EAU SOLIDE
d’ordinaire, est providentiel, car si la glace était plus dense que l’eau, elle tomberait au fond de nos cours d’eau, et ceux-ci ne tarderaient pas à déborder. Dans ceux qui sont profonds, les chaleurs de l’été ne suffiraient pas pour fondre la glace et les inondations reparaîtraient plus fréquentes les hivers suivants.
Si ce fait est nécessaire pour le maintien de l’ordre dans la nature, il n’en a pas moins de grands inconvénients. C’est à lui qu’il faut attribuer la destruction des végétaux herbacés pendant l’hiver, la rupture des tuyaux d’eau qu’on n’a pas eu soin d’entourer de paille, et le déchaussement rapide des pavés de nos rues.
Pendant la gelée l’eau contenue entre les grains de sable qui joignent les pavés se gèle et par suite se dilate; une partie du sable sort au-dessus du niveau du pavage, et on l’enlève par le balayage. Lorsque le dégel arrive la glace fond, et il reste un petit espace vide : si la gelée et le dégel se reproduisent plusieurs fois dans l’hiver, lespavés sont en partie disjoints et ébranlés.
Quand l’eau se solidifie, sa force d’expansion est énorme : on l’évalue à plusieurs centaines d’atmosphères; une bombe remplie d’eau, et bouchée hermétiquement, éclate lorsque l’eau s’y change en glace. On donne, dans les cours, une idée de cette puissance d’expansion, en plaçant dans un mélange de glace et de sel un canon de pistolet ou un tube enfer forgé, plein d’eau et hermétiquement fermé par un bouchon métallique àvis. Un léger bruit et une projection du mélange frigorifique annoncent bientôt que le tube a éclaté, et lorsqu’on le retire, on le trouve percé d’une fente longitudinale. M. Boussingault a constaté que si l’on enferme de l’eau dans un vase de force suffisante pour qu’il résiste à la force d’expansion sans se briser, etqu’on expose ce tube à une températurede — 15 à — 20°, l’eau reste liquide, car si l’on a placé une bille dans dans ce tube et qu’on le retourne on entend le bruit qu’elle produit en tombant sur le fond. Si à ce moment on débouche le tube, l’eausesolidifie dès que l’ouverture a lieu, c’est-à-dire aussitôt que la dilatation peut se produire.