DIVERS CHALUMEAUX
reils, parce qu’ils sont destinés à rendre de grands services à tous ceux qui s’occupent de ces arts si communs aujourd’hui, la photographie, la galvanoplastie, où l’on a souvent à fondre et à traiter des résidus d’opérations, ainsi qu’aux industriels qui, comme les bijoutiers, les orfèvres, ont de temps à autre des fontes à faire, et qui, ne disposant pas d’un laboratoire, sont obligés de les faire exécuter chez les fondeurs spéciaux.
M. Perrot (de Genève) a fait exécuter à Paris, par M. Wiesnegg, un appareil très-ingénieux au moyen duquel on fond 2 à 3 kilogrammes de cuivre ou d’argent par l’action de l’air sur le gaz, à la pression ordinaire.
L’air et le gaz arrivent simultanément par dix à douze becs (système Bunsen ordinaire) sur les parois inférieures d’un creuset de terre. La flamme, après avoir circulé autour de ce vase, se recourbe dans une enveloppe de terre, et les produits de la combustion s’engouffrent dans une cheminée ordinaire.
On doit à M. Schlœsing, directeur de l’École nationale des tabacs, une disposition fort heureuse à l’aide de laquelle on obtient une température plus élevée. Au moyen d’une soufflerie, on lance un courant d’air dans un tube de cuivre; celui-ci est environné d’un autre tube concentrique que l’on adapte à un bec ou à un tuyau de gaz. Lorsque l’air lancé sous pression pénètre dans le chalumeau, il entraîne le gaz, et tous deux produisent à l’orifice commun, où ils se rencontrent, une température capable de liquéfier rapidement le fer et l’acier. M. Wiesnegg a réalisé une grande économie dans ce système; il a profité de la forte aspiration que détermine l’air lancé dans le chalumeau pour y faire pénétrer, sans force extérieure, outre le gaz , une certaine quantilé d’air, ce qui diminue d’autant la proportion d’air que l’on doit envoyer par la soufflerie.
2° Chalumeau à oxygène . Parmi les progrès réalisés de notre temps dans l’art de produire de hautes températures, il faut placer au premier rang la substitution de l’oxygène à l’air atmosphérique, dans lequel l’oxygène est délayé par les quatre cinquièmes de son volume d’un gaz inerte, l’azote.
256 ANALYSE SPECTRALE
C’est en employant ce gaz que M. Gaudin, dont l’esprit ingénieux est bien connu de tous les savants, est parvenu à fondre le cristal de roche, réputé comme infusible à l’époque.
Cet appareil, très-rarement employé, se compose d’une vessie, remplie d’oxygène , munie d’une armature en cuivre portant un robinet et un tube à ouverture capillaire.
On comprime la vessie et on dirige le jet d’oxygène sur la flamme d’une bougie ou d’une lampe à alcool : la flamme est assez chaude pour qu’il soit possible d’y fondre un fil de platine d’un demi-millimètre de diamètre.
220. Coloration des flammes. — Les flammes se colorent quand on y introduit certaines substances, et à chacune correspond une teinte déterminée.
Le sodium produit une coloration jaune.
Le potassium —
violette.
Le lithium —
rouge.
Le strontium —
rouge.
Le barium —
verte.
Le calcium —
jaune.
Le cuivre —
bleue.
Les feux de Bengale sont formés par un mélange de poudre et de matières salines douées de la propriété de colorer les flammes.
On tire également parti de cette propriété en analyse qualitative. On pulvérise le sel à reconnaître, et on plonge dans la poudre l’extrémité d’un fil de platine mouillé. Une certaine quantité de cette poudre s’attache au fil de platine ; on la place au milieu d’une flamme peu éclairante, et on examine si la flamme prend une coloration particulière.
Ce procédé n’est applicable que dans un petit nombre de cas.
221. Analyse spectrale. Procédé d’analyse de Mil. Bunsen et Kirchoff. — Quand un rayon de lumière blanche tombe sur un prisme en verre, ce rayon éprouve une déviation et une décomposition. Si le prisme est placé à l’ouverture d’une chambre noire, on obtient une image allongée et diversement colorée qu’on nomme un spectre .
ANALYSE SPECTRALE
Quand on place devant un prisme une flamme très-peu éclairante et qu’on y introduit certaines vapeurs combustibles, ou les composés volatils de ces corps, on voit apparaître sur le spectre à peine visible de cette flamme certaines raies brillantes, qui varient en nombre, en position, en étendue et en éclat, avec la nature du corps employé.
Le sodium fournit deux lignes jaunes, si rapprochées qu’elles se confondent d’ordinaire -, elles correspondent, par leur place, à deux raies obscures du spectre solaire que Fraünhofer a désignées par la lettre D. Le potassium donne deux raies : l’une rouge correspond à la raie A du spectre solaire, l’autre est dans le violet à l’autre extrémité du spectre. Le lithium fournit deux raies principales, dont l’une, d’un rouge très-vif, est comprise entre les raies B et G, et dont l’autre est dans le jaune. Le strontium est caractérisé par six belles raies rouges, une raie orange et une raie bleue.
La planche ci-jointe donne le nombre, la position et la couleur des raies qu’on observe dans le spectre de 10 métaux comparativement aux raies du spectre solaire, qui est en tête de ce tableau.
L’expérience suivante, relatée dans le mémoire de MM. Bunsen et Kirchoff, donne une idée de la sensibilité de la méthode d’analyse qu’ils ont basée sur ces principes :
u Nous avons fait détoner 3 milligrammes de chlorate de soude, mélangés avec du sucre de lait, dans l’endroit de la salle le plus éloigné possible de l’appareil, tandis que nous observions le spectre de la flamme non éclairante d’une lampe à gaz ; la pièce dans laquelle nous avons fait l’expérience mesure environ 60 mètres cubes. Après quelques minutes, la flamme se colorant en jaune fauve, présenta avec une grande intensité la raie caractéristique du sodium, et cette raie ne s’effaça complètement qu’après 10 minutes. »
D’après la capacité de la salle et le poids du sel employé pour l’expérience, on trouve facilement que l'air de la salle ne contenait en suspension que joüdoooo de son poids de sodium. En considérant qu’une seconde suffit pour observer très-commodément la réaction, et que pendant ce temps la
ANALYSE SPECTRALE
flamme emploie 50 centimètres cubes ou ogr,0647 d’air ne contenant que aoiroVooo de milligramme de sel de soude, on peut calculer que l’œil perçoit très-distinctement la présence de moins de 3-000000 de milligramme de sodium.
La découverte de cette méthode a conduit immédiatement à la découverte de trois métaux. MM. Bunsen et Kirchoff, ayant soumis à ee mode d’analyse les eaux mères des salines de Durckheim, remarquèrent deux lignes bleues non encore observées. Ils évaporèrent 44,000 litres de cette eau, et ils en retirèrent 25 à 30 grammes du chlorure d’un métal nouveau, qu’ils nommèrent le cæsium (cæsius, bleu).
Peu après, le lépidolithe de Saxe leur fournit un second métal alcalin, caractérisé par deux belles raies rouges qui lui valurent le nom de rubidium (de rubidus, rouge).
ANALYSE SPECTRALE
Au mois de mars de 1861, M. Crookes a trouvé, dans les dépôts sélénifères et tellurifères des fabriques d’acide sulfurique de Tilkerode (Harz), une nouvelle substance caractérisée par une raie verte extrêmement brillante. Il lui donna le nom de thallium (de ôaXXoç, bourgeon ), mais il se méprit sur ses caractères, et il crut que c’était un métalloïde voisin du soufre. M. Lamy, qui étudiait vers la même époque les boues qui se déposent dans les fabriques d’acide sulfurique de M.Kuhlmann, a constaté que ce corps est un métal des mieux définis et fait connaître ses propriétés et celles de ses principaux composés.
Enfin, MM. Reischs et Richter ont trouvé récemment dans certains minerais de zinc un nouveau métal, qui a reçu le nom d'indium.