CM1«0", 2HO
§ 1179. L'acide citrique, découvert par Scheele, en 1784, dans le jus de citron , se rencontre à l'état libre dans les groseilles , les framboises, les cerises, les oranges, et dans les baies de beaucoup d'autres végétaux; c'est ordinairement du jus de citron qu'on l'extrait. A cet effet, on exprime le suc de ces fruits > et on Tabandonne à lui-même jusqu'à ce qu'il éprouve un commencement de fermentation ; on le débarrasse ainsi de la niatière mucilagineuse qu'il tient en suspension , et l'on obtient finalement un liquide clair. On sature ce dernier par de la craie, et l'on achève la saturation par de la chaux vive : on obtient de la sorte un sel calcaire insoluble , qu'on purifie par des lavages à l'eau ; on le décompose ensuite par une quantité convenable d'acide sulfurique qu'on a soin d'employer en léger excès ; on sépare enfin au moyen du filtre une dissolution d'acide citrique que l'on concentre par i'évaporation pour obtenir des cristaux.
On peut également retirer une grande quantité d'acide citrique des groseilles à maquereau ; il est avantageux pour cela de les cueillir avant leur maturité. On en exprime le suc que l'on fait fermenter comme précédemment et qu'on traite successivement par la chaux , puis par l'acide sulfurique.
Cent parties de groseilles fournissent ainsi 10 parties d'alcool d'une densité de 0,918 et i partie d'acide citrique cristallisé.
§ 1180. L'acide citrique cristallise en prismes rhomboïdaux; sa saveur fortement acide est plus agréable que celle de l'acide tartrique : on le distingue facilement de ce dernier en ce qu'il ne précipite pas la potasse et qu'il ne forme de précipité dans l'eau de chaux que lorsqu'on fait bouillir la liqueur.
n est très-soluble dans l'eau. Suivant qu'on le fait cristalliser à froid et par évaporation spontanée , ou par ébullition et refroidissement, il affecte des formes diflérentes. L'alcool le dissout en forte proportion , surtout à chaud. L'éther ne le dissout pas sensiblement.
Une dissolution d'acide citrique abandonnée pendant longtemps à l'air se couvre de moisissures. La dissolution d'acide tartrique présente les mêmes altérations lorsqu'on le place dans des conditions identiques.
6o8 ACIDE CITRIQUE.
Lorsqu'on chauffe Tacide citrique cristallisé dans une cornue , ce corps commence par éprouver la fusion aqueuse , il entre ensuite en ébuUition et abandonne de Teau sensiblement pure. Bientôt après il se manifeste des nuages blancs, ainsi qu'une odeur vive et spiritueuse ^ due à la présence de Tacétone ; il se dégage en même temps une grande quantité d'oxyde de carbone. Si Ton arrête la décomposition à cette époque , on trouve dans la cornue un produit qui présente l'identité la plus parfaite avec un acide extrait de VJcomtum napeUus^ auquel on a pour cette raison donné le nom diacide aconitique. Si Ton élève davantage encore la température, on voit apparaître des vapeurs épaisses qui se condensent en stries huileuses sur les parois du récipient et se concrètent bientôt en une matière cristalline; dans cette seconde phase il se dégage de Tacide carbonique. Il se forme dans cetto circonstance un nouvel acide auquel on donne le nom d*acide itaconique. Ce dernier étant redistillé à plusieurs reprises laisse dégager de Teau ainsi qu'un liquide huileux , qui constitue l'acide citraconique anhydre.
L'acétone et l'oxyde de carbone , dont nous avons signalé la formation , ne se produisent qu'en quantité très-faible.
La formation de ces différents produits peut s'expliquer au moyen des équations suivantes :
C" H» 0'* = aHO + C" H" 0'%
Ao. citrique Ac. •oooiUqve.
dMBAché.
Ao. aeonlUqne. Ac. luooniqae
crltUllM.
C''H«0* = aH0H-C'»H*O',
Ae . iUooolq . Ac ■ eUracoftlque
anhydre.
L'hydrate de potasse transforme l'acide citrique en un mélange d'oxalate et d'acétate de potasse sous l'influence d'une température de aoo degrés. Cette réaction s'explique au moyen de l'équation
C"H«0'* 4- aHO = C*H*0' -h aC*H*0*.
Lorsqu'on cliauffe légèrement un mélange d'acide sulfurique au
maximum de concentration et d'acide citrique desséché, de l'oxyde de carbone pur se dégage. Si l'on chauffe plus fortement, il se dégage de Tacide carbonique , en même temps qu'on perçoit une odeur spiritueuse. Étend-on d'eau la liqueur acide, puis la saturet-on par un carbonate alcalin , il se sépare une matière brune d'apparence résineuse, tandis que l'eau retient en dissolution un acide particulier. Lorsqu'on chauffe l'acide citrique avec de l'acide sulfurique et du peroxyde de manganèse ou du bichromate de potasse, on obtient de l'acide formique , ainsi qu'un abondant dégagement de gaz carbonique.
L'acide azotique étendu n'attaque pas à froid l'acide citrique; à la température de l'ébullition, il le transforme en acide oxalique ,' il se produit en même temps de l'acide acétique et de l'acide carbonique. Le chlore gazeux n'est absorbé que fort lentement par une dissolution concentrée d'acide citrique. Si l'on opère à la radiation solaire , l'absorption est beaucoup plus rapide. Dans cette circonstance, il ne se dégage pas d'acide carbonique, et Ton obtient une huile pesante douée d'une saveur douceâtre et brûlante et d'une odeur fort irritante, qui est complètement dépourvue de couleur après la rectification. Agitée avec de l'eau et refroidie , cette huile se prend en une masse de cristaux.
L'action du chlore sur le citrate de soude fournit des résultats différents; on obtient une huile complexe qui renferme une grande quantité de chloroforme. Le brome donne naissance à des résultats analogues.
L'acide citrique est employé comme rongeur dans les fabriques de toiles peintes. On s'en sert pour précipiter la carthamine, belle matière colorante rose contenue dans les fleurs du carthame. Les pharmaciens l'emploient pour la préparation dos sirops et des limonades. Enfin , mélangé en petite proportion avec du sucre et des matières aromatiques, il sert à faire des limonades sèches.
La composition de l'acide citrique anhydre est représentée par la formule
celle de l'acide desséché , par
6io ACIDE ACONITIQUE.
Enfin , la formule de l'acide cristallisé est
C'"H'«0'* = C'»H»0", BHO-hîiHO.
Chauffé à une température inférieure à loo degrés, l'acide citrique perd 2 équivalents d'eau, on ne saurait lui faire perdre les autres sans en opérer la destruction.
L'acide citrique est un acide tri basique , susceptible de former trois séries de sels, dont la composition peut être représentée d'une manière générale par les formules suivantes :
C'^H^O", (MO-haHO), .
C'»H*0", (aMO-+-HO), C'H^O", 3M0.
Les citra^ alcalins sont très-solubles dans l'eau ; il en est do même de ceux de magnésie , de zinc , de fer, de cobalt , de nickel, etc. Les citrates neutres de baryte , de strontiane et de chaux y sont au contraire très-peu solubles.
ACroE ACONITIQUE.
g 118i. Cet acide, trouvé dans plusieurs aconits à l'état de sel de chaux, se rencontre également dans certaines espèces de prèles, ce qui lui fît donner le nom d'acide équisétique. Ces deux acides, identiques entre eux , le sont également avec l'acide qui se produit dans la décomposition de l'acide citrique par la chaleur. Comme ce mode de préparation est plus facile et qu'il fournit une plus grande quantité de produits, c'est toujours à lui qu'on a recours toutes les fois qu'on veut le préparer en quantités un peu considérables.
L'acide aconitique se présente sous la forme de croûtes mamelonnées , dont il est impossible de déterminer la forme. L'eau, l'alcool et l'éther le dissolvent en forte proportion.
Lorsqu'on le chauffe, il prend une couleur ambrée, fond et bout vers i6o degrés. Il se décompose alors en acide carbonique et en acide itaconique qui distille, et qu'on peut facilement condenser dans un récipient refroidi. Ces caractères distinguent nettement l'acide aconitique des acides fumariquc et maléique, qui présentent • la même composition.
L'aconitato de chaux mis en suspension dans l'eau avec du fro-
ACIDE ITACONIQUE. 6ii
mage pourri se transforme, surtout aux températures de Tété, en acide succinique.
La composition de Vacide aconitique est exprimée par la formule
C"H«0'* = C"H'(y, 3 HO.
Cest un acide tribasique, comme l'acide citrique, et susceptible de former comme lui trois séries de sels , dont la composition générale est exprimée par les formules
C"H»0*, (MO + aHO), ■ C'H'O», (2MO-+-HO), C'»H»0», 3 MO.
ACIDE ITACONÏQUE.
§ 4182. Ce composé se prépare, ainsi que nous l'avons vu précédemment, en soumettant à la distillation Tacide aconitique. Le produit distillé se solidifie par le refroidissement; on exprime les cristaux entre des doubles de papier buvard , on les redissout dans la plus petite quantité d'eau possible, et on abandonne la liqueur à révaporation.
Ainsi purifié; Tacide i laconique se présente sous la forme d'octaèdres rhomboïdaux. Sa forme primitive est le prisme droit rhomboïdal. Il est inodore et possède une saveur fortement acide.
Il exige 17 parties d'eau pour se dissoudre à 10 degrés , 12 seulement à 20 degrés , et une quantité beaucoup moindre à la température de TébuUition. Il est très-soluble dans l'alcool ; l'éther le dissout assez bien.
Soumis à la distillation , il se décompose en eau et en acide citraconique anhydre.
La composition de l'acide itaconique est représentée par la formule
• C'est un acide bibasique, capable de former deux séries de sels représentées par les formules