II. G
La composition de la cétine est représentée par la formule e* H«* 0* = C» H^' 0', C" H" 0.
§ 1291. On emploie depuis un certain nombre d années à la fabrication des bougies le mélange d'acides margarique et stéarique , qu'on sépare par la saponification des corps gras neutres, à la place de la cire qui servait autrefois à cet usage.
Pour opérer cette saponification, on peut employer soit Tinlervention des alcalis, soit rinlervention des acides, soit l'action de la chaleur en présence de l'eau.
Pendant longtemps le premier procédé a été exclusivement appliqué à l'extraction du mélange d'acides stéa rique et margarique. A cet etfet, en faisait bouillir le corps gras neutre avec un mélange en proportions convenables de chaux caustique et d'eau. On produisait de la sorte un savon calcaire, insoluble, qu'on débarraissaitdes matières étrangères par des lavages multipliés et qu'on décomposait ensuite au moyen de l'acide sulfurique étendu.
Aujourd'hui l'on peut extraire ces acides gras d'une manière beaucoup plus économique , soit en combinant l'action des acides et la distillation , soit en faisant usage de la distillation seule dans un courant de vapeur d'eau surchauffée. Ces deux derniers cas présentent cet avantage qu'on peut employer les graisses les plus communes, telles que celles des abattoirs, des épluchures de suif, des eaux de lavages des vaisselles et des graisses extraites des eaux provenant du lavage des laines.
On introduit ces matières dans de grandes chaudières chauffées à la vapeur, en y ajoutant une quantité d'acide sulfurique concentré dont le poids varie do 6 à i5 pour loo, suivant la nature des corps gras dont on fait usage. La température du mélange est portée à plus de loo degrés et l'opération prolongée pendant quinze à vingt heures. Au bout de ce temps, la matière, en partie saponifiée, se sépare et vient former une couche huileuse à la surface du liquide. On lave cette couche, puis on la soumet à la distillation dans do vastes alambics, sôus l'influence d'un courant de vapeur d'eau qui traverse des tubes chauffés au rouge où elle est soumise à une température de 35o à 4oo degrés. Cette vapeur
surchauffée est injectée au fond de Tappareil distillatoire , où elle arrive par une espèce de pomme d'arrosoir qui sert à la diviser.
Les produits condensés se séparent ordinairement de l'eau d'une manière immédiate ; quelquefois, néanmoins , ils s'y émulsionnent pendant quelques instants.
Les premiers produits distillés sont ordinairement colorés par une sorte d'écume qu'entratne le courant de vapeur; ceux qui viennent ensuite sont complètement incolores.
Dans la fabrique de M. Wilson, à Londres, les corps gras neutres sont soumis à la distillation , en présence d'un courant de vapeur d'eau surchauffée, sans intervention d'acide sulfurique. On recueille alors dans les récipients un liquide aqueux que surnage une matière huileuse. Celte dernière se concrète par le refroidissement. Quant à la liqueur aqueuse, elle retient en dissolution la glycérine, qu'on peut en séparer par l'évaporation.
Quelle que soit la méthode qu'on ait employée, le mélange d'acides gras est soumis à l'action de la presse, afin d'en séparer la majeure partie de l'acide oléique. Ce dernier est recueilli dans une cuve, où par un abaissement do température on obtient des dépôts de matière solide qui sont ajoutés aux acides gras provenant d'une autre fabrication,
La pression à froid étant terminée , on procède à une deuxième pression qui se fait cette fois à chaud dans une presse hydraulique horizontale , munie de pjaques en fer forgé qu'on chauffe au moyen de la vapeur. Cette deuxième pression détermine l'écoulement d'une nouvelle quantité d'acide oléique.
Les tourteaux blancs qui résultent de cette seconde pression sont un mélange d'acide stéarique et d'acide margarique ; on les porte dans une cuve de bois blanc munie à son fond d'un serpentin de plomb. On leur fait subir alors un premier lavage avec de l'eau aiguisée d'acide sulfurique, puis un deuxième lavage à l'eau douce, à laquelle on ajoute des blancs d'œufs battus; on porte enfîn lentement la masse à la température de l'ébullition.
L'albumine en se coagulant entraîne mécaniquement toutes les impuretés que le corps gras pouvait tenir en suspension; on obtient alors une matière incolore et limpide, qui se trouve dans un état de pureté suffisant pour être employée directement à la fabrication des bougies.
A cet effet le mélange d'acides margarique et stéarique est versé à l'état liquide dans des moules cy^lindriques terminés à Tune de leurs extrémités par une sorte de cuvette et à l'autre par une partie conique. L'axe de ce moule est formé par une mèche de coton tressée , fortement imprégnée d'une dissolution d'acide borique qui, en faisant incliner la mèche, facilite tout à la fois la combustion et réduit les cendres à un très-petit volume en les vitrifiant.
Le moulage des acides gras présente d'assez grandes difficultés. Pour réussir, il faut faire fondre complètement la matière et laisser la température s'abaisser graduellement en remuant le corps gras, a6n de troubler sa cristallisation. Quand il a acquis la consistance d'une pâte liquide , on le fait couler dans les moules qui ont été portés à une température voisine de celle du point de fusion de la matière grasse. Les acides gras, passant rapidement de l'état liquide à l'état solide, ne cristallisent point et se moulent exactement sur la paroi interne du moule en présentant une surface parfaitement lisse.
Dans quelques fabriques, on ajoute à la matière grasse 2 ou 3 pour 100 de cire avant de la couler dans les moules, cette addition ayant pour but d'empêcher la cristallisation et de rendre les bougies moins friables.
§ 1292. Les savons, que connaissaient les anciens ainsi que le prouvent les écrits de Pline , sont de véritables sels résultant de la combinaison des acides gras avec les divers oxydes métalliques. Les savons à base de potasse , de soude et d'ammoniaque sont seuls solubles dans l'eau ; les autres sont insolubles dans ce liquide et peuvent s'obtenir par la méthode des doubles décompositions. Les savons de potasse et de soude sont, on outre, solubles dans l'alcool et l'éther; les autres, sauf quelques rares exceptions, ne s'y dissolvent pas. Les savons à base de potasse et de soude sont les seuls dont on fasse usage dans les arts. Leur consistance est d'autant plus grande que le point de fusion de la matière grasse qui entre dans leur composition est plus élevé; de plus, l'expérience nous apprend qu'avec une môme matière grasse , la soude forme des savons beaucoup plus durs que la potasse.
Les savons durs, ou à base de soude, se préparent avec Thuile d*olivo, le suif et diverses autres graisses. En France, on fait généralement usage d'huile d'olive; on emploie le suif, au contraire, . on Angleterre , ainsi que dans le nord de TEurope et de l'Amérique.
Les savons mous s'obtiennent au moyen des huiles do graines, telles que celles de lin, de chènevis, de colza; on en prépare éga* lement avec l'axonge. Ces savons présentent une couleur d'un vert noirâtre, qu'on leur donne soit au moyen du sulfate de cuivre, ou de la dissolution sulfunque d'indigo, soit à l'aide d'un mélange de sulfate de fer, de noix de galle et de campéche ; en général , les huiles siccatives donnent des savons plus mous que les huiles non siccatives.
Les savons durs sont employés aux opérations du savonnage. Les savons verts et noirs sont principalement employés pour le foulage et le dégraissage des étoffes de laine. Les savons de toilette se préparent de la même manière que les savons blancs, seulement on évite l'emploi d'un excès d'alcali; on ajoute, en outre , de petites quantités d'huiles essentielles qui servent à les aromatiser.
On obtient des savons transparents, incolores ou colorés, en dissolvant du savon ordinaire bien desséché dans de l'alcool. On maintient le mélange à une douce chaleur, jusqu'à ce que la masse soit parfaitement limpide; on arrête alors le feu; on laisse déposer, puis , au bout de quelques heures , on coule la masse liquide dans des mises en fer-blanc. Ce savon n'acquiert pas immédiatement une transparence parfaite; celle-ci n'atteint son maximum que lorsque le produit est parfaitement sec.
Le savon le plus estimé dans les arts est le savon de Marseille. On le prépare avec des huiles d'olive auxquelles on ajoute quelques centièmes d'huile d'œillette et des soudes caustiques. Les huiles qui conviennent le mieux pour la fabrication de ce savon , sont celles qui possèdent le moins de couleur et contiennent le plus de margarine. Les huiles fraîches fournissent également do meilleurs résultats que les huiles anciennes.
On emploie deux qualités de soude , l'une caustique marquant de 33 à 36 degrés à Talcalimètre de Decroizilles , l'autre , dite soude salée, est mélangée d'une forte proportion de sel marin.
Pour préparer le savon, on introduit dans de grandes chaudières, que Ton remplit au quart environ, des lessives faibles que Ton porte à rébullition et dans lesquelles on fait arriver graduellement la matière grasse, en ayant soin d'agiter continuellement le mélange. On ajoute ensuite successivement de la lessive faible et de Thuile jusqu'à ce que la chaudière soit suffisamment chargée. On obtient de la sorte une émulsion renfermant un excès de matière grasse dans une liqueur ne renfermant que très-peu d'alcali libre , mélange qu'on ne peut maintenir uniforme que par un brassage continuel. On y introduit ensuite une lessive plus concentrée, dont l'objet est de convertir le savon avec excès de matière grasse en un savon avec excès d'alcali qui est beaucoup plus soluble. Cette opération , qu'on désigne sous le nom Rempotage , exige en moyenne vingtrquatre heures pour s'accomplir d'une manière complète. On procède alors à l'opération du relargage dont le but est de rendre le savon plus alcalin et do le séparer des lessives. A cet effet, on ajoute des soudes salées en agitant continuellement. Là pâte homogène et visqueuse se transforme bientôt en grumeaux qui viennent se rassembler à la surface. Après avoir fait écouler la lessive , on travaille la pâte avec des pelles pour la rendre homogène; on la coule dans des mises; puis, après complet refroidissement, on la débite en morceaux.
On connaît deux sortes de savons, le savon blanc et le savon marbré. Pour obtenir le premier, on délaye la pâte à une température peu élevée dans des lessives faibles et on l'abandonne au repos; les savons d'alumine et de fer se déposent au fond; on enlève alors le savon blanc qui surnage et on le porte dans des mises. Pour obtenir le savon marbré, on ajoute moins de lessive; les savons d'alumino et de for qui présentent une coloration d'un bleu verdàtrc, ne se déposent plus alors complètement et se séparent en petites veines qui se disséminent dans toute la masse, simulant ainsi les veines du marbre ordinaire. Les savons marbrés renferment de 3o à 35 pour loo d'eau en maximum, tandis que les savons blancs en renferment de 40 à 60 pour 100.
On comprend dès lors tout l'avantage qu'a lo consommateur d'acheter des savons marbrés , puisqu'à poids égal ils renferment plus do matière utile.
Les acides minéraux, mémo étendus d'eau, décomposent les
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savons, s'emparent de leur base et mettent en liberté les acides gras qui viennent nager à la surface de la liqueur.
On met cette action à profit pour déterminer la quantité de matière grasse contenue dans un savon. A cet effet, on pèse exactement lo grammes de matière sèche que Ton traite par un excès d'acide chlorhydrique bouillant, en ayant soin d'ajouter un poids déterminé de cire; la matière grasse vient alors se rassembler à la surface du liquide sous la forme d'une couche huileuse qui se concrète par le refroidissement ; on la lave , on la dessèche , puis on la pèse. En retranchant du poids obtenu le poids de la cire ajoutée, on obtient celui de la matière grasse qui entre dans la composition du savon.
Pour déterminer la quahtité d'eau contenue dans un savon , on le divise en raclures très-minces dont on pèse 5 grammes, que l'on soumet dans un courant d'air à l'action d'une température de loo degrés, jusqu'à ce que la matière n'éprouve plus de perte de poids; on détermine alors le imids de la substance sèche. I^ différence entre la première et la dernière pesée fait connaître la quantité d'eau qui s'est dégagée par l'évaporalion.
Quant à la proportion d'alcali contenue dans un savon, on peut facilement la déterminer à l'aide d'un essai alcalimé trique.
74o MATIÈRES ANIMALES.