‹ Leçons de chimie générale élémentaireChapitre 230 sur 267 · CM · texte numérisé non relu

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il existe trois types bien distincts qu'on peut représenter ainsi : C"H'«, C'*H'^ C»*H».

On peut passer du premier groupement moléculaire au dernier, ainsi qu'il résulte des expériences de M. Deville. Ce chimiste a fait voir, en effet , que Thydrate d'essence de térébenthine cristallisé, qu'on peut obtenir si facilement par la méthode de M. Wiggers, étant traité par le gaz chlorhydrique sec, donne une combinaison cristallisée qui n'est pas le chlorhydrate d'essence de térébenthine

C^H'S Cl H,

comme on aurait pu s'y attendre, mais bien le chlorhydrate d'essence de citron

C'»H% Cl H.

Ce dernier, décomposé par la chaux vive à l'aide de la chaleur, reproduit, en effet, le cUrèney doué de l'odeur suave qui le caractérise. Ce résultat est d'une haute importance , puisqu'il nous apprend qu'il est possible d'opérer , à l'aide des réactifs , la transmutation d'un produit naturel en un autre produit également fourni par la nature.

Ce sont probablement des différences entre l'arrangement des molécules, différences trop faibles pour rompre l'équilibre du groupement C"H"^ ou C'MI", qui distinguent ces variétés qu'on rencontre dans un aussi grand nombre d'es[)èces végétales.

§ iSî37. Les produits naturels représentés par la formule

s'altèrent facilement sous l'inQuence des différents agents chimiques; en présence de quelques-uns, ils éprouvent de simples modifications isomériques : c'est ainsi que l'essence de térébenthine se transforme en colophène et térébène , sous l'influence de l'adide sulfurique concentré.

Est-ce un simple phénomène de contact, comme on en a tant signalé depuis quelques années, qui produit dans la circonstance actuelle ce changement moléculaire , ou bien s'est-il formé tout d'abord entre l'acide minéral et l'huile hydrocarbonée une combinaison que la chaleur est venue détruire ensuite , en mettant en liberté non plus l'huile primitive, mais des produits dans lesquels les atomes sont différemment groupés?

C'est à cette dernière hypothèse que M. Deville s'est arrêté. Il

67a HUILES ESSENTIELLES.

admet qu'au contact do Tacidc , l'huile naturelle s'est partagée en

deux produits isomériques, le térébène et le camphène, résultat

que cette huile nous offre, du reste, sous rinfluencc d'antres

acides.

Le sulfate de térébène, qui ne présente qu'une assez faible stabilité, se détruirait bientôt sous l'influence de la chaleur, et la portion qui échapperait à l'action décomposante de l'acide passerait à la distillation ; tandis que le sulfate de camphène, beaucoup plus stable , ne se détruirait qu'à une température plus élevée. Mais à cette température le camphène, à l'état naissant, éprouverait une condensation double et donnerait naissance au colophène.

L'expérience est d'accord avec cette manière de voir, et, en effet, les premiers produits ne renferment guère que du térébène ; le colophène, au contraire, distille en abondance à la fin de l'opération.

Ces deux produits, d'après les observations de M. Deville, prennent encore naissance dans la distillation de la colophane , résultat important à prendre en considération dans la discussion relative à la formation des résines.

La transformation du camphène en colophène n'est pas un fait isolé , et la production de l'éther et de ses analogues repose absolument sur les mêmes principes.

§ 1238. Toutes les huiles hydrocarbonées naturelles forment avec l'acide chlorhydrique des combinaisons liquides et cristallisées; celles-ci, distillées sur des bases telles que la potasse, la baryte, la chaux, se détruisent en produisant dos chlorures alcalins; tandis qu'il passe à la distillation une huile formée de carbone cl d'hydrogène présentant exactement la composition de l'huile primitive, mais constituée moléculairemcnt d'une manière différente. Ainsi l'huile de térébenthine , telle qu'on l'extrait de la matière molle qui exsude des pins par la distillation avec de l'eau , jouit de la propriété de dévier le plan de polarisation vers la droite ; tandis que les huiles qu'on retire de la distillation du camphre artificiel liquide ou cristallisé sur la chaux vive , sont entièrement dépourvues de celte propriété. Les huiles hydrocarbonées , séparées de l'acide chlorhydrique auquel elles étaient unies, peuvent se combiner de nouveau avec ce gaz; les chlorhydrates qui en résultent fournissent , lorsqu'on les distille ensuite sur de la chaux , des pro-

duits doués do la môme composition , mais dont rarrangement moléculaire est encore différent.

L'essence de térébenthine nous offre donc un exemple de polymérie des plus remarquables. Ses congénères , essence de citron , de cubèbes, etc., jouissent de propriétés analogues à celles que nous venons de décrire.

§ 1239. En général, les carbures d*hydrogène produits artificiellement (naphtalène, benzène, naphtène, cumène, etc.), possèdent une stabilité beaucoup plus considérable que ceux qui ont été produits au sein de la végétation , comme si ces derniers conservaient encore ce cachet particulier qui distingue les matières qui ont pris naissance sous Tiniluence de la vie.

Il est encore une remarque que je dois Taire ici, c'est que les hydrogènes carbonés qui accompagnent les huiles volatiles oxygénées, possèdent une stabilité plus considérable que les autres. Exemple : cymène , camomillène , valérène , etc.

Les carbures d'hydrogène naturels , en présence de l'oxygène et de la vapeur d*eau contenue dans l'atmosphère , peuvent fixer l'un ou l'autre de ces éléments , ou tous deux à la fois , et produire, soit des résines, soit de véritables hydrates. Ainsi, la plupart des huiles de la famille des Labiées présentent une composition telle , qu'on peut les considérer comme formées de l'union du carbure

avec des quantités variables d'eau. Les essences d'absinthe, de cajeput, etc., offrent môme une composition telle, qu'on peut les représenter par la formule

C*Mi'«, 2 HO.

Ces composés, qu'on a cru pouvoir assimiler jusqu'à un certain point aux alcools, se détruisent lorsqu'on les distille sur l'acide phosphorique anhydre , ce dernier fixant les 2 molécules d'eau tandis que le carbure G'* H"' devient libre.

La foimation des résines est elle-même liée, sans doute, d'une manière simple à l'existence de ces carbures d'hydrogène, qui les accompagnent toujours en proportions plus ou moins fortes; ici se présente néanmoins une difficulté sérieuse sur la dérivation de ces produits. D'après M. Henri Rose, la colophane, ou, pour mieux 11. 57

dire, les acides pinique et sylvique qu'elle renferme, résulteraient d*une simple oxydation des carbures d'hydrogène contenus dans la térébenthine, tandis qu'en partant des analyses de MM. Dumas, Laurent , Blanchet et Sell , le carbone et l'hydrogène ne se retrouveraient plus dans ces résines dans le même rapport que dans l'huile de térébenthine. Les analyses de ces chimistes semblent indiquer, en effet, qu'il y a eu perte d'hydrogène et substitution d'oxygène.

Tant que la quantité d'oxygène fixée est proportionnelle à la quantité d'hydrogène enlevée, la résine est parfaitement neutre; c'est ce qu'on observe dans les produits désignés sous le nom de sous-résines. S'il y a fixation d'un excès d'oxygène , la résine qui prend naissance jouit , au contraire , de propriétés acides.

Quel que soit le mode de dérivation qu'on admette, et, pour ma part , je suis disposé à adopter le dernier, il n'en demeure pas moins à peu près constant que le carbure d'hydrogène est le point de départ de la formation de ces différents produits.

En voyant les carbures d'hydrogène naturels fournir, sous l'influence des réactifs qui déterminent soit une fixation d'eau , soit une fixation d'oxygène , des composés qui présentent la plus exacte ressemblance soit avec certaines huiles volatiles oxygénées naturelles, soit avec les résines, il parait, en effet, assez rationnel de penser que les carbures d'hydrogène sont les premiers produits élaborés par le végétal , et que les composés oxygénés de nature semblable qui les accompagnent sont le résultat d'une action secondaire.

Le carbure d'hydrogène

peut donc être considéré comme le centre d'une foule de composés qui en dérivent, soit en se constituant moléculairement d'une manière différente, soit eu s'oxygénant ou fixant les éléments de l'eau. Ainsi , pour n'en citer qu'un exemple , le bornéène

C"H'«=4vol. vap.,

placé dans des circonstances convenables , fixe i molécules d'eau et produit le bornéol

C"H'«, H^0*=4 vol. vap.

Celui-ci, distillé sur des substances déshydratantes, peut restituer l'eau qu'il retient en combinaison, en laissant dégager le bornéène intact.

Ce même bornéol, soumis à des influences oxydantes, perd de rhydrogène, qui se brûle sans remplacement, et donne naissance au camphre des Laurinées. J'ai tout lieu de croire que dans ce cas l'action se porte sur le carbure d'hydrogène C"ir* qui,*perdant H', devient alors C^^H'^ (camphogène, cymène). Ce dernier, restant uni aux a molécules d'eau formées, constituerait le camphre ordinaire; et ce qui prouve évidemment qu'il doit en être ainsi , c'est que ce dernier, à son tour, traité par l'acide phosphorique anhydre, lui cède les 2 molécules d'eau qu'avait fixées lebornéène, en laissant dégager le carbure C® H'^. Le camphre

ne saurait donc être considéré comme un oxyde du radical

et, en effet, on n'a pu jusqu'à présent produire cette combinaison par oxydation directe; tout porte à croire, au contraire, que c'est un carbure d'hydrogène hydraté.

Les carbures d'hydrogène compris dans la formule

ne sont pas les seuls que la nature nous présente. Il en existe un second

qui ne diffère du précédent que par 2 molécules d'hydrogène, et qu'on peut considérer à son tour comme un chef de famille.

Celui-ci, en gagnant H'O', donne le camphre des Laurinées; en perdant II* et gagnant 0', il produirait

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