différente des fours ï chaui. On chasse ainsi l'eau de l'hydrate et on donne beau- Ci) Cl sel a été employé dans les Indes de toute antiquité, et dès las premiers siècles de l'ère chrétienne il était importé d'Orient en Europe, surloal en Italie. Jusqu'au qainiième siècl», il fut exclusivement préparé ï Consuntinople, k Alep et à Rocca, aujourd'hui Ëdesse, près de Smyrne, d'où lui est venn probablement le nom d'iiun de roche, qu'il porte encore dani In cummercn. On le fabriquait arec un minerai, très-commun dans ces localités, qu'on appelle aojounl'tiui alunite on pierre d'alun.
On marchand génois, nommé Pcrdrii, qui avait beaucoup voyagé en Orient, et qui s'éuit arrêté quelque temps à Bocca, établit sur 111e d'^chia la première fabrique d'alun, vers le miliou du quiniiéme siècle. A la même époque, nn autre Génois, Jean de Castro, frappé des analogies qu'il remarquait entre les terrains de Rocca et ceu^ de la Tolfa, près de Civil». Vecchla, rechercha et ne (arda pas h découvrir Valunile ; il éleva alors k la Tolfa une usine d'alun qui est devenue trè»-célèbre, qui n'a cessé d'être en activité jusqu'il nos jours et qui a été une source de richesse pour les États de l'Eglise. Enflu, Antonio de Picna fonda, un peu plus lard, une usine semblable h Vollerra, dans le grand duchf de Toscane.
Plusieurs autres eiploitalions de mines d'alun s'élevèrent successive m i^nt i Viterbe, au cap Hi^ène, k la solfatare de Niples, pui.t en Allemagne , en Espagne et en Fnnce, au seiiièm: siècle; Thomas Chaloner importa ce genre d'industrie en Angleterre sons le régne d'Elisabeth. Dans ces dernières régions, toutefois, ce ne Tut plus l'alunite qu'on utilisa, mais bien des schistes alumineui, qui août si abondants. Cet art était cependant encore dans l'enfance h celte époque, etil ne fit dfs progrès sensibles que lorsque ta chimie put le Kuider par des données plus précises. C'est surtout bus recherches do Marggraf, Monnet, Entleben, B?rgm«nn, Bérard, Chaptsl, Descroiiilles, Vauquelin el Curaudau, i|u'on doit lei développemenls de cette importante fabrication.
coup de cohésion à l'alumine, si bien qu'en lessivwit la masse calcinée, après l'avoir entretenue humide pendant plusieurs mois, on enlève tout l'alun qu'on
fait cristalliser.
Il se dépose d'abord des crisUux octaédriques {fig, 579), puis des cubo-octaèdres, et enfin, lorsque les liqueurs sont refroidies à 40«, l'alun prend la forme
Fig. 5T9. — Alun en octaèxire.
Fig, 580. — Alun en cube.
cubique {fig* f)80). Cela est dû à de l'alumine divisée qui est en suspension dans les liqueurs et qui finit par se combiner en partie avec l'alun ordinaire, en le changeant en alun basique. Les formules suivantes montrent la différence de composition des deux sortes d'alun :
Alun octaédrique ordinaire. KO.SO» -f Al«0»,3S0» -f 2i HO. — cubique KO,SO» -h SO»,a Al^O' 4- 9 HO.
Ce mélange d'aluns de diverses formes est coloré en rose par un pende scsquioxyde de fer retenu mécaniquement entre les particules des cristaux. Il porte le nom d'alun de Rome dans le commerce.
Les alunièrcs de la Toîfa, qui appartiennent au domaine des États romain», occupent encore aujourd'hui do fi à 700 ouvriers. C'est Cœsalpin d'Arezzo, médecin naturaliste du seizième siècle, qui a donné, en 1593, la première description de leur exploitation. Los alunières de Montioni (Toscane) foumissent depuis près do trois siècles un alun qui rivalise avec celui de la Tolfa.
Exploitation de Vnnulite du Mont^Dore, — Depuis février 18C8, M. Régis Faure, ancien élève de l'École centrale des arts et manufactures, a créé à Cic^ mont-Fcrrand une usine pour l'exploitation do la mine d'alunite que Cordier signala en 182G au haut de la vallée de la Dore^ en un lieu qu'on nomme le ravin de la Craie, à la base même du pic de Sancy.
On ne se contente pas de retirer de cette alunite près de 50 pour 100 d'<:lui de potasse, mais pour ne pas perdre^ comme en Italie, la grande quantité d'alumine qui reste, on fait intervenir l'acide sulfurique de la manière suivante.
Le minerai, transporté à Clermont par une Ircomobile, est concassé, calciné au rouge sombre pendant 3 à 4 heures dans des cornues de fonte afin de recueillir l'acide sulfureux qui se dégage et qu'on dirige dans des chambres de plomb, puis entassé dans de vastes bassins en lave de Volvic et arrosé d'acide sulfurique au degré de concentration des chambres. Après une macération qui dure plusieurs semaines, l'alumine libre est sulfatisée. On épuise alors par de l'eau chaude le minerai ainsi transformé. Les liqueurs donnent par le repos de} cristaux d'alun ; les eaux- mères retiennent le sulfate simple d'alumine, dont le rendement s'élève à près de IGO pour 100.
FABRICATION INDDSTRIELLE DE LALUN. 409
L'ilun obtenu du jtremierjet peut 6tre immédiatement livré lu commerce, en raison de 1« pureté du minerai. Quant au sulfate d'*lumln«, ou on le vend tel quel, ou on le convertit an alun en j ajoutant da luirate de pot«<»e ou il'ammoniaque,ainsi qu'on le pmique danalei antre» procéddidont Je vais parler,
3* Procidi allemand. — Dana un grand nombre de localités de la Picardie, dans l'Oise et lei Ardennes, & Boutwilier dans le Bas-Rhin, en Balgi<ine, en BoUaiKle, en Bobime, au Harti, en Angleterre, en Ecosse, en Suède, en Nor- «éga, on exploite des schistes alumineui qui se rencontrent en abondance dans It vgtalnage des mines de houille et des dépAla de lignites. Au point de Tue de iMir compoailion, ces scbistei peuvent être considérés comme des mélanges, en proponJons variables, de silicates d'alumine analogues aux argiles, de matières ctwrbonneDses, bitumineuses et de pyrites de fer.
IionquB ces schistes renferment asse* de pyrites pour s'échauffer apontané- BMnt à l'air, ou les empile au sortir da ta mine en tas da dimensions plus ou BKriiu eoniidérablai, depuis I Jusqu'à 10 mètres de hauteur -, on les arrose avec UMi d'eau pour les maintenir quelque temps humides. Soun l'influença simulta- •fe de l'air et de l'humidité, la pyrile l'oiyde et se change en sulbte do pro. toiyde de Ter avec acide sulfurique litire ; ce dernier attaque le silicate d'alumine et donne lieu i, du sulfate simple d'alumine.
L'équation suivante représente cette réaalon :
tjtitt Argilr. Coupcrtrc. Soirne Eiu. Silice.
d< 1er. d'ijumlnc,
1 FeS» 4- Ai«0«,SiOt,! HO 4- O" = 3 FeO,SO» + Al«0»,3 SO» + î HO + SiO»,
Ces phénomènes sont activés par l'embrasement des matij^rea charbonneuses et bitumineuses disséminées dans la masse. On a soin d'entreienir celle-ci dans un état convenable d'humidité. Au bout d'un temps plus ou moins long, (jui ' varie de quelfiues mois h un an ou deux, le tout est converti en une sorte da cendre grise, couverte d'efflorescences, qu'il ne s'agit plus que de lessiver. Les eaux sont concentrées, éclaircies par un repos momentané et conduites dans de vastes citernes en béton où le si If j le de fer s'isole et cristallise.
Les eaui-mtres qui conservent le sulfate d'alumine sont soutin'es et soumises au brttetage, e'esl'à-dire qu'on y ajoute- une quantité convenable de sulfate de potasse ou d'ammoniaque pour convertir le sulfate d'alumine en alun.
Pour 100 parties de sulfate d'alumine, en dissolution, on ajoute :
CoDime l'alun est peu soluble dans l'eau )i la température ordinaire, il se dépose bientût après l'addition du sulfate alcalin sous la forme d'une poudre blanche. On favorise du reste la combinaison des dcui sels et la pn'cipilation de l'alun en poussière farineuse, facile à laver, par l'agitalioii des liqueurs avec de longs rlbles de bois.
Quand l°a schistes ont trop de cohésion pour s'efBeurir !i l'air, on les dépose lit par lit avec du bois ou de la houille en tas plus ou moins hauts ot longs, et en y met le feu. La combustion dure très- longtemps et ne donne guère pour produit que du sulfate d'alumine, parce que le sulfite de fer ne peut pas se former h cette température en présence de l'alumine.
On lessive ensuite la matière, on concentre et l'on obtient par la cristallisation une certaine quantité d'alun, dont la formation est due à la potasse contenue dans le bois qui a servi au grillsge, ou à l'ammoniaque provenant delà combustion de la houille. On ajoule ensuite dans les eaux-mères du sulfate do poiaase ou d'ammoniaque pour changer le sulfate simple d'alumtne en alun, qu'on réunit au premier.
Dans la vallée de la Meuse, entre HQy et Liège, où, depuis le dix- septième siècle, on se livre très en grand à la production de Talun, parce que les montagnes environnantes renferment d'abondants dépôts de schistes aiumineux et potassiques, qui fournissent, après le grillage, la lixiviation et la cristallisation, en\iron 2 pour 100 de leur poids d'alun, on tire aujourd'hui un parti très-avantageux des résidus rougeâtres qui sont encore très- riches en alumine. M. de Laminne a eu l'heureuse idée de creuser au sein de ces résidus, qui forment de véritables collines, des canaux à claire-voie, dans lesquels il dirige les produits gazeux des fours qu'il a inventés pour griller le sulfure de zinc ou blende. L'acide sulfureux, mis en contact avec ces schistes humides, se change en acide sulfurique, qui les transforme à son tour en sulfate d'alumine. Ces schistes .ainsi sulfatés donnent alors, par une nouvelle lixiviation, une liqueur contenant }& à 30 pour 100 de sulfate d'alumine qu'on breveté ensuite avec le sulfate d'ammoniaque. En 1867, 1500 tonnes d'alun ont été fabriquées do cette manière qoî atteint le double but de condenser un produit nuisible et de le transformer en un produit utile. La Société de la -Vieille-Montagne a suivi cet exemple dans son usine de FLonlc.
En Angleterre, M. Spence, de Manchester, utilise pour la fabrication de l'alun les'schistes qui limitent les lits de houille. Accumulés sur place en petits tas et calcinés au moyen d'un peu de combustible, auquel vient se joindre d'ailleurs la matière bitumineuse dont ils sont imprégnés, ils sont ensuite paL vérisés, puis traités dans de grandes cuves en plomb chauffées par-dessous par un excès d'acide sulfurique à 1,40 de densité. Quand on suppose que l'alumine des schistes est dissoute, on fait arriver directement dans les cuves, au moyen de l'ébullition des eaux ammoniacales du gaz, la quantité d'alcali nécessaire pour produire de l'alun. Les liqueurs concentrées sont évacuées dans un grand réservoir en briques goudronnées peu profond, où un agitateur mécanique hâte le refroidissement ; il se précipite de l'alun en poussière, qu'on purifie par le lavage.
L'usine de M. Spence fournit plus du tiers de l'alun produit annuellement en Angleterre, et à des prix bien plus rémunérateurs que par les autres méthodes.
Dans tous les cas, les aluns obtenus en poussière farineuse sont plus ou moins imprégnés de sulfate de fer; on les en dépouille par dei lavages à courîe eau, aussi froide que possible.
On donne ensuite à l'alpn la forme commerciale en le faisant dissoudre dans l'eau bouillante, de manière que la solution marque 48 à 50* Baume. On opère sur des quantités considérables de sel, dans de grandes chaudières en fonte doublées de plomb dans lesquelles circulent des serpentins à vapeur. On met la liqueur à cristalliser dans d'immenses cuviers en bois sous forme de tronc de cône allongé dont les douves mobiles sont maintenues par des cercles en fer boulonnés. On obtient ainsi des blocs d'alun de 5 k 6'JOO kilogrammes qu'on divise en gros pains rectangulaires au moyen de la scie.
C'est ainsi qu'arrivent dans le commerce les aluns de Picardie, de Liége^ d'JngleieiTCt d'Allemagne, Ils sont toujours plus ou moins ferrugineux.
3" Procédé françnii. — Il consiste à fabriquer de toutes pièces le sulfate d'alumine au moyen d'argiles choisies et à convertir ensuite ce sulfate en alun au moyen du brevetage. Cette industrie est due à Curaudau (I) qui l'établit, il y a
(l)Curaudau (François-René), né à Séez en 1765, mort à Paris en 1813, apprit d'abord la pharmacie sous Deyoux et Bouillon Lagrange, puis s'adonna à U chimie industrielle qu'il enrichit de ses vues ingénieuses et de ses découvertes. Il fut professeur de pyrotechnie et l'un des membres les plus actifs et les plus distingués de la Société d'encouragement. On a de lui un Traité sur le blanchissage à la vapeur (I vol. in-8«, Paris, I80(i), et une foule de mémoires qui ont été insérés dans le Journal de physique, les anciennes Annales de chimie.
VARIÉTÉS COMMERCIALES DALUN. 411
environ quatre-vingts ans, à Javelle près Paris, et à Chaptal qui l'introduisit à Montpellier, à peu près à la même époque. Elle porta un coup fatal aux alunières de la Toi fa et de Montioni qui^ jusqu'alors, avaient fourni à la consommation de toute l'Europe.
On donne la préférence aux argiles plastiques qui contiennent le moins d'oxyde de for et de carbonate de chaux^ notamment aux ftao/my de Limoges et du Cornouaillcs. On les soumet à une calcination légère pour les rendre poreuses et faciles à pulvériser^ et aussi pour suroxyder le fer qui devient alors moins attaquable. Sur 100 parties de matière calcinée et pulvérisée, on verse 40 d'acide sulfurique à 52% c'est-à-dire tel qu'il sort des chambres de plomb, et on fait digérer à une température de + ''O*, soit dans des bassins en dalles de grès dur, soit dans des chaudières en tôle plombée. Après plusieurs Jours de contact, la décomposition du silicate d'alumine est à peu près opérée; on l'achève en portant la masse pâteuse dans un four à réverbère où elle est soumise, pendant huit à dix heures, à une température voisine du point d'ébullition do l'acide.
On procède ensuite au lessivage ; les eaux sont concentrées à 25** si l'on veut obtenir de l'alun ammoniacal, ou à 40' si l'on se propose de préparer de l'alun de potasse, et on les mélange ensuite avec des quantités calculées de sulfate d'ammoniaque ou de potasse. L'alun en farine est ensuite converti en alun commercial, comme dans le procédé allemand. Il est vendu sous le nom d'a/un fin de Paris ; c'est le plus pur de tous.
L'alun à base d'ammoniaque est actuellement le plus commun en France, parce qu'on utilise à sa fabrication le sulfate d'ammoniaque provenant des usines à gaz et qui est à très-bas prix.
%'arlétés eommereialei d'alna. — Voici quelles sont les principales espèces commerciales d'alun :
1 . Alun de France ou de fabrique. — Masses grosses, unies, d'un blanc et d'un éclat vitreux, d'une transparence un peu louche, d'une cassure sèche, assez brillante, offrant un aspect humide.
Ces masses sont obtenues en soumettant les cristaux d'alun à la fusion aqueuse, et coulant le liquide dans de grands vases où il se fige. Emballage* — Barriques de bois blanc de 400 à 600 kilogr.
2. Alun fin de Pari*. — Masses irrégulières et morceaux de toutes dimensions. Blanc mat, transparence pure, cassure fraîche et brillante.
Emballage. — Futailles de 500 kilogr.
3. Alun de Liège, — Masses plus ou moins considérables, d'une transparence nébuleuse, d'un blanc moins pur que dans les précédentes, à cassure vitreuse.
Autrefois l'alun de Liège, produit par une trentaine de petites fabriques^ était sale et impur. Les masses avaient un pied considérable, c'est-à-dire que la partie inférieure des blocs était colorée en gris et presque opaque, souillée par un dépôt terreux et ocracé. Aujourd'hui,
le Journal d'économie rurale, les Bulletins de la Société d'encouragement. Ses travaux les plus importants sont ceux sur les appareils de chauffage économique, de distillation^ d'évaporation des liquides, la fabrication du savon, de l'alun, le sucre de betterave, les métaux alcalins, le chlore, l'aride borique, le radical pnissique, la décomposition du sel marin, le tannage des toiles à voile et des filets de pèche, etc.
il est presque aussi beau que les aluns de France ; il est préparé stcc beaucoup plus de soId pur la fabrique de Saint-Mcolas, pr^s Corphalie, entre Uége et Hûy, sur les bords de la Meuse.
Emballaye. — En vragues.
4. Alun de Rome. — Petits morceaux, dont beaucoup ont la fonne cubique ou cubo-octaédiique, recouverts d'une efllorescence (arineuK rosée, et offrant dans leur cassure des couches parfaitement iacol(»«ï et des couches rosées.
Emballage. — En caisses et en barils de tous poids.
3, Alan dti Levant, dit de Smyme. — En morceaux irréguUers, rougedtres.
On le confond avec l'alun de Rome, dont il oITre toute l'apparence.
VaracUrea dliilBciir* de l'alan. — Voyons, avant d'aller plus loin, queb sont les caractères essentiels de l'alun pur. Il cristallise en beaux octaèdres bien réguliers, souvent d'un grand
volume [pg. 581). Ses cristaux sonteffloresccnts et se recouvrent d'une poussière blanche et opaque.
Il a une saveur d'abord douceâtre, mais ensuite forlemenl aslringenle.
Il est beaucoup plus soluble à chaud qu'à froid, puisque^ d'après M. Poggmie, 100 parties d'eau en dissolvent : 9,52 à + 10«. et 357 wrlics 1/2 i lûC». ^
Sa dissolution rougit la teinture de tournesol. Elle est troublée par 1 eau de cliaux, les carbonates alcalins, le bicarbonate dô chaux, mais
CARACTfeBES DISTINCTIFS DE L ALUN.
□on par le suUate de chaux. Conséquemmenl, si les eaux dures décomposent l'aluD, e1te> doivent cette propriété, non au lulfate de chaux, mais au bicarlionate de chaux qui s'y trouve.
Les eaux de potasse et de soude produisent, dans celle même disso lution, des flocons blancs gélatineux d'hydrate d'alumine, mais un excès d'alcaliletredissoul, parce qu'il se Tonne un alumijule de potasse ou de loude solublc.
L'ammoniaque caustique ou carbonalée précipite également l'alumine de l'alun, mais sans la dissoudre ensuite: aussi, quand on veut se procurer Valnmine en geUe, verset on un excès de carbonate d'am-
Fte. tn. '
■Sgouttïiçf ia prti
moniaque dans une solution étendue d'alun ammonlacaL Le dépCt gélatineux est ensuite lavé soigneusement avec de l'eau distillée bouillante et mis b égoutter sur une tuile (^. S82). On le conserve tous (bnoe de pdte humide, ou en bouillie dans l'eau.
L'alun, soumis à l'action de la chaleur, se Tond dans son eau de cris* lallisalioD ïers + 62°. A partir de 100», il perd de plus en plus de son eau, et à 200° il n'en garde plu» qu'un demi-équivalent. Pen- ' "\ i;^.'
dant cette dessiccation, le sel se bourtoulle Ci
considérablenlent et forme une sorle de chara- '- s,
pignon (/tg. 383) qui s'élève progressivement au dehors du creuset ti une asses grande hauteur : c'est alors l'ulun calciné que les médecins emploient, comme caustique, pour ronger les ulcères et les chairs baveuses.
Si l'on pousse la chaleur jusqu'au rouge, le sel se décompose, dégage de l'acide salfu- ^^^ ^^^^ ^^^^^
reux et de l'oxygène avec un peu d'acide sul-
furique anhydre, et laisse pour résidu un mélange d'alumine et de sulfate de potasse, ou simplement de l'alumine, si c'est de l'alun & base d'ammoniaque qu'on calcine.
Pyrophore de Homber^. — Si Ton chauffe fortement Talun desséché avec un tiers de son poids de charbon ou d'une substance vé> gétale quelconque, sucre, miel, farine, on obtient un résidu noirfttrc pulvérulent, qui jouit de la propriété de s'enflammer au contact de l'air humide, et de brûler à la manière de l'amadou. Cela est dû à la grande combustibilité du sulfure de potassium, qui résulte de la décomposition de l'alun par le charbon, et à l'état de porosité du charbon et de l'alumine qui l'accompagnent. Ces corps, condensant brusquement l'air et la vapeur aqueuse, déterminent dans la masse une élévation de température qui provoque l'inflammation du sulfure de potassium, et par suite celle du charbon. Ce mélange pyrophorique est connu sous le nom de pyrophore de Uomberg, parce que c'est ce chimiste qui Ta obtenu, en 1710, en distillant des excréments humains avec de l'alun.
Je vous dirai, en passant, que Gay-Lussac a découvert un pyrophore beaucoup plus combustible que le précédent en calcinant en vase clos 2 parties de sulfate de potasse avec J partie de noir de fumée, c'est-à-dire avec bien plus de charbon qu'il n'en faut pour ramener le sel à l'état de sulfure.
Alan à baie d'ammonlaqae. — L'alun à base d'ammoniaque jouit, à peu d'exceptions près, des mêmes propriétés que l'alun à base de potasse, et il revêt les mêmes formes cristallines; on le distingue :
1° Parce que, trituré avec de la chaux en poudre et un peu d'eau, il exhale une odeur ammoniacale très-prononcée;
2° Parce que, chauffé au rouge, il se décompose entièrement et ne laisse pour résidu que de l'alumine pure;
3 <^ Enfin, parce qu'il ne peut point donner de pyrophore comme le précédent.
Esial et purifleailon des alnn*. — Les aluns sont d'autant plus estimés qu'ils contiennent moins de sulfate de fer, attendu que ce sel leur communique des propriétés nuisibles, notamment celle de brunir les couleurs délicates de la gaude et de la cocheiïille. On reconnaît leur impureté, quand leur dissolution prend une teinte bleue, au bout de peu de temps, par l'addition de quelques gouttes du réactif nommé prussiate de potasse ferrugineux. Les aluns les plus purs sont ceux de Rome et de Paris.
Pour vous montrer. Messieurs, l'influence fâcheuse des aluns ferrugineux dans une foule d'opérations de teinture, je vais teindre en jaune de gaude ces deux écheveaux de soie, dont l'un a été imprégné à l'avance d'une solution d alun pur, et l'autre d'alun impur. Après 10 ou 15 minutes de séjour dans une décoction de gaude, le premier écheveau aura acquis une couleur jaune très-vive et très-franche; l'autre aura une teinte plus ou moins olivâtre.