CONSTITUTION UE L’OZONE
Si l’on porte le tube à 250°, l’ozone est détruit et il se produit une expansion du gaz; l’augmentation de volume est égale au volume qu’occuperait le gaz absorbé par l’iodure de potassium, que l’on peut déterminer par le poids d’iode mis en liberté. Donc l’expansion produite par la chaleur représente le volume de l’oxygène modifié .
M. Soret est récemment arrivé à déterminer la densité de l’ozone, et, comme il a fait usage de deux méthodes indépendantes et qu’elles ont conduit au même résultat, il paraît vraisemblable que cette question est enfin résolue. Certains corps, tels que les essences de térébenthine et de cannelle, ont la propriété d’absorber l’ozone sans le détruire et sans agir sur l’oxygène ordinaire. Si l’on agite de l’oxygène ozoné avec ces essences, et que l’on décompose par la chaleur un certain volume de ce même gaz, le volume d’ozone absorbé est le double de l’expansion produite par la chaleur. Or, comme l’expansion est égale au volume de l’oxygène modifié c’est-àdire absorbé par l’iodure de potassium, et que cette expansion est la moitié du volume de l’ozone ou, ce qui est la même chose, du volume de l’oxygène ordinaire que fournit cet ozone, on en conclut que 1 volume d’ozone contient :
1 volume d’oxygène ordinaire et 1/2 volume d’oxygène modifié,
et par suite que sa densité doit être une fois et demie celle de l’oxygène ordinaire, ou 1,658.
Lorsqu’on met deux gaz en communication par une ouverture étroite, ou qu’on les sépare par une cloison poreuse, ils se répandent l’un dans l’autre avec des vitesses différentes, et il a été démontré que la vitesse de diffusion est en raison inverse des racines carrées des densités. Or la vitesse de diffusion de l’ozone est plus grande que celle du chlore, donc la densité de l’ozone est moindre que le nombre 2,44 qui représente la densité du chlore.
D’autre part, la vitesse de diffusion de l’ozone est un peu plus faible que celle de l’acide carbonique dont ladensité est 1,529. En conséquence, la densité de l’ozone doit être un peu supérieure à ce nombre : or, 1,658 est dans ces conditions, et nous
OZONE DANS l’AIR.
le considérons comme représentant la densité de l’ozone.
Dans les expériences de M. Soret le poids d’oxygène absorbé par les réactifs n’est pas déterminé directement, il est déduit des variations de volume de ce gaz. M. B. Brodie a fait quelques essais de pesées directes de ce gaz en employant le protochlorure d’étain, comme agent d’absorption de l’oxygène ozoné. 11 a constaté, d’une part, que le poids d’oxygène absorbé par ce réactif est le triple de celui qu’absorbe l’iodure de potassium, et, d’autre part, que le volume occupé par l’oxygène enlevé par le protochlorure d’étain est le double du volume de l’oxygène absorbé par l’iodure de potassium.
En conséquence si l’on représente l’oxygène ordinaire par le symbole
00= 16 = 2 volumes,
celui de l’ozone serait
0,00 = 24 = 2 volumes.
En résumé, l’ozone représente un état allotropique de l’oxygène, ou un isomère de ce corps, et comme sa molécule est plus condensée, il est un polymère de l’oxygène ordinaire.
129. Présence de l’ozone dans l*air. — Puisque l’ozone se produit par l’action des étincelles électriques sur l’oxygène, il doit s’en former dans l’atmosphère pendant les orages. Il faut attribuer probablement à l’ozone, en partie du moins, un grand nombre d’oxydations qui se passent autour de nous, et notamment la production du nitre sur le sol et celle de l’acide azotique qui existe toujours dans l’air, comme l’a montré récemment M. Gloëz. Nous insisterons sur ce sujet lorsque nous ferons l’étude de l’air atmosphérique.
On avait employé, pour la recherche de l’ozone dans l’air, le papier ioduré amidonné, nommé papier ozonométrique , et de son bleuissement plus ou moins intense on concluait la richesse plus ou moins grande de l’air en ozone. On avait trouvé que l’ozone existe toujours à la campagne, et rarement dans l’air d’une grande ville comme Paris : ce qui se comprend aisément, car il s’y trouve toujours une foule de matières à brûler, telles que l’acide sulfhydrique , l’ammo-
OZONE DANS l’AIR.
niaque, etc. Il faut accueillir tous ces faits avec une extrême réserve, parce que les vapeurs nitreuses qui existent dans Pair et une vive lumière solaire bleuissent ce papier (M. Cloëz).
M. Houzeau avait espéré que du papier de tournesol rouge, imbibé d’iodure de potassium , donnerait des indications plus certaines , ce papier devant bleuir sous l’influence de Pozone, par suite de la formation de la potasse. On a objecté que les vapeurs nitreuses peuvent, dans certains cas, opérer aussi ce bleuissement, par suite de la formation du nitrite de potasse. M. Houzeau a fait un grand nombre d’expériences desquelles il conclut que le papier au tournesol ioduré bleuit à Pair dans les conditions où Pon n’y trouve pas de composés nitreux en petite quantité, et il a pu constater directement la présence de ces composés sans que le papier vineux ioduré bleuît. Par conséquent les produits nitreux ne seraient pas toujours la cause des altérations que Pair fait subir aux réactifs que l’on emploie pour y rechercher Pozone.
Tout récemment, Schœnbein et M. Andrews ont cherché à établir la présence de l’ozone dans Pair. Le premier s’est servi d’un nouveau réactif, le protoxyde de thallium TIO. Le papier trempé dans une solution de cet oxyde brunit dans Poxygène artificiellement ozoné et dans Pair atmosphérique en se changeant en peroxyde brun TIO3. Cette solution et ce papier ne sont pas brunis par Poxygène ordinaire, et par les composés nitreux. Ce réactif se colore dans les cas où le papier imbibé d’iodure de potassium et d’amidon se colore, mais il est moins sensible que ce dernier, et il peut paraître blanc alors même qu’il contient des quantités notables de peroxyde de thallium. On sensibilise ce papier en l’humectant avec de la teinture de gaïac qui bleuit énergiquement en présence du peroxyde de thallium.
M. Andrews calcine Pair. Les propriétés actives de Pair seront anéanties s’il les doit à Pozone, tandis qu’elles subsisteront si elles sont dues aux composés nitreux, parce que ces corps sont indestructibles par la chaleur; or, dans les circonstances ordinaires, Pair atmosphérique perd ses propriétés actives lorsqu’on le calcine.