THÉORIE DU PHLOGISTIQUE
la flamme, mais sa partie la plus active, la plus subtile, que ce même air du feu change les métaux en chaux métalliques {oxydes), et qu’il entretient la respiration des animaux.
Ces idées sur l’augmentation du poids des métaux, parla fixation sur eux de l’air ou d'un être particulier, ne firent aucun progrès durant plus d’un siècle, parce que les chimistes laissèrent complètement de côté la propriété de la matière la plus utile à considérer, qui est son poids.
Deux hommes de mérite s’occupèrent cependant de la théorie de la combustion : Bêcher, qui vivait au commencement du dix-huitième siècle , et surtout son élève Stahl , qui naquit en 1660, â Anspach, et mourut en 1734. Le poids du corps qui brûle comparé au poids du corps brûlé est pour eux chose sans importance; la seule considération qui les préoccupe est le changement de forme et d’aspect que la combustion occasionne.
Stahl traita surtout cette question , et il fut le créateur d’une théorie célèbre, nommée la théorie du phlogistique , qui régna pendant un siècle environ sans rivale.
Il admit l’existence des corps simples et de corps composés. Mais, influencé par les idées qui avaient cours alors sur la simplicité de l’eau de l’air, de la terre et du feu , il vit dans les oxydes des corps simples , et dans les métaux, des corps composés.
Quand un métal brûle et se change en oxyde, c’est qu’il s’échappe quelque chose d’inflammable, que Stahl reconnaît n’avoir jamais pu isoler, un être idéal qu'il nomme le 'phlogistique ; c’ est que le métal se déphlogistique. Lorsqu’au contraire un oxyde traité par le charbon se réduit à l’état métallique, c’est que le phlogistique que contient le charbon passe dans l’oxyde et le change en métal; alors l’oxyde se phlogistique. Stahl n’en reconnut pas moins deux faits de la plus haute importance: que les métaux sont des corps combustibles et que la calcination à l’air est une véritable combustion.
La théorie du phlogistique était généralement admise lorsque Bayen fit voir que le précipité per se (oxyde de mercure)
LE PHLOGfSTIQUE. LAVOISIER,
se change en mercure par l’action de la chaleur seule. Ce fait embarrassa, mais on répondit à cette objection que le phlogistique du charbon traverse le verre pour aller phlogisliquer l’oxyde de mercure.
Lorsqu’en pesant l’oxyde de mercure et le mercure qu’il produit on prouva que ce dernier pèse moins que l’oxyde, on ne se tint pas davantage pour battu, et on admit que le phlogistique possède un poids négatif, qu’il rend plus légers les corps auxquels il s’unit.
Deshommes d’un très-grand mérite, Priestley, par exemple, aveuglés par la théorie du phlogistique, admirent jusqu’à la fin de leur vie de pareilles explications, sans vouloir reconnaître la lumière que Lavoisier apportait sur cette question,
M. Dumas résume ainsi la découverte de Lavoisier dans ses Leçons de philosophie chimique :
<c Le phlogistique n’existe pas.
« L’air du feu, l’air déphlogistiqué (l’oxygène) est un corps simple.
« C’est lui qui se combine aux métaux que vous calcinez.
(c C’est lui qui transforme le soufre, le phosphore, le charbon en acides.
« C’est lui qui constitue la partie active de l’air; il alimente la flamme qui nous éclaire, le foyer qui nous alimente.
« C’est lui qui, 'dans la respiration des animaux, change leur sang veineux en sang artériel, en même temps qu’il développe la chaleur qui leur est propre.
« 11 forme la partie essentielle de la croûte du globe tout entière, de l’eau, des plantes et des animaux. »
La théorie du phlogistique expliquait les faits en sens inverse de la réalité : aussi suffit-il, pour passer de la théorie du phlogistique à celle de Lavoisier, de placer le mot oxyder à la place du mot cléphlogistiquer , et le mot dêsoxyder à la place du mot plilogistiquer, de mettre plus où il y a moins , et réciproquement. Ce qui a fait le grand mérite de Lavoisier, et ce qui doit le faire considérer comme le père de la chimie moderne, c’est qu’au lieu d’avoir égard seulement à l’aspect des corps brûlés, il a pris en considération, outre le change-