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ALCALIS DES OMBELLIFÈRES

prononcées, mais qu'on ne saurait rattacher par sa composition à ia matière primitive.

La production d'alcalis artificiels, obtenus par l'action réciproque de la potasse et de certains produits azotés, tout en prouvant qu'on peut obtenir par des procédés artificiels des composés analogues à ceux que les végétaux sont susceptibles d'élaborer sous l'influence de la force vitale , ne permettait cependant de nous rendre aucun compte de la constitution de ces produits, lorsque les expériences de Laurent et de Zinin vinrent élucider la question.

Le premier observa qu'en chauffant dans un tube scellé à la lampe un mélange d'ammoniaque et d'hydrate de phényle^ ces deux corps donnent par leur action mutuelle de l'eau , plus une substance basique , présentant l'identité la plus complète avec l'aniline de Fritsche. La formation de l'aniline, dans une circonstance analogue à celles où se produisent les amides, conduisit donc à l'envisager comme appartenant à cette classe de produits. En effet , on aurait

C'IPCK H0 4-AzH'= C'^H», AzH^4-2H0.

Hydrate de phéDyle. Aniline.

Le nouveau mode de production de l'aniline dû à Zinin vint confirmer pleinement cette manière de voir. Lorsqu'on traite la benzine par de l'acide nitrique fumant, il se produit, comme nous le verrons bientôt , une huile pesante , douée d*une forte odeur d'amandes àmères, qu'on désigne sous le nom de nitrobenzine, n'en différant qu'en ce qu'une molécule de vapeur nitreuse a pris la place d'une molécule d'hydrogène , et dont la composition est exprimée par la formule

C'MP(AzO*).

Si l'on fait réagir de l'acide sulfhydrique , ou mieux du sulfhydrate d'ammoniaque sur une dissolution alcoolique de cette substance , on voit bientôt se former un dépôt abondant de soufre , l'odeur de la nitrobenzine disparaît complètement , et l'on obtient une matière huileuse , volatile , soluble dans les acides , avec lesquels elle forme des combinaisons cristal lisables et qui présente l'identité la plus complète avec l'aniline. La formation de l'aniline au moyen de cette méthode s'explique à l'aide de l'équation C"lP(AzO») -h 6SH = 4 HO -h 6S-h C"H*AzH'.

64o ALCALIS DES OMBELLIFÈRES.

Ce fait n'est point particulier à la nitrobenzine, et M. Zinin a fait voir que par l'action de Tacide sulfhydrique sur les divers produits azotés résultant de la substitution d'un équivalent de vapeur nitreuse à l'hydrogène de certains hydrocarbures , on donne naissance à de véritables bases présentant les analogies les plus complètes avec l'ammoniaque.

En représentant, en effet, par

un carbure d'hydrogène quelconque, et, par suite, par

le produit nitroux qui resuite de Taction de l'acide azotique fumant, la formation de l'alcali correspondant pourra s'exprimer au moyen de l'équation générale suivante :

C"H-'(AzO*)-h6SH = 4HO-f-6S4-C'"H— AzH\

§ 1211 . Lorsqu'on fait agir une lessive concentrée de potasse sur l'acide cyanique , celui-ci se décompose en produisant du carbonate de potasse et laissant dégager de l'ammoniaque pure, ainsi que l'exprime l'équation suivante :

CHAzO^+alKO, H0) = 2(C0', KO)^-AzH^

En remplaçant l'acide cyanique par les éthers correspondants , cyanate de méthyle, d'éthyle et d'amyle, M. Wurtza donné naissance à de véritables ammoniaques composées dont les analogies avec l'ammoniaque sont tellement considérables , qu'on a dû plus d'une fois les confondre avec elle, avant cette remarquable découverte. La formation de ces produits, dans les circonstances que nous venons d'indiquer, peut s'exprimer de la manière la plus nette à l'aide des équations suivantes :

C*H^ AzO'-i-2(KO, H0) = 2{C0', KO) + C'AzH\

Cyaiiate de métbyle.

C H* AzO'-ha(KO, HO) =!l(CO^ KO) -j-C*AzH',

Cranato d'éthyle.

C"H"Az0»4-2{K0, HO) = 5i(œ', KO) 4-C»*AzH".

Cyanate d'amyle.

Flf . tSS.

ALCALIS DES OMBELLIFERES. 641

M. Hofmann parvint presque à la même époque à reproduire ces curieuses substances par une autre voie qui mit en relief d'une manière plus nette encore leur constitution. Cette méthode consiste à faire réagir dans des tubes scellés à la lampe et plongés dans un bain-marie , ainsi que le représente la /^. !i53, des mélanges des éthers bromhydriques ou iodhydriques des divers alcools, avec des dissolutions alcooliques d'ammoniaque. La réaction s'accomplit très-nettement et d'une manière rapide à 100 degrés, en fournissant des produits cristallisés qui sont des combinaisons de Tacide bromhydriqueou iodhydrique avec la nouvelle substance alcaline formée.

La production de ces composés s'explique au moyen des équations

C 11* Br 4- Az H' - Br H , C^ H', Az H'.

Brombydrale do mélbyllaiiue .

AzlP=BrH,CMi\ AzH^

Bromhydrate d'éthyliaqoe.

§ 1212. Relativement aux alcalis organiques, on a formulé deux théories dont l'une , due à Berzelius , consiste à considérer ces composés comme des combinaisons conjuguées d'ammoniaque avec différents radicaux renfermant du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène et de l'azote, dans lesquels le caractère distinctif de l'ammoniaque n'aurait subi que de faibles modifications. Dans l'autre hypothèse , due à Liebig, il n'existerait pas d'ammoniaque dans ces composés, mais ils dériveraient de cette substance par l'élimination de i équivalent d'hydrogène de l'ammoniaque à l'état d*eau , d'acide chlorhydrique ou de toute autre combinaison , provenant de l'action d'oxydes ou de chlorures électronégatifs sur cette ammoniaque. Les faits que nous vînons de rapporter semblent donner gain de cause à cette dernière hypothèse , du moins

64a ALCALIS DES OMBELLIFÈRES.

en ce qui concerne les alcalis ternaires, naturels ou artificiels exempts d*oxygène.

M. Hofmann est allé plus loin^ et il a fait voir qu'on peut enlever successivement à l'ammoniaque les 3 équivalents d'hydrogène qu'elle renferme et les remplacer par des groupements binaires, sans lui faire perdre ses propriétés fondamentales. Il a constaté , par exemple, qu'on peut introduire successivement dans l'ammoniaque 1 , 2 ou 3 équivalents d'éthyle , à la place de i , 2 ou 3 équivalents d'hydrogène , et produire des composés qui se confondent véritablement avec l'ammoniaque par l'ensemble de leurs propriétés. On pourrait également remplacer successivement chaque équivalent d'hydrogène par un groupement différent, méthyle , éthyle et amyle. On aurait ainsi :

(H Ammoniaque Az < H

Bases amidogénées AzjH

Bases imidogénées Az < X

rx

Bases nitriles Az

Iz

Quanta la constitution des bases organiques non volatiles, elles présentent probablement des différences considérables, et peutêtre parviendra-t-on à prouver qu'elles renferment des ammoniaques conjuguées dans le sens qu'y attachait Berzelius.

§ 42i3. On peut former encore artificiellement des alcalis organiques à l'aide d'une méthode fort curieuse que l'on doit à M. Fownes. Celle-ci consiste à faire réagir une dissolution de potasse sur des composés qu'on désigne sous le nom d'hydramides, et qui résultent de l'action de l'ammoniaque sur certaines aldéhydes, et notamment sur l'hydrure de benzoïle et ses homologues. En faisant réagir, par exemple, l'ammoniaque sur les hydrures de benzoïle et d'anisyle, ainsi que sur le furfurol , on obtient les composés

ALCALIS DES OMBELLIFERES. 643

suivants :

3(C'*H«0=')-h2AzlP=6H04-C"H'«Az',

Hydrare de benxolle. Hydrobeniamide.

3(C'«H»0*)4-2AzIP= 6HO-he''H"AzO%

Hydrore d'anityle. Antshydramlde.

3 (C'*H*0«) 4- lÂzW = 6H0 -h C^H" Az*0«.

Furfarol. Furfiiramide.

Ces trois produits, hydrobenzamide, anishydramide et furfuramide, qui sont complètement neutres, bouillis pendant quelques instants avec une dissolution de potasse , se transfonnent par un simple jeu dUsomérie^ en amarine, anisidine eifurf urine, qui sont des bases cristallisables , susceptibles de former des sels définis et parfaitement cristallisés.

L'action directe de Tammoniaque sur certains composés organiques donne également naissance à de véritables alcalis par simple combinaison : tel est le cas de Thuile de moutarde [sulfocyanure (facryle\ qui, d'après Tobservation de MM. Dumas et Pelouze, forme, par son contact avec Tammoniaque, une belle substance cristallisée, la thiosinnamine , qui jouit de propriétés basiques.

§ 1214. Après vous avoir énuméré les différentes méthodes à Taidè desquelles on peut engendrer des composés basiques , et vous avoir fait comprendre comment, à Taide de cette génération même, on peut se rendre compte de leur véritable nature , je vais vous décrire les propriétés générales de quelques-uns de ces composés en particulier, en choisissant ceux dont les propriétés sont les mieux connues , et qui présentent le plus d'intérêt. Je vous ferai voir également qu'on peut faire dériver de l'hydrogène phosphore, de l'hydrogène arsénié , de l'hydrogène antimonié , corps analogues à l'ammoniaque , des composés qui présentent les ressemblances les plus frappantes avec les dérivés ammoniacaux , et qui n'en diffèrent qu'en ce que l'azote s'y trouve remplacé par du phosphore, de l'arsenic ou de l'antimoine.

§ 1215. Ce composé, comme nous l'avons fait remarquer plus haut , se produit dans une foule de circonstances. Les deux méthodes les plus commodes pour opérer sa préparation consistent, Tune , à dissoudre de Tindigo bleu dans une lessive concentrée de potasse bouillante , à dessécher la matière saline et à la sounaettre à la distillation sèche. Il se forme d'abord dans cette réaction de Tacide anthranilique , qui, par une altération ultérieure, se dédouble en aniline et acide carbonique , ainsi que l'exprime l'équation suivante :

C'nrAiO*^ 2C0^-hC"H'Az.

Ac. ■nthranlllque. AoUiott.

L'autre méthode consiste à faire agir sur la nitrobenzine l'acide sulfliydrique , ou ce qui vaut mieux encore , ainsi que l'a conseillé récemment M. Béchamp, de l'acétate de protoxyde de fer. L'huile de goudron de houille contient également de l'aniline toute formée qu'on peut en extraire à l'aide de procédés simples.

§ 1246. L'aniline est un liquide incolore, réfractant fortement la lumière, d'une odeur forte et aromatique, d'une saveur acre et brûlante. Peu soluble dans l'eau, elle se dissout en toute proportion dans l'alcool et dans l'éther. Elle bout à 182 degrés. Sa densité est de 1 ,028. La densité de sa vapeur est de 3,0-9.

L'aniline se combine facilement avec tous les acides et forme des composés cristallisables.

Une solution d'hypochlorite alcalin colore l'aniline en bleu violacé ; cette couleur passe rapidement au rouge sale , surtout en présence des acides.

I Le chlore et le brome agissent vivement sur l'aniline et trans-

forment cette substance en des produits de substitution cristalli- I sables, résultant de la substitution de 3 équivalents de chlore

ou de brome à 3 équivalents d'hydrogène et qui ne jouissent plus de propriétés basiques.

Un mélange d'acide chlorhydrique et de chlorate de potasse transforme l'aniline en chloraniline.

Lorsqu'on distille avec de la potasse caustique des isatines chlorées ou bromées , produits qui résultent de l'action du chlore sur

rindigo en présence de l'eau, on obtient des produits basiques qui ne diffèrent de l'aniline normale que par la substitution de 1 ou 1 équivalents de chlore , de i ou 2 équivalents de brome à 1 ou 1 équivalents d'hydrogène. Ces composés , qui jouissent encore de propriétés basiques , sont désignés sous les noms de

Chloraniline C'M1«CI Az,

Bichloraniline ? . . . C H* CP Az ,

Bromaniline CMl'Br" Az,

Bibromaniline C" H* Br' Az.

En traitant la binitrobenzine par le sulfhydrate d'ammoniaque , on obtient une belle matière cristallisée , douée de propriétés basiques, ne différant de l'aniline que par la substitution de i molécule de vapeur nitreuse à i molécule d'hydrogène, et que pour cette raison on désigne sous le nom de nitranilinc. La formation de ce produit s'explique au moyen de l'équation

C"H*(AzO»)'-f-6SH = 4HO-l-6S + C'^H«(AzO*)Az.

Binitrobebzine MUraDiline.

Lesiodures de méthyle, d'éthyle et d'amyle attaquent l'aniline à l'aide de la chaleur et donnent naissance à des composés qui ne diffèrent de l'aniline qu'en ce qu'ils ont échangé i équivalent d'hydrogène contre i équivalent de méthyle, d'éthyle ou d'amyle. Ces dernières bases , traitées à leur tour par des iodures de méthyle, d'éthyle ou d'amyle, donnent naissance à de nouveaux produits, qui n'en diffèrent qu'en ce qu'ils ont, comme eux, échangé une nouvelle molécule d'hydrogène contre les radicaux méthyle, éthyle ou amyle.

Ces dérivés peuvent se représenter de la manière suivante :

Aniline normale Az < H ~ 4 vol. vap.,

Éthylaniline Az | C* H* = 4 vol. vap., .

rC'^H'

Diéthylaniline Az | C* H* = 4 vol. vap.,

Lé cyanogène se combine directement avec Taniline en produisant une base à laquelle on donne le nom de cyaniline.

Le chlorure de cyanogène, en agissant sur une dissolution refroi> die d'aniline dans Téther anhydre , donne du chlorhydrate d'aniline et de la cyananilide, ainsi que Texprime l'équation suivante :

2(C''H'Az>-hC*Az, Cl = CaH, C" H' Ai -h C? Az, C"H*Az.

AdIIIm- Chlomre CTanaDlIldc.

Si Ton fait arriver directement le chlorure de cyanogène dans l'aniline , sans éviter réchauffement des matières , l'aniUne se combine à l'anilide cyanique en donnant naissance à un groupement complexe que M. Hofmann désigne sous le nom de méUmHiney et dont la composition peut être formulée de la manière suivante :

C^'VAz^=|az| H,Az|Cy

Mélanlllne. ( ( H (H

Cette mélaniline, dont la composition est très-complexe et qui renferme des éléments d'une grande mobilité, se transforme sous l'influence des réactifs en de nombreux dérivés qui ont été étudiés avec le plus grand soin par M. Hofmann et que nous ne saurions énumérer en raison du peu de temps qu'il nous est donné de consacrer à ces matières.

Le bromure de cyanogène se comporte à l'égard de l'aniline de la même manière que le chlorure.

Lorsqu'on ajoute de l'azotite de potasse à la dissolution du chlorhydrate d'aniline, îl se dégage beaucoup d'azote, tandis qu'il se sépare des gouttes huileuses susceptibles de se dissoudre dans une lessive de potasse ou de soude ^ et qui ne sont autre chose que de l'hydrate de phényle. Cette réaction s'explique au moyen de l'équation

C'>H'Az-f-AzO» = C"H«(P-hHO-|-aAz.

L'aniline forme, en réagissant sur les acides ou sur certains chlorures anhydres , des composés qui sont entièrement comparables aux amides; ceux-ci, qu'on désigne sous le nom û'aniitdes.

PICOLINE. 647

peuvent être considérés comme renfermant i équivalent d'aniline, plus I équivalent d'acide monobasique moins 2 atomes d'eau. Fait-on agir les chlorures d'acétyle ou de benzoïle sur Taniline, on produit du chlorhydrate d'aniline, et de Yacéiamlide ou de la benzanilide.

L'aniline forme pareillement des acides anilidés qu'on peut considérer comme renfermant i équivalent d'aniline, plus i équivalent d'acide bibasique , moins 2 équivalents d'eau.

On connaît également des aniles qui correspondent aux imides , et qui renferment , scmblablement à ces corps, i équivalent d'aniline, plus I équivalent d'acide bibasique, moins 4 équivalents d'eau. On a pu réaliser enfin avec cette base des composés qui correspondent aux amides neutres jdes acides bibasiques, renfermant 1 équivalents d'aniline, plus i équivalent d'acide bibasique, moins 4 équivalents d'eau. Quant aux correspondants des nitriles, ils nous sont, à cette heure, complètement inconnus.

PICOLINE.

§ 1217. On rencontre dans l'huile volatile fournie par certains goudrons de houille, et mieux encore, dans celle qu'on obtient de la distillation des os, une substance basique qui possède la même composition centésimale et le même groupement mécanique que l'aniline.

Ce composé, découvert par M. Andersen, et désigné par lui sous le nom de picoUne, est une huile incolore, très-mobile, plus légère que l'eau. Sa densité n'est, en effet, que de 0,955. Elle bout à i33 degrés et se volatilise promptement à l'air. Elle se mêle en toutes proportions à l'eau , et donne un liquide limpide qui ne se colore ni par l'addition de l'acide chromique , ni par celle du chlorure de chaux , ce qui la distingue de l'aniline.

Il serait intéressant de faire une étude comparative de cette substance et de son isomère l'aniline.

La composition de la picoline est représentée par la formule

C'*H'Az = 4 vol. vap.

04« ETHYLAMINE.

TOLUIDINE. - XYLIDINE. - CUMIDINE.

§ 1218. On rencontre, à côté du benzène dans Thnile de goudron de houille, trois carbures d'hydrogène homologues que nous étudierons dans une leçon prochaine sous les noms de toluène^ de xylène et de cumène, dont la composition est exprimée par les formules

Toluène C'*H" = 4 vol. vap.,

Xylène CH'^-^ 4 vol. vap.,

Cumène C* H" = 4 vol. vap.

Ces composés, traités par Facide nitrique fumant, donnent des homologues de la nitrobenzine, qui sont représentés par les formules •

Nitrotoluène C* H' ( AzO*) = 4 vol. vap.,

mtroxylène C'MP ( AzO*) = 4 vol. vap.,

Nitrocumène C'^H" ( AzO* ) = 4 vol. vap.

Ces trois produits étant réduits , soit par le sulfhydrate d'ammoniaque, soit par l'acétate de protoxydede fer, donnent trois composés doués de propriétés basiques, homologues de Taniline, et dont la composition peut être exprimée par les formules suivantes :

Toluidinc C* H» Az = 4 vol. vap.,

Xylidine CM!" Az = 4 vol. vap.,

Cuniidine C* H'^ Az = 4 vol. vap.

On observe , à l'égard des points d'ébullition de ces composés , les relations que fournissent d'ordinaire les corps homologues.

ETHYLAMINE.

§ iâi9. Ce produit se prépare, soit en distillant de Téther cyanique avec de la potasse , soit en faisant réagir l'éther bromhydrique sur une dissolution alcoolique d'ammoniaque. Dans le premier cas, il se forme de l'éthylamine libre, qu'on recueille dans de l'acide chlorhydrique ; la dissolution saline est évaporée à sec et le sel puritié par des cristallisations dans l'alcool. Dans le deuxième cas, l'éthylamine existe en combinaison avec l'acide bromhydrique.

ÉTHYLAMINE. 649

Pour isoler la base à Télat de pureté de l'un ou de l'autre de ces sels, on les distille avec de la potasse solide en faisant arriver les vapeurs dans un petit matras , entouré d'un mélange de glace et de sel.

§1220. Ainsi préparée, l'éthylamine est un liquide incolore, très-mobile, qui bout à 18^,7 et ne se solidifie pas dans un mélange d'acide carbonique et d'éther. Sa densité est de 0,696 à 8 degrés. La densité de sa vapeur est de i , 57.

Celte matière possède une odeur ammoniacale des plus vives et qu'on tendrait à confondre avec l'ammoniaque elle-même ; sa causticité ne peut guère être comparée qu'à celle de la potasse. Elle bleuit le tournesol rougi, sature complètement les acides les plus énergiques, et détermine une douleur des plus vives lorsqu'on la dépose sur la langue , les lèvres ou toute autre partie molle du corps.

Elle s'enflamme par l'approche d'un corps en combustion et brûle avec une flamme jaunâtre.

Elle se mêle en toute proportion à l'eau, en s'échauffant notablement. L'ébullition la chasse en totalité.

La dissolution d'éthylamine se comporte à l'égard des sols métalliques à la manière de l'ammoniaque. La seule différence consiste en ce qu'elle jouit, contrairement à l'ammoniaque , de la propriété de dissoudre l'alumine en quantité considérable.

L'énergie basique de l'éthylamine paraît supérieure à celle de l'ammoniaque ; ce qu'il y a de certain , c'est qu'elle chasse cette base de ses combinaisons salines.

Lorsqu'on fait passer sa vapeur à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge, elle se décompose en donnant de l'acide cyanhydrique, de l'ammoniaque, de l'hydrogène et des gaz carbures.

Le chlore et le brome agissent immédiatement sur l'éthylamine en donnant naissance à des chlorhydrates ou des bromhydrates d'éthylamine, qui se dissolvent dans l'eau, tandis qu'il se précipite des produits huileux qui né diffèrent de l'éthylamine qu'en ce que a équivalents d'hydrogène s'y trouvent remplacés par 2 équivalents de chlore ou de brome. Ces composés se détruisent au contact de la potasse caustique , en formant de l'ammoniaque , de l'acétate de potasse et du chlorure ou du bromure de potassium. II. 55

65o TRIÉTHYLAMINE,

Cette réaction s'explique au moyen de Téquation

C*H*Cl' Az -j- 3 KO + HO = AzIP -h aClK 4- CMPO», KO.

L'acide nitreux décompose l'éthylamine en donnant naissance à de l'eau et à de l'azote; il se forme en même temps du ni tri te d'éthyle.

La composition de l'éthylamine est exprimée paf la formule

C*H'Az = 4vol. vap.',

contrôlée par l'analyse d'un grand nombre de ses sels et par celle du chloroplalinate.

DIÉTHYLAMINE.

§ 122i. Ce composé se produit par l'action réciproque de l'éthylamine et du bromure d'éthyle. Ces deux corps agissent plus rapidement l'un sur l'autre que le bromure d'éthyle et l'ammoniaque. La liqueur laisse déposer assez rapidement des cristaux aciculaires de bromhydrate do diéthylamine^ dont on peut séparer la base en distillant ce sel avec de la potasse.

On obtient de la sorte un liquide limpide très-volatil , inflam> mable, soluble en toute proportion dans l'eau et présentant une réaction alcaline fort énergique. Ce liquide bout à 5y degrés , et donne, par son union avec l'acide chlorhydrique, un sel cristallisable ; ce dernier forme avec le bichlorure de platine un composé qui cristallise en grains d'un rouge orangé.

La composition de ce produit est représentée par la formule

C*H"Az=4vol.vap.

TRIÉTHYLAMINE.

§ 1222. Si l'on mélange le produit précédent avec du bromure d'éthyle , qu'on l'introduise dans un tube scellé à la lampe et qu'on le chauiïe au bain-marie, il se prend bientôt en une masse de cristaux fibreux, qui constituent le bromhydrate d'une nouvelle base. Ce sel , soumis à la distillation avec un excès de potasse , laisse dégager un liquide incolore, très-alcalin, volatil au-dessous de loo degrés, inflammable, encore très-soluble dans l'eau, mais moins que les produits précédents.

Cette base forme avec les acides des sels très-nettement cris-

TRIÉTHYLAMINE. 65i

taUisés. Lorsqu'on môle des dissolutions de chlorhydrate de triéthylamine et de bichlorure de platine et qu'on abandonne le mélange à Tévaporatioa spontanée, il se sépare de magnifiques rhombes d'un bel orangé présentant une grande ressemblance avec le bichromate de potasse.

La composition de la triéthylamine est représentée par la formule

C'^H'^Az.

La meilleure méthode pour obtenir la triéthylamine pure consiste à distiller l'hydrate de tétrétbylammonium.

§ 1223. Au moyen de l'amiponiaque et de Téther iodhydrique, on peut obtenir non-seulement des composés qui fonctionnent à la manière de l'ammoniaque, mais encore des substances qui se confondent en quelque sorte par tous leurs caractères avec la potasse et la soude.

Si l'on introduit, en effet, dans un tube scellé à la lampe de la triéthylamine et de l'iodure d'éthyle, le mélange ne tarde pas à se prendre en une masse de cristaux, qui ne sont autre chose que l'iodure d'un nouveau radical correspondant à l'ammonium , dans lequel les 4 équivalents d'hydrogène se trouveraient représentés par 4 équivalents d'éthyle, et auxquels, pour cette raison, M. Hofmann donne le nom de tétréthylammonium. Ce produit n'est pas décomposé par la potasse à la manière des composés précédents.

Lorsqu'on fait agir sur sa dissolution aqueuse un sel soluble d'argent , il se forme immédiatement un dépôt d'iodure d'argent jaune, et la liqueur fournit par l'évaporation un sel de tétréthylammonium.

Faitron bouillir la dissolution de l'iodure précédent avec de l'oxyde d'argent récemment précipité, il se forme de l'iodure d'argent, et la liqueur renferme en dissolution de l'hydrate d'oxyde de tétréthylammonium.

Cette dissolution , qui présente une réaction alcaline des plus énergiques, n'offre pas la moindre analogie avec l'ammoniaque, mais en revanche elle présente une ressemblance frappante avec la potasse caustique. Lorsqu'elle est concentrée , elle agit sur l'épiderme comme une dissolution alcaline et manifeste une odeur de lessive. Elle saponifie les corps gras, décompose l'éther oxalique en acide oxalique et alcool, et non en une combinaison ana-

652 TÉTRÉTUYLAMMONIUM.

logue à Toxamide, dégage même à froid Tammoniaque de ses combinaisons salines, et se comporte avec les dissolutions métalliques à la façon de la potasse , ainsi qu'on peut s'en convaincre à Tinspection du tableau suivant :

Sels. Préol plies.

Baryte Blanc , insoluble dans un excès.

Strontiane Même réaction.

Chaux Même réaction.

Magnésie Même réaction.

Alumine Blanc gélatineux , soluble dans un excès de

Chrome Verdâtre de sesquioxyde de chrome, insoluble dans un excès de base.

Nickel Vert-pomme, insoluble dans un excès.

Cobalt Rougeâtre , insoluble dans un excès.

Manganèse Blanc , insoluble dans un excès.

Protoxyde de fer Vert, insoluble dans un excès.

Sesquioxyde de fer. . Brun, insoluble dans un excès.

Zinc Blanc , soluble dans un excès.

Plomb Môme réaction.

Argent Brun , insoluble dans un excès.

Oxydule de mercure. Noir, insoluble dans un excès.

Protox. do mercure. Bouge (probablement de sel double qu'un excès de base transforme en oxyde jaune).

Cuivre Bleu , qui noircit par l'ébuUition.

Cadmium Blanc, insoluble dans un excès.

Bismuth Même réaction.

Antimoine Blanc , soluble dans un excès.

Or Jaune de sel double.

Platine Même réaction.

Lorsqu'on distille l'hydrate de tétréthylammonium, il se dégage de l'eau , de la triéthylamine et du gaz oléfiant

C'«H"AzO, H0 = 2H0-|-C'Mr'A2 4-C*H*.

L'iodure d'éthyle le transforme en alcool et iodure de tétréthylammonium.

Le chlore, le brome et l'iode le convertissent en produits déri-

TÉTRÉTHYLAMMONIUM. 653

vés par substitution qui ne possèdent plus de propriétés alcalines.

Le chloroplatinate de tétréthylammonium affecte la forme de beaux octaèdres de couleur orangée qui présentent l'analogie la plus complète avec le chloroplatinate de potasse.

§ 1224. Si Ton remplace le bromure et Tiodure d'éthyle par le bromure et Tiodure de méthyle » on obtient une série de composés qui présentent les ressemblances les plus frappantes avec ceux dont nous venons de tracer l'histoire. On donne ainsi naissance à la méthyiaminey à la diméthylamine et à la triméthylaminey dont la composition est exprimée par les formules

Méthylamine C H* Az = Az | H

Diméthylamine C*H'Az = Az< C^H^

Triméthylamine C H* Az = Az

Le premier de ces composés est un gaz condensable à quelques degrés au-dessous de o. Le second n'a pas été isolé dans un état de pureté absolue. Le troisième est un liquide très-volatil. On le rencontre en quantité notable dans la saumure des harengs, d'où on peut l'extraire en la distillant avec de la potasse caustique.

Mise en contact avec Tiodure de méthyle, la triméthylamine donne immédiatement un précipité cristallin àHodure de tétrtunéthylammonium. Ce composé, traité par l'oxyde d'argent, fournit de l'iodure de ce métal et de l'hydrate de tétraméthylammonium.

Ce produit, qui jouit de propriétés alcalines très-énergiques, se comporte à la manière de son homologue éthylique. Par l'évaporation il se sépare en une masse cristalline très-déliquescente. Soumis à la distillation , il se décompose en triméthylamine et espritde-bois, ainsi que l'exprime l'équation

CMl'' AzO, HO = C^H'^Az 4- CMPO'.

Ilydr.de lélramétliyl. Trimétbylam. Eaprll-de-bol».

654 BASES AMMONIÉES, ETC.

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