NICOTINE
§ 1207. Nous n'en examinerons qu'un seul, mais avec quelques détails , en raison de son importance , c'est la nicotine. Nous ne reviendrons pas sur son mode de préparation , que nous avons décrit plus haut d'une manière suffisamment étendue, §1201, nous indiquerons seulement ici , sous forme de tableau , d'après le travail important de M. SchlcBsing, les proportions de nicotine contenues dans les différents tabacs de France et d'Amérique.
Nicotine poar JOO parties Noms des tabacs. de tabac sec.
Lot 7,96
Lot-et-Garonne 7, 34
Nord 6,58
Ille-et-Vilaine 6 , 29
Pas-de-Calais 4,94
Alsace 3, 21
Virginie 6,87
NicoUae pour 100 partie* Nonu des lAliacf. de Ubac sec.
Kentucky 6,09
^aryland a^^ig
Havane moins de 2,0.
Il résulte de Tinspection des nombres contenus dans ce tableau que les tabacs corsés employés à la fabrication de la poudre, tels que le Lot, le Lot-et-Garonne et le Virginie , sont ceux qui renferment le plus de nicotine , tandis que les tabacs légers, tels que le Maryland, qui sont employés comme tabacs à fumer, contiennent comparativement une proportion beaucoup moindre de cette substance. C'est à la présence de la nicotine que le tabac à priser doit sa force et son montant aux sels ammoniacaux.
§ iâ08. A l'état de pureté et au moment où elle vient d'être préparée, la nicotine est un liquide incolore et qui demeure tel , tant qu'on le conserve dans des tubes bouchés ; mais au contact de Tair elle prend bientôt une teinte ambrée qui fmit par devenir d'un brun foncé. Son odeur est acre et sa saveur brûlante ; ses vapeurs sont tellement irritantes , qu'on a peine à respirer dans une pièce où Ton en a vaporisé quelques gouttes. Sa densité est de i ,oîi4 ; la densité de sa vapeur est de 5,607. C'est une substance excessivement vénéneuse et qu'on ne peut guère comparer, sous ce rapport, qu'à l'acide cyanhydrique.
Elle est très-soluble dans l'eau froide; la solution se trouble quand on la porte à l'ébullition. Elle se dissout très-bien dans l'alcool , l'éther et les huiles grasses. Elle est fort hygrométrique ; elle bout à i5o degrés, en s'altérant légèrement. Sa vapeur brûle avec une flamme blanche, fuligineuse, à la manière des huiles essentielles.
La nicotine dissout à chaud le soufre et ne dissout pas le phosphore.
La solution aqueuse de nicotine est fortement alcaline; elle précipite en blanc le sublimé corrosif, l'acétate de plomb , le protochlorure et le bichlorure d'étain , les sels de zinc.
Avec le sulfate de manganèse elle donne également un précipité blanc qui ne tarde pas à brunir au contact de l'air ; elle précipite en jaune-serin le bichlorure de mercure et en bleu l'acétate de cuivre. Ce dernier précipité se dissout dans un excès do
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nicotine en formant une liqueur bleue analogue à celle que produit Fammoniaque.
La nicotine détennine dans la solution du chlorure d'or un précipité jaune-rougeâtre très-soluble dans un excès de réactif.
Une infusion de tannin précipite abondamment cette base en blanc.
Les acides se combinent directement avec la nicotine , avec dégagement de chaleur. Ces sels sont généralement déliquescents et, par suite, cristallisent avec difficulté. Le chlore, le brome et Tiode l'attaquent énergiquement en donnant naissance à des produits cristallisables dont la composition n'est pas connue.
La composition de la nicotine est représentée par la formule
C"H'*Az'=4 voL vap.
ALCALIS DES OMBELLIFERES.
CONINE.
§ 4209. Nous n'examinerons également qu'un seul de ces alcalis, c'est celui qu'on trouve dans la ciguë [Conium maculatum). On le rencontre dans toutes les parties du végétal, mais plus particulièrement dans les fruits avant leur entière maturité.
La conine s'obtient en distillant avec une solution de potasse les fruits de la ciguë préalablement écrasés, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeurs alcalines. Le produit de la distillation renferme, outre la conine, une huile neutre et de l'ammoniaque. On sature le produit de la condensation par l'acide sulfurique dilué « on enlève Thuile neutre , on évapore à sec à l'aide d'une douce chaleur, et l'on reprend le résidu par l'alcool froid qui ne dissout que le sulfate de conine ; on décompose enfin ce sel par la potasse qui met la conine en liberté. On purifie cette dernière soit par la distillation, soit en la traitant par l'éther; cette matière s'altère rapidement et ne peut être conservée que dans des tubes ou des flacons parfaitement bouchés.
La conine est un liquide incolore, dapparence oléagineuse, plus léger que l'eau; sa densité est de 0,89. àon odeur pénétrante est fort désagréable; elle bout vers 170 degrés, s'altère rapidement à l'air en produisant une substance résineuse et de l'acide butyrique.
De même que la nicotine , elle se dissout en plus forte proportion
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dans l*eau froide que dans Teau chaude; l'alcool, Téther, les huiles
grasses et volatiles la dissolvent en toute proportion.
Elle se combine avec les acides et forme des sels qui cristallisent avec beaucoup de difficulté. Ceux-ci s'altèrent promptement à l'air à la manière de la base libre. Le gaz chlorhydrique sec communique à la conine une coloration pourpre qui passe graduellement à l'indigo foncé.
Sous Tinfluence de corps oxydants, tels que Tacide azotique ou bien un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse, la conine est attaquée très-énergiquement ; il se produit dans toutes ces réactions une certaine quantité d'acide butyrique.
La composition de la conine est exprim&e par la formule
C'«H'*Az = 4 vol.vap.
§ lâlO. Si Ton compare à l'ammoniaque les alcalis volatils naturels de composition ternaire , tels que la conine et la nicotine, on demeure frappé des analogies considérables que présentent ces substances; on comprend dès lors qu'en substituant à l'hydrogène de l'ammoniaque, certains groupes composés, on puisse produire un nombre immense de combinaisons de nature analogue ; c'est ce que les expériences si remarquables de M. Hofmann ont démontré de la manière la plus incontestable, ainsi que j'aurai l'occasion de vous le prouver dans un instant; mais procédons par ordre chronologique relativement à la production artificielle des alcalis organiques.
La première substance produite artificiellement, l'une de celles qui fixeront le plus particulièrement notre attention , en ce qu'on peut la considérer comme un véritable type, est l'aniline, obtenue par M. Fritscbe , en soumettant à la distillation sèche un mélange d'hydrate de potasse solide et d'indigo. Cette découverte fut bientôt suivie de celle de la quinéoline, obtenue par M. Gerhardt, en distillant pareillement avec de la potasse caustique la quinine, la cinchonine et la strychnine , et que M. Hofmann retrouva plus lard au nombre des bases existantes dans les produits de la distillation du goudron de houille. La distillation de la pipérine m'a fourni semblablement une base douée de propriétés alcalines très-