EMPOISONNEMENTS PAR L’ACIDE ARSÉNIEUX
503. L’acide arsénieux servait, il y a quelques années, à commettre la majeure partie des empoisonnements, parce qu’on se le procure avec facilité dans le commerce, en raison de ses usages, et parce qu’il se présente sous forme d’une | poudre inodore, insipide, blanche et semblable à de la farine. ;
Aujourd’hui les empoisonnements sont devenus beaucoup plus rares, et c’est le phosphore qui tient la place occupée par l’arsenic dans la statistique criminelle.
On éviterait les empoisonnements par imprudence et beau- * coup d’autres si l’autorité forçait les fabricants à colorer l’acide arsénieux par une substance inerte, ou à le dénaturer) par tout autre moyen analogue.
L’empoisonnement est mortel si on laisse à l’acide arsénieux le temps d’entrer dans la circulation, et alors il amène une mort rapide au milieu d’atroces douleurs. Dans le cas contraire, onpeutle combattreavec de grandes chancesde succès.
Soins h donner. — On doit d’abord provoquer des vomissements pour expulser le poison qui se trouve dans l'estomac; ces vomissements se déclarent, du reste, spontanément si la dose de poison est un peu forte. On fait intervenir ensuite les contre-poisons : le peroxyde de fer | hydraté, récemment préparé, ou mieux la magnésie faible- j ment calcinée. Ces corps forment des arsénites insolubles, j qui empêchent l’absorption du poison.
504. Recherches de l’arsenic. — La recherche de quantités, mêmetrès-faibles, d’arsenic à l’état de composé oxygéné, est extrêmement facile quand cette combinaison est préala-j blement isolée; elle est, au contraire, difficile s’il se trouve des matières organiques en présence. Le rôle de l’expert est alors double : il doit d’abord séparer l’arsenic des matières organiques, puis reconnaître l’arsenic dans le résidu.
EMPOISONNEMENTS fAR L’ARSENIC. 561
Ses essais devront porter sur les aliments, qu’on suppose avoir produit l’empoisonnement, sur les matières vomies et sur les autres déjections. Si l’expert n’a pas ces matières à sa disposition, il opérera sur les liquides qu’on retirera de 1 estomac par l’autopsie, sur l’urine, ou sur le cadavre lui-même. Comme le poison se localise surtout dans le foie, les intestins, l’estomac, il agira de préférence sur ces viscères.
1° Matière blanche trouvée dans les vases. L acide arsénieux, étant lourd et peu soluble dans l’eau, on cherchera s’il ne se trouve pas une poudre blanche dans le fon r es vases contenant les liquides précédents. Dans l’affirmative, on soumettra cette matière aux essais suivants :
1» On en chauffera une portion sur un charbon incandescent : l’acide arsénieux se volatilisera en produisant une umée blanche accompagnée d’une odeur d’ail caractéristique.
2° On en chauffera au rouge, dans le fond d un tube bouché, une autre partie, préalablement broyée avec un peu de charbon et avec des traces de carbonate de soude ou, plus simplement, avec du cyanure de potassium : 1 arsenic sera réduit et sublimé dans les parties froides du tube, sous forme d’un anneau miroitant. Cet anneau se déplacera dans le tube sous l’influence de la chaleur (fig. 215).
3» on coupera ce tube au-dessus du mélange charbonneux, et on chauffera l’anneau; celui-ci brûlera et se sublimera dans les parties froides sous forme d’un enduit blanc, cristallin, d’acide arsénieux (fig. 216).