HUILE DE GIROFLE
§ 1248. On obtient par la distillation des clous de girofle avec l'eau une essence douée d'une odeur caractéristique et d'une saveur caustique, qui renferme deux substances distinctes. L'une d'elles se combine directement avec les bases , forme des composés cristallins bien définis, et présente tous les caractères d'un véritable acide. La seconde est complètement neutre et possède exactement la composition des essences de térébenthine et de citron.
La séparation de ces produits s'effectue très-nettement en distillant l'huile brute avec une dissolution de potasse ou de soude caustiques. H se condense dans le récipient de l'eau , sur laquelle nagent des gouttes oléagineuses, qui constituent l'huile indifférente. Le résidu de la distillation étant filtré , laisse déposer une masse cristalline formée d'aiguilles blanches et brillantes, dont on sépare l'huile acide par l'addition d'un acide minéral. On purifie cette dernière en la distillant dans un courant d'acide carbonique.
Ainsi purifiée, l'huile à laquelle on donne le nom d'acide eugénique, est un liquide incolore , oléagineux , rougissant le tournesol, 11. 58
possédant une saveur acre et brûlante et utie forte odeur de girofle. Sa densité est de 1,079. ^1 bout à ^43 degrés. D forme avec la potasse, la soude , Tammoniaque et la baryte, des combinaisons cristallisées.
L'analyse de ce produit conduit à la formule
ce qui en ferait un isomère de l'acide cuminique , ce composé présentant à l'égard de ce dernier une relation analogue à celle qu'on observe entre l'hydrure de salicyle et l'acide benzoïque. Mais lorsqu'on examine l'huile acide retirée de l'essence de girofle on reconnaît bientôt qu'il n'existe entre cette substance et l'acide cuminique qu'une simple relation d'isomérie, et rien de plus.
Le piment de la Jamaïque fournit à la distillation avec de Teau une huile complexe, formée d'un carbure d'hydrogène et d'une huile acide qui présentent exactement l'un et l'autre la composition de rhuile indifférente et de l'huile acide extraite du girofle.
§ 1249. Cette huile, qu'on extrait des semences d'auis [Pimpinella anisuni ), se rencx)ntre dans le commerce sous la forme d'une masse concrète , formée de lamelles cristallines, lorsque la température est inférieure à 18 degrés; au-dessus de ce terme elle affecte l'état liquide.
La purification de ce produit est d'une extrême simplicité; il suffît en effet de le presser entre des doubles de papier Joseph , jusqu'à ce que ce dernier cesse d'être taché , après quoi l'essence est reprise par de l'alcool à o,85, qui la dissout. En lui faisant subir deux ou trois cristallisations dans ce véhicule , on obtient une substance parfaitement pure , qui possède les caractères suivants :
Elle se présente sous la forme de lamelles blanches, douées de beaucoup d'éclat ; sa pesanteur spécifique est presque égale à celle de l'eau; elle possède une odeur d'anis plus faible et plus suave que l'huile brute.
Elle est très-friable, surtout vers o degré, et à des températures inférieures; elle fond à 18 degrés, et bout régulièrement à 222 degrés , température à laquelle elle se volatilise en entier en
n'éprouvant qu'une altération insensible. Sa saveur présente une anomalie toute semblable à celle que m'ont offert les acides du groupe formique.
Exposée pendant très-longtemps au contact de l'oxygène, ou de l'air sec ou humide , cette huile n'éprouve pas d'altération tant qu'elle est à l'état solide; mais lorsqu'on la maintient à l'état liquide, elle s'altère graduellement et finit par perdre la propriété de cristalliser. En prolongeant l'expérience pendant deux années, M. Théodore de Saussure a démontré qu'elle finit par se résinifier.
Le chlore et le brome réagissent avec énergie sur cette substance , et donnent naissance à des produits qui dérivent de l'essence par substitution. Ceux que fournit le brome sont cristaliisables.
L'acide nitrique , en réagissant sur l'essence d'anis concrète , fournit, suivant son degré de concentration, des produits variables par leur nature, leur composition et leurs propriétés.
Lorsqu'on emploie de l'acide nitrique fumant, ou même un acide d'une concentration supérieure à 36 degrés, il en résulte une action des plus vives; lorsqu'on élève un peu la température du mélange, il se dégage d'abondantes vapeurs rutilantes, et Ton obtient, mais pas toujours, quoiqu'on s'assujettissant à ces conditions, une substance jaune résinoïde, qui parait dériver de l'essence d'anis par une substitution de vapeur nitreuse à l'hydrogène. Si , au lieu d'employer de l'acide nitrique concentré, comme le précédent, on fait usage d'acide à 34 ou 36 degrés, il en résulte encore une action très- vive : l'essence se transforme bientôt en une substance huileuse rougeâtro, beaucoup plus posante que l'eau; par l'action prolongée de l'acide nitrique , toute la matière huileuse disparait , et si à cette époque on verse de l'eau sur la liqueur acide , il se dépose bientôt des flocons jaunes abondants , qui constituent un nouvel acide azoté, dont nous parlerons tout à l'heure.
Lorsqu'on fait usaî^e d'acide nitrique d'une densité de 23 à 24 degrés , il en résulte une action beaucoup moins vive que dans les deux cas précédents. Dans cette réaction il se forme deux produits; un liquide rougeâtr*e pesant, dont nous avons parlé plus haut, et un nouvel acide exempt d'azote , cristallisable en longues et belles aiguilles , volatil sans décomposition et qui se place natu-