‹ Leçons de chimie générale élémentaireChapitre 198 sur 267 · I. — AOÉTOMS · texte numérisé non relu

I. — AOÉTOMS

Ce qu'on entend par aldéhyde.-» Relations qui existent entre ces corps et les alcools. — Examen des aldéhydes les plus importantes. — Aldéhyde vinique. — Aldéhyde butyrique. — Aldéhyde valérique. — Aldéhyde œnanthylique. — Aldéhyde rutique. = Aldéhyde beozoique, ou hydrure de bcnzo!1e. — Aldéhyde cuminique, ou hydnirc de comyle. -~ Hydnire de salicyle. — Généralités sur les aldéhydes. = Considérations générales sur les acétones.

ALDÉm'^DES.

§ 1130. Entre les alcools et les acides qui leur correspondent viennent se placer des composés présentant des réactions nettes et curieuses auxquels on a donné le nom générique A' aldéhjrdes, en raison des analogies manifestes qu'ils présentent avec l'aldéhyde vinique, qu'on peut considérer comme en étant le véritable type. Par cette raison , nous allons faire une étude approfondie de cette substance, ainsi que de l'aldéhyde benzoïque, qu'on peut considérer comme le premier terme d'un groupe analogue , bien qu'en différant à certains points de vue. Tout ce que nous dirons de ces deux substances s'appliquera parfaitement aux autres. Cette classification des corps en groupes formés de composés analogues en facilite singulièrement l'étude, en permettant de les considérer sous un point de vue général et philosophique.

ALDÉHYDE VINIQUE.

§ 1i3i. Ce corps, entrevu par Dœbereiner, fut obtenu pour la première fois à l'état de pureté par M. Liebig , à qui l'on en doit une étu e complète. On l'obtient par la déshydrogénation partielle de l'alcool ; c'est de là qu'il tire son nom. Il prend, en effet, naissance toutes les fois qu'on soumet l'alcool à des agents d'oxy-

ALDÉHYDE VINIQUE. 557

dation peu énergiques, tels que Tacide chromique, une dissolution aqueuse de chlore, un mélange d'acide sulfurique et de peroxyde de manganèse.

Les matières animales placées dans les mêmes circonstances produisent également une certaine quantité d'aldéhyde.

Enfin , dans Texpérience de la lampe sans flamme et dans la caléfaction des vapeurs d'alcool et d'éther, il se produit encore de l'aldéhyde. D'après M. Licbig, on obtient ce composé, dans un état de pureté parfaite , en opérant de la manière suivante :

On introduit dans une cornue très-spacieuse un mélange de 6 parties diacide sulfurique, 4 parties d'eau, 4 parties d'alcool à T% et 6 parties de peroxyde de manganèse finement pulvérisé. Ce mélange se boursouflant notablement au début de la réaction doit occuper tout au plus le tiers du volume de la cornue ; le liquide résultant de cette réaction vient se condenser dans un récipient ordinaire qu'on a soin d'entourer de glace. Le produit condensé renferme beaucoup d'impuretés. C'est, en effet, un mélange d'eau , d'aldéhyde, d'alcool, d'éther, d'éthers acétique et formique, d'acétal, etc. Pour en séparer l'aldéhyde, on le soumet à la distillation au bain-marie à une température qui ne doit pas dépasser 5o dogrés. Le nouveau produit recueilli est introduit avec le double de son volume d'éther dans un vase qu'on dispose, au milieu d'un mélange réfrigérant. On y fait arriver du gaz ammoniac sec jusqu'à saturation , et bientôt il se sépare de beaux cristaux incolores qu'on lave avec de l'éther et qu'on dessèche par simple exposition au contact de l'air. Ces cristaux constituent une combinaison d'aldéhyde et d'ammoniaque ; après les avoir dissous dans une petite quantité d'eau, on les distille au bain-marie avec de l'acide sulfurique étendu. Le produit distillé est séché sur du chlorure de calcium' fondu , puis rectifié au bain-marie , en ayant soin que la température de ce dernier ne dépasse pas 3o degrés.

On peut remplacer dans cette préparation le mélange d'acide sulfurique et de peroxyde de manganèse par un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse. Il se forme également une proportion notable d'aldéhyde par la distillation sèche de l'acide lactique et du lactate de cuivre.

§ 1132. Quelle que soit la méthode employée pour sa prépardtion, l'aldéhyde est un liquide incolore, très-mobile, d'une odeur

558 ALDÉHYDE VINIQUE.

suffocante qui provoque des crampes de poitrine. Il est complètement neutre. Sa densité est de 0,790 à 18 degrés; la densité de sa vapeur est de i,53a; il bout entre 21 et 22 degrés. L'eau, Falcool et réther le dissolvent en toutes proportions.

Exposée à l'air, surtout en présence de l'ammoniaque, Tald^yde s'altère rapidement en répandant une odeur qui rappelle celle des punaises. Elle parait se convertir dans cette circonstance en acide acétique. La présence du noir de platine accélère singulièrement cette transformation.

L'eau de chlore et l'acide azotique opèrent promptement la conversion de l'aldéhyde en acide acétique. Secs, le chlore et le brome l'attaquent vivement en produisant du chloral et du bromai, qui en dérivent par un simple phénomène de substitution.

Une dissolution d'aldéhyde s'altère rapidement lorsqu'on la Tait bouillir avec une dissolution de potasse caustique ; elle brunit fortement, et bientôt il se sépare une matière d'apparence résineuse, de couleur brune, à laquelle on donne le nom de résine tfaldéhjrde. Cette même résine parait se produire lorsqu'on expose à l'air une dissolution alcoolique de potasse.

Lorsqu'on fait passer des vapeurs d'aldéhyde sur de la chaux potassée dans un tube chauffé , le mélange brunit , puis se décolore en produisant un abondant dégagement d'hydrogène ; l'aldéhyde se convertit complètement dans cette circonstance en acétate, ainsi que l'explique l'équation suivante :

C*H*0' + KO, HO = C*H='(y, KO + 2H.

L'ammoniaque s'unit directement à l'aldéhyde en produisant une combinaison cristallisée; ce composé se présente sous la forme de rhomboèdres aigus : les cristaux sont assez volumineux , inco^ lores, brillants, transparents et très-réfringents. Ils fondent entre 70 et 80 degrés, et distillent sans altération; leur vapeur est inflaro> mable. Très-soluble dans l'eau , ce composé l'est beaucoup moins dans l'alcool ; il est presque insoluble dans l'éther.

Il s'altère graduellement à l'air en brunissant; distillé avec de la baryte ou de la chaux caustique, il s'altère, laisse dégager de Tammoniaque ainsi qu'une matière entièrement différente de l'aU déhyde.

Si l'on introduit dans un ballon de verre une dissolution d'aidé.

ALDEHYDE VINIQUB. 559

hydate d'ammoniaque et qu'on y ajoute une dissolution d'azotate d'argent, le mélange se décompose à la température de rébullition, et le ballon se recouvre d'une couche miroitante d'argent métallique.

L'acide sulfhydrique convertit l'aldéhyde en hydrure de suifacétyle. La réaction s'explique au moyen de l'équation suivante :

C*H*0'4-aSH = C*H*S«4-2H0.

Ce composé se prépare en faisant passer un courant d'acide sulfhydrique à travers une dissolution aqueuse d'aldéhyde; le liquide se trouble et bientôt laisse déposer une huile/ limpide qui est une combinaison définie d'hydrure de sulfacéthyle et d'acide sulfhydrique. Ajoute-t-on à cette huile quelques gouttes d'acide sulfurique, ou bien y fait- on arriver quelques bulles de gaz chlorhydrique , elle se prend en une masse cristalline en laissant dégager de l'acide sulfhydrique. Ces cristaux sont l'hydrure de sulfacétyle. On les purifie en les redissolvant dans l'alcool et les faisant cristalliser de nouveau.

L'hydrure de sulfacétyle cristallise en aiguilles brillantes entièrement blanches, d'une odeur alliacée désagréable; il commence déjà à se sublimer à 45 degrés sous forme de flocons légers. Les cristaux se dissolvent dans l'alcool et l'éther et un peu dans l'eau ; ils surnagent au-dessus de cette dernière et distillent avec elle. La solution alcoolique dépose ce corps sur les parois des vases sous forme de dendrites.

Sous l'influence simultanée de l'ammoniaque et de l'acide sulfhydrique, l'aldéhyde se tranforme en une base sulfurée à laquelle pn donne le nom de thiaidine. Ce produit se forme également quand on dirige un courant de gaz ammoniac à travers une dissolution de sulfhydrale d'hydrure de sulfacétyle; sa formation s'explique au moyen de l'équation suivante :

3(C*H*0^AzH')-h6SH = C•'IPAzS*-|-2(SH,AzH»)4-6H0.

La thiaidine se sépare de ses dissolutions en cristaux volumineux qui présentent la forme du sulfate de chaux. Ces cristaux sont trèsréfringents, possèdent une saveur aromatique, fondent à 45 degrés, et se volatilisent sans résidu à la température ordinaire. Distillés avec de l'eau, ces cristaux passent sans altération. Distillés seuls,

56o ALDÉHYDE VINIQUE.

ils éprouvent, au contraire, une décomposition complète. La thialdine forme avec les acides des sels définis et nettement cristallisés.

Sous rinfluence de Fammoniaque et du sulfure de carbone , l'aldéhyde donne un produit cristallisé , doué de propriétés faiblement alcalines, qu'on désigne sous le nom de carbothialdine. Ce composé s'obtient facilement en ajoutant du sulfure de carbone à une dissolution alcoolique d'aldéhydale d'ammoniaque. Sa formation peut s'exprimer au moyen de l'équation suivante :

2 C* H* Q\ Az H' -+- 2 es* = C» H'» Az» S* 4- 4 HO.

L*acide cyanhydrique et l'aldéhyde donnent, par leur réaction mutuelle, un produit cristallisé , qui jouit de propriétés alcalines très-faibles. Celui-ci possède une composition analogue à celle de thialdine, et se produit dans des circonstances exactement semblables; pour cette raison on lui donne le nom ^hydrocyanaldînc, La formation de coproduit peut s'expliquer au moyen de l'équation

3(C*H*0', AzH^)-h3CyH4-2ClH = 6H0 + 2(CIH, AzH=»)-+-C'«H'»Az*.

Hydrocyanaldine.

Lorsque , au lieu d'opérer de la sorte , on mélange avec de Tacide cyanhydrique une dissolution aqueuse d'aldéhydate d'ammoniaque, en employant i partie du premier pour a du second, et qu'on ajoute au mélange un excès d'acide chlorhydrique , on obtient le chlorhydrate d'une base particulière , à laquelle on donne le nom ^alanine,

La formation de cette substance s'explique au moyen de l'équation suivante :

C*H*0'4- C'AzH 4- aHO = C«H' AzO*.

L'alanine cristallise sous la forme de primes obliques à base rhombe. Les cristaux présentent un éclat nacré , sont durs et croquent sous la dent. Cette matière se combine facilement aux acides et forme des sels qui cristallisent avec facilité; elle s*unit pareillement avec plusieurs sels métalliques. La réaction la plus curieuse que présente cette substance , qui est isomère de l'éther carbamique, de la lactamide, ou amide lactique, et de la sarcosine.

HYDRURE DE BUTYRYLE, 56i

c'est de se transformer entièrement en acide lactique sous l'influence de Vacide nltreux. La réaction s'explique facilement au moyen de l'équation

Cni'NO*-!- AzO'= C«H«0«-i- 2 Az -h HO.

Cette combinaison curieuse est l'homologue du glycocoUe et de la leucine avec lesquels elle présente les plus frappantes analogies.

Lorsqu'on dirige des vapeurs d'acide cyanique à travers l'aldéhyde anhydre , en ayant soin de refroidir le mélange avec de la glace, du gaz carbonique se dégage en abondance, et Ton obtient bientôt une substance épaisse qui présente l'aspect du borax calciné. Il se forme dans cette réaction diverses substances, au nombre desquelles figure un acide particulier, qu'on désigne sous le nom 6! acide trigénique, La formation de ce produit s'explique au moyen de l'équation

C» H* 0' -h 3 C^ Az HO' = 2 CO* 4- C» H' Az* 0*.

L'aldéhyde s'unit aux bisulfites alcalins, avec lesquels elle forme des composés cristallisables.

La composition de l'aldéhyde est exprimée par la formule

C*H«0'=--4voLvap.

§ 4133. A chaque alcool, il correspond une substance analogue à celle dont nous venons de tracer l'histoire , et qui sert d'intermédiaire entre cet alcool et l'acide correspondant; nous ne ferons qu'indiquer sommairement les homologues de l'aldéhyde vinique , les traits que nous venons d'esquisser à l'égard de ce produit nous permettant d'en déduire les propriétés les plus saillantes de ces différents homologues.

HYDRURE DE BUTYRYLE, OU ALDÉHYDE BUTYRIQUE.

§ ii34. Ce composé se forme en petite quantité dans la distillation du butyrate de chaux ; on obtient une substance analogue on distillant des matières animales , caséine , albumine ou gélatine, avec un mélange d'acide sulfuriquo et de peroxyde de manganèse. Ces deux produits, quoique présentant sensiblement les mêmes caractères, diffèrent cependant l'un de l'autre par quelques

56a HYDRURE DK VALÉRYLE.

propriétés , ainsi , tandis que le produit obtenu par la distillation du butyrate de chaux bout à gS degrés, le second bout entre 70 et 75 degrés, et, de plus, la densité du premier est un peu plus forte que celle du second.

Peu solubles dans Teau , tous deux se dissolvent en toute proportion dans Talcool; tous deux s'acidifient promptement en se transformant en acide butyrique.

Tandis que le premier ne paraît former aucune combinaison avec l'ammoniaque gazeuse , le second s'y unit avec la plus grande facilité, en donnant de fort beaux cristaux, qui se présentent sous la forme d'octaèdres aigus à base rhombe.

Sous l'influence simultanée de l'ammoniaque et de l'acide sulfhydrique , il se forme un produit sulfuré ressemblant à la thialdine et doué comme cette substance de propriétés basiques. L'hydnire de butyryle forme , avec les bisulfites alcalins, des combinaisons cristallisées analogues à celles que produit l'aldéhyde vinique.

La composition de l'hydrure de butyryle est représentée par la formule

C'H«0»=4vol.vap.

HYDRURE DE VALÉRYLE, OU ALDÉHYDE VALÉRIQUE.

§ 1135. Ce composé s'obtient à l'état de mélange avec la valérone dans la distillation sèche du valérate de baryte ; on l'obtient également en petite quantité par l'action d'un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse sur l'huile de ricin ; mais la meilleure méthode à suivre pour la préparation de ce produit consiste à faire réagir un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse sur l'alcool amylique. Les proportions à employer pour obtenir le meilleur résultat sont les suivantes :

Alcool amylique 11 parties.

Bichromate de potasse la | d

Acide sulfurique au maximum de concentration. 16 j »

On étend l'acide de son volume d'eau , puis on le mélange graduellement avec l'huile, en ayant soin de refroidir; on introduit ensuite la solution chaude de bichromate de potasse dans une cornue spacieuse, et l'on y fait arriver par petites portions le mélange précédent. La chaleur dégagée est assez considérable pour distiller

HYDRURE D'ŒNANTHYLE. 563

la majeure partie de Thydrure de valéryle ; on achève la distillation au moyen de la chaleur.

Le liquide condensé dans le récipient est lavé avec une dissolution étendue de potasse, puis agité avec une dissolution concentrée de bisulfite de soude ; on obtient des cristaux qu'on purifie en les faisant dissoudre de nouveau dans l'alcool et évaporant la dissolution ; on distille enfin ces cristaux avec du carbonate de soude, on recueille alors une huile qu'on dessèche sur du chlorure de calcium et qu'on soumet ensuite à la distillation.

§ 1136. L'hydrurede valéryle est un liquide limpide, incolore, bouillant à iio degrés. Sa densité est de o,8ao; la densité de sa vapeur est égale à 2,96. Sa saveur est brûlante, son odeur vive et pénétrante; il est inflammable et brûle avec une flamme éclairante. Sous l'influence de l'oxygène et du noir de platine, l'hydrure de valéryle se transforme rapidement en acide valérique ; tous les corps oxydants lui font subir la même transformation.

En présence de l'acide sullhydrique et de l'ammoniaque , l'hydrure de valéryle donne un produit solide cristallisable , qui probablement est l'homologue de la thialdine. L hydnire de valéryle se combine immédiatement avec les bisulfites alcalins, à la manière de l'aldéhyde ordinaire.

La composition de l'hydrure de valéryle est exprimée par la

formule

C'»H'»0' = 4vol.vap.

HYDRURE D'ŒNANTHYLE, OU ALDÉHYDE OENANTHYLIQUE.

§ 1137. Ce produit s'obtient par la distillation sèche de l'huile de ricin. Le liquide condensé dans le récipient est très-complexe , il se compose (l'hydrure d'œnanthyle , d'acide œnanthylique, d'un peu d'acroléine, ainsi que des acides gras solides qui ont pu se trouver entraînés. Pour retirer de ce mélange l'aldéhyde œnanthylique , on l'agite avec une dissolution alcaline qui ne dissout que les acides , on purifie l'huile insoluble par une digestion sur du chlorure de calcium et par la rectification.

Il est préférable , après avoir traité le produit brut de la distillation par du carbonate de soude, d'agiter l'huile surnageante avec une dissolution concentrée de bisulfite de soude; on obtient de cette façon une belle combinaison cristallisée qu'on purifie par de nou-

564 HYDRURE D OENANTHYLE.

velles cristallisations et dont on isole l'hydrure d'œnanthyle en la décomposant à chaud par de leau aiguisée d*acide sulfurique ou d'acide chlorhydrique.

§ 4138. L'hydrure d'œnanthyle est un liquide incolore, treslimpide, d'une odeur pénétrante et arontatique; sa saveur, d'aboni sucrée, présente un arrière-goût fort acre. Insoluble dans Teau. l'alcool et l'éther le dissolvent en toute proportion. Sa densité est de o.S'iy à 17 degrés. La densité de sa vapeur est de 4,170: il bout vers 1 56 degrés.

L'hydrure d'œnanthyle se combine à l'eau lorsqu'on Tes pose humide à l'action d'un froid prolongé; on obtient ainsi des cristaux parfaitement définis qui renferment 1 équivalent d'eau pour i équivalent d'hydrure d'œnanthyle.

L'hydrure d'œnanthyle absorbe rapidement l'oxygène sous l'influence du noir de platine et se convertit en acide œnanthyliquc ; la même transformation se produit sous l'influence des corps oxydants, tels que l'acide azotique, l'acide' chromique, ou, ce qui revient au même , sous l'influence d'un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse. Lorsqu'on ajoute de l'ammoniaque à l'hydrure d'œnanthyle et qu'on verse dans la liqueur une dissolution d'azotate d'argent , il se produit une masse blanche qui se décompose, à l'aide de la chaleur, en produisant un miroir métallique analogue à celui que fournit l'aldéhyde dans les mêmes circonstances.

Le gaz ammoniac sec est vivement absorbé par l'hydrure d'œnanthyle; la matière s'échaufl'o notablement, ce qui semble bien indiquer qu'il s'est produit une combinaison, mais celle-ci ne paraît pas présenter une grande stabilité.

Sous l'influence simultanée de l'acide sulfhydrique et de l'ammoniaque, l'hydrure d'œnanthyle donne un produit huileux, pesant, doué d'une odeur sulfurée désagréable, mais qui ne présente aucun caractère défini.

L'hydrure d'œnanthyle s'unit aux bisulfites alcalins avec dégagement de chaleur, et forme des combinaisons nettement cristallisées.

Une dissolution très-concentrée de potasse caustique dédouble l'hydrure d'œnanthyle en acide œnanthylique, qui s'unit à> la matière alcaline, et en une huile plus riche en carbone, dont la composition n'est pas bien connue.

. HYDRURE DE RUTYLE. 565

La composition de Thydrure d'œnanlhyle est représentée par la foimule

C'*H»(y=4vol.vap.

HYDRURE DE RUTYLE, OU ALDÉHYDE RUTIQUE.

§ 1139. Ce composé forme la presque totalité de l'essence de me du commerce. Cette dernière, purifiée par quelques rectifications , possède un point d'ébullition fixe , qui est de 228 degrés ; elle se solidifie vers 2 degrés au-dessous de zéro, affectant la forme de lamelles brillantes entièrement analogues à l'essence d'anis concrète. Son odeur est désagréable ; sa saveur, acre et aromatique , présente un arrière-goût d'amertume. La densité de Thydrure de rutyle est de 0,887 ^ i^ degrés. La densité de sa vapeur est égale à 5,83.

Lorsqu'on fait passer du gaz ammoniac sec à travers une disso< lution alcoolique d'hydrure de rutyle placée dans un mélange réfrigérant, il se sépare une matière cristalline qui se liquéfie à o degré en régénérant l'ammoniaque et l'hydrure de rutyle. Chauffé avec du chlorure de zinc fondu , ce produit se décompose en donnant un hydrogène carboné. L'hydrure de rutyle s'unit aux bisulfites alcalins, avec lesquels il forme des combinaisons cristallisées.

L'acide sulfurique concentré dissout l'hydrure de rutyle en prenant une couleur d'un rouge brun ; de l'eau ajoutée à la liqueur acide en sépare l'hydrure de rutyle inaltérée. L'acide azotique du commerce oxyde promptement l'hydrure de rutyle à l'aide d'une faible élévation de température; le principal produit de cette réaction est de l'acide pélargonique. Si l'on modère la réaction, on obtient une quantité notable d'acide nitique; si l'on prolonge au contraire l'action de l'acide azotique , on obtient une série d'acides homologues, inférieurs à Tacide pélargonique.

Une dissolution aqueuse d'azotate d'argent n'est pas sensiblement attaquée par l'hydrure de rutyle. Une dissolution d'azotate d'argent ammoniacale est promptement réduite , de l'argent métallique se dépose et recouvre la surface du liquide, ainsi que les parois du vase , d'une pellicule miroitante.

Lorsqu'on fait passer un excès d© gaz chlorhydrique à travers une dissolution alcoolique d'hydrure de rutyle, ce produit se trouve modifié moléculai rement. Si Ton traite par l'eau la liqueur II. 48

566 HYDRURE DE BENZOJLE.

acide, il se sépare une huile qui, lavée avec de Teau alcaliaée, puis rectifiée , possède une odeur de fruits très-suave , bien différente de l'odeur désagréable de Thydrure de rutyle. Cette huile étant refroidie cristallise, et les cristaux ne fondent qu'à + i3 degrés. Ce produit , qui présente exactement le même point d'ébuUitîon et la même composition que Thydnire de rutyle, n'en diffère qu*eD ce qu'il se dissout à froid très-aisément dans l'acide sulfurique concentré sans se colorer, en donnant un acide copule. L'hydrure de rutyle ne produit rien de semblable.

La composition de l'hydrure de rutyle est exprimée par la for-

C»*H"0»=4vol.vap.

HYDRURE DE BENZOÏLE, OU ALDÉHYDE BENZOIQDK.

§ iiiO. Ce composé se produit dans un grand nombre de circonstances; on l'obtient de la façon la plus commode et le plus abondamment possible en soumettant les amandes amères à la distillation avec de l'eau. Ce produit ne préexiste pas dans ces semences , il résulte de l'action d'un ferment particulier auquel on donne le nom de synaptase^ sur un principe cristallisable contenu dans les amandes, Vamygdidine, qu'on peut facilement en extraire en les traitant par l'alcool. Ce même ferment existe dans les amandes douces, qui ne diffèrent des précédentes que par l'absence de l'amygdaline.

La formation de l'hydrure de benzoïle par la fermentation de l'amygdaline peut facilement s'expliquer au moyen de l'éqXiation suivante :

^•H"AzO"-h4HO = C'*H-0> + C'AzH-f-a(C''H>»0").

Amjirdaltne. Hjdrare Aolde Glaooce.

d« baniof le . cytnhydrlq .

Pour obtenir l'essence d'amandes amères , on forme une bouillie claire avec du tourteau d'amandes amères et de l'eau ; on introduit le mélange dans un alambic et on l'abandonne à la macération pendant vingt-quatre heures, après quoi l'on procède à la distillation. Afin que la matière ne s'attache pas aux parois et ne pro-

HYDRURË DE BENZOÏLE. 667

duise pas d'huile empyreumatique qui viendrait altérer la substance qu'on se propose de recueillir, il est avantageux d'effectuer la distillation au moyen de la vapeur d'eau qu'on oblige à traverser la bouillie précédente. On recueille alors un mélange d'essence et d'eau renfermant une proportion très -appréciable d'acide cyanhydrique. On sépare l'essence de l'eau par décantation. L'eau qui surnage est saturée d'essence ; on peut en recueillir une nouvelle portion en soumettant ce liquide à l'action d'une distillation ménagée.

L'essence qu'on jecueille ainsi n'est pas pure , elle retient tout à la fois de l'acide cyanhydrique et de l'acide benzoïque. Pour la purifier, il faut la soumettre à une distillation fractionnée en rejetant les produits recueillis au commencement et à la fin de l'opération.

On peut également la débarrasser des acides cyanhydrique et benzoïque, en l'agitant vivement avec un lait de chaux, puis avec une dissolution de protochlorure de fer. On sépare ensuite l'essence des parties aqueuses , puis on la rectifie sur de la chaux vive. Les feuilles, l'écorce, les noyaux et les amandes de l'abricotier, du prunier, du pécher, du merisier, etc., fournissent également de l'hydrure de benzoïle lorsqu'on les distille avec de l'eau.

§ Ii4i. Purifié, l'hydrure de benzoïle est un liquide huileux, incolore, réfractant fortement la lumière; sa saveur est acre et aromatique i son odeur diffère peu de celle de l'essence brute d'amandes amères. Sa densité est de i ,043. La densité de sa vapeur est de 3, 731. Il bout à ido degrés. Il prend feu par l'approche d'un corps en combustion et brûle avec une flamme fuligineuse. Peu solubledans l'eau, il se dissout en toute proportion dans l'alcool et dans Télher.

Lorsqu'on fait passer ses vapeurs à travers un tube rempli de pierre ponce et chauffé au rouge, ce composé se dédouble en oxyde de carbone et benzine , ainsi que l'exprime l'équation suivante :

C"H*0^=aCO-f-C"H«.

Abandonné au contact de l'air, surtout lorsqu'il est humide, l'hydrure de benzoïle en absorbe l'oxygène et se transforme totalement en une matière blanche, cristallisée en aiguilles satinées qui présentent tous les caractères de l'acide benzoïque.

568 HYDRURË D£ BENZOÏLE.

ChaufSô avec de Tiiydrate de potasse solide , il dégage de Thydrogène et se convertit en benzoate alcalin, ainsi que Texprime l'équation suivante :

C'*H«0»+ (KO, HO) = C'*H*0»,K0 4- aH.

Il se dissout dans une dissolution alcoolique de potasse; si Ton évite l'accès de l'air, il se précipite du benzoate sous la forme de paillettes cristallines; de l'eau ajoutée à la liqueur alcaline sépare une matière huileuse, qui par sa composition et ses caractères représente l'alcool benzoïque. La formation de ce produit peut s'expliquer au moyen de l'équation suivante :

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